Un mort, une disparition et un exil…
Entre engagement citoyen, tensions à la Croix-Rouge togolaise, porté disparu et décès inexpliqués de certains de ses camarades et membres du groupe des cinq, le porte-parole Lawson Laté Mawulé doit-il craindre son retour au pays, s’interroge son entourage.
Depuis plusieurs années, le nom de Lawson Laté Mawulé est associé aux milieux de l’activisme politique togolais, notamment aux mouvements proches de l’opposition. Aujourd’hui installé hors du Togo, son entourage affirme qu’il redoute un retour dans son pays natal, craignant de subir le même sort que son ancien camarade Daniel Kossi Afantchao, décédé en mars 2020 dans des circonstances qui continuent d’alimenter des interrogations.
L’histoire remonte à 2019, alors que Lawson Laté Mawulé et plusieurs jeunes volontaires de la Croix-Rouge togolaise (CRT) entretenaient des relations particulièrement tendues avec Gavlo Gaméli, qui assurait alors la présidence par intérim de l’institution.
Aux côtés de Julien Kodjo, Dodji Adjina, Paul Kpodar et Daniel Kossi Afantchao, Lawson Laté Mawulé faisait partie d’un groupe de jeunes qui dénonçaient, selon leurs propres témoignages, des dysfonctionnements au sein de l’organisation. Ils évoquaient notamment des pratiques qu’ils assimilaient au népotisme, à la corruption et à une mauvaise gouvernance interne.
Selon plusieurs récits relayés ultérieurement dans la presse, notamment une publication du journal Actu Bilan du 2 novembre 2022, une rencontre particulièrement tendue se serait tenue le 10 septembre 2019 entre ces volontaires et Gavlo Gaméli. Lawson Laté Mawulé, désigné comme porte-parole de la délégation, aurait exposé une série de griefs portant sur le fonctionnement de la Croix-Rouge togolaise.
Les participants à cette réunion ont, par la suite, affirmé avoir reçu des menaces. Ces déclarations n’ont toutefois jamais fait l’objet, à ce jour, d’une décision judiciaire publique établissant les responsabilités des uns et des autres.
Les jeunes concernés soutenaient également que leur engagement politique, notamment leur proximité avec des activités de l’opposition dans leurs quartiers respectifs, aurait contribué à les exposer davantage.
Quelques jours après cette rencontre, une succession d’événements troublants aurait marqué ce groupe de volontaires.
Le cas de Dodji Adjina demeure particulièrement préoccupant. Selon les témoignages rapportés à l’époque, le jeune homme aurait quitté son domicile le 15 septembre 2019 avant de ne plus donner signe de vie. Sa disparition aurait profondément marqué ses proches et ses camarades.
Deux semaines plus tard, le 30 septembre 2019, Lawson Laté Mawulé affirme avoir lui-même échappé à une tentative d’interpellation par des individus en civil alors qu’il regagnait son domicile. Cet épisode l’aurait finalement conduit à quitter le pays pour des raisons de sécurité.
Mais c’est surtout le décès de Daniel Kossi Afantchao qui va attirer l’attention de l’opinion publique.

Le 18 mars 2020, ce volontaire de la Croix-Rouge togolaise décède dans des circonstances qui n’ont jamais cessé de susciter des interrogations. La faible mobilisation de certains de ses anciens camarades lors des obsèques aurait poussé sa famille à chercher à comprendre les raisons d’un tel éloignement.
Au fil des témoignages recueillis par plusieurs médias, l’existence des tensions antérieures entre ces jeunes volontaires et les responsables de la Croix-Rouge togolaise a commencé à émerger dans le débat public.
Plus de six ans après ces événements, Lawson Laté Mawulé demeure à l’étranger. Sur les réseaux sociaux et dans certaines de ses prises de parole, il explique vivre avec la conviction qu’un retour au Togo pourrait mettre sa vie en danger.
Cette crainte repose essentiellement sur sa lecture des événements qui ont touché ses anciens camarades, notamment la mort de Daniel Kossi Afantchao et la disparition signalée de Dodji Adjina.
L’affaire subit un nouveau rebondissement quand l’un des membres du groupe des cinq, Paul Kpodar, exilé depuis 2019 au Bénin, revient au pays, croyant que cette histoire était terminée, en novembre 2025. Cependant, la peur n’avait pas disparu ; elle était seulement silencieuse.
Le 2 février 2026, tard dans la nuit, une voiture non immatriculée avec des individus cagoulés l’a intercepté au moment où il rentrait chez lui.
Les témoins ont affirmé qu’ils l’ont battu pendant des heures et l’ont laissé agonisant, dans la douleur. Il a rendu l’âme sur le chemin de l’hôpital.
Comme un avertissement à tous ceux qui pensent que l’exil peut effacer les ennemis.
Toutefois, en l’absence des conclusions d’une enquête judiciaire publique établissant un lien formel entre ces différents faits, plusieurs zones d’ombre persistent.
Cette affaire illustre surtout la nécessité de faire toute la lumière sur des événements qui continuent d’alimenter les inquiétudes de certains acteurs de la société civile et des milieux politiques togolais.
Au-delà des divergences politiques, les observateurs estiment qu’une clarification officielle des circonstances entourant la disparition de Dodji Adjina, le décès de Daniel Kossi Afantchao et les allégations de menaces formulées par leurs anciens camarades contribuerait à apaiser les tensions et à rétablir la confiance.
Car, en matière de droits humains et de protection des citoyens, seule une enquête indépendante, transparente et crédible est en mesure de transformer des soupçons persistants en vérités établies.
