Catégorie : Politique

  • Crise politique, vie chère et dialogue national : le CAR appelle à un changement de méthode

    Crise politique, vie chère et dialogue national : le CAR appelle à un changement de méthode

    À l’occasion de sa rentrée politique 2026-2027, le Comité d’action pour le renouveau (CAR) plaide pour une sortie consensuelle de la crise politique togolaise. S’appuyant notamment sur l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO du 29 janvier 2026, le parti préconise une assise nationale, la libération des détenus politiques et une amnistie générale. Il appelle également les populations à se mobiliser contre la vie chère lors d’un meeting annoncé pour le 6 décembre prochain.

    Le Comité d’action pour le renouveau (CAR) entend remettre le réalisme politique au cœur du débat sur la résolution de la crise togolaise. Réunis à Lomé le samedi 31 octobre 2026, dans le cadre de leur rentrée politique 2026-2027, les responsables et délégués du parti ont placé leurs réflexions sous le thème : « Le réalisme politique pour une résolution durable de la crise au Togo ».

    Dans leur déclaration solennelle, ils dressent un bilan critique des différentes tentatives de sortie de crise entreprises depuis plusieurs années et appellent les acteurs politiques, particulièrement ceux de l’opposition, à revoir leurs stratégies. Pour le CAR, les postures radicales, le populisme et les calculs politiques ont souvent compromis des possibilités de compromis et, par conséquent, profité au pouvoir en place.

    Le parti estime que la crise politique actuelle a franchi une nouvelle étape avec l’arrêt rendu le 29 janvier 2026 par la Cour de justice de la CEDEAO sur le changement constitutionnel intervenu en avril 2024. La juridiction communautaire ayant, selon le CAR, déclaré ce changement inconstitutionnel, sa décision constitue désormais un fondement juridique incontournable dans la recherche d’une issue.

    Le parti attire particulièrement l’attention sur le point 109 de cet arrêt, qui évoque la nécessité d’une solution consensuelle entre les acteurs togolais. Il invite donc le gouvernement et le parti au pouvoir à se saisir de cette ouverture pour engager un processus de règlement de la crise.

    Le CAR revisite les occasions manquées du dialogue politique

    Pour justifier son appel à un changement de méthode, le CAR revient sur plusieurs épisodes qu’il considère comme des occasions manquées de construire un compromis politique durable.

    Le premier remonte à la crise postélectorale de 2005. Sous l’impulsion de feu Me Yawovi Agboyibo, le parti affirme avoir contribué à l’ouverture d’un dialogue entre les différentes composantes de la classe politique. Ce processus avait abouti, le 20 août 2006, à la signature de l’Accord politique global (APG). Celui-ci devait notamment permettre des réformes constitutionnelles et institutionnelles, améliorer la transparence des consultations électorales et créer les conditions d’une alternance démocratique.

    Le CAR rappelle également le rôle joué par son ancien président dans la formation du gouvernement d’apaisement dirigé par Me Agboyibo et dans l’organisation des élections législatives du 14 octobre 2007, dont les résultats avaient été acceptés par les différents acteurs politiques et la communauté internationale. Il regrette toutefois que les réformes prévues par l’APG n’aient pas été intégralement mises en œuvre.

    Autre rendez-vous manqué évoqué : celui de 2015. Le parti affirme avoir proposé un compromis autour de la révision constitutionnelle, notamment le rétablissement de la disposition limitant à deux le nombre de mandats présidentiels, en contrepartie d’une dernière candidature du chef de l’État sortant. Une proposition qui, selon le CAR, n’avait pas obtenu l’adhésion de toutes les forces de l’opposition.

    La déclaration revient aussi sur les événements de 2018, lorsque la Coalition des 14 (C14), engagée dans la contestation politique, avait obtenu une représentation paritaire au sein de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Le CAR soutient qu’un accord avait été trouvé pour la prestation de serment des représentants de l’opposition, avant que cette démarche ne soit finalement abandonnée à la suite d’une décision prise par l’un des partis concernés.

    Enfin, le parti évoque sa proposition de reporter les élections législatives de 2024 afin de privilégier une concertation nationale destinée à créer les conditions d’un apaisement politique et d’un scrutin transparent. Une initiative qui avait suscité des critiques au sein même de l’opposition.

    Fort de ces expériences, le CAR estime que l’opposition doit rompre avec les approches qu’il juge contre-productives. « Le manque de réalisme politique ne fait que profiter au régime en place », soutient-il, avant d’assimiler le populisme à un obstacle majeur au fonctionnement démocratique.

    Assise nationale, amnistie et mobilisation contre la vie chère

    Au-delà du diagnostic, le CAR avance quatre pistes pour sortir de l’impasse politique : l’organisation d’une assise nationale, la libération des détenus politiques, l’adoption d’une amnistie générale et l’accompagnement de la communauté internationale.

    Ces propositions s’inscrivent dans la logique que le parti revendique depuis sa création : la pression politique combinée au dialogue. Pour ses responsables, les limites observées dans le fonctionnement du système fondé sur le principe majoritaire au Togo imposent de réfléchir à un nouveau cadre politique susceptible de favoriser la construction d’un véritable État-nation et une alternance pacifique au sommet de l’État.

    La déclaration ne se limite cependant pas aux enjeux institutionnels. Le CAR consacre également une partie importante de son intervention à la dégradation des conditions de vie des populations. Il dénonce les déguerpissements de commerçants et d’autres travailleurs de l’économie informelle sans mesures préalables de relogement, ainsi que la récente augmentation des prix des produits pétroliers.

    Pour illustrer ce qu’il considère comme une politique tarifaire difficilement justifiable, le parti établit une comparaison entre les cours du baril de pétrole et les prix à la pompe. Il rappelle qu’en 2008, avec un baril à 149 dollars, le litre de carburant était vendu à 599 FCFA, contre 650 FCFA en 2013 pour un baril à 118 dollars. Aujourd’hui, relève-t-il, alors que le baril serait autour de 100 dollars, le prix à la pompe atteindrait 817 FCFA.

    Le CAR s’interroge sur les facteurs expliquant cette évolution et estime que la hausse des prix des hydrocarbures contribue à renchérir les produits de première nécessité. Il dénonce également les délestages électriques, qu’il attribue à des insuffisances de gestion de la Compagnie énergie électrique du Togo (CEET) accumulées au fil des années.

    Face à cette accumulation de difficultés, le parti appelle les populations à prendre part au meeting contre la vie chère annoncé pour le 6 décembre 2026.

    À travers cette rentrée politique, le CAR tente ainsi de conjuguer revendication institutionnelle et préoccupations sociales. Son message repose sur une conviction : la sortie de crise ne pourra se construire durablement sans compromis politique, mais aussi sans réponses concrètes aux difficultés quotidiennes des Togolais.

  • Vie chère au Togo : le CAR dénonce les choix économiques du gouvernement

    Vie chère au Togo : le CAR dénonce les choix économiques du gouvernement

    À l’occasion de sa rentrée politique 2026-2027, le Comité d’action pour le renouveau (CAR) a placé la vie chère au cœur de ses réflexions. Le parti pointe les faibles rémunérations, le chômage, les inégalités sociales et la hausse des prix, tout en appelant à une réorientation de la politique économique et sociale.

    La vie chère s’impose comme l’une des principales préoccupations des ménages togolais. C’est autour de cette réalité que le Comité d’action pour le renouveau (CAR) a articulé sa rentrée politique 2026-2027. Dans son intervention, le parti établit un lien direct entre la dégradation du pouvoir d’achat et les choix économiques et sociaux des pouvoirs publics.

    Pour le CAR, la vie chère ne se résume pas à l’augmentation des prix sur les marchés. Elle traduit surtout le décalage entre les revenus des populations et le coût des besoins essentiels : alimentation, logement, santé, transport, habillement et éducation. Une situation qui, selon le parti, fragilise les familles et compromet leurs conditions d’existence.

    S’appuyant sur une citation attribuée à Victor Hugo dans Les Misérables, le CAR rappelle que l’amélioration des conditions matérielles constitue également un facteur de progrès moral. Le parti estime que la pauvreté, le chômage et le sous-emploi figurent parmi les principales causes du malaise social au Togo.

    Salaires, inégalités et emploi au cœur des critiques

    Le premier facteur dénoncé concerne la faiblesse des rémunérations. Le CAR estime que les salaires versés à une partie des travailleurs ne permettent pas de couvrir convenablement les dépenses quotidiennes. Cette insuffisance pousserait de nombreux ménages à l’endettement et réduirait considérablement leur capacité d’épargne.

    Le parti critique également la répartition des richesses. Il oppose les difficultés d’une majorité de citoyens à l’accumulation de fortunes par une minorité qu’il associe à la corruption et aux détournements de deniers publics. Pour illustrer cette situation, il emploie l’expression polémique de « République des polytanks », dénonçant ainsi la dissimulation présumée de richesses plutôt que leur investissement dans le circuit économique.

    Le chômage constitue un autre volet de son réquisitoire. Le CAR reproche aux pouvoirs publics de ne pas créer suffisamment d’emplois pour absorber les nouveaux demandeurs qui arrivent chaque année sur le marché du travail. Il déplore particulièrement les opérations de déguerpissement menées le long des rues, des rails, des lagunes et sur la plage, estimant qu’elles privent des personnes de leurs activités génératrices de revenus.

    Le parti souligne que ces opérations fragilisent également des petits entrepreneurs qui ont contracté des crédits pour développer leurs activités. Il plaide ainsi pour une politique de l’emploi qui ne se limite pas aux recrutements dans la fonction publique, mais favorise aussi l’entrepreneuriat et la préservation des activités économiques de proximité.

    Sur ce point, le discours avance que seulement 0,8 % de la population travaillerait dans la fonction publique togolaise, contre 8,5 % en France. Ces proportions n’ont toutefois pas pu être confirmées par des statistiques comparables. En revanche, les données officielles togolaises prévoyaient 83 795 agents actifs dans la fonction publique à la fin de 2025. Site officiel du Togo, République Togolaise

    La hausse des prix, un facteur aggravant

    Au-delà des revenus et de l’emploi, le CAR met en cause la progression des prix des produits et services essentiels. Carburant, eau, électricité et gaz figurent parmi les dépenses qui pèsent sur les budgets familiaux. Le renchérissement de l’énergie entraîne également une augmentation des coûts de transport et de distribution, avec des répercussions possibles sur les autres biens de consommation.

    La récente évolution des prix des carburants donne une illustration concrète de cette préoccupation. Depuis le 11 septembre 2026, le litre de super sans plomb est vendu à 817 FCFA, contre 725 FCFA précédemment, soit une augmentation de 92 FCFA. Le gasoil est passé de 750 à 766 FCFA et le mélange deux-temps de 811 à 896 FCFA. Les autorités ont notamment justifié cet ajustement par les fluctuations des cours internationaux des produits pétroliers et les tensions géopolitiques. Site officiel du Togo, République Togolaise+1

    Le CAR conteste cependant la manière dont les autorités justifient ces augmentations. Il établit une comparaison avec les périodes de 2008 et 2013, durant lesquelles les cours du pétrole avaient atteint des niveaux élevés, sans que les prix à la pompe au Togo aient, selon lui, suivi la même progression. Cette comparaison mérite néanmoins d’être nuancée : les cours du brut ne déterminent pas à eux seuls les prix à la pompe, qui dépendent aussi des coûts d’importation, du raffinage, du transport, de la fiscalité, des subventions et des mécanismes nationaux de fixation des prix.

    Le parti étend enfin ses critiques aux secteurs industriel, agricole, commercial et artisanal. Il dénonce les bas salaires et les restrictions des libertés syndicales dans certaines entreprises, notamment dans les zones franches. Il évoque également les difficultés des producteurs agricoles confrontés aux fluctuations des prix et les contraintes des commerçants et artisans, entre faiblesse de la demande et multiplication des taxes.

    Le CAR appelle à des mesures concrètes

    Face à ce qu’il considère comme une dégradation persistante des conditions de vie, le CAR estime que l’État dispose de plusieurs leviers pour inverser la tendance. Il recommande notamment de combattre la corruption, d’améliorer les rémunérations, de mettre en place une véritable politique nationale de l’emploi et de renforcer les mécanismes de contrôle des prix.

    Le parti préconise également une réduction des inégalités sociales, un meilleur accès aux services sociaux de base et l’émergence d’une classe moyenne capable de soutenir la consommation et l’activité économique.

    Une précision mérite toutefois d’être apportée sur l’argument relatif à l’UEMOA avancé dans le discours. Le critère communautaire de convergence ne fixe pas la masse salariale entre 35 et 40 % des budgets nationaux. Il porte sur le rapport entre les dépenses de personnel et les recettes fiscales, avec une norme maximale de 35 %. Selon le Budget citoyen 2026 du Togo, ce ratio était de 35,7 % en 2024, avec des prévisions de 34,1 % pour 2026. À fin juin 2026, il s’établissait néanmoins à 35,7 %. Ministère des Finances et du Budget+1

    En conclusion, le CAR considère que la vie chère dépasse la seule question des prix. Elle touche à la dignité des citoyens, à la cohésion sociale et à la capacité de l’économie nationale à répondre aux besoins de la population.

    Le parti entend ainsi placer le pouvoir d’achat et la justice sociale au centre du débat politique pour cette rentrée 2026-2027. Son intervention s’achève sur un appel à la mobilisation des populations défavorisées, lancé en référence au célèbre mot d’ordre marxiste : « Déshérités de toutes les contrées du Togo, unissez-vous ! »

  • CEDEAO-Togo : la Cour relance le dossier constitutionnel

    CEDEAO-Togo : la Cour relance le dossier constitutionnel

    Par une correspondance adressée aux autorités togolaises, la Cour de justice de la CEDEAO demande des précisions sur l’exécution de son arrêt du 29 janvier 2026 relatif à la réforme constitutionnelle de mars 2024. Une nouvelle interpellation qui remet ce dossier sensible au centre de l’actualité politique.

    Le dossier de la réforme constitutionnelle togolaise de 2024 connaît un nouvel épisode. La Cour de justice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) revient sur l’application de son arrêt rendu le 29 janvier 2026 dans l’affaire opposant la Ligue togolaise des droits de l’homme (LTDH) et douze autres requérants à l’État togolais.

    Dans une lettre datée du 23 octobre 2026, adressée au ministre togolais de la Justice, le greffier en chef par intérim de la juridiction communautaire, Dr Ousmane Diallo, sollicite des informations sur les dispositions prises par le gouvernement pour donner suite à cette décision. Cette démarche s’appuie sur l’article 24, paragraphe 2, de l’Acte additionnel relatif à la Cour.

    À travers cette correspondance, la juridiction régionale entend ainsi obtenir des éclaircissements sur les suites réservées à son arrêt, plusieurs mois après son prononcé.

    Un arrêt qui met en cause la réforme de 2024

    Pour rappel, la décision du 29 janvier 2026, référencée ECW/CCJ/APP/15/24, porte sur la réforme constitutionnelle adoptée le 25 mars 2024 au Togo. Cette révision avait profondément modifié l’architecture institutionnelle du pays avec l’instauration d’un régime parlementaire.

    Saisie par la LTDH et douze autres organisations et acteurs, la Cour avait notamment examiné les griefs relatifs à la violation de l’article 23 de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, ainsi qu’au droit de participer aux affaires publiques.

    Dans son dispositif, la juridiction a constaté une violation de l’article 23 de cette Charte par l’État togolais. Elle a également demandé aux autorités de prendre les mesures nécessaires pour que toute réforme constitutionnelle ou institutionnelle future soit conforme aux engagements internationaux du pays et aux principes démocratiques.

    Toutefois, la Cour n’a pas accueilli l’ensemble des recours. Elle a notamment déclaré irrecevables les requêtes de l’Association des victimes de tortures au Togo (ASVITTO) et de l’Alliance des démocrates pour le développement intégral (ADDI), pour défaut de capacité juridique. Certains autres griefs ont également été rejetés pour défaut de qualité pour agir.

    L’exécution, nouvel enjeu du bras de fer

    La nouvelle correspondance de la Cour intervient dans un environnement politique marqué par des interprétations divergentes de la portée de l’arrêt. Les acteurs de l’opposition y voient un argument supplémentaire dans leur contestation de la réforme constitutionnelle et réclament des changements institutionnels. Les autorités togolaises, quant à elles, n’ont pas publiquement annoncé, à ce stade, les mesures qu’elles entendent prendre en réponse à cette nouvelle interpellation.

    Cette démarche intervient également au moment où l’Université de Lomé accueille, les 29 et 30 octobre, un colloque international consacré aux juridictions régionales de protection des droits de l’homme, aux changements constitutionnels et à la souveraineté des États. Une rencontre qui offre un cadre de réflexion sur les rapports entre les juridictions communautaires et les ordres constitutionnels nationaux.

    Reste désormais à connaître la réponse du gouvernement togolais à la demande de la Cour. Au-delà des débats politiques suscités par la décision du 29 janvier, la question de son application constitue un enjeu majeur pour les relations entre le Togo et les institutions communautaires.

    La correspondance du 23 octobre remet ainsi les autorités togolaises face à leurs engagements judiciaires régionaux et relance les interrogations sur les suites concrètes de cet arrêt.

  • Togo : Le politologue Madi Djabakate annonce un essai sur les fondements constitutionnels de la crise politique

    Togo : Le politologue Madi Djabakate annonce un essai sur les fondements constitutionnels de la crise politique

    Le politologue et essayiste Elhajj Mohamed Madi Djabakate prépare un ouvrage consacré aux transformations constitutionnelles du Togo depuis 1963 et à leurs implications sur la légitimité du pouvoir.

    Un nouvel essai consacré à l’histoire constitutionnelle et politique du Togo sera prochainement publié. Intitulé « De la Constitution de Contrebande au Problème Constitutionnel (Artifices constitutionnels, pouvoir dynastique et crise démocratique au Togo depuis 1963) », l’ouvrage d’Elhajj Mohamed Madi Djabakate entend interroger les fondements juridiques et institutionnels des crises politiques qui ont marqué le pays.

    Dans une annonce diffusée sur les réseaux sociaux, l’auteur présente son travail comme une réflexion sur les règles qui organisent l’exercice du pouvoir, au-delà des débats habituels sur les dirigeants, les élections et les rapports entre les acteurs politiques.

    La Constitution au cœur de la réflexion

    L’essai propose de déplacer le regard vers les mécanismes constitutionnels qui structurent la vie politique togolaise depuis l’adoption de la première Constitution de la République, en 1961, et les événements politiques de 1963. Son titre annonce une analyse critique des modifications institutionnelles successives, de la continuité du pouvoir et des interrogations relatives à la légitimité démocratique.

    Pour Mohamed Madi Djabakate, la compréhension des crises politiques nécessite également un examen des règles qui encadrent l’accès au pouvoir, son exercice et sa transmission. L’auteur soulève ainsi une question centrale : la stabilité institutionnelle peut-elle être durable lorsque les fondements constitutionnels du système font l’objet de contestations ?

    Cette orientation s’inscrit dans un débat plus large sur la fonction de la Constitution dans l’organisation de l’État. Au Togo, la réforme constitutionnelle de 2024, qui a instauré une nouvelle architecture institutionnelle, a notamment suscité des discussions sur la nature du régime, la répartition des compétences et les modalités d’exercice du pouvoir.

    Un débat qui dépasse les acteurs politiques

    L’annonce de cet ouvrage intervient dans un contexte où les interprétations de la Constitution et de ses conséquences continuent d’alimenter les échanges entre juristes, universitaires, responsables politiques et acteurs de la société civile.

    Dans une précédente tribune publiée en mai 2026, Elhajj Madi Djabakate avait déjà plaidé pour que le débat constitutionnel soit davantage orienté vers les droits des citoyens, le fonctionnement des institutions et les conditions d’une compétition politique équitable.

    Le nouvel essai semble prolonger cette démarche en proposant une lecture historique et institutionnelle de la trajectoire politique du pays. Toutefois, son annonce ne permet pas encore d’apprécier l’ensemble de sa démonstration, les sources mobilisées ni les conclusions détaillées de l’auteur.

    La date de publication, les modalités de présentation et les conditions d’accès à l’ouvrage restent à préciser. Sa parution devrait offrir un nouveau support de discussion sur les rapports entre Constitution, légitimité politique et stabilité institutionnelle au Togo.

  • Togo : le dialogue politique, éternel théâtre d’un pouvoir et de son opposition

    Alors que le pouvoir met en avant le Cadre permanent de concertation pour défendre sa volonté de dialogue, le Manifeste Génération Togo rejette cette démarche, jugée inefficace après plusieurs décennies de crises politiques. La coalition privilégie une transition politique suivie d’assises nationales inclusives et appelle à une mobilisation citoyenne le 20 novembre prochain.

    Au Togo, le dialogue politique reste un sujet de profond désaccord entre le pouvoir et une partie de l’opposition. D’un côté, les autorités défendent les mécanismes de concertation mis en place pour favoriser l’apaisement politique. De l’autre, le Manifeste Génération Togo estime que ces initiatives n’ont jamais permis de résoudre durablement la crise politique ni de faire évoluer les rapports de force.

    Le débat a été relancé après les déclarations de Gilbert Bawara, ministre des Relations avec les Institutions, devant les députés. Interpellé sur les tensions politiques internes, le ministre a défendu le bilan de Faure Gnassingbé, mettant notamment en avant son ouverture aux initiatives de réconciliation nationale et son implication dans des médiations sur le continent africain.

    Cette position ne convainc toutefois pas la coalition d’opposition, qui considère les appels répétés au dialogue comme une démarche sans résultats tangibles sur le terrain démocratique.

    Une trentaine de dialogues, mais toujours la défiance

    Pour le Manifeste Génération Togo, l’expérience des concertations politiques organisées depuis les années 1990 justifie son scepticisme. La coalition estime que les différents accords conclus au fil des crises n’ont pas entraîné les changements politiques attendus et accuse le pouvoir de ne pas respecter ses engagements.

    Nathaniel Olympio, cadre du mouvement, résumait cette défiance dans les colonnes de Jeune Afrique : « Depuis les années 1990 et jusqu’à aujourd’hui, le Togo a organisé une trentaine de dialogues politiques. Beaucoup d’accords ont été signés, mais jamais respectés par le pouvoir. Le dialogue est aussi devenu un instrument de confiscation du pouvoir. »

    Ces accusations traduisent une rupture de confiance entre les acteurs politiques. Là où les autorités présentent la concertation comme un moyen de prévenir les crises et de rechercher des compromis, leurs adversaires y voient un mécanisme qui n’a pas permis de répondre aux revendications fondamentales de l’opposition.

    La coalition invoque également l’arrêt rendu en janvier 2026 par la Cour de justice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), relatif au changement de Constitution au Togo. Elle s’appuie sur cette décision pour contester la légitimité des institutions actuelles et défendre la nécessité d’une nouvelle orientation politique.

    La transition politique comme alternative

    Face à ce qu’elle considère comme une impasse, la Dynamique Monseigneur Kpodzro (DMK), la Dynamique pour la majorité du peuple (DMP), Lumière pour le Développement dans la Paix (LDP) et le mouvement « Touche Pas à Ma Constitution », réunis au sein du Manifeste Génération Togo, proposent une autre voie.

    Dans un communiqué, ces organisations réclament une transition politique suivie d’assises nationales inclusives. Leur objectif affiché est de remettre à plat les questions politiques qui divisent le pays, plutôt que de prolonger des discussions dont elles contestent l’efficacité.

    Pour donner une visibilité à leurs revendications, elles appellent à une journée de mobilisation citoyenne, baptisée « Journée patriotique d’avertissement », prévue le 20 novembre prochain.

    Le pouvoir et ses opposants restent ainsi campés sur des positions difficilement conciliables. Gilbert Bawara défend la disponibilité de Faure Gnassingbé au dialogue, tandis que le Manifeste Génération Togo réclame une rupture avec les méthodes de concertation habituelles.

    Au-delà des déclarations, la question demeure : les acteurs politiques togolais peuvent-ils encore trouver un terrain d’entente autour du dialogue ou le désaccord sur ses objectifs et ses résultats continuera-t-il d’alimenter la crise politique ?

  • Togo : la DMK saisit l’ONU et réclame l’exécution de l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO

    Togo : la DMK saisit l’ONU et réclame l’exécution de l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO

    La Dynamique Monseigneur Kpodzro (DMK) et plusieurs organisations de la diaspora togolaise ont adressé, le 25 septembre 2026 à New York, un mémorandum au secrétaire général des Nations unies. Elles demandent notamment que l’ONU se saisisse de la situation politique et des conditions carcérales au Togo et réclament l’application de l’arrêt rendu le 29 janvier 2026 par la Cour de justice de la CEDEAO.

    Dans un mémorandum daté du 25 septembre 2026 et présenté comme ayant été déposé à l’attention du secrétaire général des Nations unies, la DMK, le « Gouvernement légitime du Togo en exil », la Diaspora togolaise aux USA ainsi que plusieurs mouvements et organisations demandent une implication accrue des institutions internationales dans la situation togolaise.

    Le document, signé depuis New York, entend notamment attirer l’attention du Conseil de sécurité et du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme sur ce que ses auteurs présentent comme des « violations continues » des droits humains et une crise de l’ordre constitutionnel.

    L’arrêt de la CEDEAO au cœur de la démarche

    Le principal argument avancé par les signataires concerne l’arrêt ECW/CCJ/JUD/01/26, rendu le 29 janvier 2026 dans l’affaire opposant la Ligue togolaise des droits de l’homme et d’autres requérants à l’État togolais. La décision est bien répertoriée par les bases de jurisprudence de la Cour de justice de la CEDEAO. Son résumé juridique indique notamment que la juridiction communautaire a considéré qu’une réforme constitutionnelle adoptée par une législature arrivée à expiration constituait une violation de l’article 23 de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance.

    La DMK donne toutefois à cette décision une portée politique et institutionnelle beaucoup plus large. Dans son mémorandum, elle affirme que l’arrêt aurait établi l’« anticonstitutionnalité absolue » du changement de régime ayant conduit à la « 5e République » et demande aux Nations unies de prendre des mesures afin d’en assurer l’exécution.

    Cette interprétation fait cependant l’objet d’un débat au Togo. Des juristes et organisations de la société civile ont récemment souligné la nécessité de distinguer les motifs et le dispositif de l’arrêt, tandis que d’autres acteurs politiques lui attribuent une portée plus large.

    La DMK, pour sa part, invoque les principes de primauté du droit international et de pacta sunt servanda pour soutenir qu’un État ne peut opposer son droit interne à ses obligations internationales.

    Carburant, conditions de détention et droits humains

    Au-delà de la question constitutionnelle, le mémorandum met fortement l’accent sur la situation socio-économique et les droits humains.

    Les signataires dénoncent notamment la hausse du prix du carburant intervenue en septembre 2026, qu’ils présentent comme un facteur aggravant de la précarité des ménages, particulièrement en période de rentrée scolaire. Ils établissent un lien entre cette situation et le droit à un niveau de vie suffisant consacré par les instruments internationaux relatifs aux droits économiques et sociaux.

    Le document consacre également un important volet à la situation dans les prisons. La DMK affirme, sur la base d’un rapport de monitoring qu’elle dit avoir joint au mémorandum, faire état d’une mortalité carcérale préoccupante à Atakpamé, de problèmes d’accès à l’eau potable à Kara, de détentions prolongées sans jugement et d’une surpopulation dépassant, selon elle, 300 % dans certains établissements pénitentiaires de Mango, Sokodé et Dapaong.

    Ces chiffres et allégations sont présentés par les signataires comme des éléments constitutifs de violations continues des droits fondamentaux. Ils sont toutefois, dans le mémorandum, attribués au rapport de monitoring produit par les organisations elles-mêmes et nécessiteraient une vérification indépendante pour établir leur portée factuelle.

    De l’interpellation de l’ONU à la demande d’une transition

    La démarche ne s’arrête pas à une demande d’examen de la situation togolaise. Les organisations signataires demandent aux Nations unies de prendre plusieurs mesures, dont l’enregistrement officiel d’une « Note de rappel J+40 », la mise en œuvre de mesures destinées à assurer l’exécution de l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO et la non-reconnaissance internationale des actes liés à la « 5e République ».

    Elles sollicitent également une coordination entre les Nations unies, l’Union africaine et la CEDEAO en vue, selon leurs propres termes, du déploiement d’une « Transition Souveraine vers SITO », présentée comme devant restaurer « l’ordre constitutionnel légitime ».

    Le mémorandum revendique ainsi une portée à la fois juridique, politique et diplomatique. Il intervient dans un contexte où la réforme constitutionnelle togolaise continue de susciter des interprétations fortement divergentes. L’existence de l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO est établie ; son interprétation et surtout ses effets politiques au Togo demeurent, eux, au cœur d’une controverse entre différents acteurs.

    Avec cette saisine depuis New York, la DMK entend désormais déplacer une partie de cette bataille sur le terrain international, en sollicitant directement les Nations unies, le Conseil de sécurité et les mécanismes internationaux de défense des droits humains.

  • Au Togo, ces questions de l’opposition qui attendent toujours des réponses du gouvernement

    Au Togo, ces questions de l’opposition qui attendent toujours des réponses du gouvernement

    De la répression des manifestations à la hausse du prix du carburant, en passant par l’eau potable, l’OTR, la situation des détenus et l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO, les députés de la DMP et de l’ADDI ont multiplié les interpellations du gouvernement. Certaines remontent à 2025. D’autres ont été déposées ces derniers jours. Mais plusieurs restent, selon le relevé parlementaire, sans réponse.

    Les questions s’accumulent sur les bureaux de l’Assemblée nationale. Les réponses, elles, se font parfois attendre. Le document recensant les interpellations adressées au gouvernement par les députés de l’opposition fait apparaître une succession de questions écrites, questions d’actualité et demandes de convocation portant sur des sujets directement liés à la vie publique.

    Le relevé commence en avril 2025 avec deux questions écrites portant respectivement sur la situation du CMS Président ANT et sur des dysfonctionnements allégués dans l’exécution d’un projet d’aménagement urbain à Lomé. Ces deux dossiers ont fait l’objet de réponses les 24 avril et 22 mai 2025.

    Mais le rythme des interpellations s’est ensuite accéléré, avec des sujets de plus en plus sensibles.

    De la répression des manifestations à la gouvernance publique

    Le 29 juin 2025, les députés ont demandé la convocation d’une session extraordinaire consacrée à la crise politique née, selon eux, des événements survenus depuis le 6 juin. Dans leur démarche, ils dénonçaient notamment l’absence de prise en compte de ces événements dans l’ordre du jour de la séance de clôture de la première session ordinaire.

    Le lendemain, une question d’actualité a porté sur la répression des manifestations civiles des 6, 26, 27 et 28 juin 2025. Les parlementaires demandaient des explications sur l’usage de la force, les allégations d’intervention d’individus armés non identifiés et le cadre légal applicable. Cette question avait été posée conjointement avec des députés de l’ADDI.

    Quelques jours plus tard, le 4 juillet 2025, une autre série de questions écrites concernait la gouvernance de l’AMU et de l’INAM, les projets d’hôpitaux mère-enfant, la gestion des ressources humaines et le climat de travail à l’INAM. Le relevé indique explicitement : « Sans réponse ».

    Le secteur éducatif a également été interpellé. Une question écrite déposée le 17 septembre 2025 concernait les infrastructures scolaires, les enseignants, l’hygiène, les cantines et la gouvernance du secteur.

    À partir de 2026, les dossiers abordés touchent directement plusieurs préoccupations économiques et sociales.

    Le 10 avril, les députés ont demandé des clarifications sur des dysfonctionnements allégués à l’Office togolais des recettes (OTR), notamment au sujet de dépôts et avoirs allégués. Ils réclamaient des informations sur les vérifications effectuées, les éventuelles diligences engagées et la coopération avec la justice.

    Le 16 juin, le PASH-MUT a fait l’objet d’une question écrite. Les parlementaires demandaient notamment des explications sur l’état d’exécution du projet, les retards, la restructuration du financement, les faibles décaissements et les difficultés liées à la passation des marchés.

    Carburant, CEDEAO, culture : trois nouveaux fronts

    La question du pouvoir d’achat est venue s’ajouter à cette liste. Le 24 septembre 2026, les députés ont saisi le gouvernement au sujet de la hausse du prix des produits pétroliers. Ils demandent des explications sur les raisons de cette augmentation, le mécanisme de fixation des prix, le niveau des taxes et subventions ainsi que les mesures destinées à en limiter les effets sur les ménages, les transports et le coût de la vie.

    Le même jour, une autre question d’actualité a porté sur les suites à donner à l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO. Les députés demandent au gouvernement de préciser les mesures envisagées, les engagements régionaux concernés et le calendrier ou la feuille de route qu’il entend présenter devant l’Assemblée nationale, la CEDEAO et l’Union africaine.

    Le secteur culturel constitue le troisième dossier ajouté le 24 septembre. Les parlementaires s’intéressent à la crise du secteur, au financement des artistes, à la gestion du Fonds national de promotion culturelle, à la gouvernance du ministère ainsi qu’aux suites données aux constats de l’ARCOP sur la commande publique.

    À cette série s’ajoute une question conjointe sur l’agression survenue le 29 septembre 2024 au siège de la CDPA. Déposée en juin 2026, elle porte notamment sur les résultats de l’enquête et sur les garanties liées à l’exercice de l’activité politique, à la sécurité des citoyens et au pluralisme démocratique.

    Au total, le document recense douze démarches parlementaires entre avril 2025 et septembre 2026, couvrant des domaines aussi variés que la santé, l’urbanisme, la sécurité, l’éducation, la protection sociale, les recettes publiques, l’eau, la démocratie, l’énergie et la culture.

    Derrière cette longue liste se pose une question plus institutionnelle : que devient le contrôle parlementaire lorsque les interpellations restent sans réponse ?

    Le relevé ne précise pas le statut de chacune des questions les plus récentes. Il établit toutefois explicitement que certaines n’ont pas reçu de réponse, tandis que deux questions de 2025 ont, elles, obtenu des réponses dans les semaines suivant leur dépôt. Cette différence illustre aussi que le dialogue entre gouvernement et Parlement peut fonctionner dans certains dossiers, même si plusieurs interpellations demeurent en attente.

    Pour les députés à l’origine de ces démarches, l’enjeu dépasse donc la simple transmission de questions. Il s’agit de faire du Parlement un espace où le gouvernement est appelé à expliquer ses décisions, à rendre compte de la gestion publique et à répondre aux préoccupations des citoyens.

    Reste désormais à savoir combien de ces questions obtiendront une réponse officielle et dans quels délais.

  • Togo : Kafui Adjamagbo-Johnson maintient la pression sur le gouvernement et justifie le choix de rester au Parlement

    Togo : Kafui Adjamagbo-Johnson maintient la pression sur le gouvernement et justifie le choix de rester au Parlement

    Deux ans après l’agression du 29 septembre 2024 au siège de la CDPA, la députée Kafui Adjamagbo-Johnson a rendu compte de son activité parlementaire et politique. Face aux journalistes, elle a dressé le bilan de ses actions depuis le début de 2026, dénoncé l’absence de réponses à plusieurs interpellations adressées au gouvernement et réaffirmé son engagement en faveur de l’application de l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO sur la réforme constitutionnelle togolaise.

    Le choix de la date n’était pas anodin. En ouvrant sa déclaration le 29 septembre 2026, Kafui Adjamagbo-Johnson a d’abord marqué un temps d’arrêt sur les événements survenus deux ans plus tôt au siège de la CDPA. Elle rappelle qu’une rencontre citoyenne de la DMP, à laquelle participait le député sénégalais Guy Marius Sagna, avait été suivie d’une agression visant les responsables politiques, les participants et des journalistes.

    Selon la députée, une enquête avait été annoncée, mais aucun résultat n’aurait, à ce jour, été rendu public. Elle rappelle également qu’une question orale avait été adressée au gouvernement le 26 janvier 2026 par des députés de l’opposition, sans suite à l’heure de sa déclaration. Elle réclame ainsi que la lumière soit faite sur les auteurs de ces violences et sur les mesures prises pour empêcher leur répétition.

    L’arrêt de la CEDEAO au cœur de la stratégie de l’opposition

    La principale ligne de force de la déclaration reste toutefois la question institutionnelle. Kafui Adjamagbo-Johnson affirme avoir fait de l’application de l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO du 29 janvier 2026 une priorité de son action parlementaire et politique.

    Elle explique que les députés de l’opposition ont entrepris une démarche auprès de plusieurs institutions africaines et internationales, de représentations diplomatiques, de parlements, d’organisations de défense des droits humains ainsi que d’institutions financières internationales. L’objectif affiché est de porter à leur connaissance les préoccupations de l’opposition sur l’évolution institutionnelle et démocratique du Togo.

    La députée affirme également avoir interpellé officiellement le gouvernement sur les conséquences qu’il entend tirer de l’arrêt de la juridiction communautaire. Elle dit attendre une position claire sur les mesures envisagées et sur le calendrier de leur mise en œuvre.

    Cette stratégie explique, selon elle, pourquoi les députés de l’opposition continuent de siéger à l’Assemblée nationale malgré les appels à leur démission. Elle rappelle que les législatives du 29 avril 2024 avaient donné 108 sièges sur 113 au parti UNIR, les cinq autres étant revenus à l’opposition. Pour elle, le mandat parlementaire constitue un moyen d’interpellation, de contrôle et de dialogue avec différents acteurs.

    « Une démission peut être un acte fort », reconnaît-elle en substance, tout en estimant que son efficacité dépendrait du moment où elle intervient. La députée assure qu’une telle décision pourrait être prise avec les autres forces de l’opposition si elle était jugée utile à la stratégie politique commune.

    Des interpellations sur la sécurité, l’eau, les détenus et le coût de la vie

    La députée a ensuite détaillé plusieurs dossiers sur lesquels elle affirme avoir exercé son mandat de contrôle de l’action gouvernementale.

    Parmi eux figurent notamment le dossier de l’association « Sentinelles du peuple », les événements de Laté-Kopé, des révélations concernant de supposés dysfonctionnements à l’Office togolais des recettes, la situation de personnes présentées comme des détenus politiques, mais aussi le Projet d’amélioration de la sécurité hydrique en milieu urbain (PASH-MUT).

    Sur le dossier de l’OTR, elle indique avoir demandé des explications au gouvernement à la suite de révélations relayées sur les réseaux sociaux concernant d’importants dépôts d’espèces. Elle réclame que soient établis les faits, les vérifications effectuées et les éventuelles mesures prises.

    Concernant les détenus qu’elle qualifie de politiques, elle affirme avoir demandé des informations sur leurs conditions de détention, leur accès aux soins et à la défense ainsi que sur l’exécution de décisions judiciaires ordonnant des libérations.

    La hausse des prix des produits pétroliers entrée en vigueur le 11 septembre 2026 figure également parmi les sujets évoqués. Avec son collègue de l’ADDI, elle dit avoir demandé des explications sur le mécanisme de fixation des prix, les taxes et subventions ainsi que les mesures destinées à limiter l’impact de cette hausse sur le pouvoir d’achat.

    Pour Kafui Adjamagbo-Johnson, le problème central demeure toutefois l’absence de réponses à ses différentes interpellations. Elle affirme qu’aucune des questions adressées au gouvernement, y compris plusieurs de celles déposées lors des sessions précédentes, n’a reçu de réponse à la date de sa déclaration. Cette situation, estime-t-elle, affaiblit le contrôle parlementaire.

    Inondations : la députée dénonce un déficit d’anticipation

    Autre volet de son bilan : la visite effectuée le 3 juillet 2026 par des élus de la DMP auprès de populations touchées par les inondations dans le Grand Lomé et certaines localités de la région Maritime.

    La députée décrit des canaux insuffisamment entretenus, des ouvrages de drainage inexistants ou insuffisants, des eaux stagnantes, des voies coupées et des habitations envahies ou détruites. Elle estime que les inondations répétées doivent être considérées comme une question de gouvernance publique et non comme une fatalité.

    Kafui Adjamagbo-Johnson revient également sur sa participation à la 51ᵉ Session de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, organisée à Yaoundé du 7 au 12 juillet 2026. Elle affirme y avoir transmis aux parlementaires francophones des documents consacrés à la situation politique, institutionnelle et sécuritaire du Togo, ainsi que l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO et le mémorandum du Manifeste Génération Togo.

    En conclusion, la députée appelle le gouvernement à répondre aux questions qui lui ont été adressées, notamment celles concernant l’agression du 29 septembre 2024, l’arrêt de la CEDEAO et la récente hausse du prix du carburant.

    Elle invite enfin les citoyens à participer à la rencontre annoncée pour le 4 octobre 2026 au siège de la CDPA, autour du thème : « Devoir de mémoire, devoir d’engagement ».

  • CNCC : Tsévié, le meeting rattrapé par le couperet administratif

    CNCC : Tsévié, le meeting rattrapé par le couperet administratif

    Le rendez-vous était fixé au 27 septembre à Tsévié-Atikoumé. Il faudra finalement attendre. Le Cadre National de Concertation pour le Changement (CNCC) a annoncé le report de son meeting, invoquant des exigences administratives qui, selon l’organisation, se répètent et compliquent la tenue de ses activités publiques.

    Dans une note de mise au point publiée jeudi, le CNCC explique que le comité d’organisation fait face à une demande du ministère de l’Administration territoriale, de la Gouvernance locale et des Affaires coutumières : fournir une « attestation de mise à disposition du site ». Une exigence que le mouvement présente comme un obstacle procédural persistant.

    Une attestation qui bloque encore le rassemblement

    Le sujet n’est manifestement pas nouveau. Le CNCC affirme avoir déjà été confronté à cette même exigence lors de la préparation de sa conférence publique du 4 septembre dernier. À quelques jours de son meeting de Tsévié, le ministère aurait renouvelé la demande dans une note formelle datée du 11 septembre 2026.

    Pour le mouvement, la répétition de cette procédure pose question. Plutôt que de prendre le risque d’organiser le rassemblement sans avoir satisfait aux exigences administratives, le CNCC a choisi de reporter l’événement.

    L’organisation affirme vouloir profiter de ce délai pour trouver une « solution définitive à cette pratique administrative ». Une manière de faire comprendre que, derrière le simple report d’une date, se joue aussi la question des conditions concrètes d’organisation des réunions publiques politiques.

    Mobilisation en attente, nouvelle date inconnue

    Le CNCC ne renonce toutefois pas à son meeting. Il demande à ses militants et sympathisants de « rester vigilants » et de se tenir prêts à une mobilisation massive dès qu’une nouvelle date sera annoncée.

    Pour l’heure, aucune nouvelle échéance n’a été communiquée. Le calendrier du CNCC reste donc suspendu à la résolution de la question administrative soulevée par les autorités.

    Ce nouvel épisode intervient après la conférence publique du 4 septembre, au cours de laquelle le même sujet aurait déjà été soulevé. La répétition de l’exigence autour de la « mise à disposition du site » donne au report de Tsévié une portée qui dépasse la simple modification d’agenda.

    Entre exigences administratives et volonté de mobilisation politique, le CNCC se retrouve ainsi contraint de remettre son rassemblement à plus tard. Reste désormais à savoir si les démarches annoncées permettront de débloquer la situation — et surtout à quelle échéance le mouvement pourra finalement retrouver le terrain à Tsévié.

  • Au Togo, la DMK maintient la pression entre mobilisation internationale et situation carcérale

    Au Togo, la DMK maintient la pression entre mobilisation internationale et situation carcérale

    La Dynamique Monseigneur Kpodzro (DMK) annonce une marche de sa diaspora aux États-Unis et dénonce, à partir de visites effectuées dans plusieurs prisons, les conditions de détention au Togo. La coalition réaffirme parallèlement son opposition à la Ve République et critique la hausse du prix des produits pétroliers.

    La DMK veut maintenir la pression sur les autorités togolaises. Lors d’un point de presse, la coalition a annoncé une mobilisation de sa diaspora aux États-Unis, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies annoncée pour le 25 septembre 2026. Selon ses responsables, cette marche vise notamment à porter sur la scène internationale des revendications liées à la gouvernance, à la souveraineté et à la situation socio-économique du Togo.

    Dans un communiqué daté du 14 septembre, le Conseil de Direction des Coordinations (CDC) annonce également l’unification du Front social et du Front politique sous la bannière de la Souveraineté intégrale du Togo (SITO). La DMK présente cette jonction, actée le 13 septembre, comme la concrétisation de la « Grande Jonction des Bâtisseurs » attribuée à son fondateur, feu Gabriel Messan Agbéyomé Kodjo.

    Des inquiétudes sur les conditions de détention

    La situation carcérale occupe une place importante dans les dernières déclarations de la coalition. La DMK affirme avoir effectué des visites dans les prisons de Kara, Sokodé, Mango et Dapaong. À Kara, elle dit notamment avoir rencontré l’humoriste Tayo, détenu depuis décembre 2025.

    La coalition affirme avoir constaté la présence de détenus malades et évoque des personnes qui attendraient leur jugement depuis plusieurs années. Elle cite notamment le cas d’un jeune originaire de Sagbado qui, selon ses déclarations, serait détenu à Kara sans jugement depuis près d’une décennie.

    Ces éléments relèvent des constats et déclarations de la DMK et mériteraient, pour être établis de manière indépendante, d’être confrontés aux données des autorités pénitentiaires et judiciaires compétentes. La coalition appelle néanmoins les citoyens à rendre visite aux détenus et à leur apporter des produits de première nécessité.

    Carburant et contestation de la 5è République

    La hausse du prix des produits pétroliers constitue également un axe majeur de la critique. La DMK dénonce notamment le prix de l’essence fixé à 817 francs CFA le litre, estimant que cette augmentation accentue les difficultés des ménages et renchérit le transport et les produits de première nécessité.

    Sur le plan institutionnel, la coalition maintient sa contestation de la Ve République. Elle invoque notamment un arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO du 29 janvier 2026, dont elle donne une interprétation contestant la légitimité du changement de régime au Togo. Elle cite également certaines dispositions de la Convention de Vienne sur le droit des traités pour étayer son argumentaire.

    La DMK appelle enfin à une mobilisation qu’elle souhaite pacifique, notamment à l’occasion de la rentrée scolaire, et entend poursuivre son action sur les fronts politique, social et international.

Radio Renouveau228

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