Togo : le « Budget vert » 2027, entre virage écologique et exigence de redevabilité
En formant ses cadres à la budgétisation verte, le ministère de l’Économie et de la Veille stratégique veut faire du budget 2027 un instrument davantage aligné sur les impératifs climatiques et environnementaux.
Du 3 au 7 août 2026 à Lomé, le ministère de l’Économie et de la Veille stratégique (MEVS) a consacré cinq jours au renforcement des capacités de ses cadres sur la budgétisation verte. Derrière l’apparente technicité de cet exercice se joue une évolution plus profonde de la gestion publique : celle du passage d’un budget principalement centré sur les allocations financières à un budget qui cherche également à mesurer les conséquences environnementales des choix de l’État.
L’objectif affiché de l’atelier est double : permettre aux cadres de s’approprier la méthodologie de la budgétisation verte et contribuer à l’élaboration du document « Budget Vert » du ministère pour l’exercice 2027. Cette démarche intervient alors que le Togo a déjà institutionnalisé progressivement cet outil dans son processus budgétaire. Le ministère des Finances présente d’ailleurs le pays comme un pionnier de la budgétisation verte dans l’espace UEMOA.
Du discours climatique aux lignes budgétaires
Le principe est relativement simple : identifier, au sein des programmes et dépenses publiques, celles qui ont un impact favorable, défavorable ou neutre sur le climat et l’environnement. Mais sa mise en œuvre est autrement plus complexe. Elle suppose des critères de classement précis, des compétences techniques et surtout une capacité à suivre les dépenses au-delà de leur inscription dans la loi de finances.
Le Togo a déjà franchi plusieurs étapes. Le Budget Vert 2026, par exemple, repose sur une architecture institutionnelle dans laquelle le ministère chargé des finances assure le pilotage du processus, tandis que la Direction générale du Budget et des Finances en assure la mise en œuvre technique.
L’enjeu du Budget Vert 2027 est donc moins de créer un nouvel outil que de consolider une pratique appelée à devenir un élément normal de la préparation budgétaire.
Une réforme qui dépasse le seul ministère de l’Économie
La formation des cadres du MEVS prend tout son sens dans cette dynamique interministérielle. En avril 2026, le ministère des Transports avait déjà organisé une formation destinée à ses points focaux et cadres afin de les familiariser avec le marquage climatique et environnemental des activités et projets, avec l’objectif d’élaborer un projet de Budget Vert 2027.
Cette multiplication des formations traduit une volonté d’élargir progressivement la démarche à l’ensemble de l’administration. En 2025, le gouvernement avait justement indiqué que le champ du Budget Vert devait être étendu à tous les ministères et institutions.
La logique est importante : les politiques environnementales ne peuvent plus être confinées au seul ministère chargé de l’environnement. Agriculture, transports, énergie, infrastructures, urbanisme, économie ou encore finances produisent, chacun à leur niveau, des effets sur les émissions, les ressources naturelles et la résilience du pays face aux changements climatiques.
Le véritable test : l’exécution
Mais c’est ici que commence le principal défi. Un budget peut être « vert » sur le papier sans produire automatiquement des résultats environnementaux.
La question déterminante sera donc celle de l’exécution. Les crédits identifiés comme favorables au climat sont-ils effectivement dépensés conformément à leur destination ? Les projets annoncés comme environnementalement vertueux produisent-ils les résultats attendus ? Les dépenses ayant des effets négatifs sont-elles réorientées ou simplement recensées ?
Le Togo semble avoir compris cette nécessité de dépasser le stade de la programmation. En juin-juillet 2026, la Direction générale du Budget et des Finances a réuni 64 experts pour travailler sur les rapports d’exécution des Budgets Verts 2024 et 2025. Cette démarche marque un passage significatif vers la redevabilité et l’évaluation des résultats.
Une nouvelle culture de la dépense publique
Le Budget Vert 2027 pourrait ainsi constituer davantage qu’un document technique annexé au budget de l’État. Il peut devenir un outil d’arbitrage permettant de mieux apprécier la cohérence entre les ambitions climatiques du pays et les ressources effectivement mobilisées.
Cette évolution intervient d’ailleurs dans un contexte où le Togo cherche à intégrer plusieurs dimensions transversales dans son budget 2027. En juillet 2026, un appui technique de la Commission économique pour l’Afrique et de l’UNFPA a également porté sur l’intégration des dépenses sensibles au dividende démographique dans le budget 2027.
La tendance est donc claire : le budget public tend à devenir un instrument multidimensionnel, prenant en compte non seulement les montants dépensés, mais aussi leur impact sur le développement humain, l’environnement et la résilience économique.
L’heure de la preuve
Pour le MEVS, la formation organisée à Lomé constitue une étape nécessaire. Mais elle ne saurait être une fin en soi. Le véritable succès du Budget Vert 2027 se mesurera à sa capacité à influencer les décisions, à améliorer la qualité des investissements publics et à rendre plus lisible l’impact environnemental de la dépense publique.
Le défi est désormais de passer de la budgétisation verte à une véritable gestion publique verte. Autrement dit, ne plus seulement identifier les crédits qui contribuent à la protection de l’environnement, mais faire de cette exigence un critère réel dans les choix de l’État.
À l’heure où les effets du changement climatique imposent des coûts croissants aux économies africaines, la question n’est plus de savoir si les finances publiques doivent intégrer l’environnement. Elle est de savoir si cette intégration modifiera réellement la manière dont l’argent public est priorisé, dépensé et contrôlé.
