Evala : quand les “likes” montent sur le ring des médias
À Kara, les lutteurs ne sont pas les seuls à se mesurer dans l’arène. Cette année, une autre bataille fait rage : celle qui oppose le journalisme… aux filtres et aux likes.
Pendant que les champions des Evala s’affrontent dans les arènes, une lutte d’un tout autre genre anime les coulisses de la fête traditionnelle. Selon le Patronat de la presse togolaise (PPT), des badges estampillés « Média » auraient été distribués à des influenceurs et créateurs de contenus, au grand dam des professionnels de l’information.
Le constat a de quoi faire sourire… avant de faire réfléchir. Car à ce rythme, un smartphone bien chargé, deux millions de vues et une danse virale suffiraient presque à remplacer une rédaction, une carte de presse et quelques années de déontologie.
La chasse aux “likes” remplace-t-elle la chasse à l’information ?
Le communiqué du PPT dénonce une confusion entretenue entre deux métiers qui n’ont pourtant pas le même objectif. Le journaliste vérifie, recoupe, contextualise et assume la responsabilité de ce qu’il publie. L’influenceur, lui, cherche avant tout à capter l’attention de sa communauté, quitte à privilégier l’émotion ou le spectaculaire.
Les deux univers peuvent coexister. Mais les mélanger reviendrait à confondre un arbitre avec un supporter : tous deux aiment le football, mais ils ne jouent pas le même rôle.
Badge “Média” : attention au hors-jeu
En attribuant indistinctement le précieux sésame, les organisateurs prennent le risque d’entretenir une ambiguïté que le PPT juge préjudiciable à la profession. Demain, faudra-t-il remettre un stéthoscope à tout influenceur santé ou une toque de chef à chaque critique gastronomique ?
L’humour mis à part, le débat est sérieux. Les réseaux sociaux ont bouleversé la circulation de l’information, mais ils n’ont pas aboli les règles du journalisme.
Aux Evala, les lutteurs savent qu’il existe des catégories bien définies. Peut-être est-il temps que les badges suivent la même logique : un pour les médias, un autre pour les créateurs de contenus. Ainsi, chacun restera dans son arène… sans tenter un plaquage sur la crédibilité de l’autre.
