Epsteingate: médias ivoiriens et silence gêné autour de Nina Keita
Alors que le nom de Nina Keita revient régulièrement dans le scandale international impliquant Jeffrey Epstein, les médias ivoiriens semblent choisir le silence.
Sur les réseaux sociaux et dans la presse internationale, les références sont nombreuses, les enquêtes approfondies. Pourtant, en Côte d’Ivoire, peu ou aucun grand média ne se risque à traiter le sujet. Ce mutisme interroge, notamment sur l’indépendance de la presse nationale et sur son rôle dans la démocratie.
Depuis plusieurs semaines, plusieurs internautes et observateurs de la vie médiatique ont remarqué l’étonnante discrétion des journaux ivoiriens face à un sujet mondialement médiatisé. Certains s’interrogent : pourquoi aucun article de fond, aucune analyse ou enquête approfondie sur le rôle supposé de Nina Keita, nièce du président Alassane Ouattara, dans ce dossier n’est publiée sur les sites et journaux ivoiriens réputés ? La réponse pourrait résider dans les liens, souvent implicites, que certains médias entretiennent avec le pouvoir en place.
En éludant ce sujet, les médias nationaux passent à côté de leur fonction première, celle de quatrième pouvoir, capable de questionner les puissants, d’informer objectivement et de provoquer le débat public. Dans un État démocratique, la presse a le devoir de traiter des affaires même gênantes, de relayer des informations controversées et de tenir les institutions ou figures publiques responsables de leurs actes. Or, le choix de l’omission face à cette affaire montre que certains organes de presse semblent privilégier la prudence politique ou les intérêts de proches du pouvoir, au détriment de l’information des citoyens.
Ce silence a plusieurs conséquences. D’abord, il fragilise la crédibilité de la presse ivoirienne. Les lecteurs qui cherchent des informations fiables sur des dossiers internationaux se tournent vers des sources étrangères, parfois au détriment de l’actualité locale. Ensuite, il contribue à une forme d’autocensure, où les journalistes eux-mêmes hésitent à traiter certains sujets par peur de représailles ou de pressions implicites. Enfin, il envoie un message inquiétant sur l’état de la démocratie : si la presse ne remplit pas son rôle de surveillance, les citoyens sont privés d’un outil essentiel pour comprendre et contrôler le pouvoir.
L’affaire Nina Keita, ex-mannequin, et Jeffrey Epstein n’est pas seulement un scandale lointain ; elle est aussi un test pour la presse ivoirienne. Savoir informer sur des sujets sensibles, même internationaux, est un marqueur de professionnalisme et d’indépendance. La véritable question aujourd’hui est simple : les médias ivoiriens seront-ils capables de dépasser leurs liens implicites avec le pouvoir pour accomplir leur mission fondamentale ? Ou continueront-ils à pratiquer une forme de complaisance qui menace leur réputation et, par ricochet, la démocratie elle-même ?
Le silence autour de Nina Keita, 44 ans, ex-conseillère du ministre du Budget, Abdourahmane Cissé (2014-2016), mariée au ministre de l’Emploi, Adama Kamara, numéro deux de la société publique de gestion des fonds pétroliers de Côte d’Ivoire (Gestoci) depuis 2019, autrement dit une figure du clan au pouvoir à Abidjan, révèle bien plus qu’un simple choix éditorial. En effet, il souligne une fragilité structurelle de la presse ivoirienne. Celle-ci, confrontée à la pression politique et aux enjeux économiques, doit rappeler à ses journalistes et à ses dirigeants que l’information ne doit jamais céder devant l’intérêt du pouvoir. La crédibilité se gagne dans la transparence, le courage et la constance. Tout le reste n’est que compromis et fragilité d’un quatrième pouvoir en péril.
