À quelques jours de la double confrontation contre l’Algérie, le sélectionneur togolais s’est illustré par un accès de colère face à un journaliste. Au-delà de cet incident regrettable, ses déclarations sur l’objectif de la CAN 2027 soulèvent une sérieuse question de cohérence. La FTF a-t-elle vendu un projet que le technicien ne reconnaît plus ou Patrice Neveu cherche-t-il à se dérober à la pression des résultats ?
La conférence de presse du mardi 3 novembre 2026, consacrée à la publication de la liste des Éperviers pour les deux prochaines journées des éliminatoires de la CAN 2027, a pris une tournure inattendue. Au lieu de se limiter aux choix sportifs et aux perspectives de la sélection togolaise, Patrice Neveu a offert un spectacle peu reluisant de son tempérament colérique.
Tout est parti d’une question pourtant légitime d’un journaliste sur les objectifs qui lui ont été assignés à la tête de la sélection nationale. Visiblement agacé, le technicien français a expliqué que sa mission première n’était pas de qualifier le Togo pour la prochaine Coupe d’Afrique des nations, mais de reconstruire une équipe compétitive. Une réponse qui a fait monter la tension dans la salle.
Mais le plus préoccupant est intervenu après la clôture de la conférence. Toujours sous le coup de l’énervement, Patrice Neveu s’est dirigé vers le journaliste à l’origine de la question. Il a fallu l’intervention de membres de son staff et de confrères pour éviter que l’altercation verbale ne dégénère en confrontation physique.
Un comportement difficilement compatible avec les responsabilités d’un sélectionneur national, censé incarner la maîtrise de soi, la discipline et le sang-froid, y compris dans les moments de tension. Une question se pose alors : Patrice Neveu a-t-il déjà peur du double défi qui l’attend face aux Fennecs d’Algérie au point de perdre ainsi ses nerfs devant une simple question de journaliste ?

CAN 2027 : la FTF et Neveu ne racontent-ils plus la même histoire ?
L’autre dimension de cette sortie concerne le fond de la réponse du sélectionneur. À son arrivée au Togo, en février 2026, Patrice Neveu avait été présenté comme l’homme chargé de remettre les Éperviers sur les rails et de conduire le pays vers la CAN 2027. Le discours officiel et les déclarations publiques du technicien avaient alors entretenu cette attente.
Le 2 mars 2026, lors de la signature de son contrat de trois ans, Neveu avait lui-même été explicite : « Les autorités togolaises et le peuple togolais veulent aller à la CAN 2027, donc je veux y aller aussi », déclarait-il. Le 18 septembre, à l’occasion de la publication de sa liste pour les premières journées des éliminatoires, il enfonçait le clou : « Notre objectif, c’est d’aller à la CAN 2027 ».
Certes, le ministère chargé des Sports a officiellement présenté sa mission essentielle comme celle de reconstruire une équipe solide et compétitive. Mais cette reconstruction devait-elle devenir un argument pour relativiser l’objectif de qualification ? Rien, dans les déclarations initiales du sélectionneur, ne permettait de penser que les deux ambitions étaient incompatibles.
Dès lors, une interrogation mérite d’être posée : qui dit aujourd’hui la vérité ? La Fédération togolaise de football a-t-elle fait croire aux supporters que Patrice Neveu avait pour principale mission de qualifier le Togo à la CAN 2027, alors que son contrat ne lui assignait officiellement qu’un chantier de reconstruction ? Ou est-ce le technicien qui, sous le coup de la colère et face à la pression grandissante, semble désormais prendre ses distances avec une ambition qu’il avait pourtant publiquement faite sienne ?
Face à l’Algérie, le révélateur des contradictions
Le calendrier ne laisse pourtant aucune place à l’agitation. Les Éperviers doivent affronter les Fennecs le 14 novembre en Algérie, avant de les recevoir le 17 novembre à Lomé. Deux rendez-vous importants dans la campagne qualificative du groupe I, où figurent également la Zambie et le Burundi.
La tâche s’annonce particulièrement difficile face à une sélection algérienne rompue aux grandes compétitions continentales. Mais c’est précisément dans ce genre de circonstances que le sélectionneur doit faire preuve de sérénité et transmettre de la confiance à ses joueurs.
À ce stade, le football togolais a davantage besoin d’un entraîneur concentré sur ses choix tactiques et ses résultats que d’un technicien qui transforme une question de journaliste en affrontement personnel. La liberté de la presse implique aussi que les objectifs du sélectionneur puissent être interrogés.
Patrice Neveu doit-il être jugé sur ses accès de colère ou sur ses résultats ? Les deux, certainement. Mais les supporters togolais sont en droit de savoir si la CAN 2027 demeure réellement l’ambition de leur sélectionneur. À moins que la reconstruction ne soit devenue, avant même les échéances décisives, un confortable paravent contre les exigences du résultat.

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