Tunisie : les coulisses d’un séisme, pourquoi Sabri Lamouchi est tombé et comment Hervé Renard a pris le pouvoir
En moins de vingt-quatre heures, la Tunisie a vécu l’un des plus grands psychodrames de son histoire footballistique. Entre colère populaire, improvisation fédérale et opération sauvetage, Sabri Lamouchi a été sacrifié et Hervé Renard appelé à la rescousse.
La Tunisie n’aura pas attendu longtemps avant de devenir le premier grand feuilleton de la Coupe du monde 2026. Quelques heures seulement après la débâcle face à la Suède (5-1), les Aigles de Carthage ont brutalement changé de pilote en plein tournoi. Sabri Lamouchi a été débarqué et remplacé par le technicien français Hervé Renard. Une décision aussi spectaculaire que révélatrice des profondes tensions qui traversent le football tunisien.
Pourtant, le score de Monterrey n’est que la partie visible de l’iceberg.
Une confiance déjà largement érodée
Nommé en janvier 2026 avec un contrat censé courir jusqu’en 2028, Sabri Lamouchi n’a jamais réussi à convaincre. En cinq rencontres, il n’a enregistré qu’une seule victoire et les signaux d’alerte se multipliaient depuis plusieurs semaines. Les lourdes défaites contre la Belgique (0-5) en amical puis contre la Suède (1-5) ont fini par rendre sa position intenable.
Mais au-delà des résultats, ce sont ses choix tactiques qui ont provoqué la rupture.
Face à la Suède, Lamouchi a surpris tout le monde en adoptant un système prudent qui a rapidement volé en éclats. Les observateurs ont dénoncé une équipe désorganisée, sans repères et incapable de répondre à l’intensité suédoise. Plusieurs spécialistes tunisiens ont pointé du doigt des erreurs de composition et un manque de cohérence dans la gestion du groupe.
Après la rencontre, le sélectionneur avait tenté de se défendre en expliquant : « Nous avons encaissé un score lourd en raison de la qualité des joueurs suédois et de nos erreurs individuelles. » Une justification qui n’a convaincu ni les supporters ni les dirigeants.
La journée de tous les rebondissements
Lundi matin, alors que la délégation tunisienne était retranchée dans son hôtel de San Pedro Garza Garcia, au Mexique, les rumeurs ont commencé à circuler à une vitesse folle.
La Fédération tunisienne de football hésitait encore entre une solution interne et un grand coup médiatique. Plusieurs noms ont émergé, notamment ceux de Mondher Kebaier et d’Anis Boujelbène. Mais très vite, l’option Hervé Renard s’est imposée.
La journée a alors pris une tournure surréaliste.
Des informations contradictoires se succédaient. Un message annonçant des changements aurait été brièvement diffusé puis retiré des réseaux sociaux, alimentant davantage le chaos. En parallèle, l’ancien international André-Pierre Gignac, véritable icône au Mexique où il évolue avec les Tigres de Monterrey, aurait été sollicité pour faciliter certains contacts et accompagner l’intégration express du nouvel entraîneur dans un environnement qu’il connaît parfaitement.
Dans le même temps, des mesures de sécurité renforcées ont été mises en place autour de l’hôtel des Aigles de Carthage, signe de la nervosité ambiante.
Hervé Renard, l’homme des missions impossibles
Face à l’urgence, les dirigeants tunisiens ont misé sur une valeur sûre.
À 57 ans, Hervé Renard possède une réputation presque mythique sur le continent africain. Double vainqueur de la Coupe d’Afrique des nations avec la Zambie en 2012 et la Côte d’Ivoire en 2015, il a également marqué les esprits avec le Maroc et surtout l’Arabie saoudite, qui avait battu l’Argentine lors du Mondial 2022.
La Fédération tunisienne lui a confié une mission immédiate : sauver ce qui peut encore l’être dans cette Coupe du monde. Son arrivée a été officialisée mardi et il a obtenu carte blanche pour recomposer une partie de son staff technique. Seul Wahbi Khazri devrait conserver un rôle auprès du groupe.
Une décision politique autant que sportive
Ce changement express traduit surtout la peur d’une humiliation nationale.
Dans un pays où le football demeure un puissant marqueur identitaire, la gifle infligée par la Suède a été vécue comme un affront collectif. Les autorités sportives ne pouvaient pas se permettre de laisser s’installer un sentiment d’abandon.
Cependant, l’arrivée de Renard ne constitue pas une garantie de miracle.
Le technicien français hérite d’un groupe qu’il n’a pas choisi, qu’il découvre en pleine compétition et qu’il devra reconstruire psychologiquement en quelques jours seulement avant les rendez-vous cruciaux contre le Japon et les Pays-Bas.
Au fond, cette affaire pose une question plus profonde : le problème tunisien était-il Sabri Lamouchi ou un système qui change constamment de direction au moindre revers ?
En sacrifiant un entraîneur après un seul match de Coupe du monde, la Tunisie a envoyé un message fort. Mais elle a aussi pris un risque immense : celui de croire qu’un homme, même nommé Hervé Renard, peut résoudre en quelques jours des problèmes qui se sont accumulés depuis plusieurs années.
