RDC- Michel Kuka, du stade au marché de l’attention
Il était d’abord un visage, une énergie brute captée par les caméras de la Coupe d’Afrique des Nations. Aujourd’hui, Michel Kuka devient un cas d’école. Celui qui s’est illustré dans les tribunes lors de la dernière Coupe d’Afrique des Nations franchit un cap décisif : il transforme la ferveur populaire en valeur économique.
Après avoir reçu les honneurs et la reconnaissance symbolique des autorités congolaises, Michel Kuka vient de signer un contrat de partenariat avec Tecno, d’un montant annoncé de 50 000 dollars. Un chiffre qui marque un tournant. On n’est plus dans le simple supporterisme, ni même dans la notoriété éphémère née d’un buzz. On entre de plain-pied dans l’économie de l’attention, ce système où la visibilité, l’émotion et l’authenticité deviennent des actifs monétisables.
Ce mouvement n’est pas isolé. Les marques cherchent désormais à s’adosser à des figures capables de capter l’attention collective, surtout en Afrique, où le football reste l’un des rares langages véritablement transnationaux. Michel Kuka incarne une narration : celle du fan passionné, spontané, enraciné dans la culture populaire. Pour Tecno, l’association est stratégique : elle permet de parler à la jeunesse, aux classes populaires et à l’écosystème numérique, sans passer par les canaux publicitaires traditionnels.
Mais cette dynamique soulève une question centrale : les marques récupèrent-elles nos symboles ou offrent-elles une chance réelle à nos ambassadeurs ? D’un côté, le risque de folklorisation existe. Le supporter devient une image, parfois vidée de sa profondeur, utilisée pour vendre. De l’autre, ces partenariats ouvrent des opportunités inédites : reconnaissance financière, structuration de carrières hors des sentiers classiques, et affirmation d’une économie culturelle africaine qui se professionnalise.
Dans le cas de Michel Kuka, la frontière semble pour l’instant maîtrisée. Il ne s’efface pas derrière la marque ; il capitalise sur ce qu’il est déjà. Son contrat n’achète pas une performance sportive, mais une présence, une histoire, une capacité à fédérer.
Ce débat, au cœur des mutations médiatiques et culturelles du continent, est au menu du nouvel épisode de Hors Champ. Entre récupération commerciale et empowerment symbolique, une chose est sûre : le football africain ne se joue plus seulement sur la pelouse, mais aussi dans l’arène stratégique de l’attention.
