Maroc : l’après Regragui, un pari risqué avant le Mondial ?
Le football marocain vit un tournant majeur. À un peu plus de trois mois de la Coupe du monde 2026, le sélectionneur des Lions de l’Atlas, Walid Regragui, a officiellement quitté ses fonctions. Une décision qui a surpris de nombreux observateurs, tant l’ancien défenseur international avait marqué l’histoire récente du football marocain.
Son départ ouvre une nouvelle page avec la nomination de Mohamed Ouahbi, technicien belgo-marocain issu de la formation et récemment sacré champion du monde U20 avec le Maroc. Mais à quelques semaines d’un rendez-vous planétaire, la question demeure : ce changement peut-il fragiliser les ambitions des Lions de l’Atlas ?
Walid Regragui, l’homme qui a changé l’histoire du Maroc
Lorsque Walid Regragui prend les rênes de la sélection en août 2022, la mission semble presque impossible. Il est nommé à seulement quelques semaines de la Coupe du monde au Qatar. Peu d’observateurs imaginent alors que le Maroc va écrire l’une des plus belles pages de l’histoire du football africain.
Sous sa direction, les Lions de l’Atlas réalisent un parcours légendaire. Ils deviennent la première nation africaine à atteindre les demi-finales d’une Coupe du monde, après avoir éliminé notamment l’Espagne et le Portugal. Morocco national football team devient alors le symbole d’un football africain ambitieux et capable de rivaliser avec les plus grandes nations.
Mais l’héritage de Regragui ne se résume pas à ce seul exploit. Le technicien a réussi à transformer l’état d’esprit de la sélection marocaine. Discipline tactique, solidarité défensive et confiance dans le collectif deviennent les marques de fabrique de son équipe.
Les chiffres parlent également en sa faveur. En près de quatre ans, il affiche un bilan impressionnant : 36 victoires en 49 matchs, pour seulement cinq défaites. Une série de 19 victoires consécutives a même été enregistrée entre 2024 et 2025, un record pour une sélection nationale.
Sous son mandat, le Maroc atteint également la finale de la Coupe d’Afrique des nations 2025. Malgré la défaite face au Sénégal, le parcours confirme la montée en puissance du football marocain sur la scène continentale.
Une démission aux multiples raisons
Pourquoi partir à quelques mois d’un Mondial ? Selon ses propres déclarations, Walid Regragui estime que l’équipe avait besoin d’« une nouvelle vision et d’une énergie différente ». L’entraîneur évoque également la fatigue accumulée après plusieurs années sous une pression constante.
La défaite en finale de la CAN aurait aussi pesé dans la balance. Le Maroc, pays hôte de la compétition, espérait mettre fin à plusieurs décennies de disette continentale. L’échec a nourri des critiques chez certains supporters, malgré les succès précédents. Quoi qu’il en soit, Regragui quitte son poste avec l’image d’un bâtisseur. Il aura redonné confiance à tout un peuple et replacé le Maroc parmi les grandes nations du football mondial.
Mohamed Ouahbi, le pari de la continuité
Pour lui succéder, la Fédération royale marocaine de football a choisi la promotion interne. Le nouveau sélectionneur est Mohamed Ouahbi, entraîneur belgo-marocain de 49 ans. Moins connu du grand public, Ouahbi possède pourtant une solide réputation dans la formation. Ancien technicien du centre de formation d’Anderlecht, il a longtemps travaillé avec les jeunes talents marocains issus de la diaspora.

Son plus grand fait d’armes reste la victoire du Maroc à la Coupe du monde U20 en 2025 au Chili. Un exploit qui a confirmé la qualité de la nouvelle génération marocaine et qui a convaincu la fédération de lui confier les rênes de l’équipe première.
Ouahbi se présente comme un entraîneur moderne, attaché à la formation et à la créativité offensive. Il connaît parfaitement plusieurs jeunes joueurs susceptibles de rejoindre la sélection A dans les années à venir.
Lors de sa nomination, il a promis de travailler « avec détermination, humilité et patriotisme ». Il a également indiqué qu’il ne comptait pas révolutionner l’équipe, mais plutôt s’appuyer sur le travail réalisé par son prédécesseur.
Autrement dit, le nouveau sélectionneur devra trouver un équilibre délicat : conserver l’héritage de Regragui tout en imposant progressivement sa propre vision.
Un changement à haut risque avant le Mondial
Mais la grande interrogation concerne le timing. Changer de sélectionneur à trois mois d’une Coupe du monde reste un pari audacieux. Certes, l’histoire rappelle que Walid Regragui lui-même avait été nommé seulement quelques semaines avant le Mondial 2022… avec le succès que l’on connaît. Mais chaque contexte est différent.
Ouahbi devra rapidement prendre ses marques, gérer les stars de l’équipe et maintenir la cohésion d’un groupe habitué à un certain mode de fonctionnement. Le Maroc se retrouve en effet dans un groupe relevé pour la prochaine Coupe du monde, avec notamment le Brésil, l’Écosse et Haïti. Le premier match contre la Seleção s’annonce déjà comme un test majeur.
Le défi est donc immense. Un changement de sélectionneur peut parfois créer un électrochoc positif. Mais il peut aussi provoquer des incertitudes tactiques et psychologiques.
Le Maroc face à son destin
Au final, la démission de Walid Regragui marque la fin d’un cycle glorieux pour le football marocain. L’ancien sélectionneur laisse derrière lui une équipe respectée et une génération talentueuse.
La nomination de Mohamed Ouahbi ouvre désormais une nouvelle ère. Celle d’un entraîneur qui connaît parfaitement la jeunesse marocaine et qui devra rapidement convaincre. Dans trois mois, la Coupe du monde donnera son verdict. Le Maroc parviendra-t-il à confirmer son statut de puissance montante du football mondial ?
Ou ce changement inattendu à la tête des Lions de l’Atlas risque-t-il de perturber la préparation d’une équipe qui rêve encore d’écrire l’histoire ? Le terrain, une fois encore, aura le dernier mot
