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Lumumba : le livre qui ravive les zones d’ombre autour du roi Baudouin

Entre révélations historiques, mémoire coloniale et zones d’ombre persistantes, un nouveau livre relance la question sensible du rôle réel du roi Baudouin dans l’assassinat de Patrice Lumumba.

Soixante-cinq ans après l’assassinat de Patrice Lumumba, le débat sur les responsabilités belges dans ce drame historique connaît un nouveau rebondissement. Cette fois, c’est l’historien belge Vincent Dujardin qui relance la controverse avec une imposante biographie consacrée au roi Baudouin Ier. Dans cet ouvrage de plus de 800 pages, l’auteur soutient que le souverain belge n’aurait jamais approuvé l’idée d’une élimination physique du héros de l’indépendance congolaise.

Fruit de près de vingt années de recherches, le livre s’appuie sur des archives inédites, des notes personnelles du roi Baudoin et des témoignages diplomatiques belges et étrangers. Selon l’auteur, plusieurs conclusions tirées au début des années 2000 par la commission d’enquête parlementaire belge auraient été excessives ou mal interprétées.

Mais cette thèse est loin de clore le débat. Au contraire, elle ravive une question centrale : dans le contexte ultra-sensible de la guerre froide et de la décolonisation du Congo, une décision aussi lourde que l’élimination de Patrice Lumumba pouvait-elle réellement être envisagée sans que le roi des Belges n’en soit informé ?

À l’époque, le Congo venait à peine d’accéder à l’indépendance et Bruxelles cherchait à préserver ses intérêts stratégiques et économiques dans son ancienne colonie. Lumumba, figure charismatique du panafricanisme, apparaissait comme un dirigeant incontrôlable aux yeux de plusieurs puissances occidentales. Son célèbre discours du 30 juin 1960, prononcé devant le roi Baudoin lors des cérémonies d’indépendance, avait profondément choqué les autorités belges en dénonçant publiquement les violences coloniales.

Les enquêtes historiques menées depuis deux décennies ont déjà établi l’implication de responsables belges dans les événements ayant conduit à sa mort. En 2002, la Belgique avait reconnu une « responsabilité morale » dans l’assassinat de Lumumba.

Aujourd’hui encore, l’affaire continue de hanter la mémoire belge et congolaise. La récente décision de la justice belge de renvoyer devant un tribunal l’ancien diplomate Étienne Davignon relance les interrogations sur les complicités politiques de l’époque.

Dans ce contexte, la défense posthume du roi Baudoin par Vincent Dujardin apparaît autant comme une contribution historique que comme une tentative de réhabilitation mémorielle. Reste une interrogation que ni les archives ni les biographes ne semblent capables d’effacer totalement : dans une monarchie aussi influente que celle de la Belgique des années 1960, le souverain pouvait-il vraiment ignorer une opération visant à neutraliser l’homme le plus célèbre du Congo indépendant ?

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