Eperviers : Patrice Neveu, un choix assumé mais une méthode qui interroge
Si Patrice Neveu était le choix privilégié, voire arrêté, pourquoi ne pas l’assumer clairement et le faire savoir plus tôt ? Pourquoi laisser prospérer des noms alternatifs, au risque de brouiller le message et d’entretenir un climat d’incertitude autour de la sélection nationale ?
La Fédération Togolaise de Football (FTF) a officiellement annoncé, ce jeudi 19 février 2026, la nomination du technicien français Patrice Neveu au poste de sélectionneur de l’équipe nationale A du Togo. Il succède ainsi à Nibombé Daré, limogé depuis décembre 2025, ouvrant une nouvelle page pour les Éperviers du Togo.
Malaise
Si le choix de l’homme ne surprend guère au regard de son expérience et de sa connaissance du football africain, la méthode qui a conduit à sa désignation soulève, elle, de nombreuses interrogations.
Selon la version officielle, Patrice Neveu a été retenu à l’issue d’un processus de sélection « rigoureux », fondé sur la compétence, l’expérience du haut niveau et une vision stratégique adaptée aux ambitions du Togo. La procédure a été conduite conjointement par la FTF et le ministère en charge des Sports, traduisant une volonté politique de relancer une sélection nationale en perte de repères. Sur le papier, l’argumentaire est solide. Dans les faits, le chemin emprunté laisse planer un certain malaise.
En effet, aucun appel à candidatures public n’a été lancé, contrairement aux pratiques de plus en plus recommandées en matière de gouvernance sportive. Dans l’intervalle, l’entourage de la Fédération togolaise aurait laissé filtrer plusieurs noms dans la presse et les cercles footballistiques, alimentant rumeurs et spéculations. Parmi eux, ceux du Congolais Florent Ibengue et du Français Jean-Michel Cavalli, notamment, ont circulé avec insistance. Cette communication officieuse, faite de fuites savamment entretenues, a donné l’impression d’un processus flou, voire d’une stratégie de diversion.
Pression
Dès lors, une question s’impose : si Patrice Neveu était le choix privilégié, voire arrêté, pourquoi ne pas l’assumer clairement et le faire savoir plus tôt ? Pourquoi laisser prospérer des noms alternatifs, au risque de brouiller le message et d’entretenir un climat d’incertitude autour de la sélection nationale ? Cette gestion du temps est d’autant plus critiquable que Nibombé Daré a été écarté depuis décembre 2025, laissant les Éperviers sans véritable pilote à l’approche d’échéances cruciales.
La date FIFA de mars 2026 se profile en effet dangereusement, avec des matches décisifs pour la suite du calendrier international. En attendant, l’équipe nationale est restée en suspens, sans projet sportif clairement incarné, ni feuille de route lisible. Le retard accumulé dans la nomination du sélectionneur fait peser une pression supplémentaire sur les épaules de Patrice Neveu, attendu à Lomé dans les prochains jours pour finaliser son contrat.
Car le nouveau sélectionneur a du pain sur la planche. En un temps record, il devra bâtir une sélection compétitive, redonner une identité de jeu aux Éperviers et surtout restaurer la confiance d’un groupe fragilisé par les changements répétés d’encadrement technique. Le chantier est immense : évaluation des joueurs locaux et expatriés, choix tactiques, gestion des egos et adaptation à un environnement souvent décrit comme instable.
Togolaiseries (sic)
Au-delà de l’homme, c’est le contexte togolais qui interroge. Patrice Neveu arrive dans un football marqué par des tensions récurrentes entre acteurs, des attentes populaires fortes et une pression politique omniprésente. La question centrale demeure donc : le cadre institutionnel et organisationnel actuel permet-il réellement à un sélectionneur, aussi expérimenté soit-il, de réussir sur la durée ? Sans stabilité, sans vision partagée et sans transparence dans les décisions, même les meilleurs techniciens peuvent se heurter à des limites structurelles.
La FTF, en remerciant le public sportif pour sa patience, semble consciente des attentes et des frustrations accumulées. Mais la patience des supporters a ses limites. La nomination de Patrice Neveu ouvre certes une nouvelle ère, porteuse d’espoirs sportifs. Elle met aussi en lumière la nécessité d’améliorer les pratiques de gouvernance, afin que les décisions stratégiques majeures soient prises dans la clarté, la cohérence et le respect des délais.
À Patrice Neveu désormais de relever le défi sportif. À la Fédération togolaise, celui de créer les conditions de sa réussite. Sans cela, le risque est grand de voir se répéter un cycle bien connu, celui des espoirs vite dissipés sur les pelouses africaines.
