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Drépanocytose : l’Afrique face à une urgence silencieuse qui continue de faucher des milliers de vies

Chaque 19 juin, la Journée mondiale de la drépanocytose rappelle qu’au-delà d’une maladie génétique, c’est une véritable urgence de santé publique qui frappe particulièrement l’Afrique.

Longtemps méconnue et insuffisamment prise en compte dans les politiques sanitaires, la drépanocytose demeure aujourd’hui l’une des maladies génétiques les plus répandues et les plus meurtrières au monde. À l’occasion de la Journée mondiale de la drépanocytose, célébrée chaque 19 juin, les professionnels de santé et les organisations internationales multiplient les appels pour une meilleure prévention, un dépistage précoce et un accès équitable aux traitements.

L’Organisation mondiale de la Santé considère désormais cette pathologie comme un enjeu majeur de santé publique à l’échelle mondiale, avec un impact particulièrement alarmant sur le continent africain.

Une maladie qui frappe durement l’Afrique

Les chiffres sont éloquents. En 2021, environ 7,74 millions de personnes vivaient avec la drépanocytose dans le monde, tandis que près de 515 000 nouveau-nés ont vu le jour avec cette maladie. L’Afrique subsaharienne concentre à elle seule près de 80 % des cas recensés à l’échelle mondiale.

La maladie est particulièrement dramatique chez les enfants. Chaque année, des milliers d’entre eux succombent à des complications qui auraient pourtant pu être évitées grâce à un diagnostic précoce et à une prise en charge adaptée. Selon l’OMS, la drépanocytose est responsable d’une part importante des décès chez les enfants de moins de cinq ans, mais son impact réel reste largement sous-estimé dans de nombreux pays africains en raison de l’insuffisance des systèmes d’enregistrement des décès.

Plusieurs pays, dont le Nigeria, la République démocratique du Congo, le Ghana, le Cameroun ou encore le Togo, figurent parmi les plus concernés. Cependant, les programmes nationaux de dépistage restent encore insuffisamment développés.

Une maladie héréditaire, pas contagieuse

Contrairement à certaines idées reçues, la drépanocytose n’est pas une maladie infectieuse et ne se transmet pas d’une personne à une autre.

Elle est provoquée par une mutation du gène HBB, responsable de la fabrication de l’hémoglobine, la protéine qui transporte l’oxygène dans le sang. Cette anomalie entraîne la production de globules rouges en forme de faucille qui deviennent rigides, fragiles et susceptibles d’obstruer les vaisseaux sanguins.

La transmission est exclusivement héréditaire. Lorsqu’un enfant hérite du gène défectueux de ses deux parents, il développe la maladie.

Les principaux symptômes sont nombreux :

  • des crises douloureuses parfois très intenses ;
  • une anémie chronique ;
  • des infections répétées ;
  • des difficultés respiratoires ;
  • des retards de croissance ;
  • des accidents vasculaires cérébraux ;
  • des atteintes des organes vitaux.

Des traitements qui permettent aujourd’hui de mieux vivre

Si la drépanocytose n’est pas encore totalement éradiquée, les avancées médicales des dernières années ont considérablement amélioré la qualité de vie des patients.

La prise en charge repose d’abord sur le dépistage néonatal, qui permet d’identifier très tôt les enfants atteints afin de prévenir les complications.

Parmi les traitements disponibles figurent :

  • l’administration régulière de vaccins et d’antibiotiques pour prévenir les infections ;
  • les transfusions sanguines ;
  • les médicaments antidouleur lors des crises ;
  • l’hydroxyurée, qui réduit la fréquence et la gravité des crises douloureuses et améliore l’espérance de vie des patients.

La greffe de moelle osseuse demeure actuellement le seul traitement potentiellement curatif, mais elle reste peu accessible en Afrique en raison de son coût élevé et de la nécessité de disposer d’un donneur compatible.

Par ailleurs, la thérapie génique ouvre de nouvelles perspectives thérapeutiques, même si ces innovations restent encore hors de portée pour la majorité des patients africains.

Faire de la drépanocytose une priorité politique

Au-delà des avancées scientifiques, le principal défi reste celui de l’accès aux soins. Les experts appellent les gouvernements africains à renforcer le dépistage systématique, améliorer la disponibilité des médicaments et intensifier les campagnes de sensibilisation auprès des populations.

En cette Journée mondiale de la drépanocytose, le message est clair : cette maladie n’est plus une fatalité. Avec des investissements adéquats, des politiques publiques ambitieuses et une meilleure information des populations, des millions de vies pourraient être sauvées.

L’Afrique, qui porte aujourd’hui l’essentiel du fardeau mondial, détient également une grande partie des solutions pour inverser la tendance et transformer cette urgence silencieuse en une victoire sanitaire durable.

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