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Entretien avec Kolani Baba Nazir, auteur de l’essai ”Le deal”: « Ce livre est destiné aux futurs étudiants désireux de poursuivre leurs cursus en France »

Etudiant en dernière année de Licence en droit et en économie à l’Université de Lille, le jeune togolais a publié en mars dernier l’ouvrage « Le Deal » dans lequel, il propose des solutions pour une meilleure intégration universitaire en France. Nous l’avons rencontré.

Comment se passe le séjour à Lomé et qu’est-ce qui motive votre visite ?

Je suis à Lomé pour présenter et promouvoir « Le Deal », un livre que j’ai récemment publié, le 18 mars dernier. Il est d’ailleurs disponible sur Amazon. Le Togo reste avant tout mon pays.

De quoi parle concrètement le livre ?

Je l’appelle déjà un essai. Un essai parce que, dans un premier temps, j’y expose une idée.

Laquelle ?

À travers mes observations, je constate — et je ne suis pas le seul à le dire — que les étudiants étrangers en France sont confrontés à de nombreuses difficultés, aussi bien administratives que financières.

À la Faculté de Lille, qui est une université de province, il y a plusieurs milliers d’étudiants venus d’Afrique, d’Asie et d’ailleurs. Je suis quelqu’un qui observe beaucoup. J’ai beaucoup d’amis et de camarades, et leurs discours se ressemblent : difficultés administratives, problèmes financiers, solitude…

Je me suis dit qu’on ne pouvait pas laisser la situation continuer ainsi, sinon les générations à venir souffriront aussi. J’ai fait des recherches, discuté avec des associations et observé les groupes d’étudiants. Personne n’avait réellement abordé ce problème de fond. C’est pourquoi j’ai écrit « Le Deal », afin de proposer une idée aux pouvoirs publics, en exposant clairement le problème.

Vous parlez de « Le deal ». Comment faut-il l’interpréter ?

« Le deal », c’est un accord, un partenariat entre les pouvoirs publics et les étudiants étrangers. C’est le principe du donnant-donnant, un accord gagnant-gagnant.

Aujourd’hui, beaucoup veulent redéfinir les relations internationales sur une base plus équilibrée, du « 50-50 ». « Le Deal » s’inscrit aussi dans cette logique. Et cela ne concerne pas seulement les étudiants ; le concept a une portée beaucoup plus large.

Je me suis notamment inspiré du modèle anglo-saxon. En Angleterre, par exemple, le gouvernement peut financer les études des étudiants. Si un Bachelor coûte 10 000 euros par an pendant trois ans, les frais sont avancés. Une fois inséré dans la vie professionnelle, l’étudiant rembourse progressivement.

Je me suis demandé : pourquoi ne pas envisager cela pour les étudiants étrangers en France, avec des modalités claires que je développe dans le livre.

Peut-on avoir une idée plus claire des difficultés financières et des solutions que vous proposez ?

La première solution concerne les délais de traitement des titres de séjour. Lorsqu’un étudiant étranger n’a pas son titre de séjour, il devient pratiquement inexistant administrativement en France, voire en Europe. Son assurance maladie peut être suspendue, il ne peut pas travailler, et la vie devient très compliquée.

J’adresse donc un message clair à l’administration : il faut revoir les délais de traitement des titres de séjour. A l’endroit des étudiants, il faut bien se préparer et réunir les documents nécessaires à l’avance. Nous savons que l’administration est saturée, mais un étudiant ne doit pas être pénalisé pour des lenteurs administratives.

Ensuite, je parle dans le livre de la « bourse-deal ». Cette aide serait attribuée selon plusieurs critères : le mérite, les difficultés financières ou encore le pays d’origine. Par exemple, un étudiant pourrait recevoir une aide de 300 euros. Une fois inséré professionnellement, il participerait à la vie économique française et rembourserait progressivement cette aide, avec un faible taux d’intérêt. J’ai même fait un clin d’œil aux économistes afin qu’ils étudient les modalités de ce système. J’ai aussi échangé avec des assistantes sociales qui estiment que ce modèle reste réaliste.

On entend parler d’une augmentation des frais de scolarité pour les étudiants étrangers en France. Quel est votre point de vue sur le sujet ?

Je voudrais rassurer les étudiants déjà engagés dans leur cursus et bénéficiant d’exonérations : ils ne sont pas concernés par cette mesure. Si vous avez commencé avec une exonération, vous continuerez normalement dans ce cadre. Concernant les nouveaux étudiants, je pense sincèrement que la France comprend la situation de nombreux jeunes africains, asiatiques et d’ailleurs. Elle sait que lorsqu’on n’a pas les moyens, il est difficile de payer plusieurs milliers d’euros de frais de scolarité.

Je crois donc que cette mesure ne touchera pas tout le monde et que les dispositifs d’exonération continueront d’exister.

Dans votre essai, vous parlez de « rapprochement spirituel ». Que voulez-vous dire par là ?

J’évoque ce rapprochement spirituel parce qu’en discutant avec beaucoup d’étudiants, la question de la solitude revenait souvent.

Ce livre est aussi destiné à aider mes jeunes frères qui viendront étudier à l’étranger. Beaucoup d’étudiants disent qu’ils se confient à Dieu, chacun selon ses croyances. Quand votre famille est à l’autre bout du monde, elle vous manque énormément. Cette solitude peut parfois devenir difficile à vivre.

Quels conseils donnez-vous à un bachelier qui fera sa rentrée prochaine en France ?

Je lui dirais d’abord qu’en arrivant dans un pays étranger, il faut respecter les règles du pays d’accueil. C’est essentiel pour avoir une vie paisible. Il faut aussi que les parents comprennent qu’au cours des premiers mois, un véritable accompagnement financier est nécessaire afin que les étudiants puissent s’épanouir et se concentrer sur leurs études.

Au début, il y a beaucoup de démarches administratives qui demandent des moyens. On ne peut pas immédiatement commencer à travailler. Durant le premier semestre, voire la première année, il faut un soutien solide.

Je conseille également aux étudiants de ne pas être trop pressés d’aller travailler. Chercher de l’argent est normal, mais il faut rester concentré sur l’objectif principal : la réussite académique. On arrive avec un visa étudiant, pas un visa de travailleur. Il faut d’abord réussir ses études avant de penser au reste.

Votre livre aborde aussi la question de la bourse. Expliquez-nous un peu.

Oui. Une partie importante du livre porte sur la responsabilité des pays d’origine. Je suis Togolais. Je réclame une forme de soutien à la France, mais quelle est aussi la responsabilité de mon propre pays ?

Le Togo octroie pourtant des bourses d’excellence…

Oui, mais cela reste insuffisant. Beaucoup d’étudiants togolais en France souffrent de difficultés, et ils le disent ouvertement.

A combien se vend votre essai ?

Le livre est vendu à 10,34 euros. Ce qui équivaut à 6500 FCFA. Il est disponible sur Amazon et, je l’espère bientôt, à la FNAC et dans d’autres librairies et au Togo aussi.

Pour clôturer

Je vous remercie pour l’opportunité que vous m’avez offerte pour parler de mon livre.

Propos recueillis par la rédaction

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