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FTF : le scandale des intouchables

Des audios explosifs évoquant des manipulations de matches et impliquant des dirigeants du football togolais plongent la Fédération togolaise de football dans une tempête qui menace la crédibilité même du championnat national.

Le football togolais traverse une nouvelle zone de turbulence. Depuis plusieurs jours, des audios devenus viraux sur les réseaux sociaux secouent le milieu sportif national et jettent une lumière crue sur des soupçons de manipulation de matches, d’arrangements douteux et de corruption dans le championnat de première division, l’élite.

Dans ces enregistrements, plusieurs voix attribuées à des dirigeants du football évoquent des tractations autour de résultats de rencontres dans la lutte pour le maintien. Plus grave encore, des membres influents de la Fédération togolaise de football (FTF), y compris des responsables du comité exécutif, sont nommément cités dans cette affaire qui scandalise supporters, observateurs et acteurs du ballon rond. d’ici et d’ailleurs.

Complaisance (et complicité?)

Ces révélations interviennent à un moment particulièrement sensible, à une journée de la fin de la D1 Lonato, alors que plusieurs clubs jouent leur survie. Les conversations qui circulent abondamment dans les plateformes WhatsApp laissent entendre que certains matches pourraient être “négociés”, avec des promesses d’argent et des interventions d’influence pour orienter certains résultats. Même si l’authenticité totale des audios reste à établir officiellement, leur contenu suffit déjà à ternir davantage l’image d’un football togolais régulièrement miné par des polémiques de gouvernance.

Face à la gravité des accusations, la Fédération togolaise de football a fini par publier un communiqué annonçant l’ouverture d’une enquête. Mais ce texte est loin d’avoir rassuré l’opinion publique. Beaucoup lui reprochent son caractère vague et son absence d’engagement ferme contre les personnes mises en cause. Le communiqué évoque la volonté de “faire toute la lumière”, sans préciser les mesures conservatoires envisagées ni les responsabilités éventuelles des dirigeants cités dans les enregistrements.

Exemple de 2017

Cette réaction minimaliste laisse un goût d’inachevé. Car dans une affaire d’une telle ampleur, le silence ou les demi-mesures peuvent être interprétés comme une volonté de protéger certains réseaux. Plusieurs observateurs craignent déjà que l’enquête ne débouche que sur des sanctions symboliques visant quelques exécutants ou “menus fretins”, pendant que les véritables décideurs et fossoyeurs du football togolais resteraient intouchables. Cette inquiétude n’est pas nouvelle. Depuis des années, les scandales se succèdent dans le football national sans véritables conséquences pour les hauts responsables.

En 2017, Maranatha en déplacement colle un score irréaliste de 0-11 à Gbikinti de Bassar lors de la dernière journée du championnat. Des faisceaux d’indices montrent que certaines individus auraient été mouillés pour que cette victoire soit la plus large et convaincante possible. L’affaire fait le tour du monde. Sauf qu’elle est passée par pertes et profits. La commission d’éthique de la FTF  ne trouvera, finalement, aucune « possible violation des règles éthiques, notamment des comportements portant atteinte à l’intégrité et à l’image du football togolais ». Au grand dam des acteurs sportifs.

Pour beaucoup d’amoureux du football, le problème dépasse désormais la simple question de matches truqués. C’est toute la crédibilité des compétitions nationales qui est en jeu. Comment les supporters peuvent-ils encore croire à l’équité sportive lorsque des soupçons aussi graves impliquent des dirigeants censés garantir l’intégrité du championnat ? Comment convaincre des sponsors d’investir dans un football où les résultats semblent parfois se décider en dehors des terrains ?

Ce qui choque également dans cette affaire, c’est le silence assourdissant de nombreux acteurs du football togolais. Les présidents de clubs, pourtant premiers concernés par l’image et l’avenir du championnat, peinent à parler à haute voix. Très peu murmurent qu’une enquête indépendante et transparente soit diligentée. Plus rare encore est la demande de mise en retrait ou de démission des membres du comité exécutif cités dans les audios, le temps que toute la vérité soit établie.

Pourtant, dans des pays où les institutions sportives veulent préserver leur crédibilité, une affaire d’une telle gravité entraîne immédiatement des mesures fortes : suspension provisoire des responsables concernés, commission d’enquête indépendante, coopération avec les instances internationales et publication des conclusions. Au Togo, beaucoup ont plutôt l’impression que chacun marche sur des œufs, comme si l’on craignait d’ébranler un système déjà fragilisé.

Le football togolais mérite mieux que les arrangements obscurs, les soupçons permanents et les scandales à répétition. Les supporters attendent des actes forts, pas des déclarations prudentes. Si cette affaire est étouffée ou traitée avec légèreté, elle risque d’enfoncer davantage un football déjà en perte de crédibilité. Et cette fois, les dégâts pourraient être durables.

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