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  • Manifestations au Togo : mandats d’arrêt contre des blogueurs et des artistes

    Manifestations au Togo : mandats d’arrêt contre des blogueurs et des artistes

    A la fin de juin, des manifestations ont eu lieu à Lomé contre le pouvoir de Faure Gnassingbé. Les autorités togolaises viennent de lancer des mandats d’arrêt contre des membres du Mouvement du 6 juin, ayant appelé à manifester.

    Les autorités togolaises ont annoncé mercredi 9 juillet avoir émis des mandats d’arrêt visant les blogueurs et artistes du Mouvement du 6 juin (M66), appelant depuis le début de juin à des manifestations contre le pouvoir.

    « Quand on lance un mandat d’arrêt international, il doit y avoir une suite et soyez rassurés que nous irons jusqu’au bout », dit le ministre de la sécurité, le colonel Calixte Madjoulba, avant d’ajouter « quel que soit l’endroit où ils résident, on ira les chercher ».

    Plusieurs manifestations meurtrières ont eu lieu à la fin de juin pour contester des arrestations de personnalités critiques envers le gouvernement, la hausse du prix de l’électricité ou encore la réforme constitutionnelle de 2024, qui permet au président, Faure Gnassingbé, de consolider son pouvoir

    « Grande marche pacifique »

    « Nous sommes dans un Etat de droit et le respect de la loi n’est pas une option. La loi s’impose à tous. Les manifestations non déclarées, les actes de vandalisme, les appels au désordre ne peuvent en aucun cas être considérés comme des formes acceptables d’expression démocratique », dit le ministre de l’administration territoriale, le colonel Hodabalo Awaté.

    L’opposition et la société civile accusent les forces de l’ordre d’avoir causé la mort de sept personnes lors des manifestations à Lomé. De son côté, le gouvernement a fait état de cinq décès, la plupart « par noyade ». Ils ont dénoncé des « tentatives de récupération malheureuses ». Le parquet a annoncé l’ouverture d’une enquête judiciaire contre X pour « élucider davantage les circonstances et les causes exactes » de ces décès.

    En hommage aux victimes, des organisations et partis d’opposition prévoient des journées de prières à compter du 11 juillet et ont appelé à des manifestations. « Nous allons organiser une grande marche pacifique, citoyenne et silencieuse à travers des artères de Lomé », a déclaré le porte-parole du Front citoyen Togo debout, David Dosseh. Le cortège ira jusqu’à la lagune de Bè, où certains corps ont été repêchés.

    Avec AFP


  • Au Togo, Opposants et OSC célèbrent “la mémoire des victimes” de juin

    Au Togo, Opposants et OSC célèbrent “la mémoire des victimes” de juin

    Des opposants et Organisations de la société civile décident de ” célébrer la mémoire ” des Togolais tombés lors des répressions des manifestations des 26, 27 et 28 juin à Lomé et dans ses environs.

    CONFERENCE DE PRESSE

    “Jusqu’à quand la violence d’État au Togo ?”

    Déclaration liminaire

    Chers compatriotes,

    Depuis des décennies, notre pays, le Togo, est le théâtre d’une stratégie de la terreur mise en place par le régime RPT/UNIR, pour étouffer les aspirations démocratiques et briser l’élan de notre peuple résolument tourné vers la liberté, la souveraineté et la justice. Cette violence d’État a conduit à un lourd tribut humain fait de nombreuses victimes innocentes, des femmes, des hommes, même des enfants, fauchés dans leur espoir, torturés ou assassinés, leurs familles à jamais dévastées par la douleur.

    Chers concitoyens,

    Souvenons-nous de David Ahlonko Bruce, ancien chef de cabinet de feu Mgr Kpodzro, président du parlement de la transition, enlevé en septembre 1994, devant ses enfants qu’il conduisait à l’école ce matin du 6 septembre. Sa voiture prise en étau par deux cars militaires, un devant et l’autre derrière, non loin de l’Etat-major des F.A.T., il fut embarqué dans l’un des deux véhicules militaires et n’a plus jamais été revu.

    Souvenons-nous de Anselme Sinandare, de Douti Sinalengue, tués en 2013 à Dapaong, souvenons-nous de Rachad Agrigna-Maman à Bafilo, de Abdoulaye Yacoubou à Mango, tués en 2017, souvenons-nous de Joseph Zoumekey à Bè-Kpota, de Moufidou Idrissou et de Nawa Ino Tchakondo à Togblécopé, tués en 2018. Tous des enfants, tous assassinés par la brutalité de la dictature togolaise ! La liste des martyrs est longue, sans compter les nombreux anonymes jonchant le long chemin du peuple togolais en quête de liberté.

    « Plus jamais ça sur la Terre de nos aïeux… » et pourtant les morts continuent encore de s’égrener ! « Plus jamais ça sur la Terre de nos aïeux… » mais la justice togolaise n’a jamais démontré sa volonté d’identifier et de condamner les coupables qui courent toujours.

    Même si le pouvoir cherche à faire oublier ces martyrs, nous ne les oublierons pas. Les Nations Unies et Amnesty International ont cette année encore, interpellé le régime RPT/UNIR par rapport à la disparition de David Ahlonko Bruce, 31 ans après cet acte de gangstérisme d’Etat.

    Nous nous souviendrons d’eux, comme des martyrs dont le sang innocent doit unifier et galvaniser notre lutte pour définitivement mettre un terme à l’exception togolaise. Un régime violent, une politique de répression implacable à l’égard des citoyens ou même de parlementaire étranger (Guy Marius Sagna ne nous démentira pas), une politique de déconstruction et de destruction de la cohésion nationale.

    Chers compatriotes, il y a quelques jours encore, notre pays a vécu une répétition macabre de l’histoire. Une répression aveugle, des cadavres dans la lagune, des journées d’exactions, de brutalité policière, de violations de domicile, d’arrestations arbitraires, de passage à tabac de passants, même de femmes par des hommes, nombreux, en uniformes, qui ont déversé leur bestialité sur de pauvres citoyens. Sept morts, bien comptés, par nos camarades qui ont eu le courage de sillonner Lomé en ces moments critiques, alors que des miliciens à la solde du régime et des éléments des forces de l’ordre étaient fortement déployés sur le terrain pour semer la terreur.

    Les réactions officielles, loin de reconnaître la gravité des faits, tendent à les banaliser ou à les travestir. Aucune compassion à l’égard des victimes ou des familles, on parle même d’images générées par l’IA, on parle de morts par noyade affirmant la présence sur les lieux de professionnel de santé, pensant bêtement que cela suffirait à faire passer cette maladroite thèse de la noyade. On affirme qu’il y a eu deux morts, puis on reconnait difficilement cinq victimes, avec l’espoir que les deux derniers corps n’ayant pas été identifiés, la dictature ne sera comptable “que” de cinq meurtres.

    Les ministres se succèdent pour tenter d’imposer une lecture biaisée des événements, de faire passer les victimes pour des coupables et d’ailleurs notre système de justice vient de condamner quelques dizaines de manifestants à des peines de prisons alors que les assassins, des miliciens sans foi ni loi continuent de sillonner allègrement les rues de la cité.

    Chers compatriotes, aujourd’hui, la société civile et ses partenaires, ainsi que le peuple togolais tout entier adressent toute leur compassion la plus sincère et leur solidarité indéfectible aux familles éplorées. Nous pleurons avec les familles ces fils et filles de la nation, morts pour la défense des valeurs de démocratie, d’État de droit, de respect des libertés individuelles et collectives, de justice, de dignité.

    Nous lançons un appel solennel afin que de tels actes ne se reproduisent plus jamais sur la Terre de nos aïeux. Notre mémoire collective se doit de rester vive, notre vigilance intacte, et notre engagement total. Que personne n’oublie ces martyrs !

    Nous voulons, avec le soutien et à l’initiative de nos frères et sœurs de la diaspora réunis dans PYRAMIDE Togo, leur rendre hommage. Le lundi 14 juillet 2025, une marche citoyenne pacifique va sillonner des rues de la capitale. Tous vêtus de noir, couleur du deuil dans notre pays et dans un cortège silencieux, nous allons nous rassembler à partir de 11H à Bè Kodjindji. Le cortège s’ébranlera ensuite en direction de la lagune de Bè qui sera le point de chute. A midi, nous demanderons à la ville de s’arrêter durant une minute, nous demanderons aux églises de faire sonner les cloches et à ceux qui sont dans leurs véhicules de faire tonner les klaxons.

    Mais avant cela, nous allons demander des prières musulmanes le vendredi 11 juillet, des prières chrétiennes le dimanche 13 juillet. Et à partir du vendredi 11, que la couleur noire soit partout dans la ville. C’est notre désobéissance à un régime qui ne représente plus les aspirations du peuple souverain.

    Peuple togolais, nous devons ensemble célébrer la mémoire des victimes, ensemble soutenir les familles, ensemble témoigner notre reconnaissance. Car, ils sont morts pour que vive la liberté, pour que notre nation retrouve enfin sa dignité et son droit à un avenir juste et équitable.

    Le peuple n’oubliera pas.

    Fait à Lomé, le 09/07/2025

  • Togo. Derrière la répression, un clan de plus en plus divisé

    Togo. Derrière la répression, un clan de plus en plus divisé

    Analyse · Depuis début juin, des manifestations spontanées ont éclaté pour demander la libération du rappeur Aamron, dénoncer la gouvernance du pays et obtenir le départ de Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005. Mais cette révolte illustre aussi et surtout de vives tensions au sein même du régime.

    Un garçon de 12 ans retrouvé dans une lagune avec des « blessures sur son corps liées à des bastonnades », selon la Ligue togolaise des droits de l’homme (LTDH), des tirs de lacrymogènes et l’utilisation de balles réelles, des citoyens battus et pourchassés jusque dans leurs maisons… Les Togolais sont encore sous le choc à la suite de la répression des manifestations des 26, 27 et 28 juin à Lomé, la capitale du pays. Des vidéos, comme celle qui montre des forces de l’ordre tabassant un homme et le laissant pour mort, ont fait le tour des réseaux sociaux.

    Selon un bilan provisoire de la société civile, les manifestations ont fait au moins sept morts, dont des mineurs, des dizaines de blessés et d’arrestations, et trente et une personnes ont été placées sous mandat de dépôt. Le 4 juillet, dix-huit ont finalement été condamnées à douze mois de prison, dont onze avec sursis, lors d’un procès expéditif. Amnesty International dénonce même la présence de « miliciens » avec un « recours inutile et excessif de la force et de la violence ».

    De son côté, dans un communiqué du 30 juin, l’exécutif togolais parle de « fausses informations », d’une « campagne de désinformation et d’incitation à la haine, à la violence, à l’incivisme et à la désobéissance civile » sur les réseaux sociaux et certains médias. France 24 et RFI sont suspendus depuis mi-juin. Les autorités louent le « professionnalisme » des forces de sécurité et mentionnent des morts par « noyade ». Le 6 juillet, la justice togolaise a annoncé  une enquête après le décès de cinq personnes repêchées dans des cours d’eau.

    Vingt ans de contestations réprimées

    Ces scènes de grandes contestations populaires suivies de fortes répressions, le Togo en a déjà connu. Dans les années 1990, des civils avaient été tués lors de manifestations pour la démocratie. En 2005, au moins 800 morts et plus de 4 000 blessés avaient été recensés  par la société civile dans des protestations suite à la succession de Faure Gnassingbé, à la mort de son père Étienne Eyadéma Gnassingbé, qui dirigeait le pays d’une main de fer depuis 1967.

    L’histoire semble donc se répéter. Avec quelques nouveautés cependant. D’abord, les manifestants sont de plus en plus jeunes. Ensuite, et surtout, des dissensions internes parmi les proches du pouvoir apparaissent plus clairement.

    « Entre Kabyès, quand on conteste, la répression est plus dure »

    Les récentes protestations ont éclaté après l’arrestation le 26 mai dernier du rappeur Aamron. Artiste populaire au Togo, il avait, durant plusieurs semaines, vivement critiqué Faure Gnassingbé sur les réseaux sociaux. Amené dans un asile psychiatrique, à Zébé, il en est ressorti le 21 juin à la suite de la pression populaire lors de manifestations spontanées les 5 et 6 juin, le tout amplifié par des activistes de la diaspora sur les réseaux sociaux.

    « Juste après son enlèvement, on l’a conduit au SCRIC [Service central de recherches et d’investigations criminelles], où il a été soumis à la torture physique et morale », détaille à Afrique XXI Célestin Agbogan, son avocat et président de la Ligue togolaise des droits de l’homme. « De là, on l’a conduit à un autre endroit après lui avoir bandé les yeux. Ses détracteurs lui ont rasé barbe et cheveux, avant de le conduire directement à l’hôpital psychiatrique, où il a même reçu plusieurs injections, sous prétexte de lui prodiguer des soins », poursuit-il. « On ne sait toujours pas de quelles injections il s’agit et, aujourd’hui, il reste affaibli, il a du mal à marcher… Il suit des séances de kinésithérapie », confie le frère du rappeur, Lao-Dja Songdou Tchala.

    Fils d’un colonel à la retraite, Aamron n’est autre que le petit-fils du chef des Kabyès, la communauté d’origine des Gnassingbé – bien que la mère de Faure Gnassingbé soit ewe (du sud du Togo). « Il avait été informé de son arrestation la veille, ainsi que du plan consistant à le faire passer pour un fou. Il pensait même se faire tuer. Entre Kabyès, quand on conteste, la répression est plus dure », partage encore son frère.

    Le rappeur a été enlevé à son domicile, sans mandat d’arrêt, par des dizaines de personnes en tenue militaire et cagoulées et une poignée d’hommes de la région de la Kara, région des Kabyès (parmi eux, des militaires ou ex-militaires gradés et d’ex-agents publics), selon Lao-Dja Tchala. Le jeune artiste a été perçu comme un porte-parole par une partie de la jeunesse togolaise, et son enlèvement a été vivement critiqué, jusque dans la communauté kabyè.

    Avec la réforme constitutionnelle, « le verre était plein »

    Le ras-le-bol était déjà latent chez de nombreux Togolais. Dans cet État de 9,3 millions d’habitants, classé dans la liste des pays les moins avancés, le coût de la vie a augmenté subitement en mai 2025, notamment le prix du kilowattheure. Une épreuve sociale de trop, aux yeux de plusieurs citoyens, malgré l’annonce de mesures d’atténuation par les autorités.

    De plus, en 2024, le pouvoir a changé la Constitution, passant d’un régime présidentiel à un régime parlementaire. Le 3 mai, le président de la République, Faure Gnassingbé, est devenu officiellement président du Conseil, sans limite de mandats et choisi par un Parlement majoritairement acquis à sa cause. « Le verre était plein », explique Kodjo, un conducteur de taxi-moto dans la capitale. « En plus, peu de Togolais mangent deux repas par jour, la colère commençait doucement à gronder, surtout sur la Toile », conclut-il.

    Même au sein de l’Union pour la République (Unir, le parti présidentiel), certains aspects du changement de régime ont eu du mal à passer. Lors du choix du nouveau président de la République (un poste devenu honorifique, alors que le président du Conseil garde la majeure partie du pouvoir exécutif), le nom de Savi de Tové a été « comme imposé » aux Parlementaires de l’Unir, décrit une députée de ce parti sous le couvert de l’anonymat. « Il n’y a pas vraiment eu de consultation du Congrès, ni d’élection, comme cela aurait dû être fait  », partage cette source. 

    « Il est temps que la volonté du peuple soit respectée »

    La tension a surtout pris de l’ampleur après la sortie d’Essossimna Marguerite Gnakadè, l’ancienne ministre de la Défense (de 2020 à 2022). Le 2 mai dernier, elle a publié une tribune feutrée mais avec un ton offensif. Dans un pays où les voix discordantes sont régulièrement réprimées, cette tribune d’une ex-officielle en a étonné plus d’un. Le rappeur Aamron s’en est emparé, la décortiquant dans l’une de ses dernières vidéos en ligne. Probablement la vidéo de trop pour le pouvoir. 

    Dans cette tribune, Marguerite Gnakadè explique :

    Depuis deux décennies, le peuple togolais fait preuve d’un courage remarquable face à l’adversité. Il endure, espère, se mobilise… Mais trop souvent, il est réduit au silence. Aujourd’hui, alors que le pays traverse une nouvelle phase de crispation politique et d’incertitude démocratique, je prends la plume pour affirmer ceci : il est temps que la volonté du peuple togolais soit enfin respectée.


    Elle souligne encore : « Quel est le véritable bilan de Faure Gnassingbé après deux décennies de règne ? […] En dépit de plus de 15 000 milliards de FCFA [23 milliards d’euros] injectés dans l’économie togolaise, les résultats tangibles sur l’amélioration des conditions de vie des Togolaises et Togolais peinent à prendre corps. » Elle n’a pas hésité non plus à dénoncer la corruption au sommet de l’État. Les objectifs économiques « ne peuvent être atteints que s’il y a une réduction significative des détournements de deniers publics et l’instauration de la fin de l’impunité des crimes économiques ».

    Gilbert Bawara, ministre porte-flingue

    Depuis ce premier brûlot, Marguerite Gnakadè a écrit d’autres lettres, appelant à la libération des « prisonniers politiques », puis s’indignant contre la « répression organisée contre les hommes et les femmes togolais, qui manifestent pacifiquement », suite aux protestations des 26, 27 et 28 juin.

    De son côté, le gouvernement a réagi à ses prises de position, notamment à travers le ministre du Travail, Gilbert Bawara, dans Jeune Afrique le 26 juin :

    J’observe que mon ancienne collègue fait l’objet d’une grande indulgence et d’une grande mansuétude, notamment de la part de médias généralement prompts à déverser leur bile sur les autorités. Je remarque aussi qu’elle n’assume aucune responsabilité dans l’action publique qu’elle dénonce, alors qu’elle a exercé d’importantes responsabilités à la tête d’entreprises publiques et au sein du gouvernement.

    Depuis fin mai, l’ex-ministre des Armées réside à son domicile à Lomé, elle est libre de ses mouvements mais « reste prudente », affirme une source proche à Afrique XXI. Femme discrète, âgée d’une soixantaine d’années, elle est difficilement approchable des journalistes, même quand elle était en poste au ministère des Armées. Originaire du canton de Tchitchao, voisin de celui des Gnassingbé, Pya, elle a fait des études d’économie en France. De retour au Togo, elle a longtemps travaillé à la Banque internationale pour l’Afrique (BIA-Togo), puis un temps à la Cour des comptes, avant de prendre la tête de la Banque togolaise pour le commerce et l’industrie (BTCI), puis d’être promue ministre. Marguerite Gnakadè est aussi la sœur du majordome de Faure Gnassingbé, Darius Gnakadè, qui s’est désolidarisé publiquement des sorties de son aînée.

    Le gouvernement l’empêche de créer son parti

    Marguerite Gnakadè a par ailleurs un lien familial avec le président Faure Gnassingbé : elle a longtemps été mariée à son grand frère, Ernest Gnassingbé, décédé en novembre 2009. Le couple a eu plusieurs enfants avant de se séparer, autour des années 2000. Lieutenant-colonel, longtemps patron de l’appareil répressif au Togo, Ernest Gnassingbé a été considéré un temps comme le dauphin dans la succession à son père – étant l’aîné des fils Gnassingbé. Mais sa santé s’est dégradée dès la fin des années 1990. De nombreux Togolais le décrivaient même comme un tyran imprévisible. En 2005, à la mort de son père, il n’était déjà plus question qu’il prenne les rênes du pouvoir.

    Première femme au Togo à diriger l’appareil militaire, elle est finalement évincée de ce poste, et son ministère est ensuite rattaché à la Présidence. « Quelques mois après son éviction, elle a voulu créer un parti politique, confie une source proche. Cela a suscité beaucoup de remous au sein de l’appareil de l’État et du parti présidentiel. Tout a été fait pour l’empêcher de fonder son parti, déjà en ne lui délivrant pas son certificat d’origine. »

    En plus de l’arrestation d’Aamron, la prise de position de Marguerite Gnakadè est en train de diviser plus largement dans la région de la Kara. Depuis 2017, plus aucune manifestation ne s’est tenue dans la région, mais des Kabyès, souvent depuis l’étranger, continuent de s’exprimer sur les réseaux sociaux, invectivant le pouvoir actuel et plaidant pour un Togo dans lequel les richesses nationales profiteraient à tous les Togolais. « Même des informations jadis cachées sortent progressivement sur les réseaux sociaux à travers la diaspora [de la région] », explique une source kabyè. Fin juin, des chefs et des cadres du canton de Tchitchao se sont réunis pour discuter de « l’analyse des causes de la récurrence des voix dissidentes et résistantes portées par des personnalités de leur canton » après la « prise de position politique » de Marguerite Gnakadè. La réunion a provoqué des débats mais n’a pas abouti à une condamnation des propos de l’ex-ministre, ce qui est remarquable. 

    Kpatcha Gnassingbé, Kadangha Abalo… Des condamnations qui divisent

    Au Togo, la communauté kabyè est au cœur du pouvoir depuis la présidence de Gnassingbé père. Ce dernier avait succédé à Nicolas Grunitzky (1963-1967) et l’officier Kléber Dadjo (janvier à avril 1967), qui avaient conduit une transition après l’assassinat, lors d’un coup d’État en janvier 1963, du père de l’indépendance, Sylvanus Olympio, originaire du sud du pays. Selon des archives françaises, Étienne Eyadéma Gnassingbé a été impliqué dans son meurtre.

    Beaucoup de cadres militaires des Forces armées togolaises proviennent de la région de la Kara, en particulier des cantons de Tchitchao et Pya, même si cette tendance s’est atténuée depuis 2005. « Longtemps, on a fait croire aux Kabyès que s’ils perdaient le pouvoir les gens du Sud allaient se révolter contre eux et même commettre un génocide », explique une source du sérail. Mais, aujourd’hui, « beaucoup ne pensent plus ainsi », conclut-elle. 

    Avec le temps, la communauté s’est divisée et des griefs sont apparus. D’une part, la région ne s’est pas développée autant que l’auraient souhaité ses habitants. D’autre part, l’emprisonnement depuis avril 2009 de Kpatcha Gnassingbé (ex-ministre de la Défense, frère de Faure Gnassingbé), pour « complot contre la sûreté de l’État », laissant ainsi le pouvoir total à son frère, n’a pas été du goût de tous. 

    Soutenu par l’armée et non condamné à l’international

    En 2023, la condamnation du général Kadangha (beau-frère des Gnassingbé), pour « complicité d’assassinat » d’un colonel, a accentué la division interne. Apollinaire Mewenemesse, directeur de publication du journal La Dépêche et natif de la Kara, a même été emprisonné un temps pour avoir écrit un article titré  : « Et si le Général Kadangha Abalo était le Capitaine Dreyfus du Togo ? », en référence à la célèbre affaire française de la fin du XIXe siècle.

    Avant Marguerite Gnakadè, quelques personnalités de la région s’étaient déjà opposées au pouvoir en place, comme le commandant Olivier Amah (venu du Pya) et l’ex-ministre de l’Intérieur François Boko (de Tchitchao), tous deux en exil, mais aussi l’ex-ministre de la Justice et opposant Abi Tchessa, ou encore Dahuku Péré (de Bohou), ancien président de l’Assemblée nationale, devenu opposant, et décédé en 2021.

    Mais tel un sphinx, Faure Gnassingbé a toujours su renaître de ses cendres après chaque poussée de fièvre politique. Soutenu par les forces de l’ordre qui lui ont de nouveau fait allégeance le 3 mai au terme de sa prestation de serment comme président du Conseil, il s’appuie aussi sur des divisions entre opposants ou membres de la société civile. Tandis qu’il reste bien souvent épargné par les condamnations à l’international, en premier lieu de la France, qui a toujours soutenu la famille Gnassingbé.

    Source: afriquexxi.info








  • Au Togo, l’activiste Folly Satchivi arrêté par des hommes en cagoule

    Au Togo, l’activiste Folly Satchivi arrêté par des hommes en cagoule

    L’activiste togolais, Folly Satchivi, un ancien étudiant de l’Université de Lomé, l’un des porte-paroles des mouvements estudiantins, engagé aujourd’hui du côté de la lutte de libération du Togo, menée par la jeunesse, a été enlevé ce lundi 7 juillet à son domicile dans la zone Bè Ahadji- Kpota aux environs de 17h 30 par des hommes armés, cagoulés à bord d’une Jeep des forces de sécurité.

    Selon des témoins, ces hommes qui ont irruption dans le quartier de façon fracassante ont escaladé le mur avant d’aller enlever Folly Satchivi manu- militari. Il sera conduit à une destination que les témoins de la scène n’étaient pas en mesure d’identifier.

    Aussitôt, nos vérifications auprès des organisations de défense des droits humains nous ont permis de se rendre compte que c’était nous qui les informions des faits qui se produisaient jusque là.

    Aux dernières nouvelles, Folly Satchivi se trouverait en ce moment dans les mains des éléments de la Direction Centrale de la Police Judiciaire ( DCPJ) à Lomé.

    Nul n’est en mesure de savoir ce qu’on reproche de nouveau à cet activiste qui de par le passé a connu la prison à plus d’une fois. La question est de savoir peut-on interpeller un citoyen si vraiment on lui reprochait quelque chose dans un Etat dit de droit ?

    Nous y reviendrons !

    Justin ANANI


  • Au Togo, les FDR attirent l’attention de l’opinion internationale sur la violente répression des dernières manifestations

    Au Togo, les FDR attirent l’attention de l’opinion internationale sur la violente répression des dernières manifestations

    C’est avec la dernière rigueur que le parti les Forces démocratiques de la république (FDR) condamne la violente répression des manifestations pacifiques de ces 26, 27 et 28 juin au Togo. Dans un communiqué, la formation politique de l’opposition, « tire sur la sonnette d’alarme et attire l’attention de l’opinion nationale surtout internationale sur l’inquiétante évolution de la situation sociopolitique dans notre pays le Togo ». En dehors de la sortie musclée des forces de sécurité, dans des maisons pour tabasser les individus avec « une rare violence », c’est surtout l’appel à des « nervis armées » intervenant « à visage découvert pour la plupart, à la répression, aux côtés des forces de défense et de sécurité, ce qui ne laisse aucun doute sur ceux qui les ont envoyés en mission », déplore le parti incarné par Me Paul Dodji Apévon.

    COMMUNIQUE

     AUCUNE REPRESSION, AUSSI FEROCE SOIT-ELLE, NE PEUT ARRETER L’ELAN D’UN PEUPLE POUR LA LIBERTE

     Le parti Forces Démocratiques pour la République (FDR) tire sur la sonnette d’alarme et attire l’attention de l’opinion nationale et surtout internationale sur l’inquiétante évolution de la situation socio politique dans notre pays le Togo.

     En effet, le monde entier a vu sur les réseaux sociaux les effroyables images des sauvages, barbares et ignominieuses violences exercées par les Forces de Défense et de Sécurité (FDS) sur des manifestants à mains nues, sortis pour exprimer pacifiquement leur opposition au changement illégal et illégitime de la Constitution imposée par Faure GNASSINGBE dans un mépris total du peuple, pour pérenniser son règne dynastique au Togo.

    Ces forces de sécurité ont fait des incursions dans des domiciles privés pour passer à tabac, avec une rare violence, tous les habitants, et ont même exercé des exactions sur de simples passants et des citoyens se trouvant devant leur maison, provoquant ainsi de graves blessures à certains.

    Le plus alarmant est la sortie, une fois encore, de nervis armés qui ont participé, à visage découvert pour la plupart, à la répression, aux côtés des forces de défense et de sécurité, ce qui ne laisse aucun doute sur ceux qui les ont envoyés en mission.

     La protection dont bénéficient ces miliciens leur a donné l’assurance de leur impunité et c’est fort de cette assurance que l’un d’eux, un militaire à la retraite, a fait ouvertement sur les réseaux sociaux l’apologie du crime en déclarant qu’ il faut apprendre à tuer au Togo et que si quelqu’un est tué au cours des manifestations, c’est lui qui en est l’auteur.

    C’est dans ce climat de terreur que deux corps sans vie ont été repêchés dans le 4 ème lac à Anfamé, deux autres dans la lagune de Bè. On a appris que ce sont les recherches d’un jeune, toujours porté disparu, qui a sauté dans la lagune pour échapper à la répression qui ont permis de découvrir les deux corps repêchés. Tout cela nous rappelle l’atroce souvenir de la tuerie de la lagune de Bè où 28 corps y ont été repêchés en Avril 1991.

     Depuis sa prise de pouvoir, il y a 58 ans, la dynastie GNASSINGBE a utilisé la répression, les assassinats, les arrestations arbitraires, les intimidations, les manipulations pour s’y maintenir. Les victimes de ces exactions se comptent aujourd’hui par milliers.

    Mais la 5ème République qu’elle tente d’imposer au forceps et par coup de bluff est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, permettant ainsi au peuple togolais de comprendre enfin qu’il est temps de mettre un terme à ce long règne chaotique qui l’étouffe. Ce que Faure GNASSINGBE n’a pas pu faire en 20 ans, ce n’est pas en décrétant le règne à vie qu’il va réussir à le faire.

    En effet, ce que Faure GNASSINGBE et les jusqu’au-boutistes autour de lui font semblant d’ignorer, c’est que leur règne a déjà pris fin. La contestation populaire en cours, lancée par des influenceurs togolais et soutenue par le peuple, avec la descente sur le terrain de jeunes courageux et déterminés, ne s’arrêtera pas.

    Plus ils chercheront à la réprimer par quelques militaires et forces de sécurité instrumentalisés et par des milices appelées en renfort, plus elle s’amplifiera jusqu’à leur chute.

    Nul ne peut résister indéfiniment à l’Esprit.

     Cette contestation populaire permet au monde entier de découvrir encore plus la face hideuse de la minorité pilleuse qui a pris le pays en otage depuis des années.

    Le parti FDR adresse ses vives félicitations à tous les compatriotes qui ont courageusement décidé de braver les dangers de la répression pour dire non à l’imposture de la 5ème République frelatée que des esprits maléfiques tentent de nous imposer.

    Il manifeste sa proximité aux personnes arrêtées, ses compassions à celles qui sont blessées et violentées et ses condoléances aux familles des victimes repêchées dans la lagune de Bè et dans le 4ème lac.

    Le parti FDR lance un vibrant appel aux dirigeants de fait de notre pays à écouter enfin le cri de détresse du peuple togolais qu’ils prétendent gouverner, en faisant cesser les violences gratuites sur les populations, en libérant les personnes arrêtées au cours des manifestations et tous les autres prisonniers politiques, en faisant ouvrir une enquête indépendante pour identifier et traduire en justice les auteurs et commanditaires des répressions qui ont entrainées des mort, en procédant à l’arrestation du militaire à la retraite qui a ouvertement fait sur les réseaux sociaux l’apologie du crime.

    Le parti FDR exhorte tous les Togolais, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, à rester mobilisés et déterminés afin de donner à notre pays un avenir plus prometteur.

     Lomé, le 28 Juin 2025 Le Président National Me Paul Dodji APEVON

  • Infrastructures, modification de la Constitution… Pourquoi ces manifestations contre le pouvoir au Togo

    Infrastructures, modification de la Constitution… Pourquoi ces manifestations contre le pouvoir au Togo

    Les Togolais sont de nouveau sortis dans la rue ce jeudi 26 juin pour protester contre le pouvoir et demander “la démission de Faure Gnassingbé”.  

    Depuis 2017, les manifestations sont rares au Togo mais la police a réprimé ce jeudi des groupes de manifestants dispersés dans la capitale Lomé. “J’ai décidé de tout fermer en soutien aux manifestations déclenchées pour libérer notre pays, car trop, c’est trop. Nous voulons le changement”, a expliqué à l’Agence France-Presse, Hélène, une commerçante du quartier de Hedzranawoé.

    Manque d’emplois, précarité des infrastructures… La colère est globale et la question des conditions de vie est au cœur de la contestation. L’état des routes est également jugé médiocre, alors que la saison des pluies commence au Togo et que les routes se retrouvent totalement inondées.

    Un autre pans de la mobilisation vient de l’augmentation du prix de l’énergie annoncée en mai. “Il y a eu +12,5% d’augmentation des frais d’électricité et les Togolais ne l’ont pas digéré. Ils sont obligés de payer cher pour un service dont ils ne bénéficient pas en termes de qualité. Parce qu’il y a beaucoup de perte d’énergie, elle n’arrive pas à destination, et ce sont des pratiques qui permettent de détourner des fonds”, expliquait à TV5Monde, au début du mois de juin, Mohamed Madi Djabakaté, politique et essayiste. 

    En conséquence, “beaucoup de services en rapport avec l’électricité ont subi des augmentations. Les Togolais ont donc compris que la politique menée a un impact concret sur leur quotidien. Selon des analyses économiques, l’augmentation du prix de l’électricité pourrait entraîner une inflation de 10% à 15% dans les mois à venir”, commentait-il.

    “Des procédures législatives opaques” 

    Dans le pays, où Faure Gnassingbé, président après avoir succédé à son père en 2005, a récemment consolidé son pouvoir grâce à une réforme constitutionnelle, les manifestations sont pourtant interdites depuis 2022. Une interdiction qui est intervenue après une attaque meurtrière au grand marché de Lomé. Les meetings eux, restent autorisés.

    Le 19 avril 2025, les parlementaires togolais ont adopté un changement de la Constitution. Désormais, pour élire le président, le suffrage universel direct n’est plus nécessaire. Autre changement: le pays est transformé en un système parlementaire où la limite de mandats présidentiels est supprimée. Elle était jusque-là fixée à deux. 

    Selon le centre d’études stratégiques de l’Afrique, Africa Center, “ce changement fondamental du système de gouvernance du Togo, qui limite les droits politiques des citoyens, n’a pas été adopté par référendum, mais par le parti au pouvoir depuis longtemps et ce, via des procédures législatives opaques.” 

    Au micro de RFI, Sambirini Targone, coordinateur de la dynamique pour la majorité du peuple au Togo, a réagi : “En violant cette Constitution, qui est la loi fondamentale du pays, on déstabilise le pays. En ce moment les populations se disputent des nourritures avariées. Quand on fait le bilan de Faure Gnassingbé, après avoir dépensé 15000 milliards de Francs CFA et une dette de 4000 milliards, qu’est-ce que l’argent a servi à faire ?”

    “Touche pas à ma Constitution”

    Jeudi 26 juin, un fort dispositif policier quadrillait plusieurs quartiers de la capitale, après la dispersion avec des gaz lacrymogènes de groupes de manifestants. 

    Début juin, des manifestations ont été lancées sur les réseaux sociaux par des influenceurs de la diaspora togolaise et des militants de la société civile pour protester contre le pouvoir. Il n’y a pas d’organisation politique leader de ce mouvement. 

    Les récentes manifestations avaient notamment été initiées par le rappeur Aamron, critique du pouvoir. Il avait été arrêté fin mai avant de réapparaître dans une vidéo le 5 juin, depuis un hôpital psychiatrique où il présentait des excuses envers Faure Gnassingbé.

    Lors des mouvements du début du mois, une cinquantaine de personnes ont été arrêtées puis libérées. Des journalistes qui couvraient les manifestations ont été brièvement interpellés et contraints par les forces de l’ordre d’effacer leurs images. 

    Un regroupement de partis politiques de l’opposition et de la société civile, le Front “Touche pas à ma Constitution”, a affirmé “condamner avec la plus grande fermeté les arrestations massives et arbitraires perpétrées les 5 et 6 juin 2025″.

    ”Ces arrestations “sont l’expression d’un pouvoir aux abois qui préfère la violence à l’écoute, la répression à l’apport de solutions aux préoccupations des citoyens”, a-t-il estimé. 

    Malgré la répression et les risques, les Togolais n’ont pas plié. De nouveaux appels à manifester ont été lancés sur les réseaux sociaux pour les prochains jours pour demander “la démission de Faure Gnassingbé”.  

    Source: https://information.tv5monde.com/afrique



  • « Une gouvernance sans limite, ni légale ni temporelle » : deux intellectuels togolais alertent

    « Une gouvernance sans limite, ni légale ni temporelle » : deux intellectuels togolais alertent

    ENTRETIEN CROISÉ. L’arrestation fin mai du rappeur Aamron a réveillé une colère longtemps contenue au Togo. Dans une interview croisée avec Le Point Afrique, l’écrivain Radjoul Mouhamadou et le penseur Sénamé Koffi Agbodjinou décryptent un système à bout de souffle.

    Depuis l’arrestation, fin mai, du rappeur Aamron – brièvement interné en hôpital psychiatrique avant d’être relâché –, des appels à manifester circulent au Togo, avec trois journées de mobilisation prévues les 26, 27 et 28 juin. Dans ce contexte tendu, deux intellectuels togolais livrent une analyse approfondie des tensions politiques actuelles. Radjoul Mouhamadou, politiste basé au Canada, coauteur de Ce pays est à nous, et Sénamé Koffi Agbodjinou, penseur togolais et initiateur du WoeLab, un écosystème citoyen et technologique basé à Lomé, décryptent les ressorts d’une contestation populaire et les perspectives qu’elle ouvre.

    Alors que le régime de Faure Gnassingbé, désormais parlementaire, se heurte à une défiance croissante marquée par arrestations et intimidations, les deux hommes appellent à dépasser la simple réaction. Récemment, les réseaux professionnels – Meta principalement – en ligne de Sénamé Koffi Agbodjinou, fruit de plus de douze années de travail, ont été supprimés sans explication, illustrant la violence du verrouillage politique.

    Entretien croisé sur les racines de la colère, le verrouillage démocratique et les scénarios d’avenir d’un pays trop longtemps confisqué.

    Le Point Afrique : L’arrestation d’Aamron, fin mai, a servi de détonateur à une vague de mobilisation inédite. Où étiez-vous à ce moment-là et comment avez-vous vécu ce basculement ?

    Radjoul Mouhamadou : J’ai été alerté très tôt, dès la nuit du 26 au 27 mai, alors que je revenais de Côte d’Ivoire. Sur le moment, j’ai cru que l’affaire se tasserait, comme cela arrive trop souvent. Mais, cette fois-là, l’onde de choc a été immédiate. L’ampleur de la réaction m’a surpris : le seuil de l’intolérable a clairement été franchi. Quelque chose venait de se réveiller chez les Togolais. 

    Ce sursaut semble pourtant heurter de plein fouet une forme de résignation ancrée depuis des années. Une génération entière paraît avoir renoncé à voter, militer ou même espérer. L’imaginaire collectif togolais a-t-il été brisé ?

    Sénamé Koffi Agbodjinou : Nous avons, avec le Togo, un cas singulier d’emprise sur notre humanité : une culture extrémiste de la conservation du pouvoir, dépourvue de toute conviction susceptible, à l’occasion, de la sublimer – comme ce fut parfois le cas dans les grandes autocraties, capables de produire un souffle esthétique ou intellectuel. Ici, rien de cela. Juste un réflexe clanique, radicalisé depuis près de six décennies !

    L’administration du pays reste figée dans un modèle hérité de la colonisation, totalement dépassé à l’heure de l’intelligence artificielle. Ce système maintient la société dans l’inefficacité et l’arriération. Il s’appuie à la fois sur la peur, utilisée de manière brutale pour dissuader toute contestation, et sur un enchevêtrement opaque d’alliances internationales qui le protègent. Peu à peu, cette emprise a étouffé chez les Togolais jusqu’à l’idée même qu’un autre avenir est possible.

    Il faut aujourd’hui réensemencer l’imaginaire. Ce n’est pas seulement une urgence pour les Togolais. Le Togo manque au monde.

    À quoi ressemble la vie quotidienne sous un pouvoir qui semble ne plus rien promettre ?

    R. M. : La vie quotidienne d’un Togolais moyen, c’est une lutte constante. Les gens ont faim, littéralement. Même ceux qui, autrefois, étaient considérés comme des personnes-ressources dans leur famille n’arrivent plus à aider. Pendant ce temps, d’autres s’enrichissent de façon obscène.

    Mais ce qui m’inquiète surtout, c’est le niveau général de la jeunesse. C’est, à mes yeux, l’une des jeunesses les plus désarmées de la sous-région, sur le plan à la fois professionnel et moral. Je le dis avec gravité. Elle s’est éduquée dans un système politique où le vol, le mensonge et la tricherie sont vus comme des moyens légitimes de réussir. Le modèle qu’on lui donne depuis le sommet de l’État, c’est celui-là : penser d’abord à soi. Et donc elle reproduit cette norme.

    Dans ce pays, tout repose désormais sur les relations. Il faut connaître quelqu’un à l’armée pour éviter des ennuis avec un voisin. À la gendarmerie, ce n’est plus une question de droit ou de tort : tout dépend de ce que vous donnez. À l’hôpital, sans médecin dans la famille, vous pouvez mourir faute de prise en charge. Même pour faire des affaires, il faut un contact dans une banque. Rien ne suit une logique juste ou rationnelle. L’arbitraire est devenu la règle. L’État est démissionnaire. Nos dirigeants vivent dans un monde parallèle, totalement déconnecté. Et ce contraste devient encore plus flagrant aujourd’hui, quand on voit ce qui se fait juste à côté, au Bénin. Là-bas, on prouve qu’un changement est possible, et même rapide.

    Plusieurs opposants ont été arrêtés ces dernières années sans susciter autant d’émoi. Qu’est-ce qui confère à l’affaire Aamron une résonance particulière ?

    R. M. : Je pense que beaucoup de jeunes – 60 % des Togolais ont moins de 25 ans – se sont immédiatement identifiés à Aamron. Son discours radical, le ton de sa charge et l’efficacité de sa critique frontale de l’impéritie du système ont trouvé un écho puissant dans une jeunesse en quête de changement. Cette dernière s’est reconnue dans la figure de cet artiste comme à un porte-parole devenu à la fois un symbole et un martyr pour avoir tenu un langage désarmant de vérité.

    Et puis il y a un autre facteur, plus sensible : son origine. Aamron est kabyé, du Nord, comme Faure Gnassingbé. Je n’aime pas du tout manier les grilles ethniques, car elles peuvent être piégées. Mais beaucoup dans la société civile attachent une signification forte à cet indicateur. Il est indéniable que les contestations qui émergent de cette région, longtemps considérée comme le socle du pouvoir, sont aussi rares qu’elles provoquent généralement de fortes secousses politiques. Ce glacis ethnique qu’on a trop longtemps cru à tort homogène derrière Faure Gnassingbé montre des signes de fissures. J’ai en tête les récentes prises de distance de Marguerite Gnakadè, l’ancienne ministre de la Défense. Pour nombre d’activistes, cette dissidence au sein même de la base du régime ouvre une brèche. Et, parce qu’il est du Nord, certains y ont vu une opportunité historique pour bousculer l’ordre établi.

    L’ampleur des manifestations récentes vous semble-t-elle annoncer un basculement politique ?

    R. M. : Ce qui s’est exprimé au Togo, c’est une pulsion de liberté, mais sans cadre. L’opposition est fragmentée, les partis absents, la société civile en retrait. On assiste à une mobilisation éclatée, efficace pour échapper à la répression mais vulnérable sur le long terme.

    Soyons lucides. Faure Gnassingbé ne tombera pas sous les coups de boutoir de la seule contestation populaire, même si elle est absolument nécessaire. Pour beaucoup, l’armée pourrait jouer un rôle décisif dans l’évolution politique, soit en exerçant une pression interne pour un changement au sommet, soit en prenant le pouvoir par la force. Ce scénario serait tragique si cela se limitait à une simple alternance dans le contrôle civilo-militaire, comme c’est souvent le cas dans la région.

    L’antidote est d’ores et déjà d’engager une réflexion stratégique et politique sur l’après-Faure Gnassingbé. Mais qui y travaille aujourd’hui ? Sans une vision claire, même la plus juste des révolutions risque de tourner en rond ou de se renier.

    Vous parlez souvent d’une jeunesse capable d’hacker le réel, de créer des contre-espaces, des récits alternatifs. Quelles formes concrètes cette « réappropriation » du destin commun que vous appelez de vos vœux pourrait-elle prendre ?

    S. K. A. : La jeunesse togolaise a forcément sa lumière propre enfouie dans son tréfonds. Sur l’état de décomposition avancée que révèle le système oppresseur, les choses appellent à la recomposition de quelque chose. Le creuset de la contestation actuelle est peut-être l’occasion pour cette lumière de filtrer.

    La jeunesse togolaise a de véritables atouts entre les mains : les outils numériques, d’une part, et une richesse d’imaginaires, de récits et de cultures encore souvent inexploités, d’autre part. Si elle parvient à s’organiser autour de ces forces, et à nouer des alliances avec d’autres jeunesses africaines dans un panafricanisme réellement porté par les peuples, elle pourra jouer un rôle décisif. Dans un continent où les jeunes sont majoritaires, elle aurait alors les moyens de repenser l’État et d’en imaginer de nouvelles formes, mieux adaptées à notre époque.

    La réforme constitutionnelle d’avril 2024, qui a instauré un régime parlementaire, marque-t-elle une rupture du contrat social togolais ?

    R. M. : Oui, clairement. En imposant un changement de Constitution sans consultation populaire, Faure Gnassingbé a rompu unilatéralement l’ultime clause de la promesse démocratique nouée par voie référendaire en 1992. Ce refus de consulter le peuple vaut symboliquement autodestitution. Ironiquement, il s’est délesté tout seul de la dernière once de légitimité dont il pouvait jusqu’à récemment se prévaloir. Si cette nouvelle « République sans peuple » peine à se matérialiser institutionnellement, c’est bien parce qu’elle ne repose sur aucun socle de légitimité.

    L’élection présidentielle, jusque-là, offrait un espace de respiration, un moment où le peuple togolais pouvait exister, s’exprimer, contester. En supprimant cette échéance, le régime croyait naïvement avoir fermé cette soupape sans avoir prévu que la pression se trouverait d’autres exutoires. L’opposition politique, elle, s’est effondrée, notamment depuis l’échec en 2020 de la Dynamique Mgr Kpodzro, qui a renoncé à la lutte pragmatique pour un leadership messianique. Résultat des courses : il ne subsiste aujourd’hui plus aucune force politique structurée, plus aucune alternative, plus aucun cap. Ce vide stratégique est, hélas, le meilleur allié du pouvoir togolais.

    Le pays aspire fortement à une rupture, mais cette radicalité manque d’imagination symbolique et d’ambition politique. Ce flou maintient le système en place. Il ne s’agit plus seulement d’alternance : il faut reconstruire un contrat social, redonner du sens au bien commun. Cela ne viendra ni des putschistes ni des technocrates, mais d’un collectif capable de penser et de faire advenir un « tiers pays » – entre ce que nous vivons et ce que nous espérons. Une politique du beau, contre la laideur d’un régime sans horizon.

    Il reste donc de la place pour une contestation non violente ?

    S. K. A. : L’insensibilité manifeste du régime togolais voudrait pousser à se résoudre à une fatalité. Mais il y a toujours de la place pour l’intelligence. Surtout pour une intelligence qui se voudrait de la marge. C’est ce front que nous avons voulu ouvrir avec le projet « Ce pays est à nous tous ».

    Pensez-vous que le Togo pourrait basculer, à l’instar du Mali ou du Burkina Faso, vers un scénario de rupture militaire ?

    R. M. : Oui, ce risque est réel. L’actuel soulèvement populaire pourrait servir de tremplin à l’armée togolaise pour resserrer son emprise sur le pouvoir politique, menant ainsi non pas à la rupture démocratique exigée depuis des décennies, mais à une sorte d’autoritarisme en treillis qui se réclame, comme au Sahel, du panafricanisme et du souverainisme.

    Le régime togolais repose sur un déficit structurel de légitimité, mais également sur une forme de confiscation du temps. En effet, si Faure Gnassingbé n’a pas réussi à gouverner efficacement son pays, il semble avoir réussi à pétrifier le futur en dilapidant le temps nécessaire à la mise en œuvre des réformes structurelles urgentes.

    Par ailleurs, son autorité s’exerce dans un climat marqué par des violences diffuses et multiformes, qui vont du harcèlement fiscal aux interventions policières jugées abusives, parfois dénoncées comme des détentions arbitraires ou des actes de torture par plusieurs observateurs et organisations. Dans ce cadre, le pouvoir apparaît comme pratiquant une gouvernance sans limite, ni légale ni temporelle.

    Ce qui m’inquiète, c’est l’adhésion confusionniste d’une large part de la jeunesse togolaise aux sirènes du putschisme providentiel qui sévit au Sahel. Demain, toute cette séduisante énergie contestataire qui s’est exprimée pourrait fort bien être récupérée par le premier putschiste venu qui revêtira les habits neufs de la révolution panafricaniste.

    Il faut éviter cela à tout prix. Il me semble essentiel que la contestation actuelle renforce les mécanismes démocratiques et protège les institutions. La voie la plus légitime et la plus constructive serait une transition civile, strictement encadrée dans le temps, visant à restaurer l’État de droit et à établir une République véritablement démocratique, garante des droits et libertés fondamentaux.

    Vous êtes tous deux actifs dans des espaces panafricains et diasporiques. Comment cette position peut-elle contribuer aux luttes démocratiques sur le continent, notamment au Togo ?

    S. K. A. : Cette double appartenance nous donne la responsabilité d’agir comme contrepoids à la diplomatie extérieure du pouvoir togolais, qui masque habilement l’impasse démocratique intérieure. Il s’agit d’user de notre position pour fissurer les verrous en ciblant les points de jonction par lesquels s’installe le silence ou l’oubli.

    Nous pouvons aussi jouer un rôle de passeur entre écosystèmes militants et relancer un véritable travail de repolitisation du panafricanisme. Celui-ci, trop souvent réduit aujourd’hui à une posture ou à une plateforme, en vient parfois à marginaliser les luttes locales, comme celle du peuple togolais, perçues comme gênantes au regard des alliances ou des gages accordés par certains régimes à un « néopanafricanisme » de façade.

    Source:lepoint.fr/afrique


  • Au Togo, les forces démocratiques en soutien aux manifestants  anti-pouvoir des 26, 27 et 28 juin

    Au Togo, les forces démocratiques en soutien aux manifestants anti-pouvoir des 26, 27 et 28 juin

    Les forces démocratiques soutiennent les manifestants  des 26, 27 et 28 prochains sur l’ensemble du territoire national et appellent les populations à sortir massivement pour mettre fin au règne de Faure Gnassingbé. Face à la presse cet après-midi, au siège de la Convergence Patriotique des Peuples Africains (CDPA) à Lomé, une dizaine de partis politiques d’opposition et des organisations de la société civile réunis dans un front ont exprimé leur position au regard de la situation sociopolitique du moment au Togo. Ces parti politique d’opposition et les organisations de la société civile togolaise, à l’instar des autres qui se sont déjà prononcées sur les prochaines manifestations, refusent d’être complices de la crise voulue par Faure Gnassingbé et son équipe.

    CONFERENCE DE PRESSE DES PARTIS POLITIQUES, REGROUPEMENT DE PARTIS POLITIQUES ET ORGANISATIONS DE LA SOCIETE CIVILE

    DECLARATION LIMINAIRE

     Mesdames et Messieurs les journalistes,

    Les heures que nous vivons sont graves. Elles ne doivent laisser personne indifférente. Le moment est de ceux où le silence devient complicité, et où la neutralité équivaut à une prise de position en faveur de l’injustice. Il est donc de la responsabilité de chaque citoyen épris de justice, de prendre la parole, de nommer les choses et de se tenir aux côtés du peuple qui, pacifiquement, réclame le changement pour un avenir meilleur.

    C’est dans cet esprit que nous, partis politiques, regroupement de partis politiques et organisations de la société civile suivant : ADDI, CAR, DMP, LES DEMOCRATES, LDP, PSR, SANTE DU PEUPLE, tenons aujourd’hui cette conférence de presse, en écho à cette parole historique de Sylvanus OLYMPIO : « Sentinelle, que dis-tu de la nuit ? La nuit est longue, mais le jour vient. »

    Cette citation puissante, extraite de la déclaration d’indépendance prononcée par le père de l’indépendance, résonnait d’espoir et promettait un avenir meilleur pour le Togo et ses citoyens. Cependant, soixante-cinq ans après l’indépendance nominale, le Togo est toujours plongé dans une nuit interminable. Depuis le 6 juin 2025, une lueur d’espoir renaît avec une nouvelle dynamique de contestation portée par la  jeunesse vaillante du Togo, déterminée à prendre en main destin pour un changement total du système qui nous régente depuis plus de 60 ans.

     C’est pourquoi au nom de l’article 150 de la constitution togolaise qui consacre : « En cas de coup d’état, ou de coup de force quelconque, tout membre du Gouvernement ou de l’Assemblée nationale a le droit et le devoir de faire appel à tous les moyens pour rétablir la légitimité constitutionnelle, y compris le recours aux accords de coopération militaire ou de défense existants.

    Dans ces circonstances,  pour tout Togolais, désobéir et s’organiser pour faire échec à l’autorité illégitime constituent le plus sacré des droits et le pus impératif des devoirs », nous tenons une fois encore à saluer à sa juste valeur cet éveil de conscience de la jeunesse togolaise. Cette nouvelle dynamique de contestation incarne l’aspiration  légitime du peuple  togolais à un changement démocratique et social, et traduit le rejet du coup de force constitutionnel ayant conduit à la 5è République. Les jeunes porteurs de cette dynamique, déterminés, qui ne cèdent plus à la peur ni à l’intimidation et qui l’ont démontré le 06 juin, appellent de nouveau, à travers les réseaux sociaux, manifestations pacifiques les 26, 27 et 28 juin prochains.

    Cette jeunesse  ne réclame qu’une chose : qu’on lui donne enfin l’opportunité de comparer une autre gouvernance à celle qui la régente depuis plusieurs décennies.

     Nous tenons le pouvoir en place pour seul responsable de la situation actuelle et de toutes ses éventuelles conséquences,  pour avoir délibérément ignoré, des années durant, les appels répétés de l’opposition. Nous condamnons avec la plus grande fermeté les  répressions violentes des 05 et 06 juin 2025, qui s’inscrivent dans une triste routine  désormais bien connue et appelons le gouvernement togolais à respecter pleinement  la liberté d’expression et de manifestation, garantie par Constitution de 1992, votée à plus de 98% par le peuple togolais.

    Nous invitons toute la population togolaise, les différents corps socio-professionnels ainsi que les religions traditionnelle, musulmane et chrétienne à soutenir cette dynamique de contestation pour le bien-être et l’avenir démocratique du Togo.

    Nous lançons particulièrement, un appel aux Forces de Défense et d Sécurité (gendarmes, policiers, militaires) à faire preuve, pour une fois, de retenue et discernement, en s’abstenant de réprimer un peuple déjà trop éprouvé par de longues années de souffrances.

     Enfin, nous lançons un appel pressant à la communauté internationale pour qu’elle soutienne le peuple togolais dans sa quête légitime de démocratie et de justice sociale.

    Nous croyons fermement en un Togo où chaque citoyen peut jouir pleinement de ses droits  constitutionnels, et où la voix du peuple est souverainement respectée et valorisée.

     Fait à Lomé, le 24 Juin 2025

    Les signataires:  ADDI, CAR ,DMP, LES DEMOCRATES, LDP, PSR,  SANTE DU PEUPLE

  • Togo. Les autorités doivent enquêter sur les allégations de torture sur des manifestant·e·s et cesser de réprimer les voix dissidentes

    Togo. Les autorités doivent enquêter sur les allégations de torture sur des manifestant·e·s et cesser de réprimer les voix dissidentes

    Les autorités togolaises doivent enquêter sur les allégations de torture sur des manifestant·e·s à la suite des manifestations qui ont eu lieu au début du mois, et respecter leurs engagements en matière de protection des droits à la liberté de réunion pacifique et d’expression, a déclaré Amnesty International aujourd’hui.

    Des dizaines de personnes ont été arrêtées les 5 et 6 juin à Lomé après être sorties dans la rue pour protester contre la répression des voix dissidentes par les autorités, la cherté de la vie et les changements constitutionnels qui pourraient permettre à l’actuel président du Conseil des ministres, Faure Gnassingbé, de rester au pouvoir sans limite de temps.

    Cinquante-six personnes ont été libérées le 9 juin, selon le procureur général. Trois manifestant·e·s sont toujours détenus à la date du 17 juin, selon plusieurs sources.

    « En interdisant les manifestations et en les réprimant par la force, les autorités violent le droit international»: Marceau Sivieude, directeur régional par intérim d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.

    Pendant leur détention, plusieurs manifestant·e·s ont été soumis à la torture ou à d’autres mauvais traitements, selon les témoignages recueillis par Amnesty International.

    « Ces manifestant·e·s togolais sont sévèrement punis pour le simple fait d’avoir exprimé leurs opinions. En interdisant les manifestations et en les réprimant par la force, les autorités violent le droit international qui protège le droit de manifester. Elles ne respectent pas non plus les engagements pris lors du dernier Examen périodique universel, notamment l’interdiction de la torture sous toutes ses formes et l’ouverture d’enquêtes sur les actes de torture présumés », a déclaré Marceau Sivieude, directeur régional par intérim d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. « La répression de la liberté d’expression et de réunion pacifique doit cesser immédiatement. »

    Dans une déclaration lue à la télévision le 9 juin, le procureur de la République a évoqué des « individus [qui] par groupuscules ont bruyamment occupé les voies publiques […], orchestrant des vacarmes et érigeant par endroits des barricades », alors qu’« aucune déclaration de manifestation publique n’avait été enregistrée » ce qui constitue selon lui des « troubles aggravés à l’ordre public ».

    Des témoignages et certificats médicaux faisant état d’actes de torture

    Amnesty International s’est entretenue avec 10 manifestant·e·s dans les jours qui ont suivi leur détention à la gendarmerie de Djidjolé. Tous ont déclaré avoir été soumis à la torture ou à d’autres mauvais traitements.

    « Nous demandons qu’une enquête rapide, impartiale, indépendante et efficace soit menée sur ces allégations»: Fabien Offner, chercheur au bureau régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.

    « Nous étions couchés sur le sol, ils étaient six ou sept agents autour de nous. Ils versaient de l’eau sur nous et ils nous frappaient les fesses avec des cordelettes. Ils ont frappé nos plantes de pieds en nous demandant ‘est-ce que vous allez encore sortir manifester ?’ Puis ils nous ont ordonné d’aller courir sur des gravillons. Ils nous menaçaient. À un moment, ils nous ont ordonné d’aller danser sous la pluie. Ils ont ordonné à un manifestant qui avait été arrêté avec un mégaphone de chanter dans l’appareil éteint, » a raconté l’un d’eux à Amnesty International.

    « Ce n’est pas la première fois que des manifestant·e·s arrêtés font état de torture et d’autres mauvais traitements dans le pays. Le Togo a été condamné une dizaine de fois ces dernières années par la Cour de justice de la CEDEAO pour avoir eu recours à la torture. Nous demandons qu’une enquête rapide, impartiale, indépendante et efficace soit menée sur ces allégations », a déclaré Fabien Offner, chercheur au bureau régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.

    Trois certificats médicaux consultés par Amnesty International font état de « contusions des muscles fessiers » et un quatrième de « contusions des muscles paravertébraux ». Amnesty International a également constaté des blessures sur des photographies de manifestant·e·s.

    Une des victimes présumées, détenue pendant quatre jours et qui témoignait trois jours après sa libération, a déclaré : « j’ai toujours des douleurs aux fesses, à la hanche et j’ai du mal à lever le bras droit. » Une autre victime présumée a déclaré avoir signé des documents à la gendarmerie sans savoir de quoi il s’agissait. Une autre a dit avoir été menacée par téléphone après avoir signalé ces violences sur les réseaux sociaux.

    Le 10 juin, Amnesty International s’est rendue à la Brigade de recherche et d’intervention de la Direction générale de la police nationale, où 32 manifestant·e·s étaient détenus. L’organisation s’est entretenue avec trois d’entre eux, qui ont déclaré avoir été bien traités et avoir reçu la visite de leurs proches.

    Contexte
    Le 26 mai, le chanteur Aamron, critique virulent des autorités, a appelé à la mobilisation contre le gouvernement dans une vidéo postée sur TikTok. Il a été arrêté la nuit suivante à son domicile, sans convocation préalable ni mandat d’arrêt, et emmené dans un lieu inconnu. Il est réapparu le 6 juin dans une vidéo, s’excusant auprès du président du Conseil des ministres pour avoir tenu des propos « injurieux et outrageants ». Il a également annoncé qu’il était soigné dans un hôpital psychiatrique.

    Dans une déclaration publiée le 6 juin, le gouvernement a averti que toute personne utilisant les réseaux sociaux pour « diffuser des informations dénuées de tout fondement et susceptibles de provoquer des troubles graves à l’ordre public (…) [s’exposaient], sans exception aucune, à la rigueur de la loi ».

    Certaines des lois citées dans cette déclaration contiennent des dispositions contraires au droit international.

    Depuis l’adoption d’une nouvelle constitution en avril 2024, le pouvoir est concentré entre les mains du président du Conseil des ministres, chef du parti majoritaire. L’ancien président Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis la mort de son père en 2005, a accédé à cette fonction le 3 mai 2025.

    LISEZ LA COMMUNICATION D’AMNESTY INTERNATIONAL POUR L’EXAMEN PÉRIODIQUE UNIVERSEL DU TOGO EN 2022

    Source: Amnesty International

  • ’’Togolais, ne laissons pas la colère détruire notre avenir’’

    ’’Togolais, ne laissons pas la colère détruire notre avenir’’

    La jeunesse ressent chaque jour le poids d’une vie de plus en plus chère, le vertige du chômage, les frustrations liées au manque d’infrastructures et de perspectives réelles.

    La jeunesse togolaise a mal.

    Elle regarde l’avenir avec inquiétude.

    Elle ressent chaque jour le poids d’une vie de plus en plus chère, le vertige du chômage, les frustrations liées au manque d’infrastructures et de perspectives réelles.

    Et elle a raison de s’indigner.

    Oui, la situation économique est difficile.

    Oui, l’État doit faire davantage.

    Oui, les réformes sont trop lentes pour répondre à l’urgence sociale.

    Mais dans cette légitime révolte, ne perdons pas la lucidité.

    Le chaos n’est pas une solution.

    Casser, brûler, diviser n’améliorera ni les prix des denrées, ni le taux d’emploi, ni l’accès à l’eau, à la santé ou à l’éducation.

    Le Togo a besoin d’un sursaut collectif.

    Il ne s’agit pas de minimiser les souffrances, ni d’ignorer les limites de l’action gouvernementale. Le gouvernement a amorcé des efforts  insuffisants, certes  mais existants.

    Des chantiers sont ouverts. Des erreurs aussi.

    Mais ce n’est qu’ensemble, dans un climat de stabilité, que nous pourrons aller plus loin.

    – Appelons à un dialogue plus franc, plus ouvert, plus inclusif.

    – Appelons à une jeunesse exigeante, mais constructive.

    – Appelons à une opposition vigilante, mais responsable.

    – Appelons à un gouvernement qui écoute, ajuste, corrige et agit avec courage.

    Il est temps de prendre de la hauteur.

    Notre avenir ne se bâtira pas sur les ruines d’une société fracturée par la violence.

    Le Togo n’a pas besoin de devenir le théâtre d’une déchirure nationale.

    Il a besoin de solidarité, de justice, de réformes courageuses mais surtout *”d’une JEUNESSE qui reste porteuse d’espoir, non d’embrasement.”

    – À ceux qui souffrent, nous devons une écoute vraie.

    – À ceux qui dirigent, nous devons exiger des réponses concrètes.

    Mais à nous tous, nous devons le devoir sacré de protéger la paix.

    – Car sans paix, pas d’avenir.

    – Sans stabilité, pas de progrès.

    Et sans union, pas de nation.

    Le Togo est notre bien commun. Ne le sacrifions pas.

     AZOUMAH Mohamed (Délégué National de la Jeunesse de l’UFC)

Radio Renouveau228

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