Étiquette : Opposition

  • Togo : le dialogue politique, éternel théâtre d’un pouvoir et de son opposition

    Alors que le pouvoir met en avant le Cadre permanent de concertation pour défendre sa volonté de dialogue, le Manifeste Génération Togo rejette cette démarche, jugée inefficace après plusieurs décennies de crises politiques. La coalition privilégie une transition politique suivie d’assises nationales inclusives et appelle à une mobilisation citoyenne le 20 novembre prochain.

    Au Togo, le dialogue politique reste un sujet de profond désaccord entre le pouvoir et une partie de l’opposition. D’un côté, les autorités défendent les mécanismes de concertation mis en place pour favoriser l’apaisement politique. De l’autre, le Manifeste Génération Togo estime que ces initiatives n’ont jamais permis de résoudre durablement la crise politique ni de faire évoluer les rapports de force.

    Le débat a été relancé après les déclarations de Gilbert Bawara, ministre des Relations avec les Institutions, devant les députés. Interpellé sur les tensions politiques internes, le ministre a défendu le bilan de Faure Gnassingbé, mettant notamment en avant son ouverture aux initiatives de réconciliation nationale et son implication dans des médiations sur le continent africain.

    Cette position ne convainc toutefois pas la coalition d’opposition, qui considère les appels répétés au dialogue comme une démarche sans résultats tangibles sur le terrain démocratique.

    Une trentaine de dialogues, mais toujours la défiance

    Pour le Manifeste Génération Togo, l’expérience des concertations politiques organisées depuis les années 1990 justifie son scepticisme. La coalition estime que les différents accords conclus au fil des crises n’ont pas entraîné les changements politiques attendus et accuse le pouvoir de ne pas respecter ses engagements.

    Nathaniel Olympio, cadre du mouvement, résumait cette défiance dans les colonnes de Jeune Afrique : « Depuis les années 1990 et jusqu’à aujourd’hui, le Togo a organisé une trentaine de dialogues politiques. Beaucoup d’accords ont été signés, mais jamais respectés par le pouvoir. Le dialogue est aussi devenu un instrument de confiscation du pouvoir. »

    Ces accusations traduisent une rupture de confiance entre les acteurs politiques. Là où les autorités présentent la concertation comme un moyen de prévenir les crises et de rechercher des compromis, leurs adversaires y voient un mécanisme qui n’a pas permis de répondre aux revendications fondamentales de l’opposition.

    La coalition invoque également l’arrêt rendu en janvier 2026 par la Cour de justice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), relatif au changement de Constitution au Togo. Elle s’appuie sur cette décision pour contester la légitimité des institutions actuelles et défendre la nécessité d’une nouvelle orientation politique.

    La transition politique comme alternative

    Face à ce qu’elle considère comme une impasse, la Dynamique Monseigneur Kpodzro (DMK), la Dynamique pour la majorité du peuple (DMP), Lumière pour le Développement dans la Paix (LDP) et le mouvement « Touche Pas à Ma Constitution », réunis au sein du Manifeste Génération Togo, proposent une autre voie.

    Dans un communiqué, ces organisations réclament une transition politique suivie d’assises nationales inclusives. Leur objectif affiché est de remettre à plat les questions politiques qui divisent le pays, plutôt que de prolonger des discussions dont elles contestent l’efficacité.

    Pour donner une visibilité à leurs revendications, elles appellent à une journée de mobilisation citoyenne, baptisée « Journée patriotique d’avertissement », prévue le 20 novembre prochain.

    Le pouvoir et ses opposants restent ainsi campés sur des positions difficilement conciliables. Gilbert Bawara défend la disponibilité de Faure Gnassingbé au dialogue, tandis que le Manifeste Génération Togo réclame une rupture avec les méthodes de concertation habituelles.

    Au-delà des déclarations, la question demeure : les acteurs politiques togolais peuvent-ils encore trouver un terrain d’entente autour du dialogue ou le désaccord sur ses objectifs et ses résultats continuera-t-il d’alimenter la crise politique ?

  • Togo : Kafui Adjamagbo-Johnson maintient la pression sur le gouvernement et justifie le choix de rester au Parlement

    Togo : Kafui Adjamagbo-Johnson maintient la pression sur le gouvernement et justifie le choix de rester au Parlement

    Deux ans après l’agression du 29 septembre 2024 au siège de la CDPA, la députée Kafui Adjamagbo-Johnson a rendu compte de son activité parlementaire et politique. Face aux journalistes, elle a dressé le bilan de ses actions depuis le début de 2026, dénoncé l’absence de réponses à plusieurs interpellations adressées au gouvernement et réaffirmé son engagement en faveur de l’application de l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO sur la réforme constitutionnelle togolaise.

    Le choix de la date n’était pas anodin. En ouvrant sa déclaration le 29 septembre 2026, Kafui Adjamagbo-Johnson a d’abord marqué un temps d’arrêt sur les événements survenus deux ans plus tôt au siège de la CDPA. Elle rappelle qu’une rencontre citoyenne de la DMP, à laquelle participait le député sénégalais Guy Marius Sagna, avait été suivie d’une agression visant les responsables politiques, les participants et des journalistes.

    Selon la députée, une enquête avait été annoncée, mais aucun résultat n’aurait, à ce jour, été rendu public. Elle rappelle également qu’une question orale avait été adressée au gouvernement le 26 janvier 2026 par des députés de l’opposition, sans suite à l’heure de sa déclaration. Elle réclame ainsi que la lumière soit faite sur les auteurs de ces violences et sur les mesures prises pour empêcher leur répétition.

    L’arrêt de la CEDEAO au cœur de la stratégie de l’opposition

    La principale ligne de force de la déclaration reste toutefois la question institutionnelle. Kafui Adjamagbo-Johnson affirme avoir fait de l’application de l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO du 29 janvier 2026 une priorité de son action parlementaire et politique.

    Elle explique que les députés de l’opposition ont entrepris une démarche auprès de plusieurs institutions africaines et internationales, de représentations diplomatiques, de parlements, d’organisations de défense des droits humains ainsi que d’institutions financières internationales. L’objectif affiché est de porter à leur connaissance les préoccupations de l’opposition sur l’évolution institutionnelle et démocratique du Togo.

    La députée affirme également avoir interpellé officiellement le gouvernement sur les conséquences qu’il entend tirer de l’arrêt de la juridiction communautaire. Elle dit attendre une position claire sur les mesures envisagées et sur le calendrier de leur mise en œuvre.

    Cette stratégie explique, selon elle, pourquoi les députés de l’opposition continuent de siéger à l’Assemblée nationale malgré les appels à leur démission. Elle rappelle que les législatives du 29 avril 2024 avaient donné 108 sièges sur 113 au parti UNIR, les cinq autres étant revenus à l’opposition. Pour elle, le mandat parlementaire constitue un moyen d’interpellation, de contrôle et de dialogue avec différents acteurs.

    « Une démission peut être un acte fort », reconnaît-elle en substance, tout en estimant que son efficacité dépendrait du moment où elle intervient. La députée assure qu’une telle décision pourrait être prise avec les autres forces de l’opposition si elle était jugée utile à la stratégie politique commune.

    Des interpellations sur la sécurité, l’eau, les détenus et le coût de la vie

    La députée a ensuite détaillé plusieurs dossiers sur lesquels elle affirme avoir exercé son mandat de contrôle de l’action gouvernementale.

    Parmi eux figurent notamment le dossier de l’association « Sentinelles du peuple », les événements de Laté-Kopé, des révélations concernant de supposés dysfonctionnements à l’Office togolais des recettes, la situation de personnes présentées comme des détenus politiques, mais aussi le Projet d’amélioration de la sécurité hydrique en milieu urbain (PASH-MUT).

    Sur le dossier de l’OTR, elle indique avoir demandé des explications au gouvernement à la suite de révélations relayées sur les réseaux sociaux concernant d’importants dépôts d’espèces. Elle réclame que soient établis les faits, les vérifications effectuées et les éventuelles mesures prises.

    Concernant les détenus qu’elle qualifie de politiques, elle affirme avoir demandé des informations sur leurs conditions de détention, leur accès aux soins et à la défense ainsi que sur l’exécution de décisions judiciaires ordonnant des libérations.

    La hausse des prix des produits pétroliers entrée en vigueur le 11 septembre 2026 figure également parmi les sujets évoqués. Avec son collègue de l’ADDI, elle dit avoir demandé des explications sur le mécanisme de fixation des prix, les taxes et subventions ainsi que les mesures destinées à limiter l’impact de cette hausse sur le pouvoir d’achat.

    Pour Kafui Adjamagbo-Johnson, le problème central demeure toutefois l’absence de réponses à ses différentes interpellations. Elle affirme qu’aucune des questions adressées au gouvernement, y compris plusieurs de celles déposées lors des sessions précédentes, n’a reçu de réponse à la date de sa déclaration. Cette situation, estime-t-elle, affaiblit le contrôle parlementaire.

    Inondations : la députée dénonce un déficit d’anticipation

    Autre volet de son bilan : la visite effectuée le 3 juillet 2026 par des élus de la DMP auprès de populations touchées par les inondations dans le Grand Lomé et certaines localités de la région Maritime.

    La députée décrit des canaux insuffisamment entretenus, des ouvrages de drainage inexistants ou insuffisants, des eaux stagnantes, des voies coupées et des habitations envahies ou détruites. Elle estime que les inondations répétées doivent être considérées comme une question de gouvernance publique et non comme une fatalité.

    Kafui Adjamagbo-Johnson revient également sur sa participation à la 51ᵉ Session de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, organisée à Yaoundé du 7 au 12 juillet 2026. Elle affirme y avoir transmis aux parlementaires francophones des documents consacrés à la situation politique, institutionnelle et sécuritaire du Togo, ainsi que l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO et le mémorandum du Manifeste Génération Togo.

    En conclusion, la députée appelle le gouvernement à répondre aux questions qui lui ont été adressées, notamment celles concernant l’agression du 29 septembre 2024, l’arrêt de la CEDEAO et la récente hausse du prix du carburant.

    Elle invite enfin les citoyens à participer à la rencontre annoncée pour le 4 octobre 2026 au siège de la CDPA, autour du thème : « Devoir de mémoire, devoir d’engagement ».

  • CNCC : Tsévié, le meeting rattrapé par le couperet administratif

    CNCC : Tsévié, le meeting rattrapé par le couperet administratif

    Le rendez-vous était fixé au 27 septembre à Tsévié-Atikoumé. Il faudra finalement attendre. Le Cadre National de Concertation pour le Changement (CNCC) a annoncé le report de son meeting, invoquant des exigences administratives qui, selon l’organisation, se répètent et compliquent la tenue de ses activités publiques.

    Dans une note de mise au point publiée jeudi, le CNCC explique que le comité d’organisation fait face à une demande du ministère de l’Administration territoriale, de la Gouvernance locale et des Affaires coutumières : fournir une « attestation de mise à disposition du site ». Une exigence que le mouvement présente comme un obstacle procédural persistant.

    Une attestation qui bloque encore le rassemblement

    Le sujet n’est manifestement pas nouveau. Le CNCC affirme avoir déjà été confronté à cette même exigence lors de la préparation de sa conférence publique du 4 septembre dernier. À quelques jours de son meeting de Tsévié, le ministère aurait renouvelé la demande dans une note formelle datée du 11 septembre 2026.

    Pour le mouvement, la répétition de cette procédure pose question. Plutôt que de prendre le risque d’organiser le rassemblement sans avoir satisfait aux exigences administratives, le CNCC a choisi de reporter l’événement.

    L’organisation affirme vouloir profiter de ce délai pour trouver une « solution définitive à cette pratique administrative ». Une manière de faire comprendre que, derrière le simple report d’une date, se joue aussi la question des conditions concrètes d’organisation des réunions publiques politiques.

    Mobilisation en attente, nouvelle date inconnue

    Le CNCC ne renonce toutefois pas à son meeting. Il demande à ses militants et sympathisants de « rester vigilants » et de se tenir prêts à une mobilisation massive dès qu’une nouvelle date sera annoncée.

    Pour l’heure, aucune nouvelle échéance n’a été communiquée. Le calendrier du CNCC reste donc suspendu à la résolution de la question administrative soulevée par les autorités.

    Ce nouvel épisode intervient après la conférence publique du 4 septembre, au cours de laquelle le même sujet aurait déjà été soulevé. La répétition de l’exigence autour de la « mise à disposition du site » donne au report de Tsévié une portée qui dépasse la simple modification d’agenda.

    Entre exigences administratives et volonté de mobilisation politique, le CNCC se retrouve ainsi contraint de remettre son rassemblement à plus tard. Reste désormais à savoir si les démarches annoncées permettront de débloquer la situation — et surtout à quelle échéance le mouvement pourra finalement retrouver le terrain à Tsévié.

  • Au Togo, la DMK maintient la pression entre mobilisation internationale et situation carcérale

    Au Togo, la DMK maintient la pression entre mobilisation internationale et situation carcérale

    La Dynamique Monseigneur Kpodzro (DMK) annonce une marche de sa diaspora aux États-Unis et dénonce, à partir de visites effectuées dans plusieurs prisons, les conditions de détention au Togo. La coalition réaffirme parallèlement son opposition à la Ve République et critique la hausse du prix des produits pétroliers.

    La DMK veut maintenir la pression sur les autorités togolaises. Lors d’un point de presse, la coalition a annoncé une mobilisation de sa diaspora aux États-Unis, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies annoncée pour le 25 septembre 2026. Selon ses responsables, cette marche vise notamment à porter sur la scène internationale des revendications liées à la gouvernance, à la souveraineté et à la situation socio-économique du Togo.

    Dans un communiqué daté du 14 septembre, le Conseil de Direction des Coordinations (CDC) annonce également l’unification du Front social et du Front politique sous la bannière de la Souveraineté intégrale du Togo (SITO). La DMK présente cette jonction, actée le 13 septembre, comme la concrétisation de la « Grande Jonction des Bâtisseurs » attribuée à son fondateur, feu Gabriel Messan Agbéyomé Kodjo.

    Des inquiétudes sur les conditions de détention

    La situation carcérale occupe une place importante dans les dernières déclarations de la coalition. La DMK affirme avoir effectué des visites dans les prisons de Kara, Sokodé, Mango et Dapaong. À Kara, elle dit notamment avoir rencontré l’humoriste Tayo, détenu depuis décembre 2025.

    La coalition affirme avoir constaté la présence de détenus malades et évoque des personnes qui attendraient leur jugement depuis plusieurs années. Elle cite notamment le cas d’un jeune originaire de Sagbado qui, selon ses déclarations, serait détenu à Kara sans jugement depuis près d’une décennie.

    Ces éléments relèvent des constats et déclarations de la DMK et mériteraient, pour être établis de manière indépendante, d’être confrontés aux données des autorités pénitentiaires et judiciaires compétentes. La coalition appelle néanmoins les citoyens à rendre visite aux détenus et à leur apporter des produits de première nécessité.

    Carburant et contestation de la 5è République

    La hausse du prix des produits pétroliers constitue également un axe majeur de la critique. La DMK dénonce notamment le prix de l’essence fixé à 817 francs CFA le litre, estimant que cette augmentation accentue les difficultés des ménages et renchérit le transport et les produits de première nécessité.

    Sur le plan institutionnel, la coalition maintient sa contestation de la Ve République. Elle invoque notamment un arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO du 29 janvier 2026, dont elle donne une interprétation contestant la légitimité du changement de régime au Togo. Elle cite également certaines dispositions de la Convention de Vienne sur le droit des traités pour étayer son argumentaire.

    La DMK appelle enfin à une mobilisation qu’elle souhaite pacifique, notamment à l’occasion de la rentrée scolaire, et entend poursuivre son action sur les fronts politique, social et international.

  • Au Togo, le CAR dénonce deux « calvaires » : le sang manque, les diplômes se font attendre

    Au Togo, le CAR dénonce deux « calvaires » : le sang manque, les diplômes se font attendre

    À Ahépé, le Comité d’action pour le renouveau (CAR) a profité de sa rencontre politique du 29 août 2026 pour mettre en lumière deux difficultés qui touchent directement les populations : la pénurie de sang dans les hôpitaux et les lourdeurs dans la délivrance des diplômes et attestations.

    La situation des réserves de sang dans les formations sanitaires préoccupe le CAR. Dans un communiqué publié le 29 août à Ahépé, le parti appelle ses militants et l’ensemble de la population togolaise à faire don de leur sang. Il justifie cet appel par la pénurie constatée dans les hôpitaux et par le nombre croissant d’accidents de circulation, que le parti relie notamment à « l’état calamiteux » des routes.

    Pour le CAR, le sang constitue une ressource indispensable à la survie des accidentés et des personnes souffrant d’anémie. L’appel au don est ainsi présenté comme un geste de solidarité destiné à « sauver les vies » des personnes en détresse.

    Des poches de sang au cœur d’une vive dénonciation

    Au-delà de l’appel au don, le parti interpelle directement le gouvernement sur les conditions d’accès aux poches de sang. Il dénonce des pratiques de corruption dans les services concernés, estimant que certains usagers seraient contraints de soudoyer des agents avant d’obtenir satisfaction. Pour le CAR, « la vie humaine ne doit pas faire objet de marchandage ».

    L’éducation constitue l’autre dossier abordé lors du « Je dis politique » organisé à Ahépé. Sous le thème « La délivrance des diplômes et attestations au Togo : un calvaire ? », le CAR s’est intéressé aux difficultés rencontrées par les diplômés pour obtenir leurs documents officiels.

    Dapaong-Lomé, un parcours du combattant

    Le parti pointe particulièrement le cas des diplômes du CEPD et du BEPC, encore écrits à la main et délivrés uniquement au service des examens et concours. Pour un candidat résidant à Dapaong, cela implique plusieurs déplacements vers Lomé, avec les coûts de transport, les files d’attente et l’incertitude sur la disponibilité du document.

    Le CAR critique également les coûts et la centralisation des duplicatas et diplômes du BAC 2. Il propose notamment l’utilisation d’imprimantes adaptées, la décentralisation des demandes et retraits dans les régions et préfectures, ainsi que l’accélération de la digitalisation des services éducatifs.

    À travers ces deux sujets, le CAR met donc en avant une même préoccupation : faciliter l’accès des citoyens aux services essentiels, qu’il s’agisse de sauver une vie ou de permettre à un diplômé de faire valoir son parcours.

  • Arrêt de la Cour de la CEDEAO : l’opposition togolaise propose une sortie de crise

    Arrêt de la Cour de la CEDEAO : l’opposition togolaise propose une sortie de crise

    Un mémorandum présenté par des partis d’opposition, des organisations de la société civile et des acteurs de la diaspora formule plusieurs propositions à la suite de l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO sur la réforme constitutionnelle de 2024.

    Une lecture politique et juridique de la crise

    Le document, intitulé « Mémorandum pour une sortie de crise au Togo à la suite de l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO sur le changement anticonstitutionnel de gouvernement », revient sur l’évolution institutionnelle du pays et met en avant plusieurs réformes constitutionnelles intervenues depuis 1992. Les signataires estiment que ces différentes modifications ont progressivement réduit les possibilités d’alternance politique.

    Le mémorandum accorde une place centrale à la réforme constitutionnelle de 2024. Selon ses auteurs, celle-ci a modifié en profondeur l’architecture institutionnelle, notamment avec la suppression de l’élection du président de la République au suffrage universel direct. Le document affirme que la Cour de justice de la CEDEAO a qualifié cette réforme de « changement inconstitutionnel de gouvernement » et l’a mise en relation avec les dispositions de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance.

    Les signataires considèrent que cette décision régionale donne une nouvelle dimension juridique au débat sur l’ordre constitutionnel togolais. Ils proposent notamment de replacer au centre du processus politique la souveraineté populaire, la stabilité des règles constitutionnelles, la séparation des pouvoirs, les libertés publiques et la garantie d’une alternance démocratique.

    Une transition politique proposée

    Dans la deuxième partie du mémorandum, les auteurs exposent leur interprétation des conséquences de l’arrêt de la juridiction communautaire. Ils estiment notamment que son exécution devrait conduire à une remise en cause des institutions issues de la réforme constitutionnelle de 2024 et à l’ouverture d’une période de transition politique.

    Cette transition aurait, selon le document, pour objectif d’engager des réformes institutionnelles destinées à rétablir l’ordre démocratique et l’État de droit. Les signataires y associent également plusieurs priorités, dont les questions sociales et sécuritaires, la situation des détenus politiques, le retour des exilés politiques et la refondation des institutions.

    Le mémorandum appelle par ailleurs à un accompagnement de la communauté internationale, notamment de la CEDEAO, de l’Union africaine, de l’Union européenne, des États-Unis et des Nations unies, dans un éventuel processus de retour à l’ordre constitutionnel.

    Enfin, les signataires appellent à une mobilisation citoyenne qu’ils présentent comme pacifique, autour du respect de la Constitution, des décisions de justice et de la volonté populaire. Le document est signé par plusieurs partis politiques, organisations de défense des droits humains et regroupements de la société civile.

  • UFC : Gilchrist Olympio, une présidence qui refuse de passer le relais

    UFC : Gilchrist Olympio, une présidence qui refuse de passer le relais

    Bien qu’octogénaire, Gilchrist Olympio reste aux commandes de l’Union des forces de changement. Sa réélection, le 8 août dernier à Lomé, pour un nouveau mandat de trois ans relance une vieille interrogation : quand et comment l’UFC préparera-t-elle véritablement l’après-Olympio ?

    Le scénario se répète à l’Union des forces de changement (UFC). Alors que la question du renouvellement générationnel se pose avec de plus en plus d’insistance, Gilchrist Olympio conserve les clés de la maison. Réunis à Lomé le samedi 8 août 2026 à l’occasion du 10ᵉ congrès statutaire ordinaire du parti, les militants ont une nouvelle fois porté le fondateur et leader historique à la présidence de l’UFC. Il rempile ainsi pour un nouveau mandat de trois ans.

    Le choix est loin d’être anodin. Né le 26 décembre 1936, Gilchrist Olympio est aujourd’hui âgé de 89 ans. À cet âge, sa reconduction ne peut que remettre au premier plan la question de la succession au sein d’une formation politique dont l’histoire est intimement liée à sa personnalité.

    Une longévité qui interroge

    Depuis la création de l’UFC au début des années 1990, Gilchrist Olympio demeure la figure centrale du parti. Son nom, son histoire familiale et son parcours politique ont largement contribué à façonner l’identité de cette formation.

    Mais une organisation politique ne peut durablement reposer sur la seule aura de son fondateur. Elle doit aussi être capable de préparer l’avenir, de faire émerger de nouveaux responsables et d’organiser une transition suffisamment longtemps à l’avance pour éviter que la disparition ou le retrait d’un dirigeant historique ne provoque une crise.

    Or, après plusieurs décennies à la tête de l’UFC, le parti peine toujours à faire émerger une personnalité susceptible d’apparaître comme le successeur naturel de Gilchrist Olympio.

    Ce constat est d’autant plus frappant que l’UFC dispose de plusieurs cadres expérimentés. Des responsables comme Sèna Alipui, ancien député et désormais l’un des hommes forts de la direction, occupent des positions importantes. Le nouveau bureau issu du congrès du 8 août entend d’ailleurs donner une nouvelle impulsion au parti et consolider son implantation nationale.

    Mais disposer de cadres ne signifie pas nécessairement avoir préparé une succession.

    Après Olympio, quelle UFC ?

    C’est précisément là que se situe le principal défi. En reconduisant une nouvelle fois Gilchrist Olympio, les militants de l’UFC ont choisi la continuité. Le congrès a donc davantage consacré la stabilité du leadership historique qu’il n’a ouvert une véritable transition générationnelle.

    La question est désormais de savoir si ce nouveau mandat servira à préparer cette transition ou s’il contribuera simplement à la repousser.

    Car le problème n’est pas de nier les mérites historiques de Gilchrist Olympio. Son rôle dans la création et la construction de l’UFC appartient à l’histoire politique du Togo. Le véritable enjeu est plutôt de savoir si cette histoire peut continuer sans lui et si le parti dispose aujourd’hui d’une relève suffisamment préparée pour prendre les commandes.

    À plusieurs reprises, la question de la succession a déjà alimenté les tensions internes. En 2023, lors du précédent congrès statutaire, Gilchrist Olympio avait également été reconduit à la tête de l’UFC pour trois ans, alors que le parti sortait d’une importante crise de leadership.

    Trois ans plus tard, le même homme est toujours là.

    Le risque, pour l’UFC, serait alors de transformer une succession qui devrait être préparée méthodiquement en une succession imposée par les circonstances. Si aucune personnalité n’est véritablement formée, responsabilisée et préparée à prendre le relais, le départ définitif du fondateur pourrait laisser un vide difficile à combler.

    C’est là tout le paradoxe de l’UFC : un parti qui porte dans son nom l’idée de changement semble avoir encore du mal à organiser le changement en son propre sein.

    Le nouveau mandat de Gilchrist Olympio pourrait donc être l’occasion de préparer enfin cette transmission. À 89 ans, le temps ne devrait plus seulement être celui de la conservation du pouvoir, mais aussi celui de la transmission de l’expérience.

    Pour l’UFC, l’enjeu dépasse désormais la personne de son président. Il s’agit de savoir si le parti saura construire une génération capable de lui survivre politiquement. Car une succession réussie ne se prépare pas au lendemain de la disparition d’un leader. Elle se prépare de son vivant.

  • Congrès de l’UFC : l’Ablodé face au défi d’un nouveau départ

    Congrès de l’UFC : l’Ablodé face au défi d’un nouveau départ

    À l’ouverture de son congrès de ce 8 juillet à Lomé, l’UFC entend conjuguer fidélité à l’héritage de l’Ablodé, engagement dans la Ve République et renouvellement de ses forces pour renforcer son influence politique.

    Réunis en congrès à Lomé, les militants de l’Union des forces de changement (UFC) entendent tourner une nouvelle page de leur histoire politique. Placés sous le thème « De l’Ablodé à développement harmonieux », les travaux s’inscrivent à la croisée de l’héritage historique du parti, de son positionnement dans la Ve République et de la nécessité affichée de préparer la relève. Dans son discours d’ouverture, la direction de l’UFC a appelé à l’unité, à la paix et à une participation active à la transformation du pays.

    De l’Ablodé à une opposition revendiquée comme constructive

    Le discours d’ouverture a d’abord replacé l’UFC dans une histoire politique dont le parti revendique la continuité. L’Ablodé, présenté comme l’héritage fondateur, est défini comme une aspiration à la « libération politique, libération économique, libération sociale et culturelle ». Une référence qui renvoie directement à l’indépendance du Togo et à la figure de Sylvanus Olympio, présenté dans le discours comme l’un des pères de cette ambition nationale.

    Créée le 1er février 1992, dans le contexte de la transition du parti unique vers le multipartisme, l’UFC affirme avoir été portée sur les fonts baptismaux avec l’objectif de faire souffler « un vent de liberté dans tous les aspects de la vie des Togolais ». Sous le leadership de Gilchrist Olympio, le parti a ensuite participé aux différentes séquences de la vie politique nationale, jusqu’à la signature, le 26 mai 2010, d’un accord de paix avec le pouvoir d’alors. Le discours présente cet épisode comme ayant contribué à permettre au Togo de se concentrer davantage sur les enjeux de développement.

    Cette orientation vers une politique moins frontale semble demeurer au cœur du positionnement revendiqué par l’UFC. Le parti se présente désormais comme une « opposition constructive », appelée à formuler des propositions et à participer, selon ses moyens, à la réalisation des politiques publiques. Eau, emploi, éducation, électricité, santé, sécurité et salubrité sont identifiés comme les principaux axes sur lesquels l’UFC entend continuer à agir en faveur des populations.

    Le changement institutionnel intervenu avec la Ve République constitue, dans cette perspective, un autre enjeu majeur. L’UFC rappelle avoir choisi de soutenir le régime parlementaire après les débats internes suscités par la réforme constitutionnelle. Pour le parti, ce nouveau système constitue une occasion de renforcer son implantation territoriale et d’améliorer ses performances électorales. Le discours revendique d’ailleurs le statut de troisième force politique du pays à l’issue des premières élections organisées dans le cadre de la Ve République, derrière l’UNIR et l’ANC.

    Le défi de la relève et d’un nouveau souffle

    Au-delà des considérations institutionnelles, le congrès apparaît surtout comme un moment de réflexion sur l’avenir de l’UFC. Les élections désormais derrière elle, la formation politique doit déterminer le rôle qu’elle entend jouer dans la nouvelle architecture institutionnelle. « Les élections étant passées, quel rôle jouera le parti de l’Ablodé dans un contexte de 5e République ? Ce sera l’objet des débats de notre congrès », souligne le discours d’ouverture.

    L’appel à l’unité est ainsi omniprésent. « Nous devons être Unis pour bâtir un Togo de Paix et de Solidarité », affirme le discours, avant d’insister sur la nécessité de « protéger et transformer » le pays. Cette ligne traduit la volonté de l’UFC de conserver son identité tout en participant davantage aux politiques publiques destinées à améliorer les conditions de vie des Togolais.

    Mais le véritable enjeu pourrait se situer dans la succession et le renouvellement générationnel. Le discours reconnaît que « les défis auxquels nous sommes confrontés restent énormes » et que l’heure de la relève approche. Après deux mandats, le responsable qui s’exprime annonce qu’il mérite « une retraite paisible » et appelle à l’émergence de « nouveaux talents, plus de jeunes, plus de femmes, plus cadres ». Le congrès est donc invité à réfléchir à une nouvelle configuration de la direction et à renforcer l’implantation du parti sur l’ensemble du territoire.

    L’enjeu est désormais de traduire cette volonté de renouvellement en actes. En affirmant que « la discipline du parti oblige » et qu’il se pliera à la décision du congrès, la direction laisse aux instances du parti la responsabilité de trancher sur la suite à donner à cette transition. Le congrès doit ainsi déboucher sur une « feuille de route claire » destinée à optimiser l’action politique de l’UFC.

    Entre fidélité à l’Ablodé, ancrage dans l’opposition constructive et volonté de renouvellement, l’UFC cherche donc à écrire une nouvelle séquence de son histoire. Reste à savoir si cette nouvelle étape permettra au parti de convertir son héritage historique et ses ambitions de transformation en une influence politique durable dans le Togo de la Ve République.

  • L’UFC en congrès : bilan, réorganisation et perspectives au menu

    L’UFC en congrès : bilan, réorganisation et perspectives au menu

    Réunie en congrès ordinaire le 8 août à Lomé, l’Union des Forces de Changement (UFC) entend faire le bilan de ses activités, définir ses orientations politiques et réaffirmer son attachement à l’héritage de l’« Ablodé » dans un contexte institutionnel renouvelé.

    L’Union des Forces de Changement (UFC) tiendra son congrès ordinaire le samedi prochain à Lomé. Cette rencontre statutaire réunira les délégués du parti autour du thème : « De l’Ablodé au développement harmonieux », avec pour objectif de faire le point sur la vie de la formation politique et de définir ses orientations pour les prochaines années.

    Un rendez-vous statutaire pour dresser le bilan et fixer les perspectives

    Prévu trois ans après le précédent congrès organisé en août 2023, ce nouveau rendez-vous intervient dans un contexte marqué par l’évolution du paysage institutionnel togolais. Selon les organisateurs, les travaux permettront d’évaluer les actions entreprises depuis le dernier congrès, d’examiner le fonctionnement interne du parti et de débattre de ses perspectives dans le cadre de la Cinquième République.

    Les congressistes devraient également adopter plusieurs résolutions portant sur le renforcement de l’organisation de l’UFC et sur ses orientations politiques en vue des prochaines échéances.

    Fondée en 1992, l’Union des Forces de Changement figure parmi les plus anciennes formations politiques du Togo. Dirigée par Gilchrist Olympio, elle se revendique de l’héritage de Sylvanus Olympio, premier président du Togo indépendant.

    Entre héritage historique et vision du développement

    Le thème choisi, « De l’Ablodé au développement harmonieux », traduit la volonté affichée par l’UFC d’établir un lien entre les idéaux ayant marqué sa création et les enjeux actuels du développement national. Le terme « Ablodé », qui signifie « liberté » ou « indépendance » en éwé, occupe une place importante dans l’histoire politique du pays et dans l’identité du parti.

    À travers cette thématique, l’UFC entend mettre en avant une réflexion axée sur le développement économique, la cohésion nationale et la stabilité, tout en réaffirmant les valeurs qui fondent son engagement politique.

    Au-delà des travaux statutaires, ce congrès offrira également aux responsables du parti l’occasion de s’adresser à leurs militants et sympathisants sur la place que l’UFC entend occuper dans le paysage politique togolais. Les conclusions et résolutions issues des délibérations sont attendues à l’issue de cette journée de congrès.

  • Togo : des OSC réclament des sanctions après l’arrêt de la CEDEAO

    Togo : des OSC réclament des sanctions après l’arrêt de la CEDEAO

    Des organisations de la société civile africaine et togolaise sollicitent l’intervention des instances régionales et internationales, tandis que le gouvernement togolais rejette les conclusions de la Cour de justice de la CEDEAO.

    Quarante-trois organisations de la société civile (OSC) d’Afrique, du Togo et de la diaspora ont adressé une lettre ouverte à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), à l’Union africaine (UA) et aux Nations unies pour demander des mesures à l’encontre des autorités togolaises. Cette démarche intervient à la suite de l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO relatif à la réforme constitutionnelle adoptée au Togo en mars 2024.

    Les signataires estiment que cette décision judiciaire constitue une étape importante dans l’interprétation des textes régionaux en matière de gouvernance démocratique. Ils s’appuient notamment sur l’arrêt n° ECW/CCJ/JUD/01/26, dans lequel la juridiction communautaire a jugé que la réforme constitutionnelle est contraire aux principes consacrés par la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance (CADEG).

    Selon les organisations, la réforme, qui instaure un régime parlementaire avec un président du Conseil exerçant l’essentiel du pouvoir exécutif, constitue un « changement anticonstitutionnel de gouvernement ». Elles soutiennent également que son adoption par une Assemblée nationale dont le mandat était arrivé à son terme, sans recours à un référendum, soulève des interrogations sur sa légitimité.

    Des mesures réclamées aux organisations régionales

    Dans leur lettre, les 43 organisations invitent la CEDEAO, l’Union africaine et les Nations unies à traduire les conclusions de la Cour en actions concrètes. Elles demandent notamment la suspension du Togo des instances de la CEDEAO, la suspension de ses droits de participation au sein de l’Union africaine, ainsi que l’ouverture de procédures devant les juridictions compétentes contre les personnes qu’elles estiment impliquées dans ce qu’elles qualifient de changement anticonstitutionnel de gouvernement.

    Le collectif plaide également pour le réexamen de certaines missions diplomatiques confiées aux autorités togolaises et pour la désignation d’un Rapporteur spécial des Nations unies chargé du suivi de la situation des droits humains et de la gouvernance au Togo.

    Au-delà du cas togolais, les organisations proposent une révision du Protocole additionnel de la CEDEAO sur la démocratie et la bonne gouvernance afin d’y inscrire explicitement une limitation à deux mandats pour tous les détenteurs du pouvoir exécutif dans les États membres. Selon elles, une telle réforme renforcerait les mécanismes régionaux de prévention des changements anticonstitutionnels de gouvernement et consoliderait les objectifs de la Vision 2050 de la CEDEAO.

    Le gouvernement togolais rejette les conclusions de la Cour

    Les autorités togolaises contestent pour leur part les conclusions de la Cour de justice de la CEDEAO. Dans une déclaration publiée à la fin du mois de juillet 2026, le gouvernement a rejeté l’arrêt rendu le 29 janvier 2026, dont le contenu a été rendu public en juin, estimant que la juridiction communautaire ne dispose d’aucune compétence pour exercer un contrôle de constitutionnalité sur les lois internes ou sur le pouvoir constituant d’un État.

    Lomé soutient que la réforme constitutionnelle de mars 2024 relève exclusivement de la souveraineté nationale et de l’ordre constitutionnel interne. Le gouvernement affirme également que cette réforme instaure un régime parlementaire et ne saurait être assimilée à un changement anticonstitutionnel de gouvernement ni à une violation des engagements régionaux.

    Ce débat intervient dans un contexte où les interprétations de la décision de la Cour continuent d’alimenter les échanges entre les autorités togolaises, les organisations de la société civile et les institutions régionales sur les questions de gouvernance démocratique et de respect des textes communautaires.

Radio Renouveau228

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