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  • Afrique: dette sans développement

    Afrique: dette sans développement

    Le problème n’est pas seulement le volume de la dette, mais l’usage qui en est fait. Dans de nombreux pays africains, les emprunts extérieurs servent davantage à boucher des trous budgétaires, financer des dépenses de prestige ou entretenir des systèmes politiques clientélistes qu’à investir dans des secteurs productifs

    En 2026, l’Afrique devra rembourser plus de 90 milliards de dollars de dette extérieure. Un chiffre vertigineux qui illustre une réalité devenue banale : le continent s’endette toujours plus, sans que cet endettement ne se traduise, la plupart du temps, par un développement réel et durable. Routes inachevées, hôpitaux fantômes, écoles délabrées : la dette grossit, mais les conditions de vie des populations, elles, stagnent.

    Le problème n’est pas seulement le volume de la dette, mais l’usage qui en est fait. Dans de nombreux pays africains, les emprunts extérieurs servent davantage à boucher des trous budgétaires, financer des dépenses de prestige ou entretenir des systèmes politiques clientélistes qu’à investir dans des secteurs productifs. Résultat : peu de création de richesse, mais une lourde charge à rembourser, souvent en devises fortes.

    Les exemples concrets abondent.

    Au Mozambique, le scandale des « dettes cachées » révèle comment plus de 2 milliards de dollars empruntés pour des projets maritimes ont été détournés, sans bénéfice pour l’économie nationale. Le pays a fini par faire défaut, tandis que la population s’est appauvrie.

    En Zambie, l’endettement massif pour des infrastructures, souvent surévaluées et peu rentables, a conduit à un défaut de paiement en 2020. Les routes et barrages construits n’ont pas suffi à générer les recettes nécessaires pour honorer la dette.

    En Angola, des prêts adossés au pétrole ont permis de financer des projets, mais ont surtout renforcé la dépendance à une seule ressource, exposant le pays aux chocs des prix du brut, sans véritable diversification économique.

    Dans d’autres cas, la dette sert à financer des projets visibles mais peu utiles : palais présidentiels, stades surdimensionnés, sommets internationaux coûteux. Ces investissements flattent l’image des dirigeants, mais n’améliorent ni la productivité, ni l’emploi, ni la transformation industrielle du continent.

    Le plus inquiétant est que cette dette est majoritairement libellée en dollars ou en euros. À chaque dépréciation des monnaies locales, le fardeau s’alourdit. Les États consacrent alors une part croissante de leurs budgets au service de la dette, au détriment de la santé, de l’éducation et de l’agriculture. L’endettement devient un cercle vicieux : on emprunte pour rembourser, sans jamais investir suffisamment pour produire.

    Bien sûr, la dette n’est pas mauvaise en soi. Des pays comme la Corée du Sud ou le Vietnam se sont endettés pour se développer. La différence ? Une gouvernance rigoureuse, une orientation claire vers l’industrialisation et l’exportation, et une lutte réelle contre la corruption. En Afrique, trop souvent, la dette sert à maintenir un système, pas à transformer une économie.

    En 2026, la question n’est donc pas seulement comment rembourser, mais pourquoi s’endetter. Tant que l’endettement ne sera pas strictement lié à des projets productifs, transparents et évaluables, la dette africaine restera une promesse trahie : beaucoup d’argent emprunté, peu de développement réel.

  • Cheikh Anta Diop, 40 ans après : l’intellectuel qui a rendu l’Afrique à elle-même

    Cheikh Anta Diop, 40 ans après : l’intellectuel qui a rendu l’Afrique à elle-même

    Quarante ans après sa disparition, le 7 février 1986, Cheikh Anta Diop demeure l’une des figures intellectuelles africaines les plus influentes du XXᵉ siècle. Savant aux multiples facettes – historien, anthropologue, physicien, linguiste et homme politique – le penseur sénégalais a consacré sa vie à une mission aussi audacieuse que fondamentale : restituer à l’Afrique son histoire, sa dignité et les bases scientifiques de son développement.

    Né en 1923 à Diourbel, au Sénégal, Cheikh Anta Diop s’impose très tôt comme un esprit brillant. Formé en France, notamment à la Sorbonne, il acquiert une solide culture scientifique tout en s’intéressant à l’histoire ancienne de l’Afrique. À une époque où le continent était présenté comme marginal dans l’histoire de l’humanité, Diop ose contester frontalement les thèses eurocentristes dominantes. Ses travaux démontrent, preuves scientifiques à l’appui, que l’Afrique, et particulièrement l’Égypte ancienne, a joué un rôle central dans le développement de la civilisation humaine.

    Son œuvre majeure, Nations nègres et culture, publiée en 1954, marque un tournant décisif. Cheikh Anta Diop y soutient que l’Égypte pharaonique était une civilisation africaine noire et qu’elle a profondément influencé la Grèce antique, fondement de la civilisation occidentale. Cette thèse, longtemps combattue, sera progressivement reconnue grâce à ses recherches interdisciplinaires mêlant linguistique, anthropologie, histoire et sciences physiques, notamment les tests de mélanine sur les momies.

    Mais l’apport de Cheikh Anta Diop ne se limite pas à la réhabilitation du passé africain. Il voyait dans la connaissance historique un levier essentiel pour le développement du continent. Pour lui, aucun progrès durable n’est possible sans conscience historique. « Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir », répétait-il. En redonnant aux Africains la fierté de leur passé, il entendait créer les conditions psychologiques et culturelles de l’émancipation économique et politique.

    Visionnaire, Diop plaidait également pour l’unité africaine, condition sine qua non du développement. Il dénonçait la balkanisation héritée de la colonisation et appelait à la construction d’un État fédéral africain, capable de peser sur la scène internationale. Dans ses écrits politiques, il insistait sur la nécessité pour l’Afrique de maîtriser la science, la technologie et l’énergie nucléaire à des fins pacifiques, convaincu que le sous-développement n’était pas une fatalité mais le résultat de choix politiques et historiques.

    Linguiste engagé, Cheikh Anta Diop défendait l’utilisation et la valorisation des langues africaines dans l’enseignement et la recherche scientifique. Selon lui, le développement passe aussi par la décolonisation des esprits et des systèmes éducatifs, encore trop dépendants des modèles occidentaux.

    Quarante ans après sa mort, Cheikh Anta Diop continue d’inspirer chercheurs, étudiants, militants panafricanistes et décideurs africains. Son héritage intellectuel demeure d’une brûlante actualité à l’heure où l’Afrique cherche à définir son propre modèle de développement. Plus qu’un savant, Cheikh Anta Diop fut un éclaireur, un homme qui a osé penser l’Afrique par elle-même et pour elle-même. Son combat pour la vérité scientifique et la dignité africaine reste, aujourd’hui encore, un appel pressant à l’action et à la responsabilité collective

  • Mutilations génitales féminines: ”L’inaction a un coût bien réel”, alerte Dr Sennen Hounton

    Mutilations génitales féminines: ”L’inaction a un coût bien réel”, alerte Dr Sennen Hounton

    Pour mettre fin aux mutilations génitales féminines en Afrique de l’ouest et du centre, il faut “investir dès maintenant”, insiste le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA).

    Le prix de l’inaction : pourquoi nous devons investir dès maintenant pour mettre fin aux mutilations génitales féminines en Afrique de l’Ouest et du Centre

    Le 6 février, le monde commémore la Journée internationale de la tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines (MGF). En Afrique de l’Ouest et du Centre, cette date est bien plus qu’un simple rendez-vous du calendrier : c’est un moment de vérité pour les droits, la santé et l’avenir de millions de filles.

    Le fardeau de cette pratique est ressenti de manière disproportionnée en Afrique de l’Ouest et du Centre. La région compte 17 des 27 pays africains les plus touchés. Compte tenu de cette concentration du risque, la région est au cœur de la réalisation de l’objectif mondial de zéro

    Les MGF ne sont ni une affaire privée ni un rite culturel de passage, et aucune raison médicale ne saurait les justifier. Il s’agit d’une grave violation des droits humains, qui porte atteinte au droit des filles à la vie, à la santé et à l’intégrité physique, ainsi qu’à leur droit de vivre à l’abri de la discrimination fondée sur le genre, de la torture et des traitements cruels, inhumains ou dégradants.

    Les séquelles psychologiques de cette pratique marquent toute une vie et touchent actuellement plus de 230 millions de femmes et de filles en vie. Chaque année, 4 millions de filles supplémentaires sont exposées au risque, dont la moitié ont moins de cinq ans. Si nous n’accélérons pas nos actions dès maintenant, on estime que 23 millions de filles supplémentaires subiront des MGF d’ici 2030, les laissant sans protection ni espoir.

    Un moment décisif pour le progrès

    Nous nous trouvons à un tournant décisif. Si des progrès ont été enregistrés — la moitié des avancées des 30 dernières années ayant eu lieu au cours de la dernière décennie reste insuffisante. Pour atteindre la cible des Objectifs de développement durable (ODD) d’ici 2030, le taux de recul de la pratique doit être 27 fois plus rapide. Concrètement, cela signifie que chaque année, nous devons protéger 4 millions de filles qui, selon les projections actuelles, risquent de subir cette pratique néfaste.

    Cette urgence est aggravée par un recul croissant de l’égalité de genre et des droits des femmes à l’échelle mondiale. Malgré l’ampleur des enjeux, nous assistons à une tendance préoccupante : la diminution des financements mondiaux. L’inaction a un coût bien réel. Le traitement des complications sanitaires liées aux MGF coûte chaque année 1,4 milliard de dollars aux systèmes de santé — un montant appelé à augmenter si l’élimination de la pratique n’est pas atteinte.

    À l’inverse, l’argument économique est clair. Investir 1 dollar pour mettre fin aux MGF génère un retour sur investissement de 10 dollars, grâce aux économies substantielles en matière de santé et aux gains transformateurs en éducation et en productivité lorsque les filles sont protégées. Un investissement mondial de 2,8 milliards de dollars permettrait d’éviter que 20 millions de filles et de femmes ne subissent les MGF, tout en générant près de 28 milliards de dollars de bénéfices économiques.

    Pas de fin aux MGF sans investissement

    Le thème de la Journée internationale 2026, « Vers 2030 : pas de fin aux MGF sans engagement et investissement durables », est un appel à la pérennité et au passage à l’échelle.

    Nous savons ce qui fonctionne : l’éducation, l’engagement communautaire et le travail avec les prestataires de santé pour transformer les normes sociales. En garantissant des financements durables et flexibles, nous pouvons permettre aux mouvements communautaires de renforcer leur impact et de provoquer un changement durable au sein des communautés.

    En Afrique de l’Ouest et du Centre, nous devons :

    • Briser les silos : intégrer la prévention des MGF dans les programmes de santé, d’éducation et de développement économique ;

    • Diversifier les sources de financement : renforcer les ressources nationales, explorer des mécanismes de financement innovants et mobiliser le secteur privé ;

    • Investir dans l’innovation : utiliser la technologie pour atteindre les communautés les plus reculées et garantir qu’aucune fille ne soit laissée pour compte.

    La force du partenariat : le Programme conjoint UNFPA–UNICEF

    En cohérence avec ces objectifs, le Programme conjoint UNFPA–UNICEF pour l’élimination des mutilations génitales féminines constitue la plus grande initiative mondiale dédiée à l’accélération de l’abandon de cette pratique. Lancé en 2008, le programme intervient dans 18 pays, dont 8 en Afrique de l’Ouest et du Centre, afin de tenir la promesse mondiale de mettre fin aux MGF d’ici 2030, conformément à la cible 5.3 des Objectifs de développement durable.

    En s’appuyant sur l’expertise combinée des deux agences, le Programme conjoint renforce les cadres juridiques nationaux, étend les mouvements communautaires visant à transformer les normes sociales, et veille à ce que les survivantes aient accès à des services de santé, juridiques et sociaux de qualité. À ce jour, cette collaboration a permis de protéger 1 137 000 filles âgées de 0 à 14 ans contre les MGF, d’amener plus de 50 millions de personnes dans 21 700 communautés à déclarer publiquement l’abandon de la pratique, et de fournir des services essentiels de protection et de prise en charge à plus de 7 millions de femmes et de filles.

    Il s’agit d’un appel à l’action pour chaque membre de la société — femmes et hommes, filles et garçons, familles, leaders traditionnels et religieux, gouvernements et secteur privé — afin qu’ils mettent leur influence et leurs compétences au service d’un avenir sans MGF. Les enjeux sont immenses : on estime que 23 millions de filles supplémentaires risquent de subir des MGF d’ici 2030 si nous n’accélérons pas nos actions.

    Chaque déclaration publique, chaque changement de politique et chaque dollar investi nous rapprochent d’un monde où le corps des filles est respecté et où leur avenir est protégé.

    Préservons les acquis durement obtenus. Nous avons les outils ; il nous faut désormais la volonté collective d’investir dans l’avenir que ces filles méritent.

    Dr Sennen Hounton

    Directeur régional de l’UNFPA pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre

  • Forum du REMAPSEN au Bénin : les médias africains unis pour sortir les maladies négligées de l’ombre

    Forum du REMAPSEN au Bénin : les médias africains unis pour sortir les maladies négligées de l’ombre

    La cérémonie de clôture du 4ᵉ Forum des Médias du Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et de l’Environnement (REMAPSEN), organisée les 29 et 30 janvier 2026 à Cotonou, au Bénin, a été l’un des moments les plus marquants de cette importante rencontre continentale.

    Placé sous le thème inspirant « De la négligence à la mise en lumière : faire avancer l’agenda africain pour l’élimination des maladies tropicales négligées (MTN) », ce forum a réuni journalistes, experts en santé publique, responsables politiques, organisations partenaires et acteurs de la société civile autour de l’objectif commun de renforcer la couverture et l’impact médiatique des actions contre les MTN en Afrique.

    La cérémonie de clôture, organisée en marge de la Journée mondiale des maladies tropicales négligées, a mis en lumière la contribution essentielle des médias dans la sensibilisation, le plaidoyer et la mobilisation des populations contre des pathologies souvent invisibles dans les médias traditionnels mais qui continuent de toucher des millions de personnes à travers le continent.

    Un des moments forts de cette soirée a été la remise des Awards du REMAPSEN, une cérémonie de distinctions visant à reconnaître l’excellence journalistique en matière de reportage sur la santé et l’environnement. Ces prix, parrainés par le Dr Michel Sidibé, ancien directeur exécutif de l’ONUSIDA et actuel envoyé spécial de l’Union africaine pour l’Agence Africaine du Médicament, ont récompensé les productions médiatiques les plus percutantes de l’année.

    Le Super Prix Michel Sidibé de la meilleure coordination-pays a été attribué au REMAPSEN Bénin, une distinction qui salue l’engagement dynamique de la coordination nationale dans la promotion de la santé publique et de l’environnement par le biais des médias. Le coordonnateur national, Michaël Tchokpodo, a reçu le prix avec émotion et l’a dédié à tous les journalistes et partenaires qui, au quotidien, contribuent à éclairer les populations sur des enjeux souvent négligés.

    Outre cette récompense nationale, plusieurs journalistes africains ont été distingués dans les catégories radio, télévision, presse écrite et médias en ligne. Parmi les lauréats figuraient des professionnels venus du Mali, du Cameroun, du Sénégal, de Gabon, du Ghana, du Togo, du Nigeria et de Guinée, reflétant ainsi l’ampleur continentale de l’engagement médiatique pour les MTN.

    Lors de son allocution, le Dr Michel Sidibé a souligné que la lutte contre les MTN ne se limite pas aux traitements médicaux, mais dépend aussi des voix qui les portent sur la place publique. Il a rappelé que « mettre une maladie à la une, c’est déjà commencer à l’éliminer », en insistant sur le pouvoir que détiennent les médias pour influencer les politiques publiques, réduire la stigmatisation et encourager l’action collective.

    De son côté, le président du REMAPSEN, Bamba Youssouf, a rappelé que cette édition du forum avait permis d’approfondir la coopération entre journalistes et acteurs de la santé. Il a encouragé les participants à continuer à produire des contenus de qualité qui contribuent à renforcer la compréhension et l’engagement autour des défis sanitaires.

    La cérémonie de clôture a aussi été l’occasion de remercier les partenaires techniques et financiers qui ont rendu possible cette édition, parmi lesquels l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), la Fondation Gates, Speak Up Africa et la Fondation Raoul Follereau. Ces organisations ont souligné l’importance d’un partenariat durable entre le secteur de la santé publique et les médias pour atteindre les objectifs d’élimination des MTN.

    La cérémonie de clôture du forum a non seulement honoré les contributions journalistiques exceptionnelles, mais elle a aussi réaffirmé la conviction partagée que les médias africains sont des acteurs incontournables pour faire avancer l’agenda de santé publique et promouvoir le développement durable en Afrique.

  • Forum des médias sur les maladies tropicales négligées : un appel à l’action

    Forum des médias sur les maladies tropicales négligées : un appel à l’action

    Le Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et de l’Environnement (REMAPSEN) organise un Forum continental des médias sur les maladies tropicales négligées (MTN) ces 29 et 30 janvier 2026 à Cotonou, au Bénin.

    Cet événement rassemblera au moins 70 journalistes de 35 pays africains pour discuter de la lutte contre les les maladies tropicales négligées et de leur élimination.

    Problème de santé publique majeur en Afrique

    Les MTN touchent plus d’un milliard de personnes dans le monde, dont plus de 40% en Afrique. Ces maladies provoquent des souffrances considérables, des défigurations, des douleurs chroniques, des handicaps, l’exclusion sociale et des décès. Malgré les progrès réalisés, les MTN restent une priorité de santé publique négligée.

    Les objectifs du Forum

    Le Forum vise à renforcer le repositionnement des MTN comme une priorité politique, financière et de développement. Les objectifs spécifiques incluent : renforcer les capacités des journalistes sur les thématiques liées aux MTN, encourager la production médiatique de qualité sur la prévention, le traitement et la lutte contre la stigmatisation, valoriser la recherche et l’innovation africaines dans la lutte contre les MTN, constituer un réseau régional de journalistes spécialisés sur les MTN..

    Un appel à l’action

    Les médias jouent un rôle essentiel dans la lutte contre les MTN. Le REMAPSEN appelle les journalistes, les acteurs de santé, les chercheurs et les décideurs politiques à se joindre à lui pour amplifier les voix africaines et donner aux MTN la visibilité qu’elles méritent. Ensemble, nous pouvons faire avancer l’agenda africain pour l’élimination des MTN et améliorer la santé des populations vulnérables, insiste ce réseau.

    Notons que le Togo est y représenté par trois confrères, membres de l’antenne nationale du REMAPSEN.

  • Les églises africaines à la croisée des chemins: Quand la maison de Dieu devient un champ de bataille

    Les églises africaines à la croisée des chemins: Quand la maison de Dieu devient un champ de bataille

    Le Christ a chassé les marchands du temple avec un fouet. Peut-être est-il temps que nous fassions de même – non pas avec violence, mais avec détermination, alerte Helly GBENE, expert & promoteur de la Rencontre des jeunes entrepreneurs & décideurs chrétiens.

    Un dimanche matin d’août 2024, dans un temple d’une grande Église à Apedokoè, quartier populaire de Lomé (Togo), quelque chose d’impensable s’est produit. Des fidèles, ces mêmes personnes qui venaient chaque semaine déposer leurs dîmes avec ferveur, ont bloqué l’entrée. Leur pancarte était simple mais dévastatrice : « : «Où sont nos offrandes ? » Quelques heures plus tard, la police investissait le lieu de culte. Oui, vous avez bien lu : la police, dans une Église, un dimanche.

    Cette scène, que j’ai observée avec un mélange de tristesse et de fascination professionnelle, n’est pas un simple fait divers. C’est le symptôme d’une crise systémique qui secoue les Églises africaines et togolaises en particulier. Une crise dont nous devons parler, non pas pour condamner, mais pour comprendre et transformer.

    I. LE PARADOXE AFRICAIN : CROISSANCE SPIRITUELLE, HÉMORRAGIE DE CONFIANCE

    Parlons chiffres d’abord, parce que les chiffres ne mentent pas – contrairement à certains hommes en costume trois-pièces derrière des chaires.

    Selon le site https://www.gordonconwell.edu/center-for-global-christianity/, l’Afrique compte aujourd’hui 26% des chrétiens du monde entier. D’ici 2050, nous serons le continent avec la plus forte concentration de chrétiens au monde. Notre taux de croissance annuel est de *2,76%* – impressionnant. Au Togo, les Églises poussent plus vite que les boulangeries. Chaque coin de rue a son temple, son « ministère international », son « centre de réveil ». Le dimanche, Lomé résonne de cantiques amplifiés à tue-tête.

    Mais voilà le paradoxe : pendant que nos Églises se multiplient, la confiance s’effondre. Car « Ses chefs jugent pour des présents, ses sacrificateurs enseignent pour un salaire, et ses prophètes prophétisent pour de l’argent… » Michée 3:11 (LSG).

    En avril 2024, un acteur clé, est suspendu. Son crime ? Avoir osé soulever la question qui brûle les lèvres de milliers de fidèles : que deviennent les offrandes ? Trois mois plus tard, les manifestations éclatent dans plusieurs temples. Le 4 août, c’est l’intervention policière. Des chrétiens togolais, dans leurs propres Églises, encadrés par les forces de l’ordre.

    Pendant ce temps, le véhicule du président national – 40 millions de FCFA – roule tranquillement dans les rues de Lomé, selon les témoignages des manifestants abondamment relayés par les médias togolais.

    Loin de faire le procès d’une dénomination particulière, ce qui se passe dans cette Église pentecôtiste se joue, sous différentes formes, dans l’Église Évangélique, où une nouvelle Constitution adoptée en novembre 2024 est tout simplement ignorée par les dirigeants en place. Cela se joue aussi, plus subtilement, dans d’autres communautés où le silence pastoral face aux injustices sociales est devenu assourdissant.

    Alors que Dieu exige l’intégrité chez les dirigeants, selon Tite 1:7 (LSG) « Car il faut que l’évêque soit irréprochable… non adonné au vin, ni violent, ni porté à un gain déshonnête. »

    II. AU-DELÀ DE NOS FRONTIÈRES : QUAND LA FOI DEVIENT UN PASSEPORT POUR LA MORT

    Regardons maintenant au-delà du Togo. Parce que si nous avons des problèmes de gouvernance, d’autres chrétiens africains paient de leur vie leur simple désir de prier.

    Entre octobre 2023 et septembre 2024, 4 476 chrétiens ont été tués pour leur foi. Vous avez bien lu : quatre mille quatre cent soixante-seize êtres humains. Et 93% de ces meurtres ont eu lieu en Afrique subsaharienne. Au Nigeria, 3 100 chrétiens assassinés. Au Burkina Faso, 201. En RDC, 355. Des chiffres qui donnent le vertige et disponible sur le site officiel : www.portesouvertes.fr ou www.opendoors.org.

    Le dimanche 5 juin 2022, à Owo, dans l’État d’Ondo au Nigeria, des hommes armés ont investi l’Église Saint-François-Xavier pendant la messe de Pentecôte. Bilan : au moins 40 morts, dont des femmes et des enfants. Le crime ? Être chrétien, être présent, ce jour-là, dans cette Église.

    Depuis 2009, Boko Haram et ses filiales ont tué plus de 40 000 personnes dans le nord-est du Nigeria (https://www.unhcr.org/global-trends). Des prêtres sont enlevés – plus de 150 depuis 2020 (www.acninternational.org). Des Églises sont détruites. Des conversions forcées imposées. Ce qui a d’ailleurs fait réagir, en décembre 2025, Donald Trump, Président des États-Unis. Au Mali, au Niger, au Cameroun, l’histoire se répète avec des variantes locales mais la même violence aveugle.

    Aujourd’hui, selon le site https://www.unhcr.org/global-trends, 16,2 millions de chrétiens sont déplacés internes en Afrique subsaharienne. Seize millions. C’est presque la population de trois pays comme le Togo. Des familles entières, arrachées à leurs terres, à leurs maisons, à leurs Églises, simplement parce qu’elles refusent de renier leur foi.

    Et nous, au Togo, pendant ce temps ? Nous nous battons pour savoir si le pasteur conduit une Toyota ou une Mercedes. Nous nous querellons sur des questions constitutionnelles pendant que nos frères et sœurs, à quelques centaines de kilomètres, enterrent leurs morts. Or, 1 Corinthiens 12:26 (LSG), nous prône la solidarité internationale en ces termes: « Et si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui ; et si un membre est honoré, tous les membres se réjouissent avec lui. »

    III. LE DIAGNOSTIC SANS COMPLAISANCE : NOS SEPT PLAIES CONTEMPORAINES

    Permettez-moi, en tant qu’ expert en développement organisationnel, de poser un diagnostic clinique. Nos Églises souffrent de sept pathologies chroniques qui, si elles ne sont pas traitées, mèneront à une mort lente mais certaine de leur crédibilité.

    Première plaie : L’opacité financière

    Dans quelle entreprise sérieuse les actionnaires n’ont-ils jamais accès aux comptes ? Dans quelle ONG les donateurs ne peuvent-ils pas consulter l’utilisation de leurs dons ? Pourquoi ce qui est une norme dans le monde séculier devient-il un tabou dans l’Église ? La dîme n’est pas un impôt colonial prélevé pour enrichir une aristocratie cléricale. C’est un acte de foi qui mérite respect et transparence. Puisque « Celui qui se livre à la cupidité trouble sa propre maison, mais celui qui hait les présents vivra. » Proverbes 15:27 (LSG)

    Deuxième plaie : La dictature spirituelle

    « Ne touchez pas à l’oint de l’Éternel ! » – ce verset biblique est devenu l’armure rhétorique de tous les abus de pouvoir. Critiquer la gestion devient un sacrilège. Demander des comptes, une rébellion. Voter pour un changement de leadership, une hérésie. Nous avons transformé des serviteurs de Dieu en pharaons intouchables.

    Troisième plaie : La schizophrénie doctrinale

    Le dimanche, on prêche la simplicité, l’humilité, le renoncement. Le lundi, on affiche sur Instagram le dernier SUV, la montre suisse, le voyage à Dubaï. « Dieu veut votre prospérité », nous dit-on. Mais visiblement, cette prospérité est réservée à ceux qui montent en chaire, pas à ceux qui s’assoient sur les bancs.

    Quatrième plaie : Le mutisme prophétique

    L’Église togolaise, notamment catholique, a un long historique d’engagement social. La lettre pastorale de 2016, « Soyons responsables dans la justice et la vérité », avait secoué le Landerneau politique. Mais aujourd’hui ? Un silence prudent. Une posture « d’observatrice entre deux camps ». Pendant que certaines Églises pentecôtistes bénissent ouvertement l’injustice et organisent des « cultes d’actions de grâces » pour des dérives politiques et sociales réformes, l’Église institutionnelle observe, commente timidement, mais ne prophétise plus.

    En juillet 2025, face aux violences de juin, l’ Église Évangélique Presbytérienne du Togo – EEPT a finalement rompu son « silence pastoral » avec une lettre courageuse appelant au dialogue et à la réconciliation. Mieux vaut tard que jamais, dit-on. Mais les fidèles, eux, se demandent : pourquoi attendre que les maisons brûlent pour crier au feu ?

    Cinquième plaie : L’anarchie réglementaire

    En novembre 2024, un rapport a documenté le « désordre grandissant » dans le paysage religieux togolais. N’importe qui, avec un minimum de charisme et un maximum d’audace, peut ouvrir une Église. Aucune formation théologique requise. Aucun contrôle éthique. Aucune supervision financière. Résultat ? Des escroqueries spirituelles, des nuisances sonores qui ont conduit à la fermeture de plus de 15 lieux de culte à Lomé en 2025, et une politisation rampante des activités religieuses.

    Sixième plaie : La dépendance postcoloniale

    Nos Églises historiques, malgré leur discours d’africanisation, restent financièrement et théologiquement dépendantes de l’Occident. Pendant ce temps, les nouvelles Églises pentecôtistes importent l’« Évangile de prospérité » américain sans aucune contextualisation. Nous sommes pris entre deux formes de colonisation : l’une historique, l’autre contemporaine.

    Septième plaie : La division stratégique

    Face à la fragmentation des confessions, prolifération non encadrée des Églises, faible formation de certains responsables religieux et messages déconnectés des réalités socio-économiques qui fragilisent aujourd’hui l’impact réel de l’action ecclésiale sur la société, ainsi qu’aux défis sécuritaires, économiques et politiques qui menacent notre continent, les Églises africaines devraient être unies. Il s’agit d’une responsabilité particulière qui incombe aux grandes Églises d’utiliser leur poids institutionnel pour promouvoir l’unité, structurer le secteur et accompagner les petites communautés sans les écraser. Au lieu de cela, nous nous déchirons sur des querelles internes, des compétitions de clochers, des jalousies de dénominations. Nous sommes incapables de présenter un front commun face aux vrais enjeux.

    IV. ET SI ON CHANGEAIT DE LOGICIEL ? SEPT STRATÉGIES POUR UNE RÉFORME PROFONDE

    Je ne suis pas du genre à pleurer sur les ruines. Mon métier, c’est de proposer des solutions. Alors voici, sans langue de bois, ce que nos Églises doivent faire si elles veulent survivre au XXIe siècle.

    Stratégie 1 : La révolution de la transparence

    Comme l’apôtre Paul a institue clairement la reddition de comptes dans 2 Corinthiens 8:20–21 (LSG) « Nous prenons cette précaution afin que personne ne nous blâme au sujet de cette abondante collecte, car nous recherchons ce qui est bien, non seulement devant le Seigneur, mais aussi devant les hommes. »

    La transparence étant une exigence morale, chaque Église doit publier ses comptes annuels. Point. Pas dans un document de 300 pages accessible uniquement aux initiés. Sur le site web de l’Église, en format PDF téléchargeable. Revenus, dépenses, salaires des cadres, investissements, projets sociaux. Tout. Avec un audit externe certifié. Si les ONG nationales et internationales le font, pourquoi pas les Églises qui doivent donner le bon exemple?

    Créons des comités de gestion mixtes : 50% de clercs, 50% de laïcs compétents (comptables, juristes, gestionnaires). Instituons des mandats limités pour tous les postes de direction – cinq ans, l’Église n’est pas une monarchie absolue. C’est une communauté de croyants. Les fidèles doivent avoir leur mot à dire sur les grandes décisions : budget, projets d’investissement, élection des dirigeants, orientation stratégique. Organisons des assemblées générales régulières où les membres peuvent questionner, proposer, voter.

    L’EEPT a adopté une nouvelle Constitution en novembre 2024. Parfait. Maintenant, appliquons-la ! Mettons en place les commissions électorale et de recours. Respectons les mandats. Organisons les élections dans les délais. Une Constitution non appliquée n’est qu’un bout de papier.

    Stratégie 3 : La formation éthique et professionnelle

    Nous devons professionnaliser le pastorat. Pas seulement la formation théologique – ça, on le fait déjà. Mais la formation en gestion, en éthique financière, en leadership transformationnel, en psychologie pastorale, en médiation de conflits. Un pasteur du XXIe siècle doit être aussi formé qu’un cadre d’entreprise.

    Et surtout, établissons un code de déontologie contraignant avec des sanctions réelles en cas de violation. Malversation financière ? Révocation immédiate. Abus de pouvoir ? Exclusion. Enrichissement inexpliqué ? Enquête et restitution.

    Car l’amour de l’argent corrompt la foi selon 1 Timothée 6:9–10 (LSG) « Mais ceux qui veulent s’enrichir tombent dans la tentation, dans le piège et dans beaucoup de désirs insensés et pernicieux… Car l’amour de l’argent est une racine de tous les maux. »

    Stratégie 4 : Le retour à une théologie contextuelle

    Arrêtons d’importer des modèles théologiques préfabriqués. Le plan stratégique SCEAM 2050, adopté à Kigali en août 2025, propose 12 piliers de développement holistique pour l’Église africaine (www.sceam.org) : évangélisation, éducation, santé, médias, développement rural, etc. Voilà une vision ! Approprions-nous-la, contextualisons-la, incarnons-la.

    Développons une théologie de la libération africaine qui parle de nos réalités : la corruption, la pauvreté, l’injustice, les violences. Pas un évangile d’évasion qui promet le paradis après la mort tout en tolérant l’enfer sur terre. Il nous faut de la dignité du travail honnête : « Que celui qui dérobait ne dérobe plus ; mais plutôt qu’il travaille, en faisant de ses mains ce qui est bien, pour avoir de quoi donner à celui qui est dans le besoin. » Éphésiens 4:28 (LSG).

    Sur le fond, le message doit évoluer. La foi et les miracles ne peuvent plus être dissociés du travail, de la compétence et de l’action concrète. Une Église prophétique et pertinente est celle qui forme des croyants responsables, travailleurs et autonomes, capables de transformer leur vie et leur communauté, plutôt que d’attendre passivement des promesses sans fondement.

    Stratégie 5 : L’engagement social sans compromission

    L’Église africaine dans tout son ensemble doit retrouver sa voix prophétique. Pas une voix partisane– nous ne sommes ni un parti politique ni une ONG militante. Mais une voix qui nomme l’injustice, qui défend les vulnérables, qui appelle au respect de la dignité humaine.

    Quand des jeunes sont tués lors de manifestations, l’Église doit parler. Quand des élections sont truquées, l’Église doit parler. Quand la Constitution est modifiée de manière controversée, l’Église doit parler. Non pas pour imposer un candidat ou un système, mais pour défendre des principes : justice, vérité, paix, dialogue.

    Stratégie 6 : La solidarité panafricaine

    Nos frères nigérians, burkinabés, maliens, congolais meurent. Que faisons-nous ? Des prières génériques le dimanche ? Ce n’est pas suffisant. Créons des réseaux de solidarité transnationaux. Collectons des fonds pour les déplacés. Organisons des missions d’accompagnement psychologique. Faisons du plaidoyer international.

    Le Symposium des Conférences Épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM) a une vision : 230 millions de catholiques africains mobilisés pour transformer le continent. Si nous y ajoutons les protestants, les évangéliques, nous dépassons 600 millions de chrétiens africains. Imaginez la force de ce nombre si nous étions unis !

    Stratégie 7 : L’autonomie financière

    « Car, lorsque nous étions chez vous, nous vous disions expressément : si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. » 2 Thessaloniciens 3:10 (LSG).

    Arrêtons de mendier. La foi sans action est stérile comme le souligne Jacques 2:17 (LSG) « Il en est ainsi de la foi : si elle n’a pas les œuvres, elle est morte en elle-même. »

    Ainsi, développons des projets générateurs de revenus. Les Églises ont des terres ? Créons des fermes modèles, des centres de formation professionnelle, des coopératives agricoles. Les Églises ont des bâtiments ? Louons-les intelligemment en semaine pour des événements communautaires. Les Églises ont des membres compétents ? Créons des réseaux d’affaires chrétiens basés sur l’éthique et la solidarité. Car, seul, le travail produit la transformation dans Proverbes 14:23 (LSG) « Tout travail procure l’abondance, mais les paroles en l’air ne mènent qu’à la disette. »

    L’Objectif est d’atteindre 50% d’autosuffisance financière d’ici 2035. Cela réduira la dépendance, augmentera la crédibilité, et libérera des ressources pour le service social.

    V. L’URGENCE DU CHOIX : RÉFORME OU MARGINALISATION

    Je vais être direct : nous sommes à un point de bascule.

    D’un côté, nous avons une jeunesse africaine de plus en plus éduquée, connectée, exigeante. Elle ne se contente plus des réponses toutes faites. Elle veut de la cohérence. Elle scrute, elle compare, elle questionne. Les vidéos des manifestations de l’Église en question en juillet 2024 ont fait le tour des réseaux sociaux en quelques heures. La suspension de l’acteur principal a suscité des débats enflammés sur WhatsApp, Facebook, TikTok. Cette jeunesse ne tolérera plus longtemps l’opacité et l’hypocrisie.

    De l’autre côté, nous avons des menaces existentielles : le terrorisme qui avance du Sahel vers le Golfe de Guinée, la pauvreté qui s’aggrave, les tensions politiques qui se radicalisent, le changement climatique qui chasse les populations de leurs terres. Dans ce contexte, l’Afrique a besoin de ses Églises – pas comme décoration spirituelle, mais comme force de transformation sociale.

    Si nous ne nous réformons pas maintenant, nous deviendrons ce que l’Église catholique européenne est devenue : une institution muséifiée, respectée pour son histoire mais marginalisée dans les débats contemporains. Nos magnifiques cathédrales et temples deviendront des attractions touristiques, nos doctrines des curiosités anthropologiques.

    Est-ce cela que nous voulons ?

    VI. MON APPEL PERSONNEL : LE COURAGE DE LA MÉTAMORPHOSE

    Je ne suis pas pasteur. Je ne suis pas théologien. Je suis un expert en développement organisationnel qui a passé quinze ans à accompagner des entreprises, des ONG, des institutions publiques comme privées dans leurs transformations. Et je peux vous dire ceci : toute organisation qui refuse de s’adapter meurt. C’est une loi aussi implacable que la gravité.

    Mais j’ai aussi la foi. Une foi héritée de mes parents, nourrie dans les Églises togolaises, enrichie par mes voyages et mes lectures. Et c’est cette foi qui me pousse à écrire ces lignes, non pas pour démolir, mais pour reconstruire.

    Aux dirigeants ecclésiastiques, je dis : ayez le leadership comme service, pas domination. Matthieu 23:11–12 (LSG), le précise bien : « Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Quiconque s’élèvera sera abaissé, et quiconque s’abaissera sera élevé. » Car le pouvoir que vous détenez n’est pas un privilège, c’est un service. Jésus a lavé les pieds de ses disciples. Il n’a pas exigé qu’ils financent son SUV. Vous avez été appelés à servir, pas à être servis. Revenez à cette vocation première. Ouvrez les comptes. Acceptez le contrôle. Limitez vos mandats. Écoutez la base. Ayez le courage de la transparence radicale.

    Aux fidèles, je dis : vous êtes l’Église. Pas les murs, pas les titres, pas les structures. Vous. Cessez d’être des spectateurs passifs. Exigez la transparence. Participez aux assemblées générales. Votez avec discernement. Et si nécessaire, conditionnez votre soutien financier à des réformes concrètes. Votre dîme est sacrée ; ne la gaspillez pas dans des projets opaques. Car la vraie foi libère l’homme de la misère, de l’ignorance, de la dépendance et de la peur, en l’appelant à agir, travailler, se former et transformer sa société.

    À l’État togolais, je dis : régulez sans étouffer, en soutenant la formation des pasteurs, en reconnaissant les structures crédibles et en posant des exigences minimales de qualification pour l’implantation des Églises. Créez un cadre légal qui empêche les dérives (escroqueries, nuisances, politisation) tout en respectant la liberté religieuse. Médiez dans les conflits internes quand on vous le demande, mais n’intervenez pas avec des matraques dans des lieux de culte. Cette image du 4 août 2024 restera longtemps dans les mémoires – et pas en bien.

    À la communauté internationale, je dis : soutenez la réforme, pas le statu quo. Conditionnez vos aides aux Églises africaines à des critères de bonne gouvernance. Accompagnez-nous techniquement et financièrement dans cette transformation. Mais ne nous imposez pas vos modèles.Nous avons besoin de partenaires, pas de *nouveaux colonisateurs.

    Aux jeunes Africains, je dis : ne quittez pas vos Églises. Transformez-les. Vous êtes la génération qui peut opérer cette révolution. Vous avez l’éducation, la connectivité, l’énergie. Investissez-vous dans les structures décisionnelles. Candidatez aux postes de responsabilité. Créez des collectifs de jeunes chrétiens engagés pour la réforme. L’avenir vous appartient, mais seulement si vous le saisissez.

    LE RENDEZ-VOUS AVEC L’HISTOIRE

    Il y a quelques semaines, j’ai eu une longue conversation avec un ancien pasteur qui m’a dit quelque chose qui m’a marqué : « Helly, j’ai passé trente ans dans le ministère. J’ai vu des miracles, de vraies transformations de vies. Mais j’ai aussi vu l’appât du gain remplacer l’appel de Dieu. J’ai vu des hommes de Dieu devenir des hommes d’affaires. J’ai vu l’Évangile marchandisé. Je pars non pas parce que je perds la foi, mais parce que je veux la garder. »

    Ce témoignage me hante. Combien de vrais serviteurs de Dieu quittent discrètement le ministère, dégoûtés par ce qu’ils voient ? Combien de fidèles sincères désertent les Églises, cherchant ailleurs une spiritualité authentique ? Combien de jeunes rejettent le christianisme parce qu’ils ne voient aucune différence entre un « homme de Dieu » et un politicien corrompu ?

    Un tour des personnes ressources touchées dans le cadre de la rédaction de cette tribune révèle, en fin, que la crédibilité de l’Église passe par une gouvernance éthique : transparence financière, reddition de comptes et refus de l’idolâtrie des leaders religieux. L’Église de demain doit redevenir un acteur central du développement intégral – spirituel, social, intellectuel et économique – au service du bien commun et de la nation.

    Nous sommes en 2025. L’Afrique est à un tournant de son histoire. Dans les vingt-cinq prochaines années, nous deviendrons le continent le plus peuplé, avec la population la plus jeune. Nous avons un potentiel immense. Mais ce potentiel ne se réalisera que si nos institutions – y compris religieuses – sont saines, transparentes, crédibles.

    Les Églises africaines peuvent être des acteurs majeurs de cette transformation. Elles peuvent éduquer, soigner, réconcilier, développer. Elles peuvent être des espaces de dialogue dans des sociétés polarisées. Elles peuvent être des voix prophétiques face aux injustices. Elles peuvent être des modèles de bonne gouvernance.

    Mais pour cela, elles doivent d’abord se réformer elles-mêmes.

    Le Christ a chassé les marchands du temple avec un fouet. Peut-être est-il temps que nous fassions de même – non pas avec violence, mais avec détermination. Chassons l’opacité, chassons l’enrichissement illicite, chassons le culte de la personnalité, chassons le mutisme complice.

    Et construisons, sur ces ruines salubres, une Église africaine digne de ce nom. Une Église qui ressemble vraiment à Celui qu’elle prétend servir. Une Église pauvre avec les pauvres, juste avec les opprimés, prophétique face aux puissants, transparente dans sa gestion, démocratique dans son fonctionnement, holistique dans son développement.

    Cette Église-là, je la veux. Cette Église-là, nos enfants la méritent. Cette Église-là, l’Afrique en a besoin.

    Alors, mes frères et sœurs, qu’attendons-nous ?

    Le temps de l’indignation stérile est révolu. Le temps de l’action stratégique est venu. Nous avons le diagnostic. Nous avons les solutions. Il ne manque qu’une chose : le courage.

    Aurons-nous ce courage ?

    L’histoire nous regarde. Dieu nous regarde. Nos enfants nous regardent.

    À nous de choisir : réforme ou marginalisation. Renaissance ou décadence. Authenticité ou hypocrisie.

    Moi, j’ai choisi. Et vous ?

    Helly GBENE

    Expert & Promoteur de la Rencontre des Jeunes Entrepreneurs & Décideurs Chrétiens

    Source: Togoscoop

  • A Lomé, les rois et reines d’Afrique de l’ouest et du centre se mobilisent pour l’accès à la terre, l’eau et les semences paysannes

    A Lomé, les rois et reines d’Afrique de l’ouest et du centre se mobilisent pour l’accès à la terre, l’eau et les semences paysannes

    Les têtes couronnées de l’Afrique de l’ouest et du centre ont pris part à une rencontre de haut niveau à Lomé destinée à faciliter l’accès à la terre, l’eau et les semences paysannes.

    L’atelier d’adoption de la Charte de collaboration de l’alliance des chefs coutumiers et traditionnels de l’Afrique de l’ouest et du centre s’est tenu à Lomé ces 15 et 16 décembre à Lomé.

    Organisée par la Convergence Globale des Luttes pour la Terre et l’Eau – Ouest Africaine (CGLTE-OA), ces retrouvailles des deux jours ont permis aux têtes couronnées venus de l’Afrique de l’ouest et du centre  d’adopter une Charte les impliquant davantage  dans la gouvernance responsable et inclusive des ressources naturelles dont les trois matières indissociables terre (foncier), eau et semences paysannes et la promotion de l’agroécologie paysanne.

    « Créée en 2019, cette Alliance est soutenue par la CGLTE AO, qui souhaite avancer aux côtés des rois et chefs traditionnels dans le cadre de la gouvernance inclusive des ressources naturelles liées à la terre, à l’eau et aux semences paysannes », a confié, à l’ouverture des travaux Massa Koné, porte-parole de la CGLTE AO.

    Selon lui, « Il est question d’adopter la charte ainsi que les documents statutaires afin de définir » les missions des chefs traditionnelles, « leurs objectifs et leur vision ».

    « Au-delà de cela, il y a l’organisation du Forum social mondial, dont la convergence a reçu la confiance du Conseil international pour une édition prévue en 2026 au Bénin. À ce forum, tous les mouvements sociaux d’Afrique souhaitent marquer une étape différente en mettant en commun leurs cultures et leurs valeurs ancestrales. Pour cela, les chefs et rois réunis vont discuter des stratégies à mettre en place afin de contribuer et d’être acteurs de ce Forum social mondial, auquel la diaspora africaine et les Afro-descendants d’Amérique latine et des États-Unis souhaitent également participer », a-t-il ajouté.

    Dans un contexte marqué par l’accaparement des terres, les conflits fonciers, les inégalités d’accès au foncier, surtout pour les femmes et les jeunes, et, les effets du changement climatique, le rôle des autorités traditionnelles apparaît plus que jamais central. C’est dans cette optique la Convergence Globale des Luttes pour la Terre et l’Eau – Ouest Africaine a été créée en 2015, afin d’inciter les communautés à être au-devant de la scène.

    Koudjou Esso, représentant du ministre de l’Administration territoriale, de la Gouvernance locale et des Affaires coutumières, à la cérémonie d’ouverture, a rassuré que le Togo soutient la CGLTE-OA et se réjouit de ce que les rois et reines, acteurs clés du développement et de la stabilité sociale, y soient davantage impliqués.

  • Des dirigeants de meilleure qualité

    Des dirigeants de meilleure qualité

    Pour ne pas risquer de se retrouver avec pire que ce que les peuples rejettent, des tamis de vigilance s’imposent désormais dans la sélection des candidats à la magistrature suprême. À Madagascar comme ailleurs.

    Acculé par une jeunesse malgache pleine de détermination, Andry Rajoelina a déserté le pays, et l’Assemblée nationale l’a destitué. L’armée a pris les commandes, et le colonel Randrianirina, devenu héros pour avoir exhorté ses camarades militaires à refuser de tirer sur leurs amis, frères et sœurs manifestants, a été investi par la Haute cour constitutionnelle. Ne faut-il pas s’en réjouir ?

    Il y a peu de monde pour pleurer ce président largement comptable du passif instable de Madagascar. Pour autant, la liesse saluant sa chute ne constitue en rien la garantie d’un avenir radieux pour les Malgaches, qui ont dû déchanter tant de fois par le passé ! Les espérances que suscite la fin d’un régime décrié demeurent un mirage, aussi longtemps que les peuples oublient de tirer les leçons de leurs déconvenues antérieures. On parle, ici, de refondation. Mais celle-ci n’est possible que si tous les acteurs se situent au même niveau de sincérité, avec le même degré d’exigence.

    Après plus de six décennies à trébucher, tomber, se relever pour trébucher à nouveau, tomber encore et se relever, peut-être est-il temps, pour les Malgaches, et pas seulement eux, de reprendre leur souffle, pour penser enfin une manière judicieuse d’avancer surement. À certains égards, l’admiration dont déborde l’Afrique pour la détermination victorieuse de la jeunesse malgache rappelle celle des Burkinabè qui, en octobre 2014, ont chassé du pouvoir Blaise Compaoré. Celui-ci, après vingt-sept ans d’un règne sans partage, se croyait indétrônable. Un héliport de fortune dans les faubourgs de la capitale ; une exfiltration par un avion militaire français ; et tout était terminé. Comme Compaoré, Rajoelina a eu la désertion buissonnière. Par le chemin des écoliers ! Seize ans après, ce qu’est devenu le Burkina invite les Malgaches à une impérieuse vigilance, à plus d’exigence.

    En quoi consisteraient donc cette vigilance et ces exigences ?

    Aussi enivrantes qu’elles soient, ces phases de grande effervescence n’ont d’intérêt que par rapport aux leçons qu’en tirent les peuples. Ceux qui se retrouvent au pouvoir ont rarement le même agenda que les révolutionnaires qui ont risqué leur vie pour faire tomber le régime rejeté. Pour prendre le pouvoir, politiciens, militaires et autres troisièmes larrons rivalisent de stratagèmes qui, tôt ou tard, ramènent les populations à leurs frustrations de départ. La Refondation annoncée n’a de chance d’aboutir que si les maîtres de la transition demeurent sous pression, contraints d’agir vite, dans le sens de l’intérêt général. Sans quoi, dans quelques semaines, ils auront pris goût au pouvoir et tourné le dos à l’idéal révolutionnaire. En Afrique, les peuples qui font une confiance aveugle à des militaires prompts à leur promettre le paradis sans aucun chronogramme s’exposent aux pires désillusions. Quant au programme de la refondation, il est contenu dans les exigences déclamées durant les manifestations. Il s’agit, à présent, de les coucher sur papier, d’indiquer quand, comment et avec quels moyens les traduire en actes, sans cacher aux citoyens les efforts que cela implique de leur part.

    Tout cela ne suppose-t-il pas le retour à l’ordre constitutionnel, avec un chef d’État élu ?

    Bien évidemment ! Au peuple de ne pas se tromper sur le profil des candidats à la magistrature suprême. Les Malgaches pouvaient-ils espérer d’Andry Rajoelina autre chose que l’impasse dans laquelle il les a conduits ? Tout, dans son profil, aurait dû les mettre en garde. Diriger une nation africaine n’est pas un job pour des jouisseurs superficiels, pour qui tout se rapporte à ce qu’on appelle de manière triviale “la tchatche”. Interrogées séparément sur les qualités que devrait avoir le président idéal pour leur pays, des femmes d’affaires ouest-africaines confiaient naguère ceci : « D’abord, ce doit être quelqu’un qui mange à sa faim chez lui. Parce que, disaient-elles, nous ne voulons pas d’un président qui vienne résoudre ses problèmes de carrière, et même de survie, aux dépens du peuple ».

    Un pays sous-développé ne peut s’offrir à un dirigeant qui ne peut justifier d’un parcours professionnel clair et convaincant. Qui n’a jamais eu sous sa responsabilité plus de dix collaborateurs, en entreprise ou dans l’administration. Pour ne pas risquer de se retrouver avec pire que ce que les peuples rejettent, des tamis de vigilance s’imposent désormais. À Madagascar comme ailleurs…

    Chronique de Jean-Baptiste Placca du 18 octobre 2025 sur RFI

  • Du bon usage électoral

    Du bon usage électoral

    Tous les chefs d’État ne se valent pas, en Afrique. Les conditions de son élection et les moyens dont chacun use pour accéder à la magistrature suprême déterminent la perception que son peuple (et l’opinion continentale) a de sa personne. Et ce peut être important pour « sa » gestion des affaires…

    Cameroun, Côte d’Ivoire, Tanzanie… Sur le continent africain, trois présidentielles se tiennent en ce mois d’octobre, en plus de toutes celles déjà organisées cette année, et des autres, prévues d’ici à fin décembre. Pourquoi l’élection présidentielle, pourtant ancrée dans les traditions, continue-t-elle de générer autant de tensions en Afrique ?

    Dans bien des pays, le pouvoir est concentré entre les mains du seul chef de l’État. Qui peut faire la fortune de qui lui plaît ; causer la ruine de qui il veut ; et même entraver la liberté de qui le gêne. D’où le sentiment qu’à la présidentielle se joue le sort personnel de chaque citoyen pour la durée du mandat. La manière dont se conquiert la magistrature suprême est loin d’être anodine. Dans les nations crédibles, les scrutins libres et transparents sont l’unique mode d’accession au pouvoir. L’Afrique, elle, se distingue encore souvent de manière peu glorieuse, avec les coups d’État, les réélections douteuses, qui jettent le discrédit sur la fonction présidentielle.

    Ce continent revêt des réalités multiples. Mais, par facilité, certains usent de formules expéditives pour qualifier l’Afrique, en se référant, en plus, aux tares des États les moins présentables. Ainsi, les mauvaises manières de quelques-uns en viennent à définir l’image de tous. Et ce n’est pas sans conséquences : l’an dernier, le président William Ruto, s’étonnant de voir augmenter les taux appliqués aux emprunts de son pays, le Kenya, découvrait, abasourdi, que les agences de notation avaient intégré au risque-Kenya le coup d’État survenu au Niger.

    gnoraient-ils que 5642 kilomètres séparent ces deux pays ?

    Ramener l’ensemble du continent au niveau des cancres relève de la paresse intellectuelle. L’Afrique compte de véritables États démocratiques, performants sur le plan économique, qui ont peu à envier aux autres. La médiocrité n’est pas une fatalité, en Afrique. Mais, pour éviter ces amalgames, les Africains eux-mêmes devraient savoir être, dans la quête de l’excellence, ambassadeurs, les uns pour les autres.

    Il y a une trentaine d’années, le Sénégalais Kéba Mbaye, juge à la Cour internationale de justice de la Haye et vice-président du Comité international olympique avait initié l’harmonisation du droit des affaires en Afrique. Depuis, l’Ohada existe, qui rassure les milieux économiques et simplifie les échanges confiants entre États africains et avec l’extérieur. C’est du panafricanisme palpable, concret.

    Puisque les élections douteuses nuisent, y compris aux économies, et bien au-delà des pays qui s’y complaisent, pourquoi ne pas harmoniser, avec la même rigueur, les pratiques électorales ? Sur ce continent, tous les chefs d’État ne se valent pas. Les moyens par lesquels certains se hissent au pouvoir ou s’y maintiennent sont d’une troublante disparité, sans légitimité, sans respectabilité. Et les peuples ne sont pas toujours très fiers de ceux qui sont censés les diriger.

    Les élections ne relèvent-elles pas de la souveraineté des États ?

    Étant donné que tous arborent le pavillon « Afrique », chacun devrait se sentir responsable pour les autres. Et cela commence par les comportements électoraux, qui ont une incidence sur vos voisins. Cap Vert, Botswana, Ghana, Nigeria, Bénin et d’autres pays africains ont des usages suffisamment crédibles pour inspirer l’ensemble du continent. Au Sénégal, depuis un quart de siècle, en période d’élection, les plus sérieuses stations de radio et chaînes de télévision agissent en acteurs civiques. Les résultats parcellaires que relaient au fur et à mesure ces médias situent le citoyen qui peut, deux heures après la clôture du vote, esquisser par lui-même les grandes tendances. C’est exactement ce que font les Américains. Et c’est plus honorable que de maintenir la population dans le brouillard, en attendant qu’un ministre servile ou une commission électorale aux ordres vienne, au cœur de la nuit, asséner des résultats manufacturés, sans aucune traçabilité. Pour mieux museler leurs concitoyens, certains régimes tricheurs vont jusqu’à couper les liaisons téléphoniques et internet.

    Curieusement, ce sont ceux-là qui se revendiquent, urbi et orbi, comme État démocratique. Mais tout cela, sans la transparence, n’est juste qu’une imposture de plus.

    Chronique de Jean-Baptiste Placca du 11 octobre 2025 dur RFI

  • L’Afrique, entre Israël et Palestine: migration des solidarités

    L’Afrique, entre Israël et Palestine: migration des solidarités

    Quelques grandes capitales occidentales viennent d’annoncer la reconnaissance de l’État palestinien, adoubé, depuis 1988, par la quasi-totalité des pays africains. Mais, lorsque à la tribune des Nations unies, des dirigeants africains ont fait, cette semaine, un vibrant plaidoyer pour le peuple palestinien, certains se sont dits que l’Afrique, majoritairement, est hostile à Israël.

    La plupart des peuples africains ont, avec les Israéliens, des liens qui remontent à l’aube des indépendances. Cela n’interdit pas la compassion pour les Palestiniens, au regard du déferlement de violence qu’ils subissent. Et c’est à dessein que, citant le Dr Kwame Nkrumah, père de l’indépendance ghanéenne, John Dramani Mahama, son lointain successeur, a déclaré : « Nous voulons être l’ami de tout le monde, l’ennemi de personne ».

    En mars 1957, Kwame Nkrumah avait justement invité la cheffe de la diplomatie israélienne Golda Meir, pour l’indépendance du Ghana. C’est là qu’ont été posées les fondations de la coopération entre l’Afrique et l’État hébreu, sans doute une des plus fructueuses entre les Africains et quelques autres peuples. Cela n’exclut pas, par moments, quelques réflexions excessives ou hostiles au gouvernement israélien.

    Mais les Africains qui ont de la mémoire savent distinguer ce peuple dont beaucoup étaient proches, durant les 15 premières années des indépendances, de ses dirigeants du moment. Golda Meir suscitait, sur le continent, une réelle ferveur : « Nous partageons avec les Africains non seulement les défis qui vont avec la nécessité d’un développement rapide, mais aussi le souvenir de siècles de souffrances : oppression, discrimination, esclavage. Pour les Africains, comme pour les Juifs, ce ne sont pas de simples clichés, liés à de lointaines expériences vécues par des ancêtres oubliés ; ils sont en rapport avec des tourments et des humiliations qui ne datent que d’hier », disait-elle.

    S’inspirer de l’écrivain hongrois Theodor Herzl

    Elle semblait s’inspirer de Theodor Herzl, journaliste et écrivain austro-hongrois. Ce dernier écrivait que la question africaine était d’une tragédie profonde, qui ne pouvait être appréhendée que par un juif. Il évoquait ces êtres humains qui, uniquement parce qu’ils étaient noirs, étaient volés comme du bétail, capturés, faits prisonniers, vendus. Leurs enfants grandissaient en terre étrangère, objets de mépris et d’hostilité, à cause de la couleur de leur peau. Theodor Herzl disait espérer, dès lors qu’il aura assisté à la rédemption des juifs, voir aussi celle des africains. Il est mort en 1904. Mais son roman, « Altneuland », était le bréviaire de Golda Meir.

    L’ancienne ministre des Affaires étrangères, devenue également Première ministre, a déployé, dans toute l’Afrique, entre 1958 et 1973, des milliers d’experts israéliens en agriculture, en hydrologie, en santé publique, et divers autres domaines. Ces experts, parfois très jeunes, vivaient avec les populations, dans une simplicité inimaginable chez le colonisateur ou le coopérant occidental. Des milliers d’Africains étaient aussi formés en Israël, et rapportaient chez eux un peu de cette technicité grâce à laquelle, sur une terre austère, les Israéliens avaient su créer de la prospérité.

    Golda Meir se disait particulièrement fière de ce programme de coopération. Mais a avoué son amertume, lorsqu’en 1973, les États africains, collectivement, ont rompu les relations avec Israël. « Pour bénéficier à nouveau de notre amitié, ils devront vraiment la mériter », avait-elle prévenu.

    Une interruption brutale en 1973

    Tout cela s’interrompt brutalement en 1973 par solidarité avec l’Égypte, pays africain, dont une partie du territoire était occupée par Israël. Mais, même après la réconciliation israélo-égyptienne à Camp David, en septembre 1978, certains États africains ont continué à boycotter Israël. Dans leur rancœur, la cause palestinienne a pris le relais de la solidarité avec l’Égypte.

    Et lorsque, finalement, la plupart renouent avec Israël, ils ne demandent pas ces technologies, qui permettent d’aller chercher, 800m sous terre, dans le désert du Néguev, de l’eau, saumâtre, d’en utiliser la chaleur pour chauffer les serres durant les nuits froides, pour ensuite l’utiliser pour élever des poissons d’eau de mer puis, tout au bout de la chaîne, arroser les fruits et légumes. Non, la plupart préfèrent payer cher pour avoir une protection israélienne infaillible. Mais uniquement pour le chef de l’État et quelques surveillances téléphoniques. À chacun son sens des priorités.

    Chronique de Jean-Baptiste Placca du 27 septembre 2025 sur RFI


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