Libération refusée, colère ravivée
Des organisations politiques et de la société civile accusent les autorités togolaises de mépris des décisions de justice et exigent la libération immédiate des détenus politiques, dans un contexte de tensions croissantes autour des droits fondamentaux.
Le dernier communiqué conjoint de plusieurs organisations politiques et de la société civile met une nouvelle fois en lumière la persistance des tensions entre les autorités togolaises et une partie de l’opposition sur la question des détenus politiques. À travers un texte particulièrement virulent, les signataires dénoncent ce qu’ils qualifient de déni de justice systémique et appellent à la libération immédiate et sans conditions de toutes les personnes incarcérées pour des motifs politiques.
Contestation
Au cœur de la polémique figure l’Arrêt N°040/2026 rendu le 18 février 2026 par la Chambre d’Instruction de la Cour d’Appel de Lomé. Selon le communiqué, cette décision ordonnait la libération de 13 détenus politiques. Pourtant, les signataires affirment que cette décision n’a pas été exécutée, ce qu’ils interprètent comme une preuve d’ingérence du pouvoir politique dans le fonctionnement de la justice.
Les personnes concernées incluraient plusieurs figures connues, dont ADAM Latif, BANAVEI Balan alias « Général du 19 août », ou encore YAYA Soulemani alias « Mengoua ». Pour les auteurs du texte, cette situation illustre une justice instrumentalisée et incapable de garantir l’indépendance de ses décisions.
Critique
Le communiqué ne se limite pas à ce cas précis. Il élargit son propos à plusieurs décisions nationales et internationales restées, selon lui, sans application. Il cite notamment des arrêts de la Cour de justice de la CEDEAO et des décisions du Groupe de Travail de l’ONU sur la détention arbitraire, concernant des affaires anciennes impliquant des militants politiques ou des cas présumés de torture.
Cette accumulation de références vise à construire un argument central : celui d’un système où les décisions judiciaires, même lorsqu’elles émanent d’instances régionales ou internationales, ne seraient pas respectées par les autorités nationales.
Tension
Au-delà des cas individuels, les signataires dénoncent ce qu’ils considèrent comme une réduction progressive de l’espace civique au Togo. Ils évoquent environ 70 personnes toujours détenues pour leurs opinions politiques et citent des cas récents, dont ceux de l’humoriste Tayo et d’Affectio, présenté comme ayant été réincarcéré après une libération antérieure.
Selon eux, ces pratiques traduisent une stratégie de gouvernance basée sur la restriction des libertés et la dissuasion des voix critiques.
Mobilisation
Le communiqué se termine par un appel à la mobilisation de différentes couches socioprofessionnelles pour dénoncer les détentions arbitraires et les abus de pouvoir. Les signataires exigent non seulement la libération des détenus, mais aussi la reconnaissance des préjudices subis et leur réparation.
Derrière ces revendications, se dessine un enjeu politique majeur : celui de la confiance dans les institutions judiciaires et de leur indépendance réelle. Pour les organisations signataires, la situation actuelle constitue un test décisif pour l’État de droit.
Dans un contexte déjà marqué par des tensions politiques récurrentes, ce communiqué risque de raviver le débat sur les libertés publiques et la gouvernance au Togo, tout en accentuant la pression sur les autorités nationales et leurs partenaires régionaux.
