Arrestation d’« Affectio » : le CNCC dénonce l’arbitraire
Cette affaire, qui suscite déjà de nombreuses réactions dans les milieux politiques et associatifs, pourrait relancer le débat sur les pratiques d’interpellation, le respect des délais de garde à vue et la protection des libertés individuelles au Togo.
Le Cadre National de Concertation pour le Changement au Togo (CNCC), regroupant plusieurs organisations de la société civile et des partis politiques notamment ADDI, ANC, FDR et PSR, a rendu public le 2 mai 2026 un communiqué conjoint dans lequel il exprime une vive indignation suite à l’arrestation de M. SOKPOR Kossi Sitsopé Honoré, plus connu sous le nom d’« Affectio ». L’organisation dénonce ce qu’elle qualifie d’« arrestation arbitraire, violente et illégale », et appelle à sa libération immédiate et sans condition.
Selon les informations contenues dans le communiqué, les faits remonteraient au vendredi 24 avril 2026. Ce jour-là, M. Sokpor aurait pris des photographies de nouveaux caniveaux construits dans le quartier où vivent ses parents à Lomé. D’après ses proches et les témoignages recueillis par le CNCC, l’intéressé aurait agi dans une démarche d’observation citoyenne, souhaitant mettre en lumière l’importance de ces infrastructures dans la prévention des inondations récurrentes dans la capitale.
C’est dans ce contexte que la situation aurait dégénéré. Alors qu’il se trouvait assis devant son domicile, M. Sokpor aurait été abordé par des individus lui demandant de supprimer les images prises. Bien qu’il ait accepté d’effacer les photos afin d’apaiser la situation, ces derniers l’auraient contraint à les suivre jusqu’à leur « chef », dont l’arrivée aurait tardé.
Toujours selon le récit du CNCC, la tension serait montée lorsque M. Sokpor, pressé par un rendez-vous, aurait annoncé son intention de partir. C’est alors que quatre individus se seraient violemment jetés sur lui. Le communiqué évoque une agression d’une rare brutalité : l’homme aurait été plaqué au sol, étranglé et dépouillé de sa sacoche ainsi que de son téléphone portable. Il aurait également subi des blessures physiques lors de cette interpellation musclée.
Après cette scène, M. Sokpor aurait été conduit à la gendarmerie d’Agoè-Nyivé, puis transféré au SCRIC (Service Central de Recherches et d’Investigations Criminelles) le 30 avril 2026, après un passage à la brigade anti-gang de Djidjolé. Depuis lors, il serait maintenu en détention, malgré un état de santé que ses soutiens décrivent comme fragile.
Le CNCC affirme par ailleurs que les autorités justifient désormais la prolongation de sa garde à vue par l’exploitation de son téléphone portable. Des éléments numériques auraient, selon ces dernières, révélé la présence d’images jugées « suspectes », sans que la nature exacte de ces accusations ne soit détaillée publiquement à ce stade.
Dans son communiqué, le CNCC s’insurge contre ce qu’il qualifie de « pratiques d’un autre âge ». L’organisation structure sa dénonciation autour de trois principaux axes. D’abord, elle condamne la violence physique exercée lors de l’interpellation, estimant qu’aucune justification ne peut légitimer de tels actes contre un citoyen ayant photographié des travaux publics visibles de tous.
Ensuite, le cadre politique et associatif évoque une détention qu’il considère comme illégale. Selon ses calculs, M. Sokpor serait détenu depuis neuf jours au 2 mai 2026, soit bien au-delà du délai légal de garde à vue de 48 heures, renouvelable une seule fois. Cette situation constituerait, selon le CNCC, une violation grave des procédures en vigueur.
Enfin, le communiqué dénonce des mauvais traitements supposés. Il est notamment affirmé que le détenu aurait été privé de nourriture et d’eau durant les premières heures de son interrogatoire, malgré un état de santé jugé préoccupant. Le CNCC appelle également à ce que les personnes impliquées dans les violences physiques alléguées répondent de leurs actes devant la justice.
Au-delà du cas individuel, le CNCC voit dans cette affaire un symbole plus large des atteintes aux libertés fondamentales. L’organisation rappelle également que M. Sokpor aurait déjà été incarcéré par le passé pendant une année pour avoir écrit un poème, ce qui, selon elle, renforce le caractère de harcèlement ciblé.
En conséquence, le Cadre National de Concertation pour le Changement au Togo formule trois exigences principales. Il réclame d’abord la libération immédiate et sans condition de M. Sokpor Kossi Sitsopé Honoré. Ensuite, il demande l’ouverture d’une enquête indépendante sur les violences physiques dénoncées lors de son interpellation. Enfin, il appelle les autorités à mettre fin à ce qu’il qualifie de « harcèlement systématique » contre ce citoyen.
Le communiqué est signé à Lomé le 2 mai 2026 par le Front Citoyen Togo Debout ainsi que les organisations regroupées au sein de Novation Internationale ADDI – ANC – FDR – PSR.
Cette affaire, qui suscite déjà de nombreuses réactions dans les milieux politiques et associatifs, pourrait relancer le débat sur les pratiques d’interpellation, le respect des délais de garde à vue et la protection des libertés individuelles au Togo. Le CNCC, pour sa part, appelle à une mobilisation de l’opinion nationale et internationale afin d’obtenir ce qu’il considère comme une justice équitable et transparente dans ce dossier désormais hautement sensible.
