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Le football n’est pas à vendre : il est temps de mettre un frein aux dérives de Gianni Infantino

Le refus catégorique de l’UEFA de voir la Coupe du monde livrée aux investisseurs privés relance le débat sur la dérive marchande du football et place les fédérations africaines devant une responsabilité historique.

Parfois, une institution est obligée de dire « non » pour sauver ce qui fait son essence. C’est précisément ce que vient de faire l’UEFA. Réunie avec ses 55 fédérations membres, l’instance européenne a rejeté, à l’unanimité, le projet de la FIFA visant à transférer des parts de propriété de la Coupe du monde et d’autres compétitions à des investisseurs privés. Plus encore, elle a brandi la menace d’un boycott des compétitions de la FIFA si ce projet devait aboutir.

Cette décision dépasse largement le simple bras de fer entre Zurich et Nyon. Elle pose une question fondamentale : le football est-il un patrimoine universel ou un simple produit financier ?

Une Coupe du monde 2026 déjà symbole d’une fuite en avant

La Coupe du monde 2026 restera dans l’histoire pour son format inédit à 48 équipes et ses 104 matches, un tournoi gigantesque dont l’expansion a été défendue par Gianni Infantino au nom de l’inclusion et de la croissance économique. Mais derrière ces arguments se cache une réalité plus préoccupante, celle d’un football toujours plus soumis à la logique du rendement.

Depuis son arrivée à la tête de la FIFA, Gianni Infantino a multiplié les réformes controversées : agrandissement de la Coupe du monde, multiplication des compétitions internationales, élargissement du calendrier, création d’une Coupe du monde des clubs aux dimensions inédites, augmentation constante des revenus commerciaux.

Chaque réforme est présentée comme une avancée pour le football mondial. Pourtant, les critiques se multiplient. Les joueurs dénoncent des calendriers surchargés. Les clubs s’inquiètent de l’usure physique des effectifs. Les supporters regrettent la perte de rareté des grandes compétitions.

Aujourd’hui, le projet de créer une filiale commerciale susceptible d’accueillir des investisseurs privés apparaît comme une nouvelle étape dans cette logique. La FIFA affirme qu’elle conserverait le contrôle sportif tout en dégageant plus de 10 milliards de dollars supplémentaires pour financer le développement du football. Mais pour de nombreux observateurs, l’enjeu dépasse largement la simple question financière.

L’UEFA sonne l’alarme avant qu’il ne soit trop tard

Le communiqué publié par l’UEFA est d’une rare sévérité. L’instance européenne affirme que la Coupe du monde ne peut pas être considérée comme un produit d’investissement, rappelant qu’elle constitue l’un des plus grands héritages sportifs de l’humanité. Elle reproche également à la FIFA d’avoir élaboré ce projet dans le secret, sans véritable consultation des acteurs du football.

Ce n’est pas simplement un désaccord administratif. L’UEFA estime que l’entrée d’investisseurs privés modifierait inévitablement les priorités de la gouvernance du football. Car un investisseur n’investit jamais par philanthropie.

Son objectif reste la rentabilité. Or, si la rentabilité devient le moteur principal de la Coupe du monde, quelles seront les prochaines décisions ? Davantage de matches ? Davantage de compétitions ? Des calendriers encore plus chargés ? Des Coupes du monde organisées plus fréquemment ? Autant de questions auxquelles personne ne peut aujourd’hui répondre avec certitude.

L’UEFA considère que certaines limites ne doivent jamais être franchies. Selon elle, personne, pas même la FIFA, n’est propriétaire du football au point de pouvoir le vendre.

L’Afrique face à ses responsabilités

C’est désormais que le regard se tourne vers les fédérations africaines. Car le projet devra être soumis aux 211 associations membres de la FIFA. Et c’est là que réside l’une des grandes inconnues. En effet, depuis plusieurs années, la politique de développement de la FIFA s’appuie largement sur des financements destinés aux fédérations nationales. Dans son projet actuel, la FIFA promet d’ailleurs une augmentation substantielle des fonds alloués à chacune d’elles si la réforme est adoptée. Cette promesse financière risque de peser lourd. En Afrique notamment.

Le continent compte 54 fédérations, dont beaucoup dépendent fortement des programmes de financement de la FIFA. C’est précisément pour cette raison que leurs dirigeants sont aujourd’hui attendus sur un choix de principe. Voteront-ils selon leurs convictions ou selon les intérêts financiers immédiats ?

Le débat mérite d’être posé sans caricature. Les fédérations africaines ont des besoins réels : infrastructures, formation, compétitions locales, football féminin, arbitrage. Les ressources de la FIFA jouent souvent un rôle important dans ces domaines. Mais cette réalité ne dispense pas leurs responsables d’examiner les conséquences à long terme d’une réforme qui toucherait à la gouvernance même du football mondial. L’enjeu dépasse les bénéfices immédiats. Il concerne l’avenir d’une compétition qui appartient symboliquement à tous les peuples.

Préserver l’intérêt général avant les intérêts particuliers

Le football ne peut survivre que s’il conserve une certaine indépendance vis-à-vis des logiques purement financières. L’histoire récente montre que chaque fois que les considérations économiques prennent le dessus, les tensions apparaissent rapidement. Le projet de Super Ligue européenne en est un exemple.

Aujourd’hui, le débat est différent, mais la question de fond reste identique : jusqu’où peut-on commercialiser le football sans en altérer l’identité ? L’opposition de l’UEFA ne signifie pas que toutes les réformes proposées par la FIFA sont nécessairement mauvaises. La FIFA soutient que cette restructuration permettrait d’accroître les ressources disponibles pour le développement du football tout en conservant le contrôle des décisions sportives.

Cependant, les critiques estiment qu’une telle évolution pourrait, à terme, renforcer les pressions économiques sur les compétitions, avec des décisions davantage orientées vers la création de valeur pour les investisseurs que vers l’équilibre sportif.

Les présidents des fédérations africaines ont donc une responsabilité historique. Ils peuvent choisir de soutenir une réforme qui promet davantage de ressources financières. Ou ils peuvent exiger davantage de transparence, de garanties institutionnelles et un débat mondial avant toute évolution touchant à la propriété économique des plus grandes compétitions. La Coupe du monde n’est pas un actif financier comme un autre. Elle représente une mémoire collective, des émotions, des générations de joueurs et de supporters.

À ce titre, elle mérite mieux qu’un simple calcul de rentabilité. L’heure n’est donc pas seulement au vote. Elle est au courage.

Car lorsque le patrimoine le plus précieux du football mondial est en jeu, chaque fédération devra répondre à une question simple devant l’histoire : a-t-elle défendu l’intérêt général du football ou s’est-elle contentée d’approuver un projet dont les conséquences pourraient dépasser largement les bénéfices immédiats ?

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