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ÉDITORIAL – Gianni Infantino de plus en plus seul : jusqu’à quand l’Afrique continuera-t-elle de le protéger ?

À mesure que les principales fédérations européennes retirent leur confiance à Gianni Infantino et réclament une profonde réforme de la FIFA, une question s’impose : le président de l’instance mondiale du football peut-il encore tenir longtemps à son poste ?

Le vent tourne. Lentement, mais sûrement. Après l’UEFA, ce sont désormais les fédérations anglaise, néerlandaise et allemande qui mettent Gianni Infantino face à ses responsabilités. Toutes dénoncent, avec des mots différents, la même réalité : une gouvernance devenue opaque, des décisions prises sans concertation et un mode de fonctionnement qui éloigne la FIFA de ses principes de transparence.

Le retrait du projet visant à ouvrir les compétitions de la FIFA à des investisseurs privés n’a pas suffi à calmer les esprits. Au contraire, il a mis en lumière une crise de confiance bien plus profonde. Les dirigeants européens ne contestent plus seulement une décision ; ils remettent en cause la manière dont la première institution du football mondial est dirigée. Lorsqu’une fédération aussi influente que celle d’Angleterre réclame un examen complet de la gouvernance, que les Pays-Bas déclarent ne plus avoir confiance dans le leadership de Gianni Infantino et que l’Allemagne évoque un « changement culturel fondamental », le message est limpide : le problème n’est plus le projet, mais son président.

Sans employer le terme de « démission », les Européens y poussent pourtant de manière de plus en plus évidente. Ils savent que, politiquement, un appel frontal risquerait de fracturer davantage la FIFA. Ils choisissent donc une autre voie : délégitimer progressivement le mode de gouvernance de Gianni Infantino jusqu’à rendre sa position difficilement tenable.

Pendant ce temps, un continent brille par son silence : l’Afrique.

Avec ses 54 associations membres, la Confédération africaine de football (CAF) représente un bloc électoral déterminant dans toutes les élections de la FIFA. Depuis l’arrivée de Gianni Infantino à la présidence, les fédérations africaines figurent parmi ses principaux soutiens. Ce poids politique leur confère une responsabilité particulière. Pourtant, alors que les critiques s’accumulent sur la gouvernance de la FIFA, rares sont les voix africaines qui osent exprimer publiquement des réserves.

Ce silence peut être interprété de plusieurs manières : fidélité politique, calcul stratégique ou volonté de préserver les relations privilégiées avec la direction actuelle de la FIFA. Mais il expose aussi le football africain à une critique grandissante, celle de cautionner, par son absence de réaction, des pratiques que d’autres confédérations jugent incompatibles avec les principes de bonne gouvernance.

L’Afrique a pourtant tout intérêt à défendre une FIFA forte, crédible et gouvernée dans la transparence. Son influence ne devrait pas se limiter à fournir des voix lors des élections. Elle devrait aussi servir à défendre les valeurs qui garantissent l’intégrité du football mondial.

Gianni Infantino peut-il encore tenir ? Juridiquement et institutionnellement, oui. Tant que la majorité des 211 associations membres lui conserve sa confiance, son mandat n’est pas directement menacé. Mais politiquement, la situation est tout autre. Lorsqu’un dirigeant perd progressivement la confiance des fédérations les plus influentes du football mondial, son autorité s’érode, même s’il conserve les voix nécessaires pour rester en fonction.

L’histoire des grandes institutions internationales montre qu’un président ne tombe pas toujours parce qu’il perd un vote. Il tombe souvent parce qu’il perd sa légitimité. Aujourd’hui, Gianni Infantino n’en est peut-être pas encore là. Mais les signaux envoyés par l’Europe montrent que cette légitimité est désormais sérieusement contestée. Si l’Afrique persiste à lui apporter un soutien sans exiger davantage de transparence et de gouvernance collégiale, elle risque d’apparaître non comme une force de réforme, mais comme le dernier rempart d’un système de plus en plus contesté. Et lorsque les appels à un changement deviennent aussi nombreux, la véritable question n’est plus de savoir si Gianni Infantino est sous pression, mais combien de temps encore il pourra résister à une défiance qui gagne chaque semaine du terrain.

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