Catégorie : Politique

  • Au Gabon, un an d’Oligui Nguema entre relance visible et zones d’ombre persistantes

    Au Gabon, un an d’Oligui Nguema entre relance visible et zones d’ombre persistantes

    Un an après son arrivée au pouvoir, le président Brice Clotaire Oligui Nguema affiche un bilan contrasté, où les ambitions de refondation de l’État se heurtent encore à des limites structurelles et à des attentes sociales élevées.

    Entre promesses de refondation et réalités socio-économiques, ce premier anniversaire du président Oligui Nguema apparaît ainsi comme une étape charnière, où le pays oscille encore entre espoir de renouveau et exigences de résultats concrets.

    Sur le plan positif, son action est marquée par une volonté affichée de restaurer la crédibilité des institutions. La transition a permis une reprise en main de l’administration publique, avec plusieurs audits et annonces de lutte contre la corruption. Le gouvernement met également en avant des efforts de relance des chantiers d’infrastructures, notamment dans les routes, le logement et certains services publics longtemps dégradés.

    Sur le plan social, des initiatives en faveur de l’emploi des jeunes et de l’amélioration de l’accès aux services de base ont été lancées, donnant l’image d’un exécutif actif et volontaire.

    Cependant, plusieurs points faibles sont relevés par des observateurs. L’économie reste fortement dépendante du pétrole, malgré les discours sur la diversification. Les résultats concrets des réformes structurelles tardent à se faire sentir dans le quotidien des Gabonais, notamment face au chômage et au coût de la vie. En politique, des interrogations persistent sur la profondeur des réformes démocratiques, certains estimant que les mécanismes de participation et de contre-pouvoir restent encore limités dans le contexte de transition.

    Enfin, la communication gouvernementale, jugée très centrée sur les annonces, contraste parfois avec la lenteur d’exécution sur le terrain.

    Entre volonté de rupture et réalités contraintes, ce premier anniversaire du président Oligui Nguema met en lumière un défi central, celui de transformer l’élan politique initial en résultats durables et visibles pour les Gabonais.

  • Délestages et inondations au Togo : le CAR ouvre le débat sur les solutions urgentes

    Délestages et inondations au Togo : le CAR ouvre le débat sur les solutions urgentes

    Le Comité d’Action pour le Renouveau (CAR) veut placer les préoccupations quotidiennes des Togolais au cœur du débat public. À travers une nouvelle édition de son espace d’échanges « Je Dis Politique », le parti entend susciter une réflexion collective sur les délestages et les inondations qui affectent de nombreuses populations.

    Prévu pour le jeudi 25 juin 2026 à 16 heures GMT, ce rendez-vous sera diffusé sur le compte TikTok CAR-Togo. L’initiative s’inscrit dans une dynamique de sensibilisation, d’information et de dialogue autour de deux problématiques majeures qui rythment le quotidien des citoyens.

    En choisissant le thème « Délestage et inondations au Togo, quelles solutions ? », le Comité d’Action pour le Renouveau met en lumière des défis qui touchent aussi bien les ménages que les entreprises, les établissements scolaires et les activités économiques.

    Les coupures récurrentes d’électricité perturbent en effet la vie des populations et freinent le développement des activités productives. Parallèlement, les inondations, de plus en plus fréquentes en période de pluies, provoquent d’importants dégâts matériels et exposent plusieurs quartiers à des risques sanitaires.

    À travers cette plateforme numérique, le CAR souhaite favoriser un débat ouvert, permettant aux citoyens, aux experts et aux acteurs politiques d’échanger sur des pistes de solutions durables.

  • « La neutralité républicaine ne prend pas sa retraite » : Kafui Adjamagbo met en garde contre la politisation des anciens corps habillés

    « La neutralité républicaine ne prend pas sa retraite » : Kafui Adjamagbo met en garde contre la politisation des anciens corps habillés

    À travers un communiqué ferme, la députée Kafui Adjamagbo rappelle que le devoir de neutralité des anciens corps habillés demeure une exigence essentielle à la préservation de la République.

    La députée de la Dynamique pour la Majorité du Peuple (DMP), Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson, est montée au créneau à travers un communiqué au ton ferme autour de la question des « Corps habillés à la retraite ». Son message est sans ambiguïté : le devoir de neutralité républicaine demeure une exigence permanente, même après la fin de la carrière active des militaires, policiers et gendarmes.

    À travers cette sortie, la responsable politique s’inquiète des prises de position publiques de certains anciens membres des forces de défense et de sécurité qui, selon elle, risquent d’alimenter les tensions politiques dans un contexte national déjà fragile.

    « La neutralité républicaine ne prend pas sa retraite » n’est pas seulement un slogan, mais un rappel des principes qui fondent la cohésion nationale. Pour la DMP, l’appartenance passée aux institutions chargées de protéger la République impose une responsabilité morale durable.

    Le communiqué intervient dans un climat politique particulièrement tendu au Togo, marqué par des débats récurrents sur les libertés publiques, la gouvernance et le rôle des institutions dans la vie démocratique. Depuis plusieurs mois, Kafui Adjamagbo multiplie les interventions sur la préservation des contre-pouvoirs, le respect des prérogatives parlementaires et la défense des principes constitutionnels.

    Pour la députée, les anciens corps habillés doivent demeurer des figures de rassemblement et non devenir des acteurs susceptibles d’être instrumentalisés dans des affrontements politiques. Une telle dérive pourrait, selon elle, brouiller la frontière entre l’État et les intérêts partisans.

    Cette prise de position ouvre un débat plus large sur la place des anciens militaires et agents de sécurité dans l’espace public. Dans une démocratie, leur liberté d’expression est reconnue, mais elle doit constamment s’équilibrer avec l’impératif supérieur de préserver la confiance des citoyens dans la neutralité des institutions républicaines.

  • Sénégal : Ousmane Sonko défend le pouvoir et balaie les rumeurs de crise

    Sénégal : Ousmane Sonko défend le pouvoir et balaie les rumeurs de crise

    Face aux rumeurs de tensions au sommet de l’État, Ousmane Sonko a profité de son interview accordée à France 24 et RFI pour défendre le bilan des autorités, réaffirmer la cohésion du pouvoir et tracer les grandes orientations du Sénégal de demain.

    Le président de l’Assemblée nationale sénégalaise, Ousmane Sonko, a choisi les antennes de France 24 et RFI pour livrer une longue mise au point sur la situation politique du Sénégal, ses relations avec le président Bassirou Diomaye Faye et les défis économiques qui attendent le pays. Un exercice médiatique très attendu, dans un contexte marqué par des interrogations sur la cohésion au sommet de l’État sénégalais.

    Dès les premières minutes, Ousmane Sonko a cherché à éteindre les spéculations sur une prétendue crise institutionnelle. « Il n’y a pas de crise au Sénégal », a-t-il affirmé, rejetant les analyses qui évoquent des tensions irréconciliables entre les différentes composantes du pouvoir.

    Face aux interrogations sur ses rapports avec le chef de l’État, l’ancien Premier ministre a reconnu l’existence de divergences, tout en rappelant que celles-ci n’étaient pas synonymes de rupture. Sonko a défendu la nécessité d’un débat permanent au sein des institutions afin de préserver les engagements pris devant les Sénégalais.

    L’autre point majeur de l’entretien a concerné la situation économique du pays. Le dirigeant du Pastef a insisté sur la nécessité de poursuivre les réformes engagées et de clarifier la question de la dette publique, alors même qu’une mission du Fonds monétaire international doit reprendre ses discussions avec Dakar. Les échanges porteront notamment sur « les perspectives macroéconomiques, les besoins de financement du Sénégal et ses priorités en matière de réformes », selon le FMI.

    Ousmane Sonko a également réaffirmé sa volonté de rester fidèle au programme politique qui a conduit son camp à la victoire en 2024. Il a notamment défendu la poursuite des renégociations des contrats stratégiques, la lutte contre la corruption et une meilleure gouvernance des finances publiques. Ces priorités figuraient déjà parmi les exigences récemment formulées par le Pastef : « la fidélité au programme ayant conduit à la victoire de 2024 », « la clarification de la gestion de la dette souveraine » et « la lutte contre la corruption ».

    En choisissant France 24 et RFI, deux médias à forte audience internationale, Sonko a aussi voulu envoyer un message au-delà des frontières sénégalaises : celui d’un Sénégal qui entend défendre sa souveraineté sans s’isoler du reste du monde.

    Cette intervention apparaît finalement comme une opération de clarification politique. Plus qu’une simple interview, elle constitue un exercice de repositionnement destiné à rassurer les partenaires internationaux, à remobiliser sa base militante et à réaffirmer que le projet porté par le duo Diomaye-Sonko demeure, malgré les turbulences, la boussole du pouvoir sénégalais.

  • « Génération Togo » : l’opposition appelle au sursaut national

    « Génération Togo » : l’opposition appelle au sursaut national

    Face à la presse ce matin à Lomé, la DMK, la LDP, le Front « Touche Pas à Ma Constitution » et la DMP ont rendu publique leur vision pour la refondation de la République togolaise, contenue dans un document intitulé « Manifeste Génération Togo ».

    Pour les responsables des partis regroupés au sein de cette coalition, ce manifeste s’adresse en priorité à la jeunesse togolaise et, par ricochet, à l’ensemble du peuple togolais dans toutes ses composantes.

    Selon eux, ce document constitue un appel au réveil lancé à l’endroit de toutes les forces vives de la nation. Il s’adresse aux patriotes sincères préoccupés par l’état de délabrement du pays et, surtout, par ce qu’ils qualifient de pilotage à vue des tenants du pouvoir.

    Les signataires estiment que c’est parce que Faure Gnassingbé ne trouve pas face à lui un peuple suffisamment mobilisé qu’il continue de gouverner, malgré l’absence de résultats probants après 21 années passées au pouvoir.

    Les leaders de cette coalition appellent ainsi le peuple togolais à consentir les sacrifices nécessaires pour libérer le Togo et engager sa refondation.

    Lire la déclaration relative au Manifeste Génération Togo.

  • Un an après le 6 juin 2025 : la contestation qui a révélé une nouvelle génération de militants au Togo

    Un an après le 6 juin 2025 : la contestation qui a révélé une nouvelle génération de militants au Togo

    Le 6 juin 2026 marque le premier anniversaire d’un événement qui a profondément marqué la vie politique togolaise. Le 6 juin 2025, une mobilisation inédite, portée principalement par des jeunes vivant au Togo et dans la diaspora, avait émergé pour dénoncer les institutions issues de la Ve République, réclamer le retour à la Constitution de 1992 et contester le maintien au pouvoir du président Faure Gnassingbé.

    Mobilisation

    Un an plus tard, cette séquence continue d’alimenter les débats sur l’évolution de l’engagement politique au Togo, l’émergence de nouvelles formes de militantisme et les conséquences humaines et judiciaires qui ont suivi.

    Contrairement aux grandes mobilisations politiques qui ont marqué l’histoire récente du pays, notamment celles conduites par les partis d’opposition traditionnels ou les organisations de la société civile, le mouvement du 6 juin 2025 s’est développé essentiellement à travers les réseaux sociaux. TikTok, Facebook, X et diverses plateformes numériques sont devenus les principaux espaces de mobilisation.

    Des influenceurs, blogueurs, artistes et créateurs de contenus ont largement contribué à diffuser les messages du mouvement. Cette dynamique a permis de contourner les cadres classiques de l’action politique et de toucher une génération plus jeune, souvent éloignée des partis traditionnels.

    Naissance du M66

    Parmi les figures les plus visibles de cette mobilisation se trouvait le rappeur engagé Aamron, de son vrai nom Tchala Essowè Narcisse. Ses prises de position et ses appels à la mobilisation ont largement circulé sur les réseaux sociaux. Son arrestation à la veille des manifestations a attiré davantage l’attention nationale et internationale sur les événements.

    Malgré un important dispositif sécuritaire déployé dans plusieurs secteurs de Lomé, des rassemblements ont été observés dans certains quartiers de la capitale avant d’être dispersés par les forces de l’ordre. Les images et vidéos relayées en temps réel ont contribué à donner une résonance particulière à cette journée.

    Dans les semaines qui ont suivi, la mobilisation a progressivement donné naissance au Mouvement du 6 juin (M66), un collectif caractérisé par une organisation relativement horizontale et l’absence de leadership politique traditionnel clairement identifié. Pour plusieurs observateurs, cette expérience a marqué l’apparition d’une nouvelle génération de militants du M66, davantage connectés aux réseaux numériques et moins dépendants des structures partisanes classiques.

    Cependant, la réponse des autorités a également conduit à des interpellations, auditions et procédures judiciaires visant plusieurs personnes soupçonnées d’avoir participé à l’organisation ou à la promotion des manifestations. Des militants, dont Zaga Bambo, Togbévi Kpéssé, Amavi Kantaga, Leyla, Komlavi Dagban, Koumayi, chef canton de Kpenzidè, etc., ainsi que des blogueurs et créateurs de contenus, ont fait l’objet d’enquêtes à la suite des événements.

    Impact du PNP

    Comme lors des grandes manifestations organisées par le Parti National Panafricain (PNP) en 2017, certains acteurs de la contestation auraient choisi de quitter le pays dans les mois suivants. Selon divers témoignages recueillis dans les milieux de l’opposition et de la société civile, plusieurs jeunes militants se seraient installés à l’étranger par crainte de poursuites ou pour des raisons de sécurité.

    Parmi les noms régulièrement cités figurent notamment Kalao ainsi que Palaki Yem. Toutefois, les circonstances précises de leurs départs ainsi que leurs situations actuelles n’ont pas fait l’objet d’une documentation indépendante exhaustive.

    Cette question de l’exil politique n’est pas nouvelle dans l’histoire contemporaine du Togo. Elle rappelle notamment le parcours de Tikpi Atchadam, figure emblématique des manifestations de 2017.

    Le 19 août 2017, les mobilisations lancées par le Parti National Panafricain avaient rassemblé des dizaines de milliers de personnes à Lomé, Sokodé et dans plusieurs autres localités du pays autour de revendications portant notamment sur le retour à la Constitution de 1992 et l’alternance politique. Les tensions qui ont suivi ces manifestations ont conduit le leader du PNP à quitter le Togo.

    Installé en exil, principalement au Ghana selon diverses sources publiques, il a continué à s’adresser périodiquement à ses partisans à travers des messages audio et vidéo. Près de neuf ans après le début de cette séquence politique, son éloignement du territoire national demeure un sujet de débat au sein de l’opposition togolaise.

    L’année 2025 a également ravivé les discussions autour de plusieurs dossiers plus anciens liés aux droits humains et aux conditions de détention au Togo.

    Parmi eux figure l’affaire dite « Tigre Révolution », qui demeure l’un des dossiers politico-judiciaires les plus médiatisés de ces dernières années. À partir de novembre 2019, plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées puis poursuivies pour atteinte présumée à la sûreté de l’État. Le plus curieux reste que les interpellations et arrestations se sont poursuivies au-delà même de cette année-là. Un soupçon ou un nom cité au hasard, lié à « Tigre Révolution », équivaudrait à une sorte de condamnation avant même la vérification des faits, déplorent certains défenseurs des droits de l’homme dans le pays.

    Les noms de Fadel Ouattara, Yakoubou Moutawakilou, Alassani Awali, Leyla Méhiouwa, Agbessianake Hotonou Richard, Komi Semenya Adjor, Agbetossou Kokou et Akohsi Sakibou, entre autres, sont régulièrement associés à ce dossier.

    Au fil des années, des organisations de défense des droits humains, notamment l’ASVITTO, ont exprimé leurs préoccupations concernant les conditions de détention de certains accusés. L’organisation a notamment évoqué plusieurs décès parmi les détenus concernés par cette affaire.

    Le cas de Yakoubou Moutawakilou a particulièrement marqué l’opinion publique. Selon plusieurs organisations de défense des droits humains et diverses sources médiatiques, il est décédé en août 2021 après une longue période de détention.

    Plus largement, depuis les manifestations politiques de 2017, plusieurs organisations et collectifs de soutien aux détenus affirment que des prisonniers considérés comme politiques sont décédés en détention ou peu après leur remise en liberté : Mourana Tairou, Alidou Saidou, Alassani Issaka, Moussa Saibou, Souleymane Djalilou, Bamouibé Kossi, Kéliba Kassimou et Yakoubou Abdoul-Moutawakilou.

    Le décès de ce dernier, ancien responsable local du PNP à Kpalimé, a suscité une émotion particulière. Arrêté en janvier 2020, il est décédé le 26 août 2021 après une détérioration de son état de santé, selon plusieurs organisations de défense des droits humains. Les familles concernées, les partis d’opposition et diverses organisations de la société civile continuent de réclamer davantage de transparence sur les conditions de détention. De leur côté, les autorités ont régulièrement rejeté les accusations de mauvais traitements ou de détentions arbitraires formulées à leur encontre.

    Le cas du MPDD

    Le Mouvement patriotique pour la démocratie et le développement, membre de la Dynamique Monseigneur Kpodzro (DMK), serait devenu aujourd’hui un parti marqué par l’exil et les arrestations.

    Né avec l’ambition de promouvoir l’alternance démocratique au Togo, le MPDD s’est retrouvé au cœur des turbulences politiques qui ont suivi l’élection présidentielle de février 2020. Derrière la candidature de Gabriel Agbéyomé Kodjo, soutenue par la DMK, une partie de l’opposition avait contesté les résultats officiels du scrutin, revendiquant la victoire de son candidat.

    La période postélectorale a été marquée par une série de poursuites judiciaires, d’interpellations et de tensions politiques. Dès mars 2020, l’immunité parlementaire d’Agbéyomé Kodjo est levée avant son arrestation, tandis que plusieurs militants et responsables proches de la DMK font également l’objet d’interpellations.

    Face à ce contexte, Monseigneur Philippe Fanoko Kpodzro et Agbéyomé Kodjo prennent le chemin de l’exil. Ce dernier quittera le pays en 2020, affirmant craindre pour sa sécurité.

    Au sein du MPDD et de la mouvance issue de la DMK, plusieurs responsables et militants dénoncent alors un climat de harcèlement politique. Certains sont interpellés à Lomé, tandis que d’autres choisissent l’exil pour éviter des poursuites ou des arrestations qu’ils jugent motivées par des considérations politiques. Sur cette liste, on peut citer Omolou Jean-Paul, Fadel Watara, Tchatikpi Aboubakar, Yacoubou Moutawakilou, Colonel Amblesso N’Sua Kokouvi, Johnson Koumla Akoun, Otto Koashi Apedo, etc.

    La disparition successive en exil de Monseigneur Kpodzro en janvier 2024 puis d’Agbéyomé Kodjo en mars de la même année a profondément marqué les militants du MPDD et de la DMP, qui y voient le symbole d’un combat politique inachevé pour l’alternance et la démocratie au Togo.

    D’autres affaires demeurent entourées de nombreuses interrogations. C’est notamment le cas d’un dossier remontant à la fin des années 2010 concernant plusieurs volontaires de la Croix-Rouge togolaise. À la suite du décès de Daniel Kossi Afantchao en mars 2020, des témoignages relayés par certains médias avaient évoqué des tensions internes, des menaces présumées, des disparitions inquiétantes ainsi que des départs vers l’étranger.

    Parmi les personnes citées dans ces témoignages figuraient notamment Dodji Adjina, Julien Kodjo, Paul Kpodar et Daniel Kossi Afantchao. Toutefois, il convient de souligner que plusieurs éléments de ce dossier n’ont pas fait l’objet de conclusions judiciaires publiques permettant d’établir les responsabilités ou les circonstances exactes des faits rapportés.

    Au-delà des controverses et des débats qu’ils suscitent, ces différents dossiers illustrent les tensions persistantes qui entourent les questions de liberté politique, de sécurité et de droits humains au Togo.

    Un an après les événements du 6 juin 2025, le principal enseignement reste sans doute l’émergence d’une nouvelle génération de contestataires. Plus connectée, davantage présente sur les réseaux sociaux et souvent moins liée aux structures politiques traditionnelles, cette jeunesse a démontré sa capacité à mobiliser rapidement des soutiens au-delà des frontières nationales grâce aux relais de la diaspora.

    Cette évolution constitue à la fois un défi pour les autorités et pour les partis d’opposition traditionnels, appelés à s’adapter à de nouvelles formes d’engagement politique. Reste désormais à savoir si la dynamique née autour du Mouvement du 6 juin pourra s’inscrire durablement dans le paysage politique togolais ou si elle rejoindra la longue liste des mouvements de contestation qui, malgré un impact symbolique important, n’ont pas réussi à se transformer en force politique durable.

  • Agboyibo, le grand vide

    Agboyibo, le grand vide

    Six ans après la disparition de Me Yaovi Agboyibo, le CAR estime que le Togo peine toujours à combler le vide laissé par cette figure historique du dialogue politique et de la lutte démocratique.

    Une demi-douzaine d’années ans après la disparition de Maître Yaovi Agboyibo, le Comité d’Action pour le Renouveau (CAR) continue de célébrer la mémoire d’un homme considéré comme l’une des figures majeures de la lutte démocratique au Togo. À l’occasion du « Jeudi politique » du 28 mai 2026, Honoré Komlan Adougo, délégué national de la jeunesse du parti, a livré une réflexion sur les impacts de cette disparition sur la vie sociopolitique togolaise.

    Pour le CAR, Me Agboyibo reste avant tout un défenseur infatigable de l’État de droit et des libertés fondamentales. Avocat et ancien bâtonnier, il s’est illustré par son engagement en faveur de la liberté de presse, de religion et d’association, mais aussi par ses combats pour les droits des paysans et la justice sociale. Son parcours politique demeure étroitement lié aux grandes avancées démocratiques du pays.

    Le parti souligne également le rôle historique joué par l’ancien Premier ministre dans la structuration de l’opposition togolaise moderne. À travers le CAR, Agboyibo incarnait une opposition organisée, capable de proposer des alternatives crédibles. Surtout, il était reconnu comme « un homme du dialogue politique », présent dans presque toutes les grandes concertations ayant marqué l’histoire récente du Togo, de la Conférence nationale souveraine de 1991 à l’Accord politique global de 2006, en passant par les différents cadres de concertation entre pouvoir et opposition.

    Le CAR rappelle aussi un fait marquant : en 1994, le parti avait réussi à battre le RPT dans les urnes lors des élections législatives, obtenant 36 sièges contre 35 pour le parti au pouvoir. Une performance historique qui reste gravée dans la mémoire politique togolaise.

    Mais au-delà du parcours politique, c’est surtout le vide laissé par l’homme qui inquiète. Selon Honoré Komlan Adougo, la disparition de Me Agboyibo a entraîné « la disparition d’une certaine éthique politique », faite de modération, de sens de l’État et de recherche permanente du compromis.

    Le CAR estime également que son absence a favorisé les tensions politiques actuelles, notamment les réformes constitutionnelles contestées, les restrictions des libertés de manifestation et les arrestations arbitraires dénoncées par l’opposition.

    Six ans après, le débat reste entier : qui peut aujourd’hui porter l’héritage politique et moral de Me Agboyibo ? Pour le CAR, préserver sa mémoire revient aussi à relancer la réflexion sur la démocratie, le dialogue et l’avenir politique du Togo.

  • L’ANC refuse un « simulacre de dialogue »

    L’ANC refuse un « simulacre de dialogue »

    Dans une déclaration virulente publiée à Lomé, l’ANC rejette toute perspective de dialogue politique sur la Constitution de la Ve République, dénonçant une manœuvre destinée à pérenniser le pouvoir du régime RPT/UNIR.

    L’Alliance Nationale pour le Changement (ANC) durcit sa position face aux rumeurs persistantes d’un nouveau dialogue politique autour de la Constitution de la Ve République. Dans une déclaration rendue publique ce 28 mai à Lomé, le parti dirigé par Jean-Pierre Fabre rejette catégoriquement « tout simulacre de dialogue » et toute révision constitutionnelle « au service du statu quo ».

    Alors que des informations circulent depuis plusieurs semaines sur une possible concertation politique visant à réécrire certains aspects de la Constitution adoptée le 6 mai 2024, l’ANC dénonce ce qu’elle considère comme une nouvelle manœuvre du pouvoir RPT/UNIR pour consolider son emprise sur l’État. Le parti estime que cette Constitution a été imposée « sans consultation préalable ni consensus national ».

    Dans son communiqué, l’ANC accuse également certains soutiens du régime de mener « une entreprise d’enfumage » destinée à tromper la population et la classe politique. Le parti rappelle avoir déjà dénoncé, à plusieurs reprises, les « insuffisances démocratiques » du texte constitutionnel ainsi que les risques de confiscation du pouvoir.

    L’ANC pointe notamment du doigt une récente tribune de Christian Eninam Trimua, perçue comme le signe d’une volonté de nouvelles modifications constitutionnelles « opportunistes » au profit du chef de l’État, Faure Gnassingbé. Le parti met en garde contre toute réforme qui viserait à « transformer, de fait, la République en un royaume ».

    Réaffirmant son attachement à l’alternance politique, à la séparation des pouvoirs et à des élections transparentes, l’ANC appelle le peuple togolais à rester « vigilant et mobilisé ». Le parti invite également les forces démocratiques et la société civile à maintenir un front uni face aux « dérives autoritaires » du régime en place.

    Enfin, l’ANC sollicite l’attention de la communauté internationale sur l’évolution de la situation politique au Togo.

  • 5è République, même pouvoir

    5è République, même pouvoir

    Un an après l’entrée officielle du Togo dans la 5è République, le paysage politique national semble avoir changé de forme sans véritablement changer de fond. Derrière les nouvelles institutions et les discours sur la modernisation de l’État, beaucoup d’observateurs estiment que le pouvoir de Faure Gnassingbé sort davantage consolidé de cette réforme constitutionnelle controversée.

    Le 3 mai 2025 restera une date symbolique dans l’histoire politique togolaise. Ce jour-là, dans une atmosphère solennelle soigneusement orchestrée à Lomé, les autorités célébraient officiellement le basculement du pays vers un régime parlementaire. Diplomates, responsables administratifs, chefs traditionnels et membres du gouvernement étaient réunis pour assister à la cérémonie retransmise sur les médias publics. Au centre de toutes les attentions, Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005 après la mort de son père, le général Gnassingbé Eyadéma.

    Présentée par les autorités comme une avancée démocratique majeure, la réforme constitutionnelle adoptée en 2024 a profondément modifié l’architecture institutionnelle du pays. Le président de la République n’est désormais plus élu au suffrage universel direct, mais désigné par le Parlement réuni en congrès. Dans le même temps, un nouveau poste stratégique a été créé : celui de président du Conseil des ministres, fonction attribuée au chef du parti majoritaire et détenteur de l’essentiel du pouvoir exécutif.

    Pour les partisans du régime, cette évolution rapproche le Togo des grandes démocraties parlementaires et permet une meilleure stabilité institutionnelle. Le gouvernement défend une réforme pensée pour éviter les crises politiques répétitives et renforcer l’efficacité de l’action publique. Les autorités mettent également en avant la continuité des projets économiques et des grands chantiers d’infrastructures engagés ces dernières années.

    Mais dans les rangs de l’opposition et de la société civile, le discours est tout autre. Beaucoup dénoncent une réforme taillée sur mesure pour permettre à Faure Gnassingbé de conserver durablement les rênes du pouvoir, sans être soumis aux contraintes de la limitation des mandats présidentiels. Selon plusieurs critiques, la 5è République togolaise apparaît davantage comme une reconfiguration politique que comme une véritable alternance institutionnelle.

    L’opposition, déjà fragilisée depuis plusieurs années, peine à mobiliser autour de cette question. Divisée entre plusieurs formations et confrontée à des difficultés d’organisation, elle n’a pas réussi à empêcher l’adoption de la nouvelle Constitution. Les manifestations organisées dans certaines villes du pays ont mobilisé sans atteindre l’ampleur des grandes contestations populaires observées entre 2017 et 2018.

    Dans les rues de Lomé, Sokodé ou Kara, les préoccupations quotidiennes semblent d’ailleurs dépasser le débat institutionnel. Pour une grande partie de la population, la priorité reste le coût de la vie, l’accès à l’emploi et l’amélioration des conditions sociales. La hausse régulière des prix des produits de première nécessité, les difficultés d’insertion des jeunes diplômés et les tensions économiques liées au contexte international alimentent un sentiment de lassitude.

    Si certains citoyens reconnaissent les efforts réalisés dans les infrastructures routières, l’électrification ou la digitalisation des services administratifs, beaucoup disent attendre davantage de retombées concrètes sur leur quotidien. « Les institutions changent, mais nos problèmes restent les mêmes », confie un commerçant rencontré dans un marché de la capitale.

    Sur le plan sécuritaire, le pouvoir continue également de mettre en avant la nécessité de préserver la stabilité du pays dans une sous-région marquée par les coups d’État et la menace terroriste au Sahel. Le nord du Togo reste sous vigilance renforcée face aux incursions de groupes armés. Pour les autorités, la stabilité politique constitue un impératif stratégique dans ce contexte régional tendu.

    Cette argumentation trouve un certain écho auprès d’une partie de la population, attachée à la paix sociale dans un environnement ouest-africain instable. Cependant, des voix critiques estiment que l’argument sécuritaire est parfois utilisé pour réduire l’espace de contestation politique et justifier un contrôle accru de la vie publique.

    Au niveau international, les réactions à la réforme togolaise sont restées relativement mesurées. Si certaines organisations de défense des droits humains ont exprimé leurs inquiétudes sur l’avenir démocratique du pays, les partenaires étrangers privilégient souvent la stabilité et la coopération sécuritaire dans leurs relations avec Lomé.

    Un an après la naissance officielle de la 5è République, le Togo donne ainsi l’image d’un pays politiquement verrouillé mais relativement stable. Faure Gnassingbé, discret mais omniprésent, continue de dominer le jeu politique national après plus de deux décennies au sommet de l’État.

    Reste désormais une interrogation essentielle : cette nouvelle République permettra-t-elle réellement de répondre aux aspirations sociales et démocratiques des Togolais, ou ne sera-t-elle qu’un nouvel habillage institutionnel d’un pouvoir déjà solidement enraciné ? Pour de nombreux citoyens, le véritable changement ne se mesurera pas dans les textes constitutionnels, mais dans l’amélioration concrète des conditions de vie.

  • Au Sénégal, Sonko écarté du gouvernement

    Au Sénégal, Sonko écarté du gouvernement

    Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a officiellement mis fin aux fonctions de son Premier ministre Ousmane Sonko et de l’ensemble de son gouvernement, par décret publié vendredi 22 mai au soir. Cette décision marque l’aboutissement de plusieurs mois de tensions au sommet de l’État entre le chef de l’exécutif et son ancien mentor.

    Dans une déclaration lue à la télévision nationale par le secrétaire général de la présidence, Oumar Samba Ba, le président a précisé : « Les membres du gouvernement sortant sont chargés d’expédier les affaires courantes ». Ce geste met un terme à la collaboration, souvent tumultueuse, entre Bassirou Diomaye Faye et le charismatique leader politique.

    Ousmane Sonko, quant à lui, a réagi immédiatement sur les réseaux sociaux, affirmant : « Alhamdoulillah. Ce soir je dormirai le cœur léger à la cité Keur Gorgui », son quartier dakarois. Des vidéos partagées en ligne montraient par ailleurs des partisans de l’ex-Premier ministre affluer vers son domicile pour manifester leur soutien.

    Figure emblématique de la jeunesse sénégalaise, Ousmane Sonko s’était imposé comme un acteur politique incontournable, notamment à l’approche de la présidentielle de 2024. Farouche opposant à l’ancien président Macky Sall (2012-2024), il avait été empêché de se présenter à l’élection présidentielle suite à une condamnation pour diffamation, déclenchant une vague de manifestations populaires contre la possibilité d’un troisième mandat de Sall. À cette occasion, il avait soutenu Bassirou Diomaye Faye pour lui succéder.

    Depuis l’élection de ce dernier, les relations entre le président et son Premier ministre ont été marquées par des divergences croissantes, rendant leur collaboration de plus en plus fragile. Le décret de vendredi consacre désormais la rupture officielle, laissant la scène politique sénégalaise dans l’attente des prochains développements.

Radio Renouveau228

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