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Au Gabon, l’arrestation de Bilie-By-Nze ravive les tensions politiques

L’interpellation de Alain-Claude Bilie-By-Nze, figure majeure de l’opposition gabonaise, le 15 avril 2026 à Libreville, suscite de vives réactions au sein de la classe politique et de la société civile.

Ancien Premier ministre sous Ali Bongo Ondimba, l’homme politique a été conduit dans les locaux de la Direction générale des recherches (DGR), où il a passé la nuit en garde à vue. Une arrestation dont les circonstances et le timing interrogent, dans un contexte politique déjà tendu.

Interpellation rapide et ciblée

Selon les informations confirmées par sa défense, Alain-Claude Bilie-By-Nze a été arrêté aux environs de 18 heures, près de son domicile, alors qu’il venait de monter seul dans son véhicule. Des agents des forces de défense, identifiés comme appartenant à la DGR, seraient sortis de deux voitures pour procéder à son interpellation. L’opération, rapide et visiblement coordonnée, a conduit l’ancien chef du gouvernement vers les locaux des renseignements militaires, communément appelés le « B2 ».

Durant sa détention, l’opposant a pu recevoir la visite de son épouse dans la soirée. En revanche, son avocate, Gisèle Eyue Bekale, également connue pour défendre la famille Bongo, n’avait pas encore pu le rencontrer au moment des faits. Cette situation alimente les inquiétudes quant au respect des droits de la défense.

Affaire ancienne remise sur la table

Les raisons de cette arrestation remontent à une affaire vieille de plus de quinze ans. Selon les déclarations faites à son épouse, Alain-Claude Bilie-By-Nze serait soupçonné d’escroquerie dans le cadre de l’organisation de la 9e édition de la Fête des cultures à Libreville, en 2008.

À l’époque, il occupait le poste de ministre délégué auprès du ministre des Transports et de l’Aviation civile, sous la présidence de Omar Bongo Ondimba. Proche de Paul Mba Abessole au sein du Rassemblement national des bûcherons (RNB), il dirigeait également le comité d’organisation de cet événement culturel.

Certains prestataires avaient alors dénoncé des impayés, évalués à près de 5 millions de francs CFA. Une plainte a récemment été déposée par une ancienne militante du RNB, relançant cette affaire. Pourtant, selon la défense de l’ancien Premier ministre, les délais de prescription — trois ans pour les délits et dix ans pour les crimes — seraient largement dépassés, rendant juridiquement contestable toute poursuite.

Climat politique sous tension

Au-delà des faits judiciaires, cette arrestation s’inscrit dans un contexte politique particulièrement sensible au Gabon. Depuis le coup d’État du Coup d’État du 30 août 2023 au Gabon, Alain-Claude Bilie-By-Nze s’est imposé comme l’un des principaux opposants au régime dirigé par Brice Clotaire Oligui Nguema.

Arrivé en deuxième position à l’élection présidentielle d’avril 2025 avec environ 3 % des suffrages, loin derrière le président de transition, il n’a cessé depuis de critiquer la gouvernance en place. Très actif sur les réseaux sociaux, il s’est notamment opposé aux nouvelles ordonnances et au Code de la nationalité, accusant le pouvoir de vouloir restreindre les libertés publiques et affaiblir l’opposition.

Ses proches affirment d’ailleurs qu’il se sentait de plus en plus menacé ces dernières semaines. Cette perception renforce l’idée, au sein de son camp, que son arrestation pourrait être motivée par des considérations politiques plutôt que strictement judiciaires.

Opposition vent debout

La plateforme Ensemble pour le Gabon (EPG), qu’il dirige, a rapidement réagi en dénonçant une « atteinte grave à l’État de droit ». Dans un communiqué, elle accuse les autorités de chercher à « faire taire une voix critique majeure » à travers cette interpellation.

Cette affaire relance ainsi le débat sur l’indépendance de la justice au Gabon et sur les conditions d’exercice de l’opposition dans un pays en transition politique. Pour de nombreux observateurs, la concomitance entre les prises de position critiques de Bilie-By-Nze et sa récente arrestation ne relève pas du hasard.

Alors que le pays tente de redéfinir ses institutions après la chute du régime Bongo, cet épisode pourrait accentuer les tensions et fragiliser davantage le climat politique. L’évolution de cette affaire sera scrutée de près, tant au niveau national qu’international, comme un test de la crédibilité des engagements des autorités en matière d’État de droit et de respect des libertés fondamentales.

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