Vie chère au Togo : le CAR dénonce les choix économiques du gouvernement

À l’occasion de sa rentrée politique 2026-2027, le Comité d’action pour le renouveau (CAR) a placé la vie chère au cœur de ses réflexions. Le parti pointe les faibles rémunérations, le chômage, les inégalités sociales et la hausse des prix, tout en appelant à une réorientation de la politique économique et sociale.

La vie chère s’impose comme l’une des principales préoccupations des ménages togolais. C’est autour de cette réalité que le Comité d’action pour le renouveau (CAR) a articulé sa rentrée politique 2026-2027. Dans son intervention, le parti établit un lien direct entre la dégradation du pouvoir d’achat et les choix économiques et sociaux des pouvoirs publics.

Pour le CAR, la vie chère ne se résume pas à l’augmentation des prix sur les marchés. Elle traduit surtout le décalage entre les revenus des populations et le coût des besoins essentiels : alimentation, logement, santé, transport, habillement et éducation. Une situation qui, selon le parti, fragilise les familles et compromet leurs conditions d’existence.

S’appuyant sur une citation attribuée à Victor Hugo dans Les Misérables, le CAR rappelle que l’amélioration des conditions matérielles constitue également un facteur de progrès moral. Le parti estime que la pauvreté, le chômage et le sous-emploi figurent parmi les principales causes du malaise social au Togo.

Salaires, inégalités et emploi au cœur des critiques

Le premier facteur dénoncé concerne la faiblesse des rémunérations. Le CAR estime que les salaires versés à une partie des travailleurs ne permettent pas de couvrir convenablement les dépenses quotidiennes. Cette insuffisance pousserait de nombreux ménages à l’endettement et réduirait considérablement leur capacité d’épargne.

Le parti critique également la répartition des richesses. Il oppose les difficultés d’une majorité de citoyens à l’accumulation de fortunes par une minorité qu’il associe à la corruption et aux détournements de deniers publics. Pour illustrer cette situation, il emploie l’expression polémique de « République des polytanks », dénonçant ainsi la dissimulation présumée de richesses plutôt que leur investissement dans le circuit économique.

Le chômage constitue un autre volet de son réquisitoire. Le CAR reproche aux pouvoirs publics de ne pas créer suffisamment d’emplois pour absorber les nouveaux demandeurs qui arrivent chaque année sur le marché du travail. Il déplore particulièrement les opérations de déguerpissement menées le long des rues, des rails, des lagunes et sur la plage, estimant qu’elles privent des personnes de leurs activités génératrices de revenus.

Le parti souligne que ces opérations fragilisent également des petits entrepreneurs qui ont contracté des crédits pour développer leurs activités. Il plaide ainsi pour une politique de l’emploi qui ne se limite pas aux recrutements dans la fonction publique, mais favorise aussi l’entrepreneuriat et la préservation des activités économiques de proximité.

Sur ce point, le discours avance que seulement 0,8 % de la population travaillerait dans la fonction publique togolaise, contre 8,5 % en France. Ces proportions n’ont toutefois pas pu être confirmées par des statistiques comparables. En revanche, les données officielles togolaises prévoyaient 83 795 agents actifs dans la fonction publique à la fin de 2025. Site officiel du Togo, République Togolaise

La hausse des prix, un facteur aggravant

Au-delà des revenus et de l’emploi, le CAR met en cause la progression des prix des produits et services essentiels. Carburant, eau, électricité et gaz figurent parmi les dépenses qui pèsent sur les budgets familiaux. Le renchérissement de l’énergie entraîne également une augmentation des coûts de transport et de distribution, avec des répercussions possibles sur les autres biens de consommation.

La récente évolution des prix des carburants donne une illustration concrète de cette préoccupation. Depuis le 11 septembre 2026, le litre de super sans plomb est vendu à 817 FCFA, contre 725 FCFA précédemment, soit une augmentation de 92 FCFA. Le gasoil est passé de 750 à 766 FCFA et le mélange deux-temps de 811 à 896 FCFA. Les autorités ont notamment justifié cet ajustement par les fluctuations des cours internationaux des produits pétroliers et les tensions géopolitiques. Site officiel du Togo, République Togolaise+1

Le CAR conteste cependant la manière dont les autorités justifient ces augmentations. Il établit une comparaison avec les périodes de 2008 et 2013, durant lesquelles les cours du pétrole avaient atteint des niveaux élevés, sans que les prix à la pompe au Togo aient, selon lui, suivi la même progression. Cette comparaison mérite néanmoins d’être nuancée : les cours du brut ne déterminent pas à eux seuls les prix à la pompe, qui dépendent aussi des coûts d’importation, du raffinage, du transport, de la fiscalité, des subventions et des mécanismes nationaux de fixation des prix.

Le parti étend enfin ses critiques aux secteurs industriel, agricole, commercial et artisanal. Il dénonce les bas salaires et les restrictions des libertés syndicales dans certaines entreprises, notamment dans les zones franches. Il évoque également les difficultés des producteurs agricoles confrontés aux fluctuations des prix et les contraintes des commerçants et artisans, entre faiblesse de la demande et multiplication des taxes.

Le CAR appelle à des mesures concrètes

Face à ce qu’il considère comme une dégradation persistante des conditions de vie, le CAR estime que l’État dispose de plusieurs leviers pour inverser la tendance. Il recommande notamment de combattre la corruption, d’améliorer les rémunérations, de mettre en place une véritable politique nationale de l’emploi et de renforcer les mécanismes de contrôle des prix.

Le parti préconise également une réduction des inégalités sociales, un meilleur accès aux services sociaux de base et l’émergence d’une classe moyenne capable de soutenir la consommation et l’activité économique.

Une précision mérite toutefois d’être apportée sur l’argument relatif à l’UEMOA avancé dans le discours. Le critère communautaire de convergence ne fixe pas la masse salariale entre 35 et 40 % des budgets nationaux. Il porte sur le rapport entre les dépenses de personnel et les recettes fiscales, avec une norme maximale de 35 %. Selon le Budget citoyen 2026 du Togo, ce ratio était de 35,7 % en 2024, avec des prévisions de 34,1 % pour 2026. À fin juin 2026, il s’établissait néanmoins à 35,7 %. Ministère des Finances et du Budget+1

En conclusion, le CAR considère que la vie chère dépasse la seule question des prix. Elle touche à la dignité des citoyens, à la cohésion sociale et à la capacité de l’économie nationale à répondre aux besoins de la population.

Le parti entend ainsi placer le pouvoir d’achat et la justice sociale au centre du débat politique pour cette rentrée 2026-2027. Son intervention s’achève sur un appel à la mobilisation des populations défavorisées, lancé en référence au célèbre mot d’ordre marxiste : « Déshérités de toutes les contrées du Togo, unissez-vous ! »

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