Ablam Estel Apeti, l’économiste du virage numérique
L’économiste togolais Ablam Estel Apeti, maître de conférences à Université Paris-Nanterre, mise sur la digitalisation pour transformer les finances publiques africaines. Son portrait !
Parcours académique entre le Togo et la France
Originaire du Togo, Ablam Estel Apeti incarne une nouvelle génération d’universitaires africains engagés dans une recherche utile et tournée vers les réalités du continent. Son parcours débute à Université de Lomé, où il obtient une licence en économie, avant de poursuivre l’intégralité de ses études supérieures en France, à Université Clermont-Auvergne, un établissement reconnu pour ses travaux en économie du développement.
Ce socle académique solide lui ouvre les portes du monde universitaire français. Depuis 2024, il est maître de conférences à Université Paris-Nanterre, où il enseigne et développe ses recherches. Parallèlement, il collabore avec des institutions internationales majeures telles que le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, renforçant ainsi son ancrage dans les débats économiques globaux.
Reconnaissance continentale
La trajectoire d’Ablam Estel Apeti connaît une visibilité accrue avec sa sélection parmi les finalistes de l’Africa NextGen Economist Prize. Ce prix, organisé par Jeune Afrique et The Africa Report en partenariat avec la Banque africaine de développement, distingue les économistes africains de moins de quarante ans dont les travaux contribuent à repenser les politiques publiques du continent.
Face à plus de 70 candidats issus de quatorze pays, il se hisse parmi les deux finalistes, aux côtés du Sénégalais Abdoulaye Ndiaye. Le lauréat sera désigné lors de l’Africa CEO Forum, prévu à Kigali les 14 et 15 mai, un rendez-vous majeur réunissant décideurs économiques et politiques africains.
Digitalisation au cœur de ses recherches
Le fil conducteur des travaux d’Ablam Estel Apeti est clair : comprendre comment les outils numériques peuvent contribuer à améliorer la gouvernance économique en Afrique. Il s’intéresse notamment à la mobilisation des recettes fiscales dans un contexte de transformation digitale.
Selon lui, « la digitalisation a un effet positif sur les recettes fiscales ». Cette conviction repose sur un constat simple : une large partie de la population africaine reste exclue des systèmes financiers traditionnels. Dans de nombreux pays, près de la moitié des citoyens n’ont pas accès à des services bancaires formels.
Dans ce contexte, les solutions numériques apparaissent comme une alternative crédible. L’économiste cite notamment l’exemple de M-PESA, système de paiement mobile développé au Kenya, qui a permis d’élargir considérablement l’accès aux services financiers. Pour lui, ce type d’innovation constitue un levier essentiel pour renforcer l’intégration financière et, par ricochet, améliorer la collecte des impôts.
Recherches appliquées aux réalités togolaises
Loin de se limiter à une approche théorique, Ablam Estel Apeti s’inscrit dans une logique de recherche appliquée. Il travaille actuellement sur des mécanismes visant à améliorer la collecte de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) au Office togolais des recettes.
L’objectif est de tirer parti des outils numériques pour réduire les pertes fiscales, améliorer la transparence et élargir l’assiette fiscale. Une telle approche pourrait permettre à l’État togolais d’accroître ses ressources internes, un enjeu crucial dans un contexte de contraintes budgétaires.
Analyse critique des politiques budgétaires africaines
Au-delà de la question fiscale, Ablam Estel Apeti s’intéresse également aux dynamiques macroéconomiques des pays africains. Il met en lumière la volatilité des politiques budgétaires, souvent marquées par des cycles d’endettement élevés et des arbitrages complexes.
Selon lui, ces politiques peuvent apparaître « non optimales » vues de l’extérieur, mais elles répondent souvent à des contraintes internes spécifiques. Cette instabilité budgétaire peut toutefois engendrer plusieurs risques : ralentissement de la croissance, fuite des capitaux ou encore perte de crédibilité auprès des bailleurs internationaux.
Ses recherches explorent ainsi les liens entre dette souveraine, inflation et discipline budgétaire, dans le but de proposer des cadres d’analyse plus adaptés aux réalités africaines.
Comprendre l’architecture de la dette africaine
Parmi ses projets en cours figure une étude approfondie de la structure de la dette en Afrique. En s’appuyant sur l’African debt database développée par des chercheurs de l’Institut Kiel, il cherche à identifier les facteurs expliquant l’hétérogénéité des niveaux d’endettement et des coûts d’emprunt entre les pays.
Cette recherche vise à mieux comprendre les mécanismes qui conditionnent l’accès aux financements internationaux, un enjeu stratégique pour les économies africaines confrontées à des besoins croissants d’investissement.
Ambition
Au-delà des distinctions et des publications académiques, Ablam Estel Apeti revendique une vision engagée de la recherche. Son ambition est claire : produire un savoir utile, capable de transformer concrètement la vie des citoyens africains.
Ayant grandi dans un contexte marqué par les défis économiques du continent, il souhaite contribuer à l’élaboration de politiques publiques plus efficaces et inclusives. « On veut produire une recherche qui sert », affirme-t-il, soulignant l’importance de relier la théorie économique aux réalités du terrain.
À travers ses travaux sur la digitalisation, la fiscalité et la dette, Ablam Estel Apeti s’impose progressivement comme une voix montante de l’économie africaine. Son parcours, entre rigueur académique et engagement pour le développement, illustre le rôle clé que peuvent jouer les chercheurs africains dans la transformation du continent.
