Showbiz togolais: Boycott ou silence imposé ?
Dans un ton à la fois grave et interpellateur, l’artiste Wedy exprime son ras-le-bol face à ce qu’il considère comme une mise à l’écart systématique des grandes scènes nationales.
Le malaise couve dans le showbiz togolais, et cette fois, il éclate au grand jour. À travers une publication sans détour, l’artiste Wedy a exprimé son ras-le-bol face à ce qu’il considère comme une mise à l’écart systématique des grandes scènes nationales, notamment lors des célébrations de l’indépendance.
Dans un ton à la fois grave et interpellateur, l’artiste évoque une situation qui dépasserait son cas personnel. « Je ne parle pas de moi », insiste-t-il, tout en dénonçant un climat de peur et de silence au sein de la corporation. Selon lui, plusieurs artistes subiraient en silence les effets d’un système opaque, dominé par des figures influentes, mais peu visibles. Il va jusqu’à faire un parallèle troublant avec le cas de Omar B, évoquant une pression psychologique qui aurait affecté plusieurs carrières.
Au cœur de son message, une accusation lourde : celle d’un réseau informel qui déciderait, dans l’ombre, des artistes dignes de figurer sur les grandes scènes. « Un petit dieu dans ce showbiz », écrit-il, pour désigner cette influence discrète mais déterminante. Derrière les apparences d’ouverture, notamment dans l’organisation des festivités de l’indépendance confiée à de jeunes promoteurs, Wedy laisse entendre que les décisions finales seraient prises ailleurs.
L’artiste met également en question les critères de sélection avancés pour justifier certaines absences. À ceux qui lui reprochent de ne plus être assez actif, il rétorque en citant plusieurs titres récents, tout en soulignant que d’autres artistes de sa génération, parfois moins présents sur le marché, continuent d’être programmés. Une incohérence qui, selon lui, renforce le sentiment d’exclusion ciblée.
Mais au-delà des frustrations individuelles, cette sortie met en lumière un problème plus large : celui de la structuration du secteur culturel togolais. L’impression qui se dégage est celle d’un milieu où les opportunités ne reposeraient pas uniquement sur le mérite ou la popularité, mais aussi sur l’appartenance à un cercle fermé. Un constat qui alimente frustrations, divisions et, parfois, découragement.
Ce climat délétère semble d’autant plus préoccupant qu’il fragilise la solidarité entre artistes. Car si certains bénéficient encore du système, d’autres en sont durablement exclus, créant une fracture silencieuse au sein même de l’industrie musicale. Une situation qui, à terme, pourrait nuire à l’ensemble du secteur.
En écho à cette sortie, le journaliste togolais Vignon Ackey, aujourd’hui basé à l’étranger, a réagi avec une pointe d’ironie mordante. Comparant le phénomène à une fatalité presque caricaturale, il souligne surtout un problème de fond : l’absence d’unité entre artistes. « Tant que vous ne serez pas solidaires, vous resterez des objets qu’on déplace », avertit-il, avant de rappeler que même ceux qui accèdent aux grandes scènes ne bénéficient pas toujours de conditions équitables.
Une conclusion grinçante, mais révélatrice : dans ce jeu d’influences et de silences, le véritable enjeu reste peut-être moins la visibilité que la capacité des artistes à parler d’une seule voix.
