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Silence ou fuite : le dilemme togolais

Madjidou Modjokobo incarne le visage discret mais révélateur d’une réalité que dénoncent depuis des années des organisations de défense des droits humains et acteurs politiques : celle d’un exil contraint par la répression politique au Togo.

Aujourd’hui installé hors des frontières de son pays d’origine, ce trentenaire, père de famille, affirme avoir fui son pays pour échapper à des persécutions liées à ses engagements militants.

Son parcours, loin d’être isolé, s’inscrit dans un contexte politique marqué par plus d’un demi-siècle de pouvoir concentré entre les mains d’un même système, dominé par la dynastie incarnée  par Gnassingbé Eyadéma puis poursuivie par son fils Faure Gnassingbé.

Engagement précoce

C’est sur le campus de l’Université de Lomé que Madjidou Modjokobo fait ses premiers pas dans le militantisme. Membre actif de la Ligue togolaise des droits des étudiants (LTDE), il milite aux côtés de figures comme Foly Satchivi pour la défense des libertés académiques et de la liberté d’expression.

Mais très vite, ces engagements attirent l’attention des autorités. Selon son témoignage, les activités étudiantes critiques du pouvoir sont étroitement surveillées, souvent réprimées. Arrestations arbitraires, intimidations, exclusions : autant de pratiques régulièrement dénoncées par des ONG comme Amnesty International.

De l’opposition politique à la clandestinité

En 2016, M. Modjokobo franchit un cap en rejoignant le Parti national panafricain (PNP), dirigé par Tikpi Atchadam. Le parti devient rapidement l’un des principaux moteurs de la contestation populaire.

Le 19 août 2017 marque un tournant. Ce jour-là, une grande manifestation pacifique organisée par le PNP pour exiger des réformes constitutionnelles est violemment dispersée. Des rapports d’organisations internationales évoquent un usage excessif de la force par les autorités.

Après ces événements, M. Modjokobo affirme avoir été activement recherché. Des agents en civil se seraient rendus à son domicile à plusieurs reprises. Craignant pour sa sécurité, il entre dans la clandestinité, se réfugiant loin de Lomé, dans des conditions précaires.

Climat de peur généralisé

Le cas de Madjidou Modjokobo s’inscrit dans un climat politique tendu, où l’opposition est régulièrement fragilisée. Après le départ en exil de Tikpi Atchadam, plusieurs militants du PNP auraient été arrêtés ou contraints à la fuite.

Son engagement se poursuit toutefois au sein de la Dynamique Monseigneur Kpodzro (DMK), qui soutient la candidature d’Agbéyomé Kodjo lors de l’élection présidentielle de 2020. Cette élection, contestée par l’opposition, a ravivé les tensions politiques.

Plusieurs figures associées à cette dynamique ont connu un destin similaire : exil, poursuites judiciaires, ou décès loin du pays. C’est le cas de Monseigneur Philippe Fanoko Kpodzro, figure morale de l’opposition, mort en exil, ou encore du journaliste Ferdinand Ayité, contraint de quitter le pays après des menaces.

Critiques internationales

Le Togo est régulièrement pointé du doigt pour des atteintes aux libertés publiques. Liberté de la presse, droit de manifester, indépendance de la justice, etc. autant de domaines où des organisations internationales appellent à des réformes. En vain ?

Des médias indépendants ont été suspendus, des journalistes inquiétés, et des manifestations interdites ou réprimées. Pour de nombreux observateurs, le système politique togolais reste marqué par une forte centralisation du pouvoir et une faible tolérance à la contestation.

Exil comme ultime recours

Face à cette situation, l’exil apparaît souvent comme la seule issue pour de nombreux opposants. Des artistes engagés, militants politiques ou journalistes ont quitté le pays ces dernières années pour éviter des représailles.

Le cas de Madjidou Modjokobo illustre cette dynamique. En septembre 2023, il quitte le Togo ne pouvant plus. Il se susurre qu’il a réussi à traverser la manche et se retrouverait aujourd’hui dans un pays en Amérique du nord, selon son entourage.

Entre espoir et incertitude

Aujourd’hui, Madjidou Modjokobo vit dans l’attente d’un changement dans son pays d’origine. Son cas, comme pour beaucoup d’autres, l’exil n’est pas un choix, mais une nécessité. Un départ imposé par un contexte où, selon ses mots, « il n’y a plus de justice, ni de sécurité pour ceux qui osent critiquer ». Son combat, désormais, se poursuit loin de Lomé. A-t-il réussi à obtenir une  reconnaissance de son statut de réfugié ?  La question reste posée.

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