1er mai : le SYNBANK secoue le patronat et l’État
À l’occasion du 1er mai 2026, le SYNBANK dresse un réquisitoire sans détour contre les dérives du secteur financier togolais, dénonçant à la fois la mauvaise gouvernance, la précarité des travailleurs et les risques croissants qui menacent l’ensemble du système.
Tension
À l’occasion de la Journée internationale du Travail, célébrée le 1er mai 2026, le Syndicat national des banques et établissements financiers du Togo (SYNBANK) a livré un discours dense, engagé et résolument critique sur l’état du secteur financier togolais. Devant les autorités gouvernementales, les employeurs et les travailleurs, son secrétaire général, Yati Awoula Baba, a dressé un tableau préoccupant mêlant dérives structurelles, gouvernance contestée et conditions de travail jugées alarmantes.
D’emblée, le SYNBANK met en lumière un contraste inquiétant entre le Togo et le reste de l’Union monétaire ouest-africaine (UEMOA). Alors que la zone enregistre une amélioration progressive de la qualité de ses portefeuilles bancaires, le Togo connaît une détérioration notable.
En 2025, le taux de dégradation du portefeuille de crédit a atteint 13 %, contre 7 % en 2024. Ce chiffre, largement supérieur à la moyenne régionale (autour de 9,1 %), traduit une augmentation du risque de crédit au niveau national. Pourtant, paradoxalement, l’activité bancaire reste dynamique avec une hausse de 22 % des nouveaux crédits accordés.
Le constat est tout aussi préoccupant dans le secteur de la microfinance. Les Systèmes financiers décentralisés affichent un taux de dégradation de 6,7 %, soit plus du double de la norme communautaire fixée à 3 %. En trois ans, les créances en souffrance ont bondi de près de 50 %, mettant en péril l’équilibre du secteur.
Face à cette situation, les autorités, notamment à travers le Conseil national du crédit, ont appelé à un renforcement de l’analyse des risques. Mais pour le SYNBANK, ces mesures restent insuffisantes sans une réforme en profondeur.
Formation en berne
Autre point de crispation : le déclin du Centre de formation bancaire du Togo. Créé pour renforcer les compétences des travailleurs du secteur, cet outil est aujourd’hui jugé inefficace.
Le syndicat dénonce une absence d’évolution depuis plusieurs années, malgré des promesses de redynamisation. Cette inertie, selon lui, pénalise directement les carrières des employés et accentue les inégalités professionnelles. Le SYNBANK pointe également une asymétrie d’informations qui empêche une gestion transparente des opportunités de formation.
Gouvernance contestée
Le cas de SUNU Bank Togo cristallise les critiques les plus virulentes. S’appuyant sur un rapport de la Commission bancaire de l’UMOA, le syndicat met en cause la responsabilité des dirigeants dans les contre-performances de l’établissement.
Parmi les griefs : une hausse excessive des frais généraux, une aggravation du coût du risque et une organisation interne jugée défaillante. Le SYNBANK dénonce également des décisions opaques, notamment la création et la suppression de départements sans base organigramme claire, ce qui serait révélateur de pratiques discriminatoires.
Plus grave encore, la banque a été sanctionnée à deux reprises, en 2022 et 2025, sans que son conseil d’administration ne prenne de mesures fortes contre les dirigeants incriminés. Une situation que le syndicat qualifie de « scandale de gouvernance ».
Précarité et dérives
Au-delà des questions financières, le SYNBANK s’attaque aux conditions de travail dans le secteur. Il dénonce notamment le recours massif aux sociétés de placement, accusées de précariser les emplois et de compromettre la confidentialité des données financières.
Selon le syndicat, une grande partie des travailleurs est recrutée via des cabinets liés à des dirigeants ou à des membres de conseils d’administration, en contradiction avec les principes d’éthique et de transparence. Cette pratique alimente les conflits d’intérêts et fragilise la cohésion professionnelle.
Le syndicat appelle ainsi à la suppression de ces contrats de placement et à une meilleure adéquation entre les postes et les types de contrats, citant le cas des caissiers souvent employés en intérim.
Recommandations
Le discours ne se limite pas aux critiques. Le SYNBANK formule plusieurs recommandations. À l’endroit des employeurs, il demande la création d’un fonds commun pour la formation continue et une application stricte des règles liées à l’Assurance maladie universelle.
Au gouvernement, il suggère un renforcement des contrôles dans le secteur financier, notamment en ce qui concerne les interventions de la Commission bancaire et de la Direction nationale des assurances. Il appelle également à l’application rigoureuse de la loi bancaire dans le dossier SUNU Bank Togo.
Enfin, le syndicat exhorte les travailleurs à adopter des comportements irréprochables, en évitant fraudes, délits d’initié et conflits d’intérêts.
Dialogue social
Placée sous le thème du dialogue social et du travail décent, cette Journée internationale du Travail a servi de tribune pour rappeler l’urgence d’une réforme globale du secteur. Pour le SYNBANK, la paix sociale et le développement économique passent nécessairement par une meilleure gouvernance, une formation de qualité et des conditions de travail dignes.
Dans un contexte marqué par des tensions croissantes, le message est clair : sans changement structurel, le système financier togolais risque de fragiliser non seulement ses travailleurs, mais aussi l’ensemble de l’économie nationale.
