Togbe Agbodjan Jad Fozis, la voix togolaise qui s’exporte
Dans un paysage musical togolais souvent tourné vers l’urgence locale, Togbe Agbodjan Jad Fozis fait figure d’exception. Artiste de reggae, musicien accompli et militant culturel, il est aujourd’hui l’un des rares artistes togolais à porter durablement et positivement l’image du Togo à l’international, sans tapage, mais avec constance, conviction et cohérence artistique.
Naissance
Né le 3 décembre 1971 à Lomé sous le nom de François Djadoo, Togbe Agbodjan Jad Fozis grandit dans un environnement musical marqué par la chorale et les grandes voix afro-américaines. Très jeune, il s’imprègne de l’univers de Ray Charles et surtout de Bob Marley, dont l’influence sera décisive. Mais chez lui, l’héritage ne se limite pas à l’imitation. Il devient rapidement un langage, une manière de dire le monde, de dénoncer l’injustice et de revendiquer la dignité.
Autodidacte, il fait ses premiers pas dans le rock and roll avant de s’ancrer définitivement dans le reggae au cours des années 1980. Un choix artistique, mais aussi politique. À une époque où la parole libre est rare, l’artiste fait de la musique un espace de résistance, ce qui le contraint à l’exil en 1990. Loin de briser son élan, cette rupture géographique va paradoxalement élargir son horizon.
Terre étrangère
Installé en Allemagne après un passage par le Danemark, il s’intègre à la scène reggae européenne tout en restant profondément enraciné dans son identité togolaise. Contrairement à beaucoup d’artistes de la diaspora, Togbe Agbodjan Jad Fozis ne gomme jamais ses origines pour plaire. Il les revendique. Il chante en français, en anglais et en éwé, porte les réalités africaines sur des scènes européennes, et assume un discours panafricaniste sans folklore ni caricature.
Son premier album SOS Africa marque un tournant. La chanson Gbékuia, devenue emblématique et remixée en 2020, le propulse sur le devant de la scène internationale. À Hambourg, Paris, Cotonou ou Lomé, Togbe Agbodjan Jad Fozis ne représente pas seulement un artiste. Il incarne une image crédible et respectée du Togo, loin des clichés misérabilistes ou purement festifs.

Reconnaissance
C’est là que réside sa singularité. Togbe Agbodjan Jad Fozis ne court pas après les tendances. Il bâtit une carrière sur le temps long, faite de tournées, de collaborations solides, de prestations scéniques maîtrisées. Membre du groupe jamaïcain The Lion, fondateur de formations comme Vanity System ou Jah Children, il s’impose comme un ambassadeur culturel informel, dont la musique parle souvent plus fort que les discours officiels.
Ses distinctions, Heroes 228, All Music Awards, reconnaissance panafricaine, ne sont que la partie visible d’un parcours marqué par la rigueur et la fidélité à ses valeurs. Même dans l’épreuve, notamment la perte successive de ses parents, l’artiste transforme la douleur en mémoire musicale, rendant hommage à ceux qui l’ont façonné.
Dans un contexte où beaucoup d’artistes peinent à franchir les frontières ou à y durer, Togbe Agbodjan Jad Fozis fait figure de repère. Le quinquagénaire prouve qu’on peut porter haut le drapeau togolais sans compromis artistique, en restant fidèle à une musique engagée, consciente et universelle.
Plus qu’un chanteur de reggae, il est une voix qui traverse les frontières, et, avec elle, une certaine idée du Togo : digne, résistante et profondément humaine.
