L’État frappe, quatre églises suspendues au Togo
À Lomé, la décision est tombée comme un coup de tonnerre. Quatre églises ont été suspendues pour non-respect des règles en matière de nuisances sonores.
L’annonce faite le 23 février 2026 par les autorités togolaises marque un nouveau tournant dans la gestion des lieux de culte accusés de troubler la tranquillité publique.
Depuis plusieurs années, les plaintes de riverains se multiplient dans différents quartiers de la capitale et de l’intérieur du pays. Cultes nocturnes, veillées prolongées, sonorisations excessives, haut-parleurs orientés vers les habitations : la cohabitation entre certaines églises et leurs voisins est devenue source de tensions permanentes.
Une loi qui existe, mais peu respectée
Au Togo, la réglementation en matière de nuisances sonores est pourtant claire. Les textes encadrent l’utilisation des amplificateurs et fixent des seuils sonores à ne pas dépasser, notamment la nuit. Les activités susceptibles de troubler le repos des populations doivent faire l’objet d’autorisations spécifiques et respecter des horaires précis.
Mais dans les faits, nombre de pasteurs et responsables de lieux de culte semblent ignorer ces dispositions. Dans plusieurs quartiers de Lomé, des offices débutent à l’aube et se prolongent tard dans la nuit, parfois jusqu’aux petites heures du matin. Les habitants dénoncent un calvaire quotidien : sommeil perturbé, enfants incapables d’étudier, malades privés de repos.
La liberté de culte est un droit fondamental garanti par la Constitution togolaise. Mais elle ne saurait s’exercer au détriment du droit des autres citoyens à la tranquillité et à la santé. C’est ce rappel à l’ordre que l’État semble vouloir faire passer à travers ces suspensions.
Une prolifération incontrôlée ?
Ces dernières années, le Togo a connu une multiplication spectaculaire des églises, notamment évangéliques et charismatiques. Dans certains quartiers, on compte plusieurs lieux de culte sur un même périmètre, souvent installés dans des habitations transformées ou des bâtiments inadaptés.
Au-delà des nuisances sonores, se pose la question de l’encadrement administratif et financier de ces structures. Beaucoup fonctionnent sans réelle transparence, avec des responsables autoproclamés, sans formation théologique solide ni cadre organisationnel clair.
Certains observateurs dénoncent l’émergence de « pasteurs-entrepreneurs », transformant la foi en véritable activité lucrative. Dîmes, offrandes, “semences de foi”, campagnes de délivrance payantes : pour de nombreux fidèles aux revenus modestes, la pression financière peut être lourde. L’église devient alors, selon les critiques, un modèle économique plus qu’un espace spirituel.
Vers un modèle à la rwandaise ?
La décision togolaise rappelle inévitablement ce qui s’est passé au Rwanda sous la présidence de Paul Kagame. À partir de 2018, les autorités rwandaises ont fermé plusieurs milliers d’églises pour non-conformité aux normes administratives, sanitaires et acoustiques. Kigali avait invoqué la nécessité de professionnaliser le secteur religieux et de mettre fin aux abus.
Si le contexte togolais est différent, la question mérite d’être posée : le pays s’achemine-t-il vers un encadrement plus strict, voire une vaste opération de mise en conformité des lieux de culte ?
Pour l’heure, les autorités togolaises n’ont pas annoncé de campagne massive de fermeture. Mais le message est clair : la loi s’applique à tous, y compris aux responsables religieux.
Trouver l’équilibre
Le défi pour l’État sera de trouver un équilibre délicat entre respect de la liberté religieuse et protection de l’ordre public. Les églises jouent un rôle social indéniable : soutien moral, solidarité, encadrement des jeunes. Mais elles ne peuvent prospérer dans l’illégalité ou au mépris du bien-être collectif.
La suspension des quatre églises sonne comme un nouvel avertissement (ce n’est pas la première fois que des églises sont fermées par les autorités compétentes). Elle pourrait marquer le début d’une nouvelle ère où foi et responsabilité civique devront enfin marcher main dans la main
