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Les églises africaines à la croisée des chemins: Quand la maison de Dieu devient un champ de bataille

Le Christ a chassé les marchands du temple avec un fouet. Peut-être est-il temps que nous fassions de même – non pas avec violence, mais avec détermination, alerte Helly GBENE, expert & promoteur de la Rencontre des jeunes entrepreneurs & décideurs chrétiens.

Un dimanche matin d’août 2024, dans un temple d’une grande Église à Apedokoè, quartier populaire de Lomé (Togo), quelque chose d’impensable s’est produit. Des fidèles, ces mêmes personnes qui venaient chaque semaine déposer leurs dîmes avec ferveur, ont bloqué l’entrée. Leur pancarte était simple mais dévastatrice : « : «Où sont nos offrandes ? » Quelques heures plus tard, la police investissait le lieu de culte. Oui, vous avez bien lu : la police, dans une Église, un dimanche.

Cette scène, que j’ai observée avec un mélange de tristesse et de fascination professionnelle, n’est pas un simple fait divers. C’est le symptôme d’une crise systémique qui secoue les Églises africaines et togolaises en particulier. Une crise dont nous devons parler, non pas pour condamner, mais pour comprendre et transformer.

I. LE PARADOXE AFRICAIN : CROISSANCE SPIRITUELLE, HÉMORRAGIE DE CONFIANCE

Parlons chiffres d’abord, parce que les chiffres ne mentent pas – contrairement à certains hommes en costume trois-pièces derrière des chaires.

Selon le site https://www.gordonconwell.edu/center-for-global-christianity/, l’Afrique compte aujourd’hui 26% des chrétiens du monde entier. D’ici 2050, nous serons le continent avec la plus forte concentration de chrétiens au monde. Notre taux de croissance annuel est de *2,76%* – impressionnant. Au Togo, les Églises poussent plus vite que les boulangeries. Chaque coin de rue a son temple, son « ministère international », son « centre de réveil ». Le dimanche, Lomé résonne de cantiques amplifiés à tue-tête.

Mais voilà le paradoxe : pendant que nos Églises se multiplient, la confiance s’effondre. Car « Ses chefs jugent pour des présents, ses sacrificateurs enseignent pour un salaire, et ses prophètes prophétisent pour de l’argent… » Michée 3:11 (LSG).

En avril 2024, un acteur clé, est suspendu. Son crime ? Avoir osé soulever la question qui brûle les lèvres de milliers de fidèles : que deviennent les offrandes ? Trois mois plus tard, les manifestations éclatent dans plusieurs temples. Le 4 août, c’est l’intervention policière. Des chrétiens togolais, dans leurs propres Églises, encadrés par les forces de l’ordre.

Pendant ce temps, le véhicule du président national – 40 millions de FCFA – roule tranquillement dans les rues de Lomé, selon les témoignages des manifestants abondamment relayés par les médias togolais.

Loin de faire le procès d’une dénomination particulière, ce qui se passe dans cette Église pentecôtiste se joue, sous différentes formes, dans l’Église Évangélique, où une nouvelle Constitution adoptée en novembre 2024 est tout simplement ignorée par les dirigeants en place. Cela se joue aussi, plus subtilement, dans d’autres communautés où le silence pastoral face aux injustices sociales est devenu assourdissant.

Alors que Dieu exige l’intégrité chez les dirigeants, selon Tite 1:7 (LSG) « Car il faut que l’évêque soit irréprochable… non adonné au vin, ni violent, ni porté à un gain déshonnête. »

II. AU-DELÀ DE NOS FRONTIÈRES : QUAND LA FOI DEVIENT UN PASSEPORT POUR LA MORT

Regardons maintenant au-delà du Togo. Parce que si nous avons des problèmes de gouvernance, d’autres chrétiens africains paient de leur vie leur simple désir de prier.

Entre octobre 2023 et septembre 2024, 4 476 chrétiens ont été tués pour leur foi. Vous avez bien lu : quatre mille quatre cent soixante-seize êtres humains. Et 93% de ces meurtres ont eu lieu en Afrique subsaharienne. Au Nigeria, 3 100 chrétiens assassinés. Au Burkina Faso, 201. En RDC, 355. Des chiffres qui donnent le vertige et disponible sur le site officiel : www.portesouvertes.fr ou www.opendoors.org.

Le dimanche 5 juin 2022, à Owo, dans l’État d’Ondo au Nigeria, des hommes armés ont investi l’Église Saint-François-Xavier pendant la messe de Pentecôte. Bilan : au moins 40 morts, dont des femmes et des enfants. Le crime ? Être chrétien, être présent, ce jour-là, dans cette Église.

Depuis 2009, Boko Haram et ses filiales ont tué plus de 40 000 personnes dans le nord-est du Nigeria (https://www.unhcr.org/global-trends). Des prêtres sont enlevés – plus de 150 depuis 2020 (www.acninternational.org). Des Églises sont détruites. Des conversions forcées imposées. Ce qui a d’ailleurs fait réagir, en décembre 2025, Donald Trump, Président des États-Unis. Au Mali, au Niger, au Cameroun, l’histoire se répète avec des variantes locales mais la même violence aveugle.

Aujourd’hui, selon le site https://www.unhcr.org/global-trends16,2 millions de chrétiens sont déplacés internes en Afrique subsaharienne. Seize millions. C’est presque la population de trois pays comme le Togo. Des familles entières, arrachées à leurs terres, à leurs maisons, à leurs Églises, simplement parce qu’elles refusent de renier leur foi.

Et nous, au Togo, pendant ce temps ? Nous nous battons pour savoir si le pasteur conduit une Toyota ou une Mercedes. Nous nous querellons sur des questions constitutionnelles pendant que nos frères et sœurs, à quelques centaines de kilomètres, enterrent leurs morts. Or, 1 Corinthiens 12:26 (LSG), nous prône la solidarité internationale en ces termes: « Et si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui ; et si un membre est honoré, tous les membres se réjouissent avec lui. »

III. LE DIAGNOSTIC SANS COMPLAISANCE : NOS SEPT PLAIES CONTEMPORAINES

Permettez-moi, en tant qu’ expert en développement organisationnel, de poser un diagnostic clinique. Nos Églises souffrent de sept pathologies chroniques qui, si elles ne sont pas traitées, mèneront à une mort lente mais certaine de leur crédibilité.

Première plaie : L’opacité financière

Dans quelle entreprise sérieuse les actionnaires n’ont-ils jamais accès aux comptes ? Dans quelle ONG les donateurs ne peuvent-ils pas consulter l’utilisation de leurs dons ? Pourquoi ce qui est une norme dans le monde séculier devient-il un tabou dans l’Église ? La dîme n’est pas un impôt colonial prélevé pour enrichir une aristocratie cléricale. C’est un acte de foi qui mérite respect et transparence. Puisque « Celui qui se livre à la cupidité trouble sa propre maison, mais celui qui hait les présents vivra. » Proverbes 15:27 (LSG)

Deuxième plaie : La dictature spirituelle

« Ne touchez pas à l’oint de l’Éternel ! » – ce verset biblique est devenu l’armure rhétorique de tous les abus de pouvoir. Critiquer la gestion devient un sacrilège. Demander des comptes, une rébellion. Voter pour un changement de leadership, une hérésie. Nous avons transformé des serviteurs de Dieu en pharaons intouchables.

Troisième plaie : La schizophrénie doctrinale

Le dimanche, on prêche la simplicité, l’humilité, le renoncement. Le lundi, on affiche sur Instagram le dernier SUV, la montre suisse, le voyage à Dubaï. « Dieu veut votre prospérité », nous dit-on. Mais visiblement, cette prospérité est réservée à ceux qui montent en chaire, pas à ceux qui s’assoient sur les bancs.

Quatrième plaie : Le mutisme prophétique

L’Église togolaise, notamment catholique, a un long historique d’engagement social. La lettre pastorale de 2016, « Soyons responsables dans la justice et la vérité », avait secoué le Landerneau politique. Mais aujourd’hui ? Un silence prudent. Une posture « d’observatrice entre deux camps ». Pendant que certaines Églises pentecôtistes bénissent ouvertement l’injustice et organisent des « cultes d’actions de grâces » pour des dérives politiques et sociales réformes, l’Église institutionnelle observe, commente timidement, mais ne prophétise plus.

En juillet 2025, face aux violences de juin, l’ Église Évangélique Presbytérienne du Togo – EEPT a finalement rompu son « silence pastoral » avec une lettre courageuse appelant au dialogue et à la réconciliation. Mieux vaut tard que jamais, dit-on. Mais les fidèles, eux, se demandent : pourquoi attendre que les maisons brûlent pour crier au feu ?

Cinquième plaie : L’anarchie réglementaire

En novembre 2024, un rapport a documenté le « désordre grandissant » dans le paysage religieux togolais. N’importe qui, avec un minimum de charisme et un maximum d’audace, peut ouvrir une Église. Aucune formation théologique requise. Aucun contrôle éthique. Aucune supervision financière. Résultat ? Des escroqueries spirituelles, des nuisances sonores qui ont conduit à la fermeture de plus de 15 lieux de culte à Lomé en 2025, et une politisation rampante des activités religieuses.

Sixième plaie : La dépendance postcoloniale

Nos Églises historiques, malgré leur discours d’africanisation, restent financièrement et théologiquement dépendantes de l’Occident. Pendant ce temps, les nouvelles Églises pentecôtistes importent l’« Évangile de prospérité » américain sans aucune contextualisation. Nous sommes pris entre deux formes de colonisation : l’une historique, l’autre contemporaine.

Septième plaie : La division stratégique

Face à la fragmentation des confessions, prolifération non encadrée des Églises, faible formation de certains responsables religieux et messages déconnectés des réalités socio-économiques qui fragilisent aujourd’hui l’impact réel de l’action ecclésiale sur la société, ainsi qu’aux défis sécuritaires, économiques et politiques qui menacent notre continent, les Églises africaines devraient être unies. Il s’agit d’une responsabilité particulière qui incombe aux grandes Églises d’utiliser leur poids institutionnel pour promouvoir l’unité, structurer le secteur et accompagner les petites communautés sans les écraser. Au lieu de cela, nous nous déchirons sur des querelles internes, des compétitions de clochers, des jalousies de dénominations. Nous sommes incapables de présenter un front commun face aux vrais enjeux.

IV. ET SI ON CHANGEAIT DE LOGICIEL ? SEPT STRATÉGIES POUR UNE RÉFORME PROFONDE

Je ne suis pas du genre à pleurer sur les ruines. Mon métier, c’est de proposer des solutions. Alors voici, sans langue de bois, ce que nos Églises doivent faire si elles veulent survivre au XXIe siècle.

Stratégie 1 : La révolution de la transparence

Comme l’apôtre Paul a institue clairement la reddition de comptes dans 2 Corinthiens 8:20–21 (LSG) « Nous prenons cette précaution afin que personne ne nous blâme au sujet de cette abondante collecte, car nous recherchons ce qui est bien, non seulement devant le Seigneur, mais aussi devant les hommes. »

La transparence étant une exigence morale, chaque Église doit publier ses comptes annuels. Point. Pas dans un document de 300 pages accessible uniquement aux initiés. Sur le site web de l’Église, en format PDF téléchargeable. Revenus, dépenses, salaires des cadres, investissements, projets sociaux. Tout. Avec un audit externe certifié. Si les ONG nationales et internationales le font, pourquoi pas les Églises qui doivent donner le bon exemple?

Créons des comités de gestion mixtes : 50% de clercs, 50% de laïcs compétents (comptables, juristes, gestionnaires). Instituons des mandats limités pour tous les postes de direction – cinq ans, l’Église n’est pas une monarchie absolue. C’est une communauté de croyants. Les fidèles doivent avoir leur mot à dire sur les grandes décisions : budget, projets d’investissement, élection des dirigeants, orientation stratégique. Organisons des assemblées générales régulières où les membres peuvent questionner, proposer, voter.

L’EEPT a adopté une nouvelle Constitution en novembre 2024. Parfait. Maintenant, appliquons-la ! Mettons en place les commissions électorale et de recours. Respectons les mandats. Organisons les élections dans les délais. Une Constitution non appliquée n’est qu’un bout de papier.

Stratégie 3 : La formation éthique et professionnelle

Nous devons professionnaliser le pastorat. Pas seulement la formation théologique – ça, on le fait déjà. Mais la formation en gestion, en éthique financière, en leadership transformationnel, en psychologie pastorale, en médiation de conflits. Un pasteur du XXIe siècle doit être aussi formé qu’un cadre d’entreprise.

Et surtout, établissons un code de déontologie contraignant avec des sanctions réelles en cas de violation. Malversation financière ? Révocation immédiate. Abus de pouvoir ? Exclusion. Enrichissement inexpliqué ? Enquête et restitution.

Car l’amour de l’argent corrompt la foi selon 1 Timothée 6:9–10 (LSG) « Mais ceux qui veulent s’enrichir tombent dans la tentation, dans le piège et dans beaucoup de désirs insensés et pernicieux… Car l’amour de l’argent est une racine de tous les maux. »

Stratégie 4 : Le retour à une théologie contextuelle

Arrêtons d’importer des modèles théologiques préfabriqués. Le plan stratégique SCEAM 2050, adopté à Kigali en août 2025, propose 12 piliers de développement holistique pour l’Église africaine (www.sceam.org) : évangélisation, éducation, santé, médias, développement rural, etc. Voilà une vision ! Approprions-nous-la, contextualisons-la, incarnons-la.

Développons une théologie de la libération africaine qui parle de nos réalités : la corruption, la pauvreté, l’injustice, les violences. Pas un évangile d’évasion qui promet le paradis après la mort tout en tolérant l’enfer sur terre. Il nous faut de la dignité du travail honnête : « Que celui qui dérobait ne dérobe plus ; mais plutôt qu’il travaille, en faisant de ses mains ce qui est bien, pour avoir de quoi donner à celui qui est dans le besoin. » Éphésiens 4:28 (LSG).

Sur le fond, le message doit évoluer. La foi et les miracles ne peuvent plus être dissociés du travail, de la compétence et de l’action concrète. Une Église prophétique et pertinente est celle qui forme des croyants responsables, travailleurs et autonomes, capables de transformer leur vie et leur communauté, plutôt que d’attendre passivement des promesses sans fondement.

Stratégie 5 : L’engagement social sans compromission

L’Église africaine dans tout son ensemble doit retrouver sa voix prophétique. Pas une voix partisane– nous ne sommes ni un parti politique ni une ONG militante. Mais une voix qui nomme l’injustice, qui défend les vulnérables, qui appelle au respect de la dignité humaine.

Quand des jeunes sont tués lors de manifestations, l’Église doit parler. Quand des élections sont truquées, l’Église doit parler. Quand la Constitution est modifiée de manière controversée, l’Église doit parler. Non pas pour imposer un candidat ou un système, mais pour défendre des principes : justice, vérité, paix, dialogue.

Stratégie 6 : La solidarité panafricaine

Nos frères nigérians, burkinabés, maliens, congolais meurent. Que faisons-nous ? Des prières génériques le dimanche ? Ce n’est pas suffisant. Créons des réseaux de solidarité transnationaux. Collectons des fonds pour les déplacés. Organisons des missions d’accompagnement psychologique. Faisons du plaidoyer international.

Le Symposium des Conférences Épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM) a une vision : 230 millions de catholiques africains mobilisés pour transformer le continent. Si nous y ajoutons les protestants, les évangéliques, nous dépassons 600 millions de chrétiens africains. Imaginez la force de ce nombre si nous étions unis !

Stratégie 7 : L’autonomie financière

« Car, lorsque nous étions chez vous, nous vous disions expressément : si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. » 2 Thessaloniciens 3:10 (LSG).

Arrêtons de mendier. La foi sans action est stérile comme le souligne Jacques 2:17 (LSG) « Il en est ainsi de la foi : si elle n’a pas les œuvres, elle est morte en elle-même. »

Ainsi, développons des projets générateurs de revenus. Les Églises ont des terres ? Créons des fermes modèles, des centres de formation professionnelle, des coopératives agricoles. Les Églises ont des bâtiments ? Louons-les intelligemment en semaine pour des événements communautaires. Les Églises ont des membres compétents ? Créons des réseaux d’affaires chrétiens basés sur l’éthique et la solidarité. Car, seul, le travail produit la transformation dans Proverbes 14:23 (LSG) « Tout travail procure l’abondance, mais les paroles en l’air ne mènent qu’à la disette. »

L’Objectif est d’atteindre 50% d’autosuffisance financière d’ici 2035. Cela réduira la dépendance, augmentera la crédibilité, et libérera des ressources pour le service social.

V. L’URGENCE DU CHOIX : RÉFORME OU MARGINALISATION

Je vais être direct : nous sommes à un point de bascule.

D’un côté, nous avons une jeunesse africaine de plus en plus éduquée, connectée, exigeante. Elle ne se contente plus des réponses toutes faites. Elle veut de la cohérence. Elle scrute, elle compare, elle questionne. Les vidéos des manifestations de l’Église en question en juillet 2024 ont fait le tour des réseaux sociaux en quelques heures. La suspension de l’acteur principal a suscité des débats enflammés sur WhatsApp, Facebook, TikTok. Cette jeunesse ne tolérera plus longtemps l’opacité et l’hypocrisie.

De l’autre côté, nous avons des menaces existentielles : le terrorisme qui avance du Sahel vers le Golfe de Guinée, la pauvreté qui s’aggrave, les tensions politiques qui se radicalisent, le changement climatique qui chasse les populations de leurs terres. Dans ce contexte, l’Afrique a besoin de ses Églises – pas comme décoration spirituelle, mais comme force de transformation sociale.

Si nous ne nous réformons pas maintenant, nous deviendrons ce que l’Église catholique européenne est devenue : une institution muséifiée, respectée pour son histoire mais marginalisée dans les débats contemporains. Nos magnifiques cathédrales et temples deviendront des attractions touristiques, nos doctrines des curiosités anthropologiques.

Est-ce cela que nous voulons ?

VI. MON APPEL PERSONNEL : LE COURAGE DE LA MÉTAMORPHOSE

Je ne suis pas pasteur. Je ne suis pas théologien. Je suis un expert en développement organisationnel qui a passé quinze ans à accompagner des entreprises, des ONG, des institutions publiques comme privées dans leurs transformations. Et je peux vous dire ceci : toute organisation qui refuse de s’adapter meurt. C’est une loi aussi implacable que la gravité.

Mais j’ai aussi la foi. Une foi héritée de mes parents, nourrie dans les Églises togolaises, enrichie par mes voyages et mes lectures. Et c’est cette foi qui me pousse à écrire ces lignes, non pas pour démolir, mais pour reconstruire.

Aux dirigeants ecclésiastiques, je dis : ayez le leadership comme service, pas domination. Matthieu 23:11–12 (LSG), le précise bien : « Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Quiconque s’élèvera sera abaissé, et quiconque s’abaissera sera élevé. » Car le pouvoir que vous détenez n’est pas un privilège, c’est un service. Jésus a lavé les pieds de ses disciples. Il n’a pas exigé qu’ils financent son SUV. Vous avez été appelés à servir, pas à être servis. Revenez à cette vocation première. Ouvrez les comptes. Acceptez le contrôle. Limitez vos mandats. Écoutez la base. Ayez le courage de la transparence radicale.

Aux fidèles, je dis : vous êtes l’Église. Pas les murs, pas les titres, pas les structures. Vous. Cessez d’être des spectateurs passifs. Exigez la transparence. Participez aux assemblées générales. Votez avec discernement. Et si nécessaire, conditionnez votre soutien financier à des réformes concrètes. Votre dîme est sacrée ; ne la gaspillez pas dans des projets opaques. Car la vraie foi libère l’homme de la misère, de l’ignorance, de la dépendance et de la peur, en l’appelant à agir, travailler, se former et transformer sa société.

À l’État togolais, je dis : régulez sans étouffer, en soutenant la formation des pasteurs, en reconnaissant les structures crédibles et en posant des exigences minimales de qualification pour l’implantation des Églises. Créez un cadre légal qui empêche les dérives (escroqueries, nuisances, politisation) tout en respectant la liberté religieuse. Médiez dans les conflits internes quand on vous le demande, mais n’intervenez pas avec des matraques dans des lieux de culte. Cette image du 4 août 2024 restera longtemps dans les mémoires – et pas en bien.

À la communauté internationale, je dis : soutenez la réforme, pas le statu quo. Conditionnez vos aides aux Églises africaines à des critères de bonne gouvernance. Accompagnez-nous techniquement et financièrement dans cette transformation. Mais ne nous imposez pas vos modèles.Nous avons besoin de partenaires, pas de *nouveaux colonisateurs.

Aux jeunes Africains, je dis : ne quittez pas vos Églises. Transformez-les. Vous êtes la génération qui peut opérer cette révolution. Vous avez l’éducation, la connectivité, l’énergie. Investissez-vous dans les structures décisionnelles. Candidatez aux postes de responsabilité. Créez des collectifs de jeunes chrétiens engagés pour la réforme. L’avenir vous appartient, mais seulement si vous le saisissez.

LE RENDEZ-VOUS AVEC L’HISTOIRE

Il y a quelques semaines, j’ai eu une longue conversation avec un ancien pasteur qui m’a dit quelque chose qui m’a marqué : « Helly, j’ai passé trente ans dans le ministère. J’ai vu des miracles, de vraies transformations de vies. Mais j’ai aussi vu l’appât du gain remplacer l’appel de Dieu. J’ai vu des hommes de Dieu devenir des hommes d’affaires. J’ai vu l’Évangile marchandisé. Je pars non pas parce que je perds la foi, mais parce que je veux la garder. »

Ce témoignage me hante. Combien de vrais serviteurs de Dieu quittent discrètement le ministère, dégoûtés par ce qu’ils voient ? Combien de fidèles sincères désertent les Églises, cherchant ailleurs une spiritualité authentique ? Combien de jeunes rejettent le christianisme parce qu’ils ne voient aucune différence entre un « homme de Dieu » et un politicien corrompu ?

Un tour des personnes ressources touchées dans le cadre de la rédaction de cette tribune révèle, en fin, que la crédibilité de l’Église passe par une gouvernance éthique : transparence financière, reddition de comptes et refus de l’idolâtrie des leaders religieux. L’Église de demain doit redevenir un acteur central du développement intégral – spirituel, social, intellectuel et économique – au service du bien commun et de la nation.

Nous sommes en 2025. L’Afrique est à un tournant de son histoire. Dans les vingt-cinq prochaines années, nous deviendrons le continent le plus peuplé, avec la population la plus jeune. Nous avons un potentiel immense. Mais ce potentiel ne se réalisera que si nos institutions – y compris religieuses – sont saines, transparentes, crédibles.

Les Églises africaines peuvent être des acteurs majeurs de cette transformation. Elles peuvent éduquer, soigner, réconcilier, développer. Elles peuvent être des espaces de dialogue dans des sociétés polarisées. Elles peuvent être des voix prophétiques face aux injustices. Elles peuvent être des modèles de bonne gouvernance.

Mais pour cela, elles doivent d’abord se réformer elles-mêmes.

Le Christ a chassé les marchands du temple avec un fouet. Peut-être est-il temps que nous fassions de même – non pas avec violence, mais avec détermination. Chassons l’opacité, chassons l’enrichissement illicite, chassons le culte de la personnalité, chassons le mutisme complice.

Et construisons, sur ces ruines salubres, une Église africaine digne de ce nom. Une Église qui ressemble vraiment à Celui qu’elle prétend servir. Une Église pauvre avec les pauvres, juste avec les opprimés, prophétique face aux puissants, transparente dans sa gestion, démocratique dans son fonctionnement, holistique dans son développement.

Cette Église-là, je la veux. Cette Église-là, nos enfants la méritent. Cette Église-là, l’Afrique en a besoin.

Alors, mes frères et sœurs, qu’attendons-nous ?

Le temps de l’indignation stérile est révolu. Le temps de l’action stratégique est venu. Nous avons le diagnostic. Nous avons les solutions. Il ne manque qu’une chose : le courage.

Aurons-nous ce courage ?

L’histoire nous regarde. Dieu nous regarde. Nos enfants nous regardent.

À nous de choisir : réforme ou marginalisation. Renaissance ou décadence. Authenticité ou hypocrisie.

Moi, j’ai choisi. Et vous ?

Helly GBENE

Expert & Promoteur de la Rencontre des Jeunes Entrepreneurs & Décideurs Chrétiens

Source: Togoscoop

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