Habib Beye, un pari crédible pour l’OM, à l’épreuve de la pression marseillaise
Depuis plusieurs semaines, le nom de Habib Beye revient avec insistance dans les couloirs de la Commanderie. À la recherche d’un nouvel entraîneur capable de stabiliser son projet sportif, Olympique de Marseille semble sérieusement envisager la piste menant au technicien sénégalais. Un choix qui divise, mais qui mérite une analyse dépassionnée, tant le profil de Beye présente des atouts réels… sans être exempt de risques.
Un entraîneur moderne, préparé et ambitieux
Ancien international sénégalais, passé par de grands clubs européens, Habib Beye s’est construit une solide crédibilité dans le monde du football après sa reconversion. Consultant respecté, puis entraîneur convaincant dans ses premières expériences, il incarne une nouvelle génération de techniciens : proche de ses joueurs, à l’aise dans la communication, et adepte d’un football structuré mais dynamique.
À Marseille, son profil coche plusieurs cases. Beye connaît la maison, l’exigence populaire et la ferveur du Vélodrome pour y avoir évolué comme joueur. Il sait ce que représente l’OM, ce club à part où chaque match est un test, chaque mot scruté, chaque décision commentée. Cette connaissance intime de l’environnement marseillais constitue un avantage non négligeable dans un contexte souvent hostile aux entraîneurs venus de l’extérieur.
Sur le plan sportif, Beye est reconnu pour sa capacité à instaurer une discipline collective et à responsabiliser ses joueurs. Dans un effectif parfois critiqué pour son irrégularité mentale, son autorité naturelle et son discours clair pourraient rapidement faire du bien.
Un club malade de son instabilité
Mais entraîner l’OM ne se résume pas à des compétences tactiques ou managériales. Comme l’a récemment souligné Bixente Lizarazu, le véritable problème marseillais dépasse largement le choix d’un homme. Dix entraîneurs se sont succédé depuis 2019, preuve d’une instabilité chronique qui finit par user même les profils les plus solides.
Dans ce contexte, Habib Beye ne serait pas un magicien. Sans cadre clair, sans continuité dans la direction sportive et sans protection institutionnelle, son projet pourrait rapidement se heurter aux mêmes obstacles que ses prédécesseurs. La réussite à Marseille exige une structure forte autant qu’un entraîneur compétent.
La pression, principal danger pour Beye
C’est sans doute là que réside le principal point d’interrogation : la pression de l’OM. Marseille est un club où tout va très vite, parfois trop. Une série de mauvais résultats peut faire basculer l’opinion publique, les médias et même une partie du vestiaire.
Habib Beye, malgré son intelligence et sa maturité, n’a pas encore connu un tel niveau d’exposition permanente. Gérer la pression populaire, les attentes démesurées, les critiques quotidiennes et l’instabilité émotionnelle propre au club phocéen représente un saut considérable dans sa carrière.
Autre limite possible : son manque relatif d’expérience au très haut niveau en tant qu’entraîneur principal. À l’OM, le droit à l’erreur est quasi inexistant, surtout dans un championnat aussi disputé que la Ligue 1, où Marseille vise chaque saison le podium et la qualification européenne.
Un pari raisonné, mais pas isolé
Aujourd’hui 4ᵉ de Ligue 1, l’OM reste en course pour ses objectifs sportifs. Le choix du prochain entraîneur sera donc déterminant. Habib Beye peut entraîner l’Olympique de Marseille, c’est une évidence. Il a le profil, l’ambition et la compréhension du club.
Mais pour que ce pari réussisse, il devra être accompagné : par une direction stable, une vision claire et un soutien sans ambiguïté. Sans cela, même les meilleures intentions risqueraient de se fracasser contre la réalité marseillaise.
À Marseille plus qu’ailleurs, un entraîneur ne gagne jamais seul.
