Guinée : 19 mois de silence, 19 mois d’injustice
Voilà dix-neuf mois que la Guinée vit avec une plaie béante, sans vérité officielle, sans justice rendue, sans réponse aux familles. Ce 9 février marque le 19ᵉ mois de la disparition forcée de Mamadou Billo Bah, coordinateur de Tournons La Page (TLP-Guinée), et de Oumar Sylla, plus connu sous le nom de Foniké Menguè, coordinateur du Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC).
Dans la nuit du 9 juillet 2024, des forces de défense et de sécurité lourdement armées ont pris d’assaut le domicile de Foniké Menguè à Conakry. Trois hommes sont alors enlevés : Oumar Sylla, Mamadou Billo Bah et Mohamed Cissé. Le lendemain, Mohamed Cissé est retrouvé entre la vie et la mort. Son témoignage, livré plus tard au journal Le Point, jette une lumière crue sur les événements et remet frontalement en cause la version officielle des autorités guinéennes, qui nient toute implication de l’État.
Selon ce récit glaçant, des hommes en uniforme auraient fait irruption vers 22 heures, traîné les victimes au sol, avant de les embarquer dans plusieurs pick-up de la gendarmerie et des Forces spéciales. Direction d’abord l’escadron de la gendarmerie de Hamdallaye, puis, contre l’avis du commandant sur place, transfert vers le palais Mohamed-V, où se trouvent les bureaux du président de la transition, le général Mamadi Doumbouya. Coups, humiliations, ligotage et sévices auraient accompagné tout le trajet et la détention.
Plus grave encore, Mohamed Cissé affirme que cet enlèvement aurait été commandité au plus haut sommet de l’État, une accusation d’une extrême gravité qui, à ce jour, n’a donné lieu à aucune enquête indépendante crédible.
Cette affaire est devenue un symbole. Le symbole d’un espace civique étouffé, d’une transition politique qui peine à se conformer à ses engagements en matière de droits humains, et d’un pays où la disparition forcée reste impunie. Les organisations de la société civile, au premier rang desquelles Tournons La Page, dénoncent une stratégie de la peur visant à faire taire les voix critiques.
Aujourd’hui, l’exigence est claire : la libération immédiate et sans condition de Mamadou Billo Bah et Oumar Sylla, ou, à défaut, la révélation de la vérité sur leur sort. Car une transition qui s’installe dans le déni et l’impunité compromet durablement l’avenir démocratique de la Guinée. Et aucun silence, aussi long soit-il, ne pourra étouffer indéfiniment la quête de justice.
