Godwin Tété Adjalogo, mémoire vivante du Togo, est mort à 98 ans
16 janvier 1928 – 23 février 2026. Le Togo est en deuil. Le Doyen Godwin Tété Adjalogo, historien et écrivain togolais, s’est éteint à l’âge de 98 ans, laissant derrière lui une œuvre immense et une empreinte indélébile dans le paysage intellectuel national et africain.
La nouvelle de sa disparition a suscité une vive émotion au sein de l’opinion publique, des milieux universitaires et culturels. Beaucoup peinent encore à réaliser que celui que d’aucuns qualifiaient de « bibliothèque africaine à lui tout seul » ne prendra plus la parole pour éclairer les débats historiques et sociopolitiques du pays.
Ironie du sort, il y a seulement quelques jours, certains proches et admirateurs réfléchissaient encore à l’organisation de son centenaire. Comment célébrer dignement les 100 ans d’un monument vivant du savoir togolais ? La question était sur toutes les lèvres. Mais le destin en a décidé autrement. « C’est encore une preuve que nous n’avons prise sur rien du tout », confie, bouleversé, le journaliste Zeus Aziadouvo, un des ses proches. Cette phrase résonne aujourd’hui comme un rappel brutal de la fragilité de la vie, même pour les esprits que l’on croyait éternels.
Né le 16 janvier 1928, Godwin Tété Adjalogo a consacré son existence à la recherche, à l’écriture et à la transmission du savoir. Historien rigoureux, penseur engagé, il s’est attaché à revisiter l’histoire du Togo et de l’Afrique avec une plume à la fois critique et pédagogique. À travers ses ouvrages, conférences et interventions publiques, il a contribué à forger une conscience historique chez plusieurs générations de Togolais.
Son travail ne se limitait pas à la simple narration des faits. Il interrogeait les mémoires, confrontait les versions, dénonçait les oublis et invitait à une relecture lucide du passé. Pour lui, l’histoire n’était pas un luxe intellectuel, mais un outil d’émancipation. Comprendre d’où l’on vient pour mieux savoir où l’on va : telle était sa conviction profonde.
Au-delà de l’historien, c’est aussi l’homme de culture et le patriote qui s’en va. Ceux qui l’ont côtoyé évoquent un esprit vif, une mémoire impressionnante et une humilité rare. Malgré son immense érudition, il demeurait accessible, attentif aux jeunes chercheurs, toujours prêt à encourager les initiatives visant à valoriser le patrimoine culturel africain.
Militant l’Alliance nationale pour le changement (ANC), il fait partie des opposants qui ont tout fait pour que le Togo retrouve le chemin de l’alternance au sommet de l’Etat en vain. C’est dire que le parti à la couleur orange perd l’un de ses meilleurs cadres.
Sa disparition laisse un vide immense. Dans un contexte où la transmission intergénérationnelle du savoir demeure un défi, la perte d’un tel repère sonne comme un avertissement. Qui pour reprendre le flambeau ? Qui pour continuer à interroger notre passé avec la même rigueur et la même passion ?
À 98 ans, Godwin Tété Adjalogo aura traversé presqu’un siècle d’histoire togolaise et africaine. De la période coloniale aux mutations contemporaines, il fut témoin et analyste des grandes transformations de son temps. Sa vie, longue et féconde, restera un témoignage vibrant de l’importance du savoir et de la mémoire dans la construction d’une nation.
