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Gabon : Bilie-By-Nze, l’inlassable critique d’Oligui Nguema

Alain-Claude Bilie-By-Nze, président du parti Ensemble pour le Gabon (EPG), est aujourd’hui l’un des rares hommes politiques du pays à défier ouvertement Brice Clotaire Oligui Nguema, président de la République.

La position de l’ancien Premier ministre d’Ali Bongo, loin d’être conciliatrice, s’est affirmée au fil des mois en critique frontale (politique, juridique et morale) de la gestion du pouvoir, au point de faire de lui l’opposant numéro 1 au Gabon depuis l’élection de Brice Clotaire Oligui Nguema.

De candidat présidentiel à principal opposant

Lors de l’élection présidentielle du 12 avril 2025, organisée pour clore près de deux ans de transition après le coup d’État d’août 2023, Brice Clotaire Oligui Nguema a obtenu plus de 90 % des voix, selon les résultats officiels.

Face à cette victoire écrasante, Bilie-By-Nze n’a pas reconnu le résultat. Il a refusé de le féliciter publiquement. Pour lui, ce large score n’était pas la preuve d’une adhésion populaire réelle, mais plutôt le symptôme d’un processus électoral qu’il qualifie d’opaque et entaché de pratiques contestables.

Dans une interview à RFI, l’ancien Premier ministre a même déclaré qu’il représentait aujourd’hui « l’alternative unique qu’il reste aux Gabonais face aux militaires », soulignant sa volonté de tenir tête à la nouvelle élite politique qui se construit autour d’Oligui Nguema.

Une critique constante du pouvoir en place

Contrairement à certains leaders politiques qui adoptent une posture plus modérée après une défaite électorale, Bilie-By-Nze a multiplié les critiques contre le gouvernement d’Oligui Nguema.

Dans un entretien accordé à Jeune Afrique en août 2025, il a affirmé que l’exécutif avançait « sans cap ni boussole », et que la gouvernance actuelle ressemblait, selon lui, à une continuité du système Bongo, malgré les promesses de rupture faites après le coup d’État.

Son attaque ne s’est pas limitée à des critiques générales. En effet, il a dénoncé la gouvernance concentrée entre les mains du président, la faible crédibilité du nouveau cadre constitutionnel et reproché au gouvernement de négliger les défis sociaux et économiques du pays, tels que la crise du système de santé, le manque d’enseignants ou encore la vie chère persistante.

Plus récemment, dans une déclaration retentissante en octobre 2025, Bilie-By-Nze est allé jusqu’à qualifier les élections législatives de « fraude d’État » et de « défaite morale », prophétisant « l’orage politique » si la situation ne changeait pas.

Une offensive médiatique sur la scène internationale

Il y a quelques jours encore, Alain-Claude Bilie-By-Nze a rappelé qu’il n’entendait ni se taire ni se retirer du débat public. Sur plusieurs médias internationaux, l’ancien Premier ministre est monté au créneau pour livrer une charge sévère contre le régime de transition devenu pouvoir constitutionnel, dirigé par Brice Clotaire Oligui Nguema.

Invité sur des antennes étrangères suivies bien au-delà des frontières gabonaises, Bilie-By-Nze a dénoncé ce qu’il qualifie de “confiscation du pouvoir par une minorité militaro-politique”, estimant que la transition promise comme une rupture s’est progressivement transformée en recomposition du système, sans réforme de fond. Selon lui, les promesses de gouvernance vertueuse, de justice sociale et de transparence électorale peinent à se traduire dans les faits.

L’ancien chef du gouvernement a également mis en cause la concentration excessive du pouvoir exécutif, l’absence de contre-pouvoirs effectifs et le climat politique qu’il juge peu favorable à une opposition libre et équitable. Des propos qui, une fois encore, ont trouvé un écho particulier à l’international, où la situation gabonaise reste observée avec attention depuis le coup d’État d’août 2023.

En choisissant de s’exprimer hors des médias nationaux, Bilie-By-Nze assume une stratégie claire, celle d’internationaliser le débat gabonais. Une démarche qui vise autant à alerter les partenaires étrangers du Gabon qu’à renforcer son statut de principal contradicteur du pouvoir en place. Cette exposition médiatique renforce son image d’homme politique qui refuse toute compromission et confirme qu’il ne compte pas laisser au régime le monopole du récit politique.

Pour le camp présidentiel, ces sorties répétées sont perçues comme une tentative de fragilisation de l’image du pays à l’extérieur. Pour ses partisans, elles constituent au contraire un acte de résistance politique, dans un contexte où l’espace d’expression interne serait, selon eux, de plus en plus restreint.

Controverses institutionnelles et confrontation juridique

Au-delà des critiques politiques, Bilie-By-Nze a également contesté la légalité même de certaines décisions de l’État.

Avant l’élection présidentielle, il avait dénoncé un vice de procédure concernant la mise à disposition du général Oligui Nguema, estimant que la nomination du chef de la Transition ne respectait pas le cadre juridique prévu, ce qui illustrait, selon lui, un « coup d’État permanent ».

Par la suite, lors des contestations préélectorales de 2025, il a renvoyé Oligui Nguema à ses responsabilités constitutionnelles, notamment sur la gestion des listes électorales, qu’il jugeait entachées d’irrégularités.

Ces confrontations montrent que son opposition n’est pas seulement politique, mais aussi institutionnelle – visant à remettre en cause, pas à pas, la légitimité et la conformité des actions du pouvoir en place.

Malgré son franc-parler, Bilie-By-Nze a aussi tenté à plusieurs reprises de nuancer son positionnement. Après les critiques sévères sur l’organisation des élections locales et législatives de septembre-octobre 2025, il s’est entretenu avec Oligui Nguema au palais présidentiel, insistant sur le besoin d’un climat électoral « équitable et transparent ».

Ce geste pourrait être interprété comme une tentative de dialogue, mais il n’a pas entamé sa ligne de critique la plus dure : pour l’instant, aucun signe concret ne laisse penser qu’il renonce à son rôle de contre-poids politique.

Une réconciliation possible ?

La question est sur toutes les lèvres : ces deux hommes pourront-ils un jour enterrer la hache de guerre ? À court terme, la réponse semble peu probable. Les critiques de Bilie-By-Nze sont trop profondes et ciblent non seulement des choix politiques, mais aussi la question de la légitimité et de l’État de droit dans le Gabon post-transition. À ce jour, il continue à se présenter comme la principale voix contestataire face à un pouvoir qu’il juge autoritaire dans son fonctionnement, même si celui-ci prétend avoir démocratiquement remporté les suffrages.

Pour une réconciliation, il faudrait, au minimum, une reconnaissance mutuelle d’un cadre institutionnel partagé et respecté, une condition qui reste aujourd’hui lointaine.

Aujourd’hui, Alain-Claude Bilie-By-Nze s’est imposé comme l’opposant numéro 1 à Brice Clotaire Oligui Nguema. Par ses critiques répétées du pouvoir en place il incarne une opposition résolue, refusant de cautionner ce qu’il qualifie de dérives institutionnelles. Si la réconciliation entre les deux hommes demeure un enjeu futur, elle n’est pour l’instant qu’un horizon lointain, tant leurs visions du Gabon divergent. Profondément.

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