Eperviers: Patrice Neveu, l’expérience face au doute
Le choix de l’expérimenté technicien français Patrice Neveu, 71 ans, pour cornaquer les Eperviers suscite autant d’espoir que de prudence. Explication.
Le Togo a choisi l’expérience. En nommant Patrice Neveu à la tête des Éperviers, en remplacement du technicien local Nibombé Daré, la Fédération togolaise de football opte pour un profil rompu aux réalités du continent. À 70 ans passés, le technicien français est tout sauf un novice en Afrique. Depuis la fin des années 1990, il sillonne le continent, multipliant les expériences et les défis, souvent dans des contextes complexes.
Un connaisseur du terrain africain
Arrivé en Afrique en 1998, Patrice Neveu a dirigé plusieurs sélections nationales, dont l’équipe du Niger de football, l’équipe de Mauritanie de football ou encore le Équipe du Gabon de football. Partout, il a dû composer avec des moyens limités, des championnats locaux fragiles et des environnements institutionnels parfois instables.
Ce parcours fait de lui un technicien aguerri aux réalités africaines : gestion des déplacements difficiles, adaptation aux pelouses approximatives, négociation permanente avec les fédérations et mobilisation de joueurs évoluant à l’étranger. Autant d’éléments qui constituent un atout pour le Togo, en quête de stabilité et d’efficacité.
Son passage en Mauritanie reste l’un des plus marquants, avec une qualification historique à la CAN, symbole de sa capacité à structurer un groupe et à bâtir une discipline collective. Ce type d’exploit nourrit aujourd’hui l’espoir d’un renouveau pour des Éperviers en perte de vitesse sur la scène continentale.
Un défi immense au Togo
Le contexte togolais n’est pas simple. Depuis plusieurs années, la sélection nationale peine à retrouver le lustre de l’époque dorée qui l’avait menée au Mondial 2006. Les résultats en dents de scie, les changements répétés d’encadrement technique et les tensions internes ont fragilisé le collectif.
Avec des cadres comme Djené Dakonam, le Togo dispose pourtant de joueurs expérimentés évoluant dans des championnats compétitifs. Mais le talent individuel ne suffit plus. Il faut une vision, une organisation, une cohérence dans le jeu.
C’est précisément sur ce terrain que Patrice Neveu est attendu : remettre de l’ordre, redonner une identité tactique claire et instaurer une culture de la rigueur. Son expérience du continent pourrait faciliter son intégration rapide et sa compréhension des enjeux locaux.
Des critiques récurrentes
Cependant, le technicien français n’est pas exempt de critiques. Une simple recherche fait apparaître des réserves exprimées lors de ses précédents passages. Certains observateurs lui reprochent un style de jeu jugé trop prudent, voire défensif. D’autres évoquent des relations parfois tendues avec des dirigeants ou des joueurs.
Son parcours est également marqué par des expériences courtes et des départs dans des contextes délicats. Si son CV est riche, il donne aussi l’image d’un entraîneur souvent appelé pour éteindre des incendies, sans toujours inscrire son action dans la durée.
Ces éléments alimentent les doutes d’une partie de l’opinion togolaise, qui s’interroge sur la capacité du nouveau sélectionneur à impulser un véritable déclic psychologique et sportif.
Un choix dans un contexte sensible
Au-delà de la personnalité de Patrice Neveu, c’est aussi le contexte de sa nomination qui suscite des interrogations. Le départ de Nibombé Daré, ancien international et figure respectée du football togolais, a laissé des traces. Beaucoup voyaient en lui le symbole d’un renouveau local, d’une volonté de bâtir sur les compétences nationales.
Dans ce climat, l’arrivée d’un technicien étranger peut être perçue comme un désaveu de la filière locale. Or, pour réussir, un sélectionneur a besoin d’un environnement apaisé et d’un soutien institutionnel clair.
Si le contexte politique et fédéral ne lui offre pas une stabilité minimale, Patrice Neveu pourrait se retrouver confronté aux mêmes difficultés que ses prédécesseurs. Le risque serait alors de voir s’installer une nouvelle transition sans lendemain, au détriment d’un projet structurant.
Entre espoir et prudence
Le pari Patrice Neveu repose donc sur une équation délicate, celle de capitaliser sur son immense expérience africaine tout en évitant les écueils qui ont parfois jalonné son parcours. Son savoir-faire, sa connaissance du terrain et sa capacité à bâtir un collectif discipliné constituent des atouts indéniables.
Mais pour que le déclic se produise chez Djené Dakonam et ses coéquipiers, il faudra plus qu’un changement de visage sur le banc. Il faudra une vision partagée, un soutien institutionnel fort et une adhésion totale du vestiaire.
Les Éperviers jouent aujourd’hui une partie décisive. En confiant leur destin à un globe-trotter du football africain, le Togo fait le choix de l’expérience. Reste à savoir si cette expérience suffira à transformer l’essai et à redonner des ailes à une sélection en quête de renouveau.
