Maladie du sommeil : Lomé accélère la riposte africaine

Avec la formation régionale sur l’acoziborole, l’OMS mise sur un traitement innovant en dose unique pour accélérer l’élimination de la maladie du sommeil en Afrique.

Lomé s’impose comme un centre de renforcement des capacités sanitaires dans la lutte contre les maladies tropicales négligées. Depuis le 4 novembre 2026, la capitale togolaise accueille une formation régionale des formateurs consacrée à l’utilisation de l’acoziborole dans le traitement de la trypanosomiase humaine africaine (THA), communément appelée maladie du sommeil.

Soutenue par l’OMS, cette initiative vise à préparer les professionnels de santé des pays concernés à l’introduction et à l’utilisation appropriée de ce nouveau traitement. La session francophone, organisée du 4 au 6 novembre, réunit des médecins, des responsables de programmes nationaux de lutte contre la THA et des infirmiers venus de plusieurs pays africains, notamment le Togo, le Bénin, le Tchad, la Guinée, le Gabon, le Mali, le Sénégal, le Cameroun et la République démocratique du Congo.

Une seconde session, destinée aux participants anglophones, est annoncée du 9 au 11 novembre, toujours à Lomé.

L’acoziborole, une nouvelle étape dans le traitement

L’intérêt de cette molécule réside principalement dans la simplification du traitement. Contrairement à certains protocoles antérieurs, qui pouvaient nécessiter des injections, une hospitalisation ou plusieurs jours de prise de médicaments, l’acoziborole est administré par voie orale en une seule dose chez les patients remplissant les critères médicaux requis.

Cette innovation pourrait considérablement alléger le parcours thérapeutique des malades, réduire les contraintes liées aux soins et faciliter l’accès au traitement, notamment dans les zones où les structures sanitaires sont éloignées des populations.

L’Agence européenne des médicaments (EMA) a publié, en février 2026, un rapport d’évaluation scientifique favorable à l’acoziborole dans le cadre de la procédure européenne EU-M4All. Les données cliniques examinées portent notamment sur son efficacité chez les patients âgés de 15 ans et plus atteints de la forme gambiense de la maladie, à différents stades.

Mais l’innovation thérapeutique ne dispense pas de précautions. L’administration de ce médicament suppose une bonne connaissance des critères d’éligibilité et de non-éligibilité, des indications et contre-indications, des modalités de suivi clinique et de la pharmacovigilance.

C’est précisément l’enjeu de la formation organisée à Lomé. Les participants sont appelés à devenir des formateurs dans leurs pays respectifs. Ils devront ensuite transmettre les connaissances acquises aux autres prestataires de soins afin d’assurer une utilisation harmonisée et sécurisée du médicament.

À l’ouverture des travaux, le secrétaire général du ministère chargé de la Santé, Dr Kokou Wotobé, a insisté sur la nécessité d’une appropriation rigoureuse des nouvelles recommandations. Il a notamment souligné que « la maîtrise des critères d’éligibilité et de non-éligibilité, la connaissance des indications et contre-indications, le respect des protocoles thérapeutiques, le suivi clinique des patients ainsi que la détection et la notification des effets indésirables » constituent des exigences incontournables.

Pour le représentant résident de l’OMS au Togo, Dr Hamadou Nouhou, cette rencontre intervient à un moment décisif dans la lutte contre la maladie du sommeil. L’organisation mondiale ambitionne d’éliminer la THA en tant que problème de santé publique et de progresser vers l’interruption de sa transmission à l’horizon 2030.

Le Togo, pionnier mais toujours appelé à la vigilance

Le choix de Lomé pour accueillir cette rencontre n’est pas anodin. Le Togo possède une expérience particulière dans la lutte contre cette maladie. Le 22 juin 2020, il est devenu le premier pays africain à obtenir de l’OMS la validation de l’élimination de la trypanosomiase humaine africaine en tant que problème de santé publique.

Cette reconnaissance était le résultat de plus de deux décennies d’efforts, notamment en matière de surveillance épidémiologique, de dépistage et de prise en charge. Selon les données publiées par l’OMS en août 2020, le pays n’avait enregistré aucun cas de la maladie au cours des dix années précédentes.

Toutefois, cette distinction ne signifie pas que la transmission a été définitivement interrompue sur le territoire. L’OMS rappelle que le maintien de la surveillance demeure indispensable pour prévenir une éventuelle réapparition de la maladie. Le Togo poursuit ainsi ses efforts pour obtenir la validation de l’interruption de la transmission.

Pour le pays, la formation de Lomé représente donc un double enjeu : consolider les acquis nationaux et contribuer au renforcement des systèmes sanitaires des autres pays africains encore confrontés à cette maladie.

Transmise par la piqûre d’une mouche tsé-tsé infectée, la maladie du sommeil est une affection parasitaire qui peut provoquer de graves troubles neurologiques, des perturbations du cycle veille-sommeil et, en l’absence de traitement, entraîner la mort. Elle demeure particulièrement préoccupante dans certaines régions d’Afrique subsaharienne où l’accès aux soins reste difficile.

Avec l’acoziborole, la lutte contre cette maladie pourrait franchir un nouveau cap. Mais le succès de cette avancée dépendra aussi de la capacité des pays à former leurs personnels, à organiser le dépistage et à garantir l’accès effectif au traitement. Lomé entend ainsi contribuer à transformer une innovation scientifique en progrès sanitaire concret pour les populations africaines.

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