À l’occasion de sa rentrée politique 2026-2027, le Comité d’action pour le renouveau (CAR) plaide pour une sortie consensuelle de la crise politique togolaise. S’appuyant notamment sur l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO du 29 janvier 2026, le parti préconise une assise nationale, la libération des détenus politiques et une amnistie générale. Il appelle également les populations à se mobiliser contre la vie chère lors d’un meeting annoncé pour le 6 décembre prochain.
Le Comité d’action pour le renouveau (CAR) entend remettre le réalisme politique au cœur du débat sur la résolution de la crise togolaise. Réunis à Lomé le samedi 31 octobre 2026, dans le cadre de leur rentrée politique 2026-2027, les responsables et délégués du parti ont placé leurs réflexions sous le thème : « Le réalisme politique pour une résolution durable de la crise au Togo ».
Dans leur déclaration solennelle, ils dressent un bilan critique des différentes tentatives de sortie de crise entreprises depuis plusieurs années et appellent les acteurs politiques, particulièrement ceux de l’opposition, à revoir leurs stratégies. Pour le CAR, les postures radicales, le populisme et les calculs politiques ont souvent compromis des possibilités de compromis et, par conséquent, profité au pouvoir en place.
Le parti estime que la crise politique actuelle a franchi une nouvelle étape avec l’arrêt rendu le 29 janvier 2026 par la Cour de justice de la CEDEAO sur le changement constitutionnel intervenu en avril 2024. La juridiction communautaire ayant, selon le CAR, déclaré ce changement inconstitutionnel, sa décision constitue désormais un fondement juridique incontournable dans la recherche d’une issue.
Le parti attire particulièrement l’attention sur le point 109 de cet arrêt, qui évoque la nécessité d’une solution consensuelle entre les acteurs togolais. Il invite donc le gouvernement et le parti au pouvoir à se saisir de cette ouverture pour engager un processus de règlement de la crise.
Le CAR revisite les occasions manquées du dialogue politique
Pour justifier son appel à un changement de méthode, le CAR revient sur plusieurs épisodes qu’il considère comme des occasions manquées de construire un compromis politique durable.
Le premier remonte à la crise postélectorale de 2005. Sous l’impulsion de feu Me Yawovi Agboyibo, le parti affirme avoir contribué à l’ouverture d’un dialogue entre les différentes composantes de la classe politique. Ce processus avait abouti, le 20 août 2006, à la signature de l’Accord politique global (APG). Celui-ci devait notamment permettre des réformes constitutionnelles et institutionnelles, améliorer la transparence des consultations électorales et créer les conditions d’une alternance démocratique.
Le CAR rappelle également le rôle joué par son ancien président dans la formation du gouvernement d’apaisement dirigé par Me Agboyibo et dans l’organisation des élections législatives du 14 octobre 2007, dont les résultats avaient été acceptés par les différents acteurs politiques et la communauté internationale. Il regrette toutefois que les réformes prévues par l’APG n’aient pas été intégralement mises en œuvre.
Autre rendez-vous manqué évoqué : celui de 2015. Le parti affirme avoir proposé un compromis autour de la révision constitutionnelle, notamment le rétablissement de la disposition limitant à deux le nombre de mandats présidentiels, en contrepartie d’une dernière candidature du chef de l’État sortant. Une proposition qui, selon le CAR, n’avait pas obtenu l’adhésion de toutes les forces de l’opposition.
La déclaration revient aussi sur les événements de 2018, lorsque la Coalition des 14 (C14), engagée dans la contestation politique, avait obtenu une représentation paritaire au sein de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Le CAR soutient qu’un accord avait été trouvé pour la prestation de serment des représentants de l’opposition, avant que cette démarche ne soit finalement abandonnée à la suite d’une décision prise par l’un des partis concernés.
Enfin, le parti évoque sa proposition de reporter les élections législatives de 2024 afin de privilégier une concertation nationale destinée à créer les conditions d’un apaisement politique et d’un scrutin transparent. Une initiative qui avait suscité des critiques au sein même de l’opposition.
Fort de ces expériences, le CAR estime que l’opposition doit rompre avec les approches qu’il juge contre-productives. « Le manque de réalisme politique ne fait que profiter au régime en place », soutient-il, avant d’assimiler le populisme à un obstacle majeur au fonctionnement démocratique.
Assise nationale, amnistie et mobilisation contre la vie chère
Au-delà du diagnostic, le CAR avance quatre pistes pour sortir de l’impasse politique : l’organisation d’une assise nationale, la libération des détenus politiques, l’adoption d’une amnistie générale et l’accompagnement de la communauté internationale.
Ces propositions s’inscrivent dans la logique que le parti revendique depuis sa création : la pression politique combinée au dialogue. Pour ses responsables, les limites observées dans le fonctionnement du système fondé sur le principe majoritaire au Togo imposent de réfléchir à un nouveau cadre politique susceptible de favoriser la construction d’un véritable État-nation et une alternance pacifique au sommet de l’État.
La déclaration ne se limite cependant pas aux enjeux institutionnels. Le CAR consacre également une partie importante de son intervention à la dégradation des conditions de vie des populations. Il dénonce les déguerpissements de commerçants et d’autres travailleurs de l’économie informelle sans mesures préalables de relogement, ainsi que la récente augmentation des prix des produits pétroliers.
Pour illustrer ce qu’il considère comme une politique tarifaire difficilement justifiable, le parti établit une comparaison entre les cours du baril de pétrole et les prix à la pompe. Il rappelle qu’en 2008, avec un baril à 149 dollars, le litre de carburant était vendu à 599 FCFA, contre 650 FCFA en 2013 pour un baril à 118 dollars. Aujourd’hui, relève-t-il, alors que le baril serait autour de 100 dollars, le prix à la pompe atteindrait 817 FCFA.
Le CAR s’interroge sur les facteurs expliquant cette évolution et estime que la hausse des prix des hydrocarbures contribue à renchérir les produits de première nécessité. Il dénonce également les délestages électriques, qu’il attribue à des insuffisances de gestion de la Compagnie énergie électrique du Togo (CEET) accumulées au fil des années.
Face à cette accumulation de difficultés, le parti appelle les populations à prendre part au meeting contre la vie chère annoncé pour le 6 décembre 2026.
À travers cette rentrée politique, le CAR tente ainsi de conjuguer revendication institutionnelle et préoccupations sociales. Son message repose sur une conviction : la sortie de crise ne pourra se construire durablement sans compromis politique, mais aussi sans réponses concrètes aux difficultés quotidiennes des Togolais.

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