Congrès de l’UFC : l’Ablodé face au défi d’un nouveau départ
À l’ouverture de son congrès de ce 8 juillet à Lomé, l’UFC entend conjuguer fidélité à l’héritage de l’Ablodé, engagement dans la Ve République et renouvellement de ses forces pour renforcer son influence politique.
Réunis en congrès à Lomé, les militants de l’Union des forces de changement (UFC) entendent tourner une nouvelle page de leur histoire politique. Placés sous le thème « De l’Ablodé à développement harmonieux », les travaux s’inscrivent à la croisée de l’héritage historique du parti, de son positionnement dans la Ve République et de la nécessité affichée de préparer la relève. Dans son discours d’ouverture, la direction de l’UFC a appelé à l’unité, à la paix et à une participation active à la transformation du pays.
De l’Ablodé à une opposition revendiquée comme constructive
Le discours d’ouverture a d’abord replacé l’UFC dans une histoire politique dont le parti revendique la continuité. L’Ablodé, présenté comme l’héritage fondateur, est défini comme une aspiration à la « libération politique, libération économique, libération sociale et culturelle ». Une référence qui renvoie directement à l’indépendance du Togo et à la figure de Sylvanus Olympio, présenté dans le discours comme l’un des pères de cette ambition nationale.

Créée le 1er février 1992, dans le contexte de la transition du parti unique vers le multipartisme, l’UFC affirme avoir été portée sur les fonts baptismaux avec l’objectif de faire souffler « un vent de liberté dans tous les aspects de la vie des Togolais ». Sous le leadership de Gilchrist Olympio, le parti a ensuite participé aux différentes séquences de la vie politique nationale, jusqu’à la signature, le 26 mai 2010, d’un accord de paix avec le pouvoir d’alors. Le discours présente cet épisode comme ayant contribué à permettre au Togo de se concentrer davantage sur les enjeux de développement.
Cette orientation vers une politique moins frontale semble demeurer au cœur du positionnement revendiqué par l’UFC. Le parti se présente désormais comme une « opposition constructive », appelée à formuler des propositions et à participer, selon ses moyens, à la réalisation des politiques publiques. Eau, emploi, éducation, électricité, santé, sécurité et salubrité sont identifiés comme les principaux axes sur lesquels l’UFC entend continuer à agir en faveur des populations.
Le changement institutionnel intervenu avec la Ve République constitue, dans cette perspective, un autre enjeu majeur. L’UFC rappelle avoir choisi de soutenir le régime parlementaire après les débats internes suscités par la réforme constitutionnelle. Pour le parti, ce nouveau système constitue une occasion de renforcer son implantation territoriale et d’améliorer ses performances électorales. Le discours revendique d’ailleurs le statut de troisième force politique du pays à l’issue des premières élections organisées dans le cadre de la Ve République, derrière l’UNIR et l’ANC.
Le défi de la relève et d’un nouveau souffle
Au-delà des considérations institutionnelles, le congrès apparaît surtout comme un moment de réflexion sur l’avenir de l’UFC. Les élections désormais derrière elle, la formation politique doit déterminer le rôle qu’elle entend jouer dans la nouvelle architecture institutionnelle. « Les élections étant passées, quel rôle jouera le parti de l’Ablodé dans un contexte de 5e République ? Ce sera l’objet des débats de notre congrès », souligne le discours d’ouverture.
L’appel à l’unité est ainsi omniprésent. « Nous devons être Unis pour bâtir un Togo de Paix et de Solidarité », affirme le discours, avant d’insister sur la nécessité de « protéger et transformer » le pays. Cette ligne traduit la volonté de l’UFC de conserver son identité tout en participant davantage aux politiques publiques destinées à améliorer les conditions de vie des Togolais.
Mais le véritable enjeu pourrait se situer dans la succession et le renouvellement générationnel. Le discours reconnaît que « les défis auxquels nous sommes confrontés restent énormes » et que l’heure de la relève approche. Après deux mandats, le responsable qui s’exprime annonce qu’il mérite « une retraite paisible » et appelle à l’émergence de « nouveaux talents, plus de jeunes, plus de femmes, plus cadres ». Le congrès est donc invité à réfléchir à une nouvelle configuration de la direction et à renforcer l’implantation du parti sur l’ensemble du territoire.
L’enjeu est désormais de traduire cette volonté de renouvellement en actes. En affirmant que « la discipline du parti oblige » et qu’il se pliera à la décision du congrès, la direction laisse aux instances du parti la responsabilité de trancher sur la suite à donner à cette transition. Le congrès doit ainsi déboucher sur une « feuille de route claire » destinée à optimiser l’action politique de l’UFC.
Entre fidélité à l’Ablodé, ancrage dans l’opposition constructive et volonté de renouvellement, l’UFC cherche donc à écrire une nouvelle séquence de son histoire. Reste à savoir si cette nouvelle étape permettra au parti de convertir son héritage historique et ses ambitions de transformation en une influence politique durable dans le Togo de la Ve République.
