Gianni Infantino vacille : le premier coup de semonce qui pourrait ébranler le trône de la FIFA
Le premier verrou vient de sauter. En retirant son soutien à Gianni Infantino dans la perspective de sa réélection à la présidence de la FIFA, la Fédération galloise de football n’a pas simplement pris une position politique. Elle a brisé un tabou. Pour la première fois, une fédération nationale membre ose publiquement tourner le dos à celui qui règne depuis près d’une décennie sur le football mondial.
Ce geste est loin d’être anodin. Il intervient après des années de critiques grandissantes contre une gouvernance que de nombreux observateurs, dirigeants et acteurs du football jugent de plus en plus centralisée, opaque et tournée vers les intérêts économiques au détriment du jeu lui-même.
Le président des promesses inachevées
Lorsqu’il succède à Sepp Blatter en 2016, Gianni Infantino promet une FIFA plus transparente, plus démocratique et définitivement débarrassée des pratiques qui avaient plongé l’institution dans l’une des plus graves crises de son histoire.
Dix ans plus tard, le constat dressé par nombre de ses détracteurs est sévère. Certes, les recettes financières de la FIFA ont progressé et de nouveaux marchés ont été conquis. Mais à quel prix ?
L’inflation des compétitions internationales, l’élargissement incessant des tournois, les projets de réformes élaborés sans consensus réel, les tensions récurrentes avec les ligues européennes, les clubs et les syndicats de joueurs ont progressivement installé un climat de défiance.
Son projet de Coupe du monde tous les deux ans a suscité un rejet massif avant d’être abandonné. Son idée d’une Coupe du monde à 64 équipes a ravivé les inquiétudes sur une logique où la croissance économique semble parfois prendre le pas sur l’équilibre sportif.
À cela s’ajoutent des critiques récurrentes sur une concentration du pouvoir au sommet de la FIFA, des décisions jugées peu concertées et une personnalisation croissante de la gouvernance. Et surtout sa décision de privatiser la FIFA.
L’Europe dit stop… et demain ?
La Fédération galloise n’est probablement que la première à franchir le Rubicon. En effet, depuis plusieurs mois, l’UEFA, plusieurs fédérations européennes et de nombreuses voix influentes contestent la direction prise par la FIFA. Les désaccords portent autant sur la multiplication des compétitions que sur la méthode de gouvernance.
La décision galloise pourrait libérer la parole de fédérations qui, jusqu’ici, préféraient éviter un affrontement frontal avec Zurich. En politique comme dans le sport, le premier qui ose entraîne souvent les suivants.
Le véritable enjeu se situe désormais ailleurs : combien de fédérations accepteront-elles encore de cautionner un système de plus en plus contesté ?
L’Afrique face à ses responsabilités
L’Afrique représente l’un des principaux blocs électoraux de la FIFA. Pendant longtemps, ce poids a constitué un atout majeur pour Gianni Infantino.
Mais les fédérations africaines gagneraient à s’interroger sur la gouvernance qu’elles souhaitent défendre. Soutenir un président ne devrait jamais relever d’un réflexe d’allégeance, mais d’une évaluation de son bilan, de sa vision et de sa capacité à servir l’intérêt général du football.
Si le mouvement de contestation initié par le pays de Galles prend de l’ampleur, plusieurs fédérations africaines pourraient être amenées à réexaminer leur position. Un soutien n’est jamais irréversible lorsque les critiques se multiplient.
Peut-il encore tenir ?
Gianni Infantino conserve des appuis solides et il serait prématuré d’annoncer sa chute. Toutefois, l’histoire de la FIFA enseigne qu’aucun président n’est politiquement invulnérable. Les certitudes peuvent se fissurer lorsque les premiers soutiens se transforment en opposants.
La Fédération galloise vient peut-être de lancer un mouvement qui dépasse largement ses frontières. Si d’autres associations nationales lui emboîtent le pas, la campagne pour la réélection de Gianni Infantino pourrait se transformer en un référendum sur sa gouvernance.
Le football mondial arrive à un tournant. Pendant trop longtemps, les critiques sont restées confinées aux coulisses. Désormais, elles s’expriment au grand jour. La vraie question n’est plus seulement de savoir si Gianni Infantino est contesté. Elle est de savoir combien de temps il pourra encore gouverner sans répondre, de manière convaincante, aux reproches qui s’accumulent.
Car dans toute organisation, un dirigeant peut résister aux critiques. Il résiste plus difficilement lorsque la confiance commence à s’effriter. Et lorsqu’une première fédération rompt les rangs, les suivantes regardent rarement ailleurs.
