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Oti, la mémoire oubliée du nord Togo

Au nord du Togo, le bassin de l’Oti demeure l’un des grands foyers historiques méconnus d’Afrique de l’Ouest, où se croisent depuis des siècles migrations, alliances, rivalités politiques et brassages culturels.

Longtemps considéré comme une simple périphérie géographique, le bassin de l’Oti apparaît aujourd’hui comme un véritable espace de mémoire où se sont rencontrés plusieurs peuples venus du Gourma, du Dagbon, du pays moose ou encore des territoires anoufo. Cette région du nord togolais, traversée par la rivière Oti, a servi de zone de passage et d’installation à de nombreuses communautés ouest-africaines bien avant la colonisation.

Au cœur de cette histoire figure le pays Dyè-Boukombom, également appelé Ngangam. Les traditions orales recueillies par plusieurs chercheurs évoquent l’installation progressive de populations dans cette partie du bassin de l’Oti, avec la mise en place d’organisations politiques locales, de réseaux commerciaux et de systèmes de coexistence entre groupes voisins. L’histoire des Ngangam reste notamment marquée par leurs relations avec les Kpankpamba, les Dagomba, les Moose et les Gulmu.

Selon les travaux récents de l’historien Ilaboti Dipo, les récits fondateurs des Ngangam montrent que cette région n’a jamais été isolée. Au contraire, elle a constamment subi les influences politiques et militaires des grands royaumes voisins. Les migrations successives, parfois provoquées par des conflits ou des crises économiques, ont progressivement transformé le paysage humain du bassin de l’Oti.

Les XVIIIe et XIXe siècles constituent d’ailleurs une période de profondes mutations. L’expansion des puissances anoufo et les rivalités entre chefferies locales bouleversent alors les équilibres traditionnels. Plusieurs communautés sont contraintes de se déplacer, tandis que d’autres se regroupent pour renforcer leur sécurité face aux menaces extérieures. Ces recompositions politiques contribuent à redessiner les rapports de force dans toute la région septentrionale du Togo actuel.

Les historiens rappellent également que le bassin de l’Oti fut un espace stratégique reliant les savanes du nord aux circuits commerciaux plus méridionaux. Cette position de carrefour favorisa les échanges culturels, linguistiques et économiques entre populations diverses. Aujourd’hui encore, cette diversité reste visible dans les traditions, les langues et les structures sociales présentes dans la région.

Au-delà de l’histoire politique, cette mémoire ancienne constitue désormais un enjeu patrimonial et identitaire majeur pour le Togo. Dans un contexte où les traditions orales jouent un rôle essentiel dans la transmission du passé, plusieurs chercheurs plaident pour une meilleure valorisation des récits historiques du bassin de l’Oti afin de préserver un héritage longtemps resté dans l’ombre.

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