Ali Bongo contre son propre camp
Affaibli mais déterminé à reprendre le contrôle du Parti démocratique gabonais, Ali Bongo Ondimba relance la bataille politique depuis son exil, au risque de rallumer de profondes fractures au sein de l’ancien parti au pouvoir.
Donné politiquement affaibli depuis le coup d’État du 30 août 2023 qui a mis fin à son règne, Ali Bongo Ondimba semble pourtant loin d’avoir renoncé à la bataille politique. Depuis son exil entre Londres et Paris, l’ancien chef de l’État multiplie les offensives juridiques et politiques pour reprendre le contrôle du Parti démocratique gabonais (PDG), l’ancien parti au pouvoir fondé par son père, Omar Bongo Ondimba.
L’ex-président, renversé par les militaires dirigés par Brice Clotaire Oligui Nguema, conteste ouvertement la légitimité de la direction actuelle du PDG. Dans plusieurs correspondances adressées aux responsables du parti depuis Paris, il affirme demeurer le président légal de la formation politique et menace de saisir pleinement la justice pour faire annuler les décisions prises contre lui depuis 2024.
Cette stratégie marque un tournant. Longtemps silencieux après sa chute, Ali Bongo adopte désormais une posture de chef d’opposition interne au sein même de l’appareil qu’il a dirigé pendant près de quinze ans. Ses proches dénoncent une “usurpation” de la direction du parti et accusent les nouveaux dirigeants d’avoir organisé sa mise à l’écart en profitant de son état de santé fragile.
Victime d’un accident vasculaire cérébral en 2018, l’ancien président apparaît diminué physiquement et éprouve encore des difficultés à se déplacer et à s’exprimer. Mais malgré cette fragilité visible, il refuse manifestement de quitter définitivement la scène politique gabonaise. En mars dernier, il a même réaffirmé publiquement sa volonté de conserver les rênes du PDG, tout en assurant qu’il ne briguerait plus de mandat national.
Ce retour annoncé risque toutefois de raviver les fractures déjà profondes au sein du parti. Depuis le renversement du régime Bongo, plusieurs cadres du PDG tentent de reconstruire une formation capable de survivre à la chute de son ancien leader historique. Certains responsables estiment désormais qu’un retour d’Ali Bongo compromettrait les efforts de repositionnement politique engagés depuis deux ans.
En interne, la bataille s’annonce donc explosive. Entre les fidèles de l’ancien président et ceux qui souhaitent tourner définitivement la page du système Bongo, le PDG pourrait replonger dans une guerre de leadership aux conséquences imprévisibles. Et dans un Gabon en pleine recomposition politique, le retour au premier plan d’Ali Bongo pourrait rapidement redevenir un facteur majeur de tensions nationales.
