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Éperviers : qui tire les ficelles derrière les fuites sur le futur sélectionneur ?

Dans les milieux liés au football national, ce qui interroge davantage aujourd’hui, c’est la gestion de l’après-Daré. Une gestion floue, opaque et surtout marquée par des fuites troublantes. Explication !

Insistance

La Fédération togolaise de football (FTF) a officiellement mis fin au contrat de Nibombé Daré, invoquant une insuffisance de résultats à la tête des Éperviers. Une décision qui, en soi, n’a rien d’exceptionnel dans le monde du football moderne, où les entraîneurs sont jugés à l’aune des performances. Ce qui interroge davantage, en revanche, c’est la gestion de l’après-Daré. Une gestion floue, opaque et surtout marquée par des fuites troublantes.

Logiquement, après un limogeage, la FTF devrait enclencher un processus clair, c’est-à-dire définir un profil, lancer éventuellement un appel à candidatures, analyser les dossiers et choisir, en toute transparence, l’homme le mieux à même de redonner des ailes à une sélection nationale en perte de vitesse. Or, à ce jour, aucun appel officiel n’a été lancé. Aucune communication structurée n’a été faite. Et pourtant, des noms circulent déjà avec insistance dans certains médias et sur les réseaux sociaux.

Jean-Michel Cavalli hier, Olivier Guégan aujourd’hui, un autre demain. Ces noms apparaissent, disparaissent, reviennent, comme s’ils étaient testés dans l’opinion publique. La question qui revient dans les débats est alors : qui a intérêt à faire fuiter ces informations ? Et surtout, dans quel but ?

En effet, ces fuites ne sont pas anodines. Dans un environnement aussi sensible que celui du football togolais, où la méfiance est devenue presque réflexe, chaque information officieuse est scrutée, interprétée, parfois instrumentalisée. Lorsqu’aucun cadre formel n’existe, la rumeur prend le pas sur l’information. Et lorsque la rumeur devient récurrente, elle cesse d’être accidentelle.

Selon plusieurs sources concordantes, un réseau (informel ?), bien connu des acteurs du football national, tenterait d’orienter les décisions, voire d’imposer un choix. Il ne s’agit pas ici d’accuser sans preuves, mais de rappeler un fait historique : depuis des décennies, le football togolais semble régulièrement pris en otage par des intérêts particuliers, au détriment du projet sportif global.

Ingérences

Des entraîneurs débarqués prématurément, des choix techniques contestés, des nominations jugées incohérentes, des conflits internes chroniques… La liste est longue. Trop longue pour qu’on continue à parler de simples coïncidences ou d’erreurs isolées. Le mal est structurel. Il est ancien. Et il résiste aux changements de dirigeants.

L’arrivée de Kossi Akpovy à la tête de la FTF avait pourtant suscité un réel espoir. Pour beaucoup d’observateurs, elle symbolisait une rupture avec les pratiques du passé : plus de transparence, plus de rigueur, moins d’ingérences. Certains y voyaient même la fin des manipulations, des clans et des décisions prises en coulisses.

Mais les événements récents tendent à montrer que le système est plus fort que les hommes. Que même avec de bonnes intentions, il est difficile de gouverner un football gangrené depuis longtemps par des réseaux d’influence. La question n’est donc pas seulement de savoir si la Fédération « perd la main », mais de se demander si elle l’a réellement eue un jour.

La fuite organisée, ou supposée organisée, des noms de potentiels sélectionneurs pose un problème de gouvernance. Elle fragilise l’institution, expose inutilement des techniciens, et brouille le message adressé aux supporters. Pire encore, elle donne l’impression que le choix du futur sélectionneur ne se fait pas sur la base d’un projet sportif clair, mais au gré de pressions, de calculs et d’intérêts parallèles.

Or, le football togolais n’a plus le luxe de l’improvisation. Les Éperviers ne « volent » plus, pour reprendre une expression devenue tristement symbolique. Les résultats stagnent, la base se fragilise, la confiance du public s’érode. Dans un tel contexte, le choix du sélectionneur ne peut être une manœuvre tactique de plus dans un jeu d’influences.

Ce débat dépasse largement les noms de Cavalli ou de Guégan, entre autres. Le véritable enjeu est ailleurs : le Togo a-t-il enfin décidé de rompre avec les pratiques qui l’ont conduit dans l’impasse actuelle ? Ou assiste-t-on, une fois de plus, à la reproduction des mêmes schémas, avec de nouveaux visages mais avec les mêmes méthodes ?

À force de vouloir contrôler, manipuler, imposer, certains ont fini par étouffer le football togolais. Et tant que ce système ne sera pas clairement identifié, assumé et démantelé, aucun sélectionneur, aussi compétent soit-il, ne pourra réussir durablement.

Le changement ne viendra pas d’un nom, mais d’une méthode. Pas d’un homme providentiel, mais d’une gouvernance responsable. La balle est désormais dans le camp de la Fédération. À elle de prouver que les fuites ne sont pas des décisions déguisées, et que l’avenir des Éperviers se construit enfin au grand jour, et non dans l’ombre.

Fabrice KA

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