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Affaire Yaya Touré-Anicette Konan : diplôme affiché, texte défaillant

La publication annoncée du livre d’Anicette Konan Blessing, centré sur sa relation supposée avec l’ancien international ivoirien Yaya Touré, continue de susciter débats et réactions. Mais au-delà du tumulte médiatique autour de la vie privée d’une personnalité publique, c’est un autre sujet, plus profond et plus inquiétant, qui émerge : la question de l’exigence intellectuelle, de la rigueur professionnelle et de la valeur réelle des diplômes dans nos sociétés.

Car qu’Anicette Konan revendique une relation avec Yaya Touré, en soi, n’a rien de répréhensible. Comme le résume sans détour l’écrivain togolais David Kpelly, ce n’est « pas grave. Chacun s’accroche à ses propres illusions et démons ». La littérature testimoniale existe, la confession personnelle aussi, et personne ne peut contester à une femme le droit de raconter son vécu, aussi intime soit-il.

Malaise

Il naît précisément dans la dissonance entre le statut revendiqué de l’auteure et la qualité du texte présenté, notamment à travers une quatrième de couverture qui a largement circulé sur les réseaux sociaux. Une page censée être la vitrine intellectuelle d’un ouvrage, son premier pacte avec le lecteur, mais qui, selon de nombreux observateurs, se révèle « bancale sur le fond, imbuvable sur la forme ».

La critique la plus sévère, et la plus structurée, est venue de David Kpelly, écrivain et intellectuel respecté, qui ne s’attaque pas à la personne, mais à ce que le texte symbolise. « Qu’on insiste autant sur un master en journalisme dont on est titulaire, qu’on se présente comme journaliste dans un média public aussi puissant et respectable que la RTI, tout en endossant cette 4e de couverture… c’est alarmant », écrit-il sa sur page Facebook.

Alarme

Car lorsqu’un ouvrage se réclame implicitement d’une légitimité universitaire et professionnelle, il s’expose naturellement à une exigence plus élevée. Or, ce que beaucoup ont cru lire dans cette quatrième de couverture, ce sont des phrases maladroites, une syntaxe fragile, des fautes élémentaires, et une pauvreté stylistique qui interrogent. Pour certains critiques, le texte ne serait « pas même digne du dernier de la classe d’un collège de bourgade », assène M. Kpelly.

Dès lors, la question dépasse largement ce livre précis. Elle touche à un problème structurel : que faisons-nous de l’enseignement supérieur et des diplômes dans nos contrées ? À quoi servent-ils, s’ils ne garantissent plus ni maîtrise de la langue, ni rigueur intellectuelle, ni sens de la responsabilité éditoriale ?

Le journalisme, surtout lorsqu’il est exercé ou revendiqué dans un média public comme la RTI, suppose une éthique, une discipline et une compétence linguistique minimales. Non par élitisme, mais parce que la langue est l’outil central du métier. Publier un livre en mettant en avant un master en journalisme tout en livrant un texte perçu comme négligé revient à exposer toute une profession à la suspicion.

Il ne s’agit pas ici d’humilier, encore moins de nier le vécu personnel de l’auteure. Il s’agit de rappeler que l’émotion ne dispense pas de la forme, et que la souffrance alléguée n’excuse pas la faiblesse rédactionnelle lorsqu’on prétend occuper un espace intellectuel et médiatique.

En somme, ce livre, plus que son contenu, agit comme un révélateur. Il met en lumière une crise silencieuse : celle de la dévalorisation du savoir, de la banalisation du diplôme et de la confusion entre notoriété médiatique et légitimité intellectuelle. Et c’est sans doute là, plus que dans son récit intime, que réside sa véritable portée, involontaire mais profondément inquiétante.

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