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  • Au Togo, sit-in devant toutes les banques à partir de ce lundi 25 août

    Au Togo, sit-in devant toutes les banques à partir de ce lundi 25 août

    Le secteur bancaire sera paralysé à compter de ce lundi 25 août  sur l’ensemble du territoire togolais. C’est ce que décident les syndicats pour protester contre le licenciement d’une quarantaine de leurs camarades émargeant à Sunu Bank. Explication !

    En soutien à leurs camarades licenciés par Sunu Bank, le Syndicat des employés et cadres des assurances du Togo (SYNASSUR) et le Syndicat des employés et cadres des banques, des établissements financiers et des assurances du Togo (SYNBANK) vont observer un mouvement d’humeur à partir de ce lundi 25 août. A travers un sitting devant toutes les institutions bancaires du pays.

    « L’heure est grave »

    Tout part d’une décision jugée unilatérale et grave de Sunu Bank Togo de mettre fin au contrat de travail qui le lie à une quarantaine de ses employés dont Awoula Baba, le secrétaire général du SYNBANK. Avec l’assentiment des autorités togolaises ?

    De toute façon, la décision leur a été signifiée « dans la soirée du vendredi 22 août 2025 après 17 heures (…) en violation de toutes dispositions réglementaires », s’emportent les deux syndicats dans un communiqué rendu public dans la foulée.

    «L’heure est grave. En solidarité avec nos camarades de SUNU BANK TOGO et sur décision du Bureau Exécutif de SYNBANK et de SYNASSUR, tous les camarades de toutes les banques, assurances et établissements financiers du Togo sont conviés à observer un sitting devant leurs institutions et sur l’ensemble du territoire, à compter du lundi 25 août 2025, à partir de 7h30, jusqu’à ce que notre Secrétaire Général et les autres camarades licenciés ne soient rétablis dans leurs fonctions », poursuit la note publique.

    C’est dire que le secteur bancaire sera paralysé le jour du sit-in sur l’ensemble du pays. Pour le moment, l’employeur incriminé n’a pas encore réagi publiquement à la suite de l’annonce du mouvement d’humeur.

    Affaire à suivre donc !

  • Au Togo, « Le parti unique déguisé en multipartisme »

    Au Togo, « Le parti unique déguisé en multipartisme »

    L’universitaire et défenseur des droits de l’homme Ayayi Togoata Apédo-Amah estime que dans son pays le pays le Togo, « Le parti unique » est « déguisé en multipartisme ». En réalité, poursuit-il, c’est « une escroquerie politique encouragée par l’opposition ».

    LE PARTI UNIQUE DÉGUISÉ EN MULTIPARTISME: UNE ESCROQUERIE POLITIQUE ENCOURAGÉE PAR L’OPPOSITION

    En examinant attentivement la situation politique du Togo, il appert que l’ex-parti unique RPT s’est déguisé pour tromper les naïfs. Suffit-il de repeindre un vieux tacot blanc tout pourri en bleu pour proclamer qu’il s’agit d’une nouvelle bagnole ?

    Le moteur n’a pas changé, la carrosserie rouillée n’a pas changé, la puanteur est la même. Quant au chauffeur, il n’a pas changé, de même que les passagers.

    Que veut-on vendre aux Togolais en faisant du neuf avec du vieux ? La situation politique actuelle est pire que sous le parti unique du père Gnassingbé. Le régime de terreur n’a de cesse de grignoter tous les acquis de la lutte du peuple en matière de libertés depuis les années 1990.

    La terrible répression des forces démocratiques est à l’origine d’un grave recul des libertés et d’un affaiblissement des partis politiques de l’opposition. Ils sont devenus attentistes et espèrent un miracle du ciel. La stratégie est brouillonne quand elle n’est pas complice: un pied dedans, un pied dehors. La 5e République que l’on prétend vomir, l’on va se prélasser dans ses délices avec des miettes électorales, comme on jette un os à ronger à un chien.

    Même les militants ne comprennent plus rien. Le boycott massif de la dernière mascarade électorale des communales, est une sanction du peuple envers ceux qui prétendent le représenter.

    Le faux débat oiseux consiste à dire: “Qu’est-ce que le boycott a changé ? d’une part, et qu’est-ce que la participation a changé avec l’humiliation de ses partisans, d’autre part ?

    Le problème ne consiste pas à se moquer de la déconfiture des participationnistes comme certains le font avec délectation. Il s’agit de ne pas se faire complice de la dictature par l’apport de sa caution à ses élections illégales, d’une part, et par l’inaction, d’autre part. Les deux attitudes concourent à la régression du combat libérateur et à la restauration du parti unique RPT. On a du mal à reconnaître ce qui fut appelé l’opposition démocratique dans les années 1990. Les leaders charismatiques de l’époque ont tous disparu avec leurs échecs lamentables et leurs trahisons.

    Conséquence cocasse de ce vide, les partis de l’opposition ont été remplacés par des influenceurs et autres blogueurs des réseaux sociaux. C’est extrêmement grave pour notre lutte, car ces personnes n’ont pas vocation à diriger le peuple et ne se sont pas formées et organisées pour ce faire. Quand des gens les critiquent et se plaignent de leur niveau, ils ont tort, parce que ces influenceurs profitent du vide créé par les partis politiques, et ils ont raison.

    Il faut que des partis politiques sérieux, honnêtes et patriotiques reprennent le leadership de la lutte. S’il n’y en a pas, ils doivent être suscités par tous ceux qui ont vocation à devenir des leaders politiques, et ils sont très nombreux. L’exemple extraordinaire du Parti National Panafricain de Tikpi Atchadam et ses camarades, en 2017, est resté gravé dans la mémoire de tous les Togolais et surtout de la dictature qui a tremblé jusque dans ses fondements. Tout le monde sait ce qu’il faut faire. Mais les ego de leadership bloquent tout. Je le répète: mettre de côté les partis politiques est une erreur. La société civile ne possède pas de troupes. Encore moins, les blogueurs.

    Il faut une vaste coalition des partis politiques et de la société civile et la fin des querelles insensées entre les partis politiques pour ne se consacrer qu’à l’essentiel: le dégagement de la dictature des Gnassingbé. Les vrais leaders naissent de la lutte patriotique et non des querelles de chiffonniers.

    Ayayi Togoata APÉDO-AMAH

  • Telles des bêtes de foire: John Calvert Nayo Bruce, le prince du Togo devenu son propre entrepreneur

    Telles des bêtes de foire: John Calvert Nayo Bruce, le prince du Togo devenu son propre entrepreneur

    Série 5/5 · L’exposition publique de Saartjie Baartman, dite la « Vénus hottentote », au début du XIXe siècle à Londres puis à Paris, annonce la mode à venir des expositions coloniales et des zoos humains. Il s’agit de séduire les foules et de justifier le projet colonial en s’appuyant sur les théoriciens du « racisme scientifique ». Le chef coutumier John Calvert Nayo Bruce a participé à l’organisation du « village togolais » de l’exposition coloniale de Berlin, en 1896. Fort de ce succès, il est devenu son propre imprésario et a exposé les siens à travers toute l’Europe…

    Barbe fournie, large front, regard sévère : l’Autrichien Felix von Luschan a 42 ans en cette année 1896 quand s’ouvre la grande exposition industrielle de Berlin (Berliner Gewerbe Austellung), dans le parc de Trebtow. Parmi toutes les attractions proposées, le médecin et anthropologue s’intéresse tout particulièrement à l’exposition coloniale (Deutsche Kolonial-ausstellung) qui entend recréer l’atmosphère de villages du Togo, du Cameroun et de Nouvelle-Guinée, en exhibant cent six autochtones originaires de ces protectorats de l’empire colonial allemand. Von Luschan a l’intention de photographier ces hommes et ces femmes afin de pouvoir réaliser, par la suite, des mesures anthropométriques. Promoteur du musée ethnologique de Berlin, l’homme restera dans l’histoire comme l’inventeur de « l’échelle chromatique de Von Luschan », un nuancier composé de trente-six plaques de verre opaques utilisées pour classer les « races humaines » selon la couleur de peau…

    Dans le parc de Trebtow, cette année-là, Von Luschan bute sur la résistance des humains exposés à quelque sept millions de visiteurs. L’historienne Nephtys Zwer écrit1 : « Pour dédouaner l’opération de sa dimension mercantile, les organisateurs misaient sur son intérêt scientifique et qualifiaient de “parc scientifico-commercial” cette partie de l’exposition. Son fonds constituera d’ailleurs, par la suite, le musée colonial et commercial de Berlin. Sous couvert de recherche, on étudiait autant les humains et leurs cultures que la faune et la flore. Profitant de la présence des “indigènes” pour réaliser ses mesures, l’anthropologue Felix von Luschan s’est plaint, cependant, de leur peu d’enthousiasme et de “la totale impossibilité d’exercer la moindre contrainte sur eux”. » Sans doute Von Luschan se heurta-t-il alors au caractère bien trempé d’un Togolais au parcours extraordinaire : John Calvert Nayo Bruce.

    Il existe un double portrait photographique de cet homme daté de 1896 (voir ci-dessous). L’intention anthropométrique du photographe semble évidente : le « sujet » y apparaît de face et de profil, crâne rasé, bouc taillé avec soin, pommettes scarifiées, regard intense.

    Si de nombreuses autres images existent, l’itinéraire précis de cet enfant d’Aného (dite alors Petit-Popo, dans le Sud-Est), qui fut un temps la capitale du Togo, demeure peu connu. La plupart des informations disponibles sont issues du travail de la journaliste et écrivaine suisse Rea Brändle (1953-2019), autrice en 2007 de Nayo Bruce. Geschichte einer Afrikanischen Familie in Europa (Chronos Verlag/Gva-Vertriebsgemeinschaft), un essai non traduit en français.

    Prince colonisé devenu producteur

    Né en 1859, Nayo Bruce serait le fils du roi Amuzu Djaglidjagli Bruce. Il aurait étudié à l’École des missionnaires de Brême de Keta, ville du Ghana en bordure du golfe de Guinée, avant de recevoir un enseignement méthodiste à Accra, au Ghana. À 16 ans, lors de son baptême, il aurait reçu le nom de John Calvert. C’est en octobre 1888 qu’il arrive pour la première fois dans l’empire allemand, après avoir été recruté avec trois autres Togolais par un certain Ernst Henrici (1854-1915). Ce professeur et écrivain s’est fait connaître dans les années 1880 comme agitateur antisémite et raciste avant de se tourner vers l’aventure coloniale. En 1887, il s’est rendu au Togo dans le cadre d’une mission gouvernementale. En 1888, il a fondé la « Gustav Nachtigal Gesellschaft für Väterlandische Afrikaforschung », puis, deux ans plus tard, la « Société allemande du Togo ». Ses vaines tentatives pour s’installer comme planteur dans le pays l’auraient mis en contact avec John Calvert Nayo Bruce, lequel aurait, vraisemblablement, été acteur de « Völkerschau » (zoo humain) pendant presque deux ans sous l’égide de la « société allemande du Togo » avant de repartir en Afrique pour le compte de l’administration coloniale allemande.

    Sur le site Black Central Europe, qui se consacre à 1 000 ans de présence noire sur le Vieux Continent, l’historien Robbie Aitken écrit2 : « Quand Nayo Bruce eut vent d’informations sur un projet d’exposition coloniale en Allemagne, il saisit l’occasion pour jouer un rôle clef dans l’organisation de la présence togolaise. C’est ainsi qu’un groupe de vingt-six hommes et femmes togolais (dont un enfant), emmené par Bruce, se rendit à Berlin en 1896 pour la première exposition coloniale allemande montée à Trebtow Park. Parmi les participants, il y avait aussi deux des femmes de Bruce, Ohui Creppy et Dassi, son fils de 3 ans Kwassi, deux de ses neveux, ainsi que les frères Samuel et Joseph Garber. Pendant plus de six mois, les Togolais, comme les autres participants issus d’autres parties de l’empire allemand, furent exhibés devant de grandes foules, incités à présenter leur artisanat et à montrer leurs “traditions” culturelles comme des chants, des danses ou des courses de canoë. » Nayo Bruce aurait lui-même rédigé le contrat régissant la rémunération des hommes et des femmes présentés dans le « village togolais » de l’exposition.

    Publié le 11 octobre 1896 dans le Kölnische Zeitung, un article exceptionnel titré « Eine unterhaltung mit einem Togo-Häuptling »3 permet de se faire une idée du personnage, alors âgé de 37 ans. « La première fois que j’ai visité l’exposition coloniale, un peu avant l’ouverture officielle, parmi toutes les figures nouvelles, exotiques, séduisantes, une en particulier a attiré mon regard, raconte le journaliste. C’était le chef des Nègres du Togo et je ne pouvais me défaire de l’impression qu’il me fit. Tout dans ce personnage singulier s’accordait à merveille. Comment cet homme immense, herculéen, en jupe brillante, un voile rayé de rouge et d’or passé par-dessus l’épaule comme une toge, au visage d’un noir profond sous une chevelure laineuse ornée d’un chapeau bleu avec un profil affilé, bien plus Arabe qu’Africain, regardait, ou plutôt regardait au-dessus de nombreuses étranges personnes ; comment il répondait aux questions de ces hommes connus de lui avec la dignité d’un roi, mais aussi avec la convivialité et les bonnes manières d’un gentleman, tandis que le sérieux de son visage était souvent tempéré par un sourire à la fois curieux et plaisant : tout ceci formait une image étrange et harmonieuse. »

    « Nous ne voulons rien avoir à faire avec les Français »

    Séduit, le journaliste va se rendre plusieurs fois au village togolais de l’exposition pour observer de plus près ce « phénomène ». Il ne manque alors pas de superlatifs pour le décrire : bon, intelligent, réfléchi, riche, « populaire auprès des Blancs », il a « quelque chose du lion en lui », « une force primordiale ». «  Quel modèle il ferait pour Othello ! », s’exclame, lyrique, le reporter, qui finit par solliciter une interview. John Calvert Nayo Bruce la lui accorde, et elle se tient en anglais, une langue que le Togolais maîtrise mieux que l’allemand. Le journaliste dit s’être retenu de toute amélioration stylistique dans la retranscription des réponses.

    Passionnante, cette « conversation avec Nayo Bruce » offre un exemple rare de vrai « dialogue »– même biaisé par l’idéologie de l’époque. Interrogé sur sa présence à l’exposition coloniale, Nayo Bruce soutient être très content d’être là, tout comme ceux qui l’accompagnent. Il raconte ensuite être venu suite à la proposition d’un « ami blanc », précisant qu’il avait déjà l’intention de voyager en Europe pour rendre visite à sa fille, qui y est scolarisée depuis sept ans « afin de pouvoir apprendre tout ce que les jeunes filles blanches apprennent et devenir aussi civilisée qu’elles le sont ».

    Quand on lui demande si personne n’a le mal du pays, Bruce soutient que la plupart des Togolais aimeraient rester en Allemagne pour « améliorer les compétences artisanales qu’ils utilisent chez eux ». Interrogé sur l’impression qu’il a du gouvernement, il livre une réponse qui ne manque pas de piquant, trahissant les tensions qui existent alors entre la Prusse et la France : « Une très bonne impression », dit-il.

    ‘‘Ce que j’aime en particulier, c’est le sens de la justice, les lois, qui ne font aucune distinction. Mais nous savions déjà cela en Afrique : les lois des Allemands sont justes, tout comme celles des Britanniques. C’est différent avec les Français. Chez eux, si deux personnes sont en désaccord, c’est habituellement le premier qui vient se plaindre qui obtient justice, parce que le juge français ne prend souvent pas la peine d’étudier le cas avec attention. Et si celui qui arrive après est Noir et attend justice contre un Blanc, il a déjà perdu. Mais les Allemands regardent les choses avec attention, et une fois qu’ils ont déterminé ce qui est juste, Blancs et Noirs sont traités à égalité. C’est pourquoi nous sommes heureux d’être des sujets allemands. Nous ne voulons rien avoir à faire avec les Français – ils sont en général injustes envers nous, et cela ne leur fait ni chaud ni froid d’abattre un Noir pour un délit mineur’.’

    La parole du chef togolais pourrait sembler, à ce moment de l’interview, dictée par les besoins de la propagande allemande. Mais l’homme ne se contente pas de servir un discours colonial et nationaliste.

    « Nous voulons avoir des avocats et des médecins noirs »

    Il défend aussi un point de vue beaucoup plus engagé, que le journaliste retranscrit avec fidélité. À la question : « Vous n’avez absolument aucune revendication quant aux soulèvements au Togo ? », John Calvert Nayo Bruce répond :

    ”Oh bien sûr, j’ai une revendication ! Vous voyez, nos jeunes aimeraient beaucoup étudier, mais les Allemands ne veulent pas. Ils pensent que lire et écrire est suffisant pour les Nègres, mais ce n’est pas suffisant. Les Britanniques laissent leurs sujets noirs étudier et devenir ce qu’ils souhaitent, mais nous, nous ne sommes pas soutenus en la matière. Bien sûr, [lire et écrire] est suffisant pour les jeunes que j’amène ici pour apprendre à commercer, mais pas pour de nombreux autres. Beaucoup veulent véritablement étudier le droit ou la médecine. Nous voulons avoir des avocats et des médecins noirs.”

    À ce moment de l’interview, la conversation prend un tour résolument politique : le journaliste interroge le Togolais sur les violences commises contre les Noirs – et livre au passage un élément de sa pensée : les Africains subiraient trop la violence des colons… Prudent, voire méfiant, Bruce livre une réponse toute diplomatique : « Je ne veux pas parler de l’Afrique. Vous voyez, je suis baptisé – et depuis, j’ai laissé derrière moi ce qui est arrivé par le passé. Je veux même oublier les injustices dont j’ai été victime. Mais il y a une chose que je vais dire : des choses terribles ont été commises contre les Nègres par des chasseurs et des voyageurs blancs qui s’aventuraient dans la savane. Des choses dont je ne peux dire plus. Nous ne pouvons pas les punir pour cela, mais Dieu les jugera. »

    La suite de l’échange livre quelques informations sur la position sociale de Nayo Bruce : en tant que chef coutumier, il règne sur quelque 2 000 personnes depuis qu’il est monté sur le trône, à la mort de son père. Son nom, Bruce, serait d’origine écossaise et viendrait d’un descendant du roi d’Écosse Robert Bruce – dit Robert Ier (1274-1329) – ayant voyagé et « essaimé » en Afrique. Droit dans ses bottes et ne manquant pas d’humour, Nayo Bruce a aussi une certaine idée de lui-même. Lorsque le journaliste lui demande si le calme et le bonheur règnent sur le Togo, il a cette répartie magnifique d’insolence maîtrisée – parlant de lui-même tantôt à la première personne du pluriel, tantôt à la troisième personne du singulier : « Hmmm… Si l’administration souhaite voir le Togo complètement pacifié et heureux, alors elle devrait nous envoyer comme gouverneur. Il sait comment traiter les Africains et il est un homme juste et bon. »

    La famille en guise de troupe

    À défaut de gouverner le Togo, sa majesté John Calvert Nayo Bruce sera l’un des rares Africains, sinon le seul, à monter son propre spectacle itinérant. Dans son texte4 « La monstration de l’Autre en suisse : plaidoyer pour des micro-études », la spécialiste du sujet Rea Brändle raconte le début de son parcours en ces termes : « La troupe se produisit pour la première fois en public en 1896, en tant qu’hôte officiel de l’exposition coloniale de Berlin où elle s’attira les faveurs des spectateurs en entonnant l’hymne national allemand. Cette partie de la représentation fut conservée par l’impresario Albert Urbach, qui engagea la troupe pour une tournée prolongée entre 1898 et 1900. »

    Vite émancipé d’Urbach, le groupe de Nayo Bruce va circuler sous plusieurs noms : « Die togo-Karawane, unsere Landsleute aus Togo » (Allemagne), « Schöne Mädchen vom Togoland » (Suisse), « Togo Carovana » (Italie), « Les Soudanais » et « Les Togomandingos de l’Afrique occidentale » (France), « Afrikaansche Famille » en Belgique, « Die Togo-Neger, 20 wilde Weiber » (en français : « Les Nègres du Togo, 20 femmes sauvages ») et « Kongolesen mit ihrer weissen Königin » en Allemagne. Ce dernier nom, « Congolais avec leur reine blanche », fait référence à l’épouse albinos de Bruce, Amanua Rebecca Ankrah Kpapo (1875-1952), qu’il plaça habilement au centre de ses « Völkerschau » (zoo humain) à partir de 1903. Elle était « la négresse blanche » ou « la négresse blanche et ses sœurs noires », et elle eut vraisemblablement cinq enfants, pour la plupart morts en bas âge. En 1911, le journal Rheinische Volksstimme rapporte : « Le plus grand miracle de la nature est probablement qu’Amanua a donné naissance à des jumeaux il y a quatre semaines, dont l’un est blanc, l’autre noir. Il est touchant de voir l’amour maternel dont Amanua entoure ses enfants, qui sont de couleurs si différentes. »

    La descendance de Nayo Bruce, qui fait en partie l’objet du livre Nayo Bruce. Geschichte einer Afrikanischen Familie in Europa de Rea Brändle, suit de vastes ramifications. Ses épouses officielles répertoriées se comptent au nombre de cinq, Dassi Comfort Creppy, Ohui Creppy, Dovi Kumi, Yenoussi Erika Johnson et Amanua Kpapo. Il aurait eu vingt et un enfants. L’un d’eux, Kwassi, deviendra relativement célèbre comme musicien de jazz… et organisateur du Deutsche Afrika-Schau avec « village indigène », au milieu des années 1930 (et interdit en 1940).

    « Le seul Africain à s’être émancipé de son imprésario »

    Au bout du compte, la « tournée » de John Calvert Nayo Bruce à travers l’Europe, de la France à l’Allemagne en passant par la Suisse, la Belgique et l’Italie, s’est étalée sur deux décennies avec quelque deux cents représentations. « Sa tournée dura vingt et un ans et traversa neuf pays jusqu’à Achgabat [Turkménistan actuel, NDLR], où J.C. Nayo Bruce décéda le 3 mars 1919 à l’âge de 60 ans, écrit Rea Brändle. Elle fut ainsi l’une des plus longues, et constitue également un cas d’exception à d’autres égards. J.C. Nayo Bruce fut en effet le premier, et, à ma connaissance, le seul Africain, à s’être émancipé de son imprésario – Albert Urbach – après avoir déposé plainte contre lui en 1900 et à avoir repris l’entreprise pour son propre compte. » Selon d’autres sources, Nayo Bruce aurait terminé sa vie à Bakou, en Azerbaïdjan.

    Quoi qu’il en soit, il demeura l’imprésario de sa troupe jusqu’à sa mort. Le fait qu’un Togolais exhibe d’autres Togolais, pour la plupart issus de sa propre famille, a sans doute de quoi surprendre. Comme toute histoire, celle des « zoos humains » est tissée de complexité et riche de cas particuliers.

    En 1994, presque cent ans après l’exposition coloniale de Berlin, le « village de Bamboula » du parc zoologique Safari Africain de Port-Saint-Père, près de Nantes, accueillit vingt-cinq artisans ivoiriens dans des cases traditionnelles reconstituées. L’idée de l’attraction avait germé dans la tête du directeur du parc animalier, Dany Laurent. Lors de l’inauguration dudit village, qui allait créer la polémique, le ruban fut coupé par le Premier ministre ivoirien de l’époque, Daniel Kablan Duncan.

    Source: https://afriquexxi.info

  • Nécrologie: DOGBE Akouavi  dite ” Rogernon” inhumée ce 9 août à Attitogon

    Nécrologie: DOGBE Akouavi dite ” Rogernon” inhumée ce 9 août à Attitogon

    Maman DOGBE Akouavi Joséphine Gnoniugodoé dite ” Rogernon”, rappelée à Dieu le 21 Avril à l’âge de 96 ans, sera inhumée à Attitogon Blama-Condji ce samedi 9 août 2025.

    AVIS DE DECES


    Son Excellence Monsieur Barry Moussa Barqué, Président du Sénat du Togo
    Honorable AFANGBEDJI Komlanvi Sédoufia, Sénateur au Sénat du Togo, ses frères, sœurs, leurs femmes et leurs enfants


    M.SOGBO Kokou Amétépé, Préfet du Bas-Mono
    Honorable DOTCHE Kouassi, Député à l’Assemblée nationale du Togo
    Honorable HOUNAKEY-AKAKPO Kossi Firmin, Député à l’Assemblée nationale du Togo
    Togbé Aristide Ahonsou CHAOLD VI, Chef Canton d’Afangnan-Gbléta, Président du conseil des Chefs traditionnels de la préfecture du Bas-Mono
    Togbé SOSSA Séssinou Blama 1er , Chef traditionnel de Blama-Condji
    M. AFANGBEDJI Akpé Roger, Agent retraité du Port Autonome de Lomé
    M. AFANGBEDJI Amevi Oboubé Lucien, Enseignant à la retraite, sa femme et ses enfants à Lomé
    Mme KOUDAMA Ayaba Catherine née AFANGBEDJI, Commerçante à Lomé, son époux et leurs enfants
    M. DOGBE Afantsao Daniel, Chef de la famille DOGBE à Attitogon, ses frères, sœurs, leurs femmes et leurs enfants
    M. AFANGBEDJI Jacob dit Yacobi, Doyen de la famille AFANGBÉDJI à Attitogon Blama-Condji
    Rev, Pasteur AFANGBEDJI Kodjovi Réné, ses frères, sœurs, leurs femmes et leurs enfants à Lomé
    Pasteur AFANGBEDJI Kafui Julien, ses frères, sœurs et leurs enfants à Lomé


    Les familles : DEGBE, AFANGBEDJI, DEGNON, MIDJRESSO, FOLLY, BLAMA, TSEKOU, KODJO, KOUDJRAMASSAN, ADJAGBEBOU, AKOESSO, AMEZIAN, AGBOGAN , AGBEMEFA …
    Les familles parentes, alliées et amies communiquent la disparition de leur très chère et regrettée :

    Maman DOGBE Akouavi Joséphine Gnoniugodoé dite ” Rogernon”
    Rappelée à Dieu, le 21 Avril 2025 à l’âge de 96 ans.

    ‎Programme des obsèques

    ‎Vendredi 08 Août 2025

    ‎18 H 30 : Veillée de prière et de chants à la maison familiale à Attitogon Blama-Condji
    21 H 30 : Veillée traditionnelle

    ‎Samedi 09 Août 2025

    ‎06 heures : Chapelle ardente
    ‎08 heures 30 : Messe d’enterrement à l’église Méthodiste d’Attitogon suivie de l’inhumation dans la stricte intimité familiale
    ‎11 heures : Début des réceptions

    ‎Dimanche 10 Août 2025

    ‎08 heures : Messe d’action de grâce suivie de sortie de deuil
    ‎
    ‎Maison mortuaire : Domicile AFANGBEDJI AHONTO Bénoit à Attitogon Blama-Condji
    ‎

  • Au Togo, comment “faire triompher la lutte du peuple”?

    Au Togo, comment “faire triompher la lutte du peuple”?

    L’avènement de la cinquième République constitue “un tournant politique majeur ” de l’histoire du Togo, parce qu’il ” a ébranlé la légitimité du pouvoir en place”, analyse le Togolais Dany Ayida, expert en gouvernance et développement, aujourd’hui opposant déclaré au régime de Faure Gnassingbé.

    ”Analyse politique prospective : faire triompher la lutte du peuple

    L’installation de la cinquième République au Togo, le 3 mai dernier, a marqué un tournant politique majeur et a suscité une vive contestation. Les conditions de cette mise en place, perçues comme une violation de la Constitution de 1992 et un enterrement des aspirations démocratiques du peuple, ont entraîné une vague de rejet et de déception massive. Cette situation, qui a ébranlé la légitimité du pouvoir en place, appelle à une analyse approfondie des dynamiques en cours et des perspectives d’avenir pour la lutte togolaise, pour un véritable renouveau politique sur la Terre de nos Aïeux.

    Une opposition citoyenne et une diaspora actrices du changement

    Face à la répression des libertés publiques, les réseaux sociaux se sont imposés comme l’arène principale de la contestation. Ils ont permis une mobilisation sans précédent, traduisant un rejet massif du régime et une volonté d’en faire le bilan après quatre mandats de Faure Gnassingbé.

    Deux figures emblématiques, Gnakade Marguerite et l’artiste Aamron, issues de l’ethnie Kabyè, et précédemment membres de la coterie du régime, ont joué un rôle de catalyseur en apportant une caution nationale aux revendications populaires. Leur adhésion a renforcé la légitimité du mouvement, brisant le tabou de la division ethnique et régionaliste. Mais qu’à fait-on de ce ralliement?

    Parallèlement, l’émergence du mouvement citoyen M66, porté par des blogueurs et des artistes, a donné un élan nouveau à la contestation. En reprenant les revendications historiques de l’opposition, comme la restauration de la Constitution de 1992, le M66 a démontré sa capacité à mobiliser la jeunesse et les citoyens endormis, et à organiser des manifestations d’envergure, s’imposant ainsi comme un acteur incontournable. Il va lui falloir grandir et prendre de l’envergure pour impacter plus efficacement la lutte populaire. Il est sur la bonne voie…

    Vers une nouvelle force d’opposition unifiée?

    La question qui se pose est désormais celle de la suite des événements : comment transformer ce rejet populaire en une force politique capable d’imposer un changement durable ? La réflexion prospective suggère la mise en place d’une nouvelle force d’opposition, ni simple parti politique, ni simple organisation de la société civile, mais une entité enracinée dans le peuple togolais et structurée par sa diaspora. Il s’agit d’une action populaire intelligente qui permet de résister aux barrières posées par le régime et d’imposer le changement voulu.

    Cette force patriotique doit rompre avec les méthodes du passé et adopter une stratégie de rupture. Elle se devra de défier le régime, de l’affaiblir sur tous les fronts, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, en tirant profit du rétrécissement de l’espace politique togolais. Les Togolais de la diaspora, en particulier, ont un rôle crucial à jouer, non plus comme simple soutien, mais comme co-créateurs d’un mouvement d’élan patriotique, avec une obligation de résultat à court terme.

    L’objectif principal est d’empêcher la consolidation de la cinquième République et de capitaliser sur la vaste déception qui traverse toutes les couches sociales du pays. Cette force doit également exploiter l’attention grandissante de la communauté régionale et internationale, qui se montre à l’écoute des revendications légitimes du peuple togolais.

    Les défis de l’unité et du rassemblement

    La réussite de cette nouvelle force dépendra de sa capacité à surmonter les divergences et à fédérer les initiatives existantes. L’enjeu par delà l’abattage de la dictature est de prouver que le Togo qui est debout dispose de personnalités qualifiées, prêtes à prendre en main les affaires du pays.

    Cette nouvelle dynamique devra être inclusive, rejetant tout ostracisme ou chasse aux sorcières. Son rôle sera de rassembler toutes les forces positives engagées dans la transformation nationale, avec pour horizon un Togo renouvelé dans ses valeurs et ses institutions. L’aube tant espérée ne viendra qu’à travers cette convergence et cette détermination collective. Cela demande abnégation et dépassement de soi. Nous voulons y travailler en collaboration avec les actrices et acteurs connus. Et le temps presse!”

    Dany K. Ayida

    (7 août 2025, entre ciel et terre, voir émerger le nouveau Togo)

  • Pourquoi le régime parlementaire n’est pas adapté au Togo ?

    Pourquoi le régime parlementaire n’est pas adapté au Togo ?

    ”Voici les trois raisons qui font du régime parlementaire une sorte de Frankenstein politique dans notre pays”, décrypte Gerry Taama, un ancien député.

    J’ai probablement été le député de la 6ème république à m’être le plus battu contre la constitution de la 5ème république. D’abord en commission des lois dont j’étais membre. Quand je lis aujourd’hui des anneries prétendant que j’ai soutenu ce projet, alors qu’en commission, sur les 11 députés, j’ai voté contre tous les chapitres du projet de loi et contre tout le projet, à main levée, je rigole tristement. Les archives de l’Assemblée nationale sont pourtant là. Bref.

    Le 19 avril 2024, à l’adoption définitive de la constitution, les trois députés du Net ont boycotté la séance. Ensuite, dès le 24 avril. J’ai saisi la cour constitutionnelle en ma qualité de président de groupe parlementaire, pour tenter d’invalider la réforme, sans succès. J’en ai tiré les conséquences et choisi de quitter la politique. Aujourd’hui je suis retraité politique et menuisier.

    Mais pourquoi me suis-je opposé au régime parlementaire? Sur le papier, c’est un régime politique qui a beaucoup de vertus, c’est le descendant de la magna carta, l’ancêtre de la démocratie. Le régime parlementaire permet une distribution harmonieuse du pouvoir entre l’exécutif le législatif et le judiciaire, sans interposition d’un président de la république omnipotent. Bref.

    Voici les trois raisons qui font du régime parlementaire une sorte de Frankenstein politique dans notre pays.

    1: Pas de régime parlementaire sans parlementarisme

    Si je devais faire le point, en 5 ans, il y a eu à peine une vingtaine de députés qui se sont exprimés en plénière en plus du traditionnel “présent” lors de l’appel. Ceux qui étaient assidus dans la prise de parole étaient à peine une dizaine. Et je crois qu’en termes d’intervention, je dois être assez loin devant.

    Mais il ne faut pas trop blâmer les députés parce que ces derniers n’ont pas d’assistant, aucun budget pour la recherche et les enquêtes. S’ils ne sont pas industrieux et dotés d’un socle de connaissances assez poussé, ils ne peuvent pas mieux faire que répondre présent. Pendant les 5 ans, mon Master en droit m’a beaucoup servi, mais quand il fallait étudier le budget, je faisais appel à des professeurs d’université. Sollicitation payantes.

    Sur la quarantaine d’interpellations introduites, j’ai été auteur de 99% d’entre elles.

    Il n’est pas possible d’instaurer un régime parlementaire sans une tradition du parlementarisme. Sans des députés pugnaces, animant avec ferveur le débat parlementaire et le prorogeant sur les médias et dans les agora.

    Comment instaurer un régime parlementaire sans débats parlementaires. La preuve, l’assemblée nationale de la 7ème législature semble assez silencieuse depuis le début de l’année.

    2: Des ministres qui jouent le jeu.

    On ne peut pas établir un régime parlementaire quand les ministres n’accordent aucune importance aux députés.

    Mes premières interpellations étaient orales, c’est-à-dire que les ministres interpellés devraient venir répondre à nos questions. Personne n’est venu. J’ai dû les transformer en questions écrites et il fallait beaucoup râler avant d’avoir des réponses. Certains ministres considèrent l’assemblée nationale comme une simple caisse d’enregistrement, d’où leur attitude désinvolte. Si les ministres ne craignent et ne respectent pas l’assemblée nationale, il n’y a pas de régime parlementaire.

    3: Un premier ministre impliqué

    Le seul premier ministre qui semblait comprendre le devoir de redevabilité était Klassou. Mme Dogbé nous a fui depuis le Vaccingate (que j’avais provoqué) et la crise institutionnelle qui a eu lieu le même jour. C’était en 2021. Après, nous ne l’avons vu que lors de certains événements parlementaires. Dans un régime parlementaire, le premier ministre est omniprésent à l’assemblée nationale puisqu’il est le premier interlocuteur des députés. Il y est quasiment toutes les semaines, à se faire cuisiner par les députés. L’ancien président de la république et nouveau président du conseil est venu une seule fois en 5 ans à l’assemblée nationale, et pour être honnête, je ne le vois pas pointer même une fois par mois pour répondre aux questions pugnaces des députés. Je rappelle que nous avons déjà épuisé une session parlementaire.

    Voilà donc les trois raisons qui me font dire que le régime parlementaire n’est pas adapté au Togo. Les pays anglophones sont mieux préparés. Et des pays comme le Sénégal et la Côte d’Ivoire peuvent migrer, mais au Togo nous en sommes loin. Très loin même.

    Le seul bénéfice de la cinquième république est d’avoir supprimé la limitation de mandats et les élections présidentielles. Le chef de l’exécutif est désormais élu par l’assemblée nationale et si on considère que depuis 1994 c’est le même parti qui gagne ces élections, les jeux sont faits. Circulez, il n’y a rien à avoir. C’est la fin du temps politique.

    La réalité est que nous sommes revenus à un ersatz du parti unique, sans ferveur et saveur. Tout le monde semble hypnotisé, tétanisés. C’est le temps de la désillusion. .

    Pour moi la solution est simple. Il faut sortir de cette impasse. La 5ème république a tué la diversité politique et le débat d’idées. Ceci est intenable dans le temps. Il faut une nouvelle constitution inclusive, plébiscitée par tous les Togolais, comme en 1992.

    Bref, je vais me coucher. Je prêche dans le désert.

    Gerry Taama, ancien député togolais

  • «Ni paix, ni pain.» Dans le nord du Togo, l’état d’urgence dure depuis trois ans

    «Ni paix, ni pain.» Dans le nord du Togo, l’état d’urgence dure depuis trois ans

    Reportage · Depuis juin 2022, la région des Savanes, dans le nord du Togo, vit sous état d’urgence. Cette mesure exceptionnelle vise à faire face à la menace djihadiste venue du Sahel voisin. Mais elle a contribué à plonger une population déjà appauvrie dans une précarité extrême. Les espoirs d’un retour à la normale s’amenuisent, tandis que la riposte militaire s’intensifie.

    À Koundjoaré, il est 18 h 30. Lorsque le muezzin lance l’appel à la prière du soir, les rues se vident en quelques minutes. Des ombres furtives, des concessions closes. Quelques moutons se faufilent entre les hangars déserts du marché. « Depuis trois ans, la nuit est ennemie », confie un habitant qui préfère rester anonyme. Ici, comme ailleurs dans la région des Savanes, dans le nord du Togo, l’état d’urgence sécuritaire en vigueur a profondément bouleversé les rythmes de vie et les libertés. Dans ce climat de tension, l’armée togolaise reste en alerte maximale.

    Le 8 juin, elle a neutralisé un groupe de djihadistes à Kpinkankandi, dans la préfecture de Kpendjal, une zone très exposée aux attaques. Plusieurs dizaines d’assaillants ont été tués, et un important arsenal saisi : des armes, des munitions et près d’une cinquantaine de motos, selon le site d’information republicoftogo.com

    . Cette opération est intervenue quelques jours après la participation du Togo à la deuxième édition de l’exercice militaire Tarha-Nakal (« Amour de la patrie », en tamachek), qui s’est tenu à Tillia, au Niger, du 15 mai au 4 juin. Organisé dans le cadre de l’Alliance des États du Sahel (AES), cet exercice visait à renforcer la coordination opérationnelle des forces armées de ses pays membres, le Niger, le Mali et le Burkina Faso. Pour le Togo, qui n’appartient pas à l’AES mais en est un partenaire stratégique, cette participation s’inscrit dans une logique de coopération régionale face à une menace djihadiste transfrontalière.

    Jusqu’en 2019, peu de Togolais imaginaient voir un jour les djihadistes atteindre leur pays. Mais le 15 mars 2019, un poste mobile de douane est attaqué dans le centre-est du Burkina Faso, à Nouaho (province du Boulgou), non loin des frontières avec le Ghana et le Togo, faisant cinq victimes, dont un prêtre espagnol. Trois ans plus tard, la région des Savanes est devenue un avant-poste de la guerre contre la nébuleuse djihadiste, qui, progressivement, a franchi les limites du Sahel et s’est répandue vers les pays du golfe de Guinée.

    Quatre ans de détérioration continue

    Dans la nuit du 9 au 10 novembre 2021, des hommes armés mènent une attaque contre un poste avancé du village de Sanloaga (préfecture de Kpendjal), sans faire de victime. C’est la première attaque sur le sol togolais. Selon le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, Yark Damehame, les assaillants ont été repoussés, et des renforts ont été déployés sur place. La crise sécuritaire vient de commencer. Elle s’installera dans la durée.

    Si l’incursion de Sanloaga est perçue comme une simple alerte, la suite va rapidement démentir les plus optimistes. Moins de six mois plus tard, la menace se concrétise brutalement : dans la nuit du 10 au 11 mai 2022, une attaque coordonnée cible un poste avancé des forces armées togolaises à Kpinkankandi, dans la préfecture de Kpendjal. Le bilan est lourd : huit militaires sont tués, treize blessés, et des dégâts matériels sont enregistrés. À travers un communiqué du ministre de la Sécurité, le gouvernement togolais condamne cette attaque « lâche et barbare » et invite les populations à accroître leur vigilance sans céder à la panique. Le Togo paie pour la première fois le prix du sang face à un ennemi jadis lointain.

    Depuis, la situation sécuritaire dans la région des Savanes peine à s’améliorer. Située dans l’extrême nord du pays, cette région couvre 8 602 km2 et accueille environ 550 000 habitants, qui vivent essentiellement d’agriculture, d’élevage et de petit commerce. Longtemps abandonnée, elle peine à surmonter son enclavement, et l’accès aux infrastructures de base y est faible, en dépit des récents efforts du gouvernement.

    « Une expansion délibérée et stratégique »

    Selon un rapport de la Fondation Konrad-Adenauer publié en mars 2025, les incidents armés se sont multipliés à un rythme soutenu dans les quatre préfectures de Kpendjal, Kpendjal-Ouest, Tône et Oti. « Depuis la fin 2023, les groupes armés ne se contentent plus de frapper les localités situées sur la frontière directe avec le Burkina Faso. Ils se projettent désormais en profondeur dans le territoire togolais, en visant des cantons situés plus au sud. Des attaques ont été également enregistrées dans les préfectures de l’Oti et l’Oti-Sud. », écrivent les auteurs du rapport.

    Fin novembre 2023, le gouvernement déclarait avoir enregistré 21 attaques depuis le début de la crise avec un bilan de 31 morts, 29 blessés et 3 disparus. Les informations recueillies par l’organisation indépendante Armed Conflict Location & Event Data (Acled), et relayées par le quotidien français Le Monde du 20 juillet 2023, répertorient 14 attaques pour les six premiers mois de cette même année, avec un total de 66 personnes tuées. Les violences ciblent à la fois les positions militaires et les villages civils, et sont souvent accompagnées de l’utilisation d’engins explosifs improvisés pour retarder ou compliquer l’intervention de l’armée. Le rapport de la Fondation Konrad-Adenauer souligne que, depuis l’an dernier, la zone d’action des groupes terroristes s’est élargie. La progression des opérations du JNIM (Jamāʿat nuṣrat al-islām wal-muslimīn, en français Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, GSIM) – qui avait revendiqué l’attaque de Kpinkankandi en mai 2022 – constitue, selon Acled, « une expansion délibérée et stratégique plutôt qu’un simple débordement ».

    Parmi les groupes djihadistes opérant au Togo figurent également Ansarul Islam (la filiale burkinabè du JNIM), l’État islamique au Sahel (EIS) et divers groupes non identifiés. Bien qu’aucune portion du territoire togolais ne soit occupée par les groupes armés, cinq ans après les premières attaques, on constate d’importants mouvements de population. Selon le Programme d’urgence de renforcement de la résilience et de la sécurité des communautés (Purs), 8 986 personnes étaient enregistrées comme déplacées internes dans les localités de Dapaong, Mandouri, Tchimouri, Ponio, Tambonga et Korbongou en mars 2024. À ce chiffre s’ajoutent 36 984 réfugiés venus du Burkina Faso, selon la même source.

    Silence sur les opérations militaires

    Après avoir enregistré deux attaques en six mois, les autorités togolaises comprennent que la menace va s’enraciner. Réuni en Conseil des ministres le 13 juin 2022, le gouvernement place la région des Savanes sous état d’urgence sécuritaire. Pour l’exécutif, il s’agit de « créer un environnement et les conditions propices aux mesures administratives et opérationnelles nécessaires à la bonne conduite des opérations militaires, au maintien de l’ordre et de la sécurité dans cette région ». Cette mesure exceptionnelle, censée donner plus de marge de manœuvre à l’armée pour riposter, contenir les infiltrations et protéger les populations, va bouleverser durablement la vie quotidienne des habitants. Couvre-feu nocturne, interdiction de se rassembler, multiplication des check-points et renforcement des patrouilles réorganisent la vie sociale.

    Malgré un déploiement militaire massif, à travers l’installation de plusieurs nouveaux postes militaires, le creusement d’une tranchée le long de la frontière avec le Burkina Faso et les restrictions imposées par l’état d’urgence, les groupes armés ne plient pas. Ils semblent plutôt adapter leurs modes opératoires, contournant les obstacles pour frapper plus durement et plus en profondeur. Dans la nuit du 15 au 16 juillet 2022, plusieurs villages de la préfecture de Kpendjal (Blamonga, Lidoli, Sankortchagou, Kpembole, Tiwoli) sont la cible d’attaques coordonnées d’une violence inouïe. Cette fois-ci, les victimes ciblées sont des civils soupçonnés, selon certains de leurs proches, d’être mêlés à une affaire de bœufs arrachés à des éleveurs transhumants par les militaires de l’opération Koundjoaré. On dénombre une vingtaine de morts, égorgés. Le chef de l’État, Faure Gnassingbé, se rend au chevet des familles endeuillées.

    Face à la brutalité de l’événement, le gouvernement opte pour le silence. Aucune communication officielle ne sera plus faite désormais sur les opérations sécuritaires en cours. Pourtant, les attaques se multiplient de jour comme de nuit : embuscades, engins explosifs improvisés (EEI), enlèvements de civils, vols de bétail… D’abord circonscrite à quelques localités de la préfecture de Kpendjal, la crise sécuritaire s’étend progressivement pour atteindre les préfectures de Kpendjal-Ouest, Tône, Oti et Oti-Sud. Le front de la menace gagne l’ensemble de la région des Savanes avec, pour corollaire, le déplacement massif des populations vers des zones plus sécurisées.

    « Cette année, c’est vraiment la pire »

    À Koundjoaré, chef-lieu du canton du même nom, commune de Kpendjal 1, le grand marché de bétail est fermé à cause de l’insécurité. Le plus important canton de la commune, qui tire l’essentiel de son dynamisme de l’agriculture et de l’élevage, s’asphyxie. Avec l’intensification des attaques en 2022, la plupart des habitants des villages voisins originaires des préfectures de Tône et de Cinkassé, ont préféré regagner leurs villages d’origine. On compte plus de 2 800 déplacés, selon des sources officielles.

    Il est un peu plus de midi. Sous un hangar de fortune en tôle ondulée, au cœur du marché, un petit groupe discute autour d’une revendeuse de tchapalo, la bière locale. Tout autour, le marché peine à s’animer. Étals clairsemés, visages fermés… tout raconte une économie à bout de souffle. Sous le hangar, les discussions tournent autour de la saison des pluies qui s’annonce. Les femmes s’inquiètent du prix élevé des intrants agricoles (engrais, semences, pesticides), alors même que les produits de leurs récoltes peinent à trouver preneurs. L’équation est insoluble pour ces familles qui vivent à la fois de la terre et du marché.

    Près d’un comptoir en bois, une femme s’essuie le front, un bébé au dos, une bassine posée devant elle contenant un sac de jute plein aux trois quarts. La charge a laissé des marques sur ses épaules meurtries. Elle s’appelle Minyém. Âgée d’une quarantaine d’années, elle a rapporté d’une ferme voisine du riz local à vendre. Elle espérait en tirer au moins 350 francs CFA (50 centimes d’euro) la mesure de trois kilos. Mais, devant l’indifférence des rares passants, elle a dû revoir ses ambitions à la baisse. Même à 300 francs, les clients se font désirer : « J’ai cru qu’en ville j’aurais mieux. Mais regarde. Même ici, personne n’achète. »

    Sous le hangar aux piliers poussiéreux, entre deux éclats de voix, un homme, la cinquantaine, renchérit : « Le jour du marché surpassé, mon épouse a eu le même souci. Elle avait amené deux sacs de 100 kg de riz pour les vendre, parce qu’elle préparait les funérailles de sa tante. Mais elle n’a pas trouvé de client. Finalement, une commerçante de Dapaong [le chef-lieu de région, NDLR] lui a proposé de lui acheter le riz à crédit, d’aller le décortiquer et de revenir plus tard avec le produit de la vente. On ne sait même pas quand ! » Il soupire, comme pour chasser l’impuissance, et conclut, amer : « Cette année, c’est vraiment la pire. »

    Morosité générale, en ville comme en campagne

    Du riz au maïs en passant par le sorgho ou le petit mil, les prix des céréales ont chuté. Et pourtant, dans cette région essentiellement agricole, l’hivernage a commencé et, avec lui, les besoins des cultivateurs qui explosent : semences, engrais, petits travaux agricoles… Il faut dépenser pour produire mais l’argent ne circule plus. Pour le monde rural, les restrictions des déplacements, le renforcement des contrôles au niveau des check-points, tous les freins à la circulation des marchandises ont entraîné une forme de torpeur commerciale. « Beaucoup de transporteurs rechignent à venir ici. Trop de barrages, trop de risques », souffle un commerçant de bétail.

    Si les campagnes bradent leurs récoltes, les centres urbains ne sont pas mieux lotis. La ville subit, elle aussi, les contrecoups de l’état d’urgence. Activités économiques ralenties, vie culturelle à l’arrêt… l’asphyxie est palpable. À Dapaong, la vivacité d’antan n’est plus qu’un souvenir. Sur les grandes artères, les motos-taxis attendent le client. Les restaurants et buvettes, autrefois animés jusque tard dans la nuit, ferment plus tôt. Le secteur de l’hébergement peine à remplir ses chambres. « Pas d’événement, pas de clients », explique un gérant d’hôtel. La région, classée désormais en zone rouge, voit les ateliers de formation et les colloques lui échapper au profit de Kara, à 200 km plus au sud. Un coup dur pour l’économie locale.

    La situation est tout aussi morose pour les artistes, surtout de scène. Fin 2024, quelques concerts organisés à l’initiative des autorités avaient suscité un brin d’optimisme dans les milieux culturels. Certains y voyaient les prémices d’un assouplissement, un possible retour progressif à la normale. Mais ça n’a pas duré. En février 2025, une note du gouverneur de la région des Savanes, Affoh Atcha-Dédji, est venue brutalement refermer la parenthèse. Adressée aux préfets et aux maires, à l’issue d’une rencontre consultative élargie aux responsables des forces de l’ordre et de sécurité, aux chefs traditionnels, aux autorités religieuses et aux prédicateurs, la circulaire rappelait le strict maintien des mesures de l’état d’urgence. Elle soulignait, notamment, l’interdiction des activités au-delà de 20 heures, qu’il s’agisse de mariages, de veillées funèbres, de prières nocturnes ou même de simples soirées dans les bars. Même le carême musulman n’a pas échappé aux restrictions, les appels des muezzins n’étant désormais tolérés que dans les grandes mosquées de quartier.

    « Sans scène, on ne vit pas »

    Pour les acteurs culturels, ce rappel est un coup de massue. « Il est quasi impossible d’organiser un spectacle qui doit se terminer à 20 heures. Et sans scène, on ne vit pas », déplore Souleymane Inoussa, slameur et président de l’Association des acteurs culturels de la région. Peu de voix, cependant, s’élèvent pour critiquer ouvertement l’état d’urgence. Pour certains, c’est un moindre mal face au risque de propagation de l’insécurité djihadiste. « Nous comprenons la nécessité de la sécurité. Mais, aujourd’hui, nous n’avons ni paix, ni pain », regrette un leader communautaire.

    Appuyé par ses partenaires, plusieurs agences onusiennes et l’Union européenne (UE) notamment, le gouvernement multiplie les actions pour soutenir les populations : distribution de semences et d’intrants agricoles, distribution d’aide alimentaire à plus de 60 000 personnes, renforcement de l’accès à l’eau potable et aux soins. Depuis fin juin 2025, le Purs vise à conjuguer assistance humanitaire et autonomisation des personnes déplacées, à travers des travaux à haute intensité de main-d’œuvre (programme Himo) pour réaliser des infrastructures locales.

    Dans les campagnes reculées, on survit grâce à des activités précaires et souvent dangereuses, loin des radars de l’aide. « Les enfants n’ont pas de boulot. Nous avons pourtant besoin d’acheter la cola, du tchapalo et du savon. Où allons-nous trouver l’argent si nous restons à la maison ? Voilà pourquoi nous sommes ici », s’exclame, assise au bord de la rivière de Kpadjenta, une femme d’une soixantaine d’années, pagne noué haut sur la taille. Elle regarde ses petits-enfants remplir des bassines de sable. Depuis plusieurs semaines, elle revient quotidiennement sur ce site avec eux. « Au bout d’une semaine, on peut faire un tas et le vendre à 2 000 francs [environ 3,5 euros, NDLR]. »

    Dans certaines localités des préfectures de Kpendjal et de l’Oti, la coupe du bois ou la production du charbon de bois ne sont plus des activités d’appoint. Elles sont devenues la principale source de revenus de familles entières. Mais, dans cette région où les engins explosifs improvisés jonchent les sentiers et où les incursions armées sont une menace constante, gagner sa vie signifie désormais la risquer.

    Source: afriquexxi.info






  • Rectificatif de la rédaction à propos de l’article sur la retraite complémentaire des ex-agents de la TdE

    Rectificatif de la rédaction à propos de l’article sur la retraite complémentaire des ex-agents de la TdE

    La rédaction du site d’informations Renouveau228 tient à revenir sur sa publication en date du 30 juillet 2025, relative à une situation impliquant un groupe d’anciens agents de la Togolaise des Eaux (TdE) au sujet de leur retraite complémentaire.

    Après un examen attentif et une relecture critique de notre démarche éditoriale, nous reconnaissons que l’article publié n’a pas respecté, comme il se doit, les principes fondamentaux du journalisme, notamment l’équilibre de l’information et la vérification rigoureuse des faits auprès de toutes les parties concernées.

    En effet, l’article en question a donné une vision partielle de la situation, en s’appuyant exclusivement sur la version des ex-agents, sans donner à la direction de la TdE l’opportunité de faire entendre sa voix. Ce déséquilibre dans le traitement de l’information a pu laisser croire que l’entière responsabilité du différend lui incombait, ce qui ne reflète pas fidèlement la réalité.

    Nous reconnaissons que cette omission a pu porter atteinte à l’image de la TdE, entreprise publique investie d’une mission essentielle : garantir un accès durable à l’eau potable et assurer une gestion responsable du secteur de l’assainissement au Togo. La rigueur journalistique exige que de telles entités, comme tout autre acteur, bénéficient du droit de réponse avant toute conclusion publique.

    C’est pourquoi, dans un souci de transparence et d’équité, Renouveau228 s’engage à revenir très prochainement sur ce dossier, en publiant un article complémentaire tenant compte des versions et précisions de toutes les parties concernées.

    En attendant, la rédaction présente ses excuses les plus sincères à la direction générale de la TdE pour les désagréments que cette publication a pu engendrer.

    La Rédaction

  • Le Risque Aamron: l’éthique c’est maintenant!

    Le Risque Aamron: l’éthique c’est maintenant!

    Et toi, Aamron, tu as été torturé et tu as payé un prix élevé dans cette mission sacrée; ce n’est donc pas le temps de te tromper d’analyse et de positionnement dans cette lutte; ce n’est pas le moment de semer la confusion, de tergiverser ou même d’ébranler la confiance placée en toi.

    C’est intéressant les objections de Carlos Kétohou à destination de notre ami Aamron.

    Le mérite de M. Kétohou C’est d’avoir assez bien organisé la présentation de ses réserves et objections ; cela en permet une bonne compréhension et des réactions tout aussi claires et compréhensibles.

    D’une manière générale, comme les quelques autres réactions dont j’ai pu prendre connaissance, à des degrés divers, un SÉRIEUX AVERTISSEMENT est adressé à Aamron : NE VOUS TROMPEZ PAS SUR LE TOGO ET SUR LA PERSONNE DE FAURE GNASSINGBÉ ! C’est aussi clair que cela comme fil conducteur de toutes les réserves exprimées.

    Cher Aamron,
    Le Drame Togo ne date pas d’hier… En conséquence, les Togolaises et les Togolais ont vu bien d’eau, beaucoup trop de volume d’eau couler sous le pont, et même sur le pont qu’ils traversent vers la rive de la Dignité, l’autre côté de la République: une République totalement ÉTHIQUE, là où chaque chose est à sa place, là où chaque citoyenne ou citoyen SAIT S’EMPÊCHER de faire ou de favoriser ce qui ne relève pas des Lois, Traditions et Pratiques.

    S’empêcher par exemple de mentir dans l’espace public, de tricher la République, de battre ou de torturer soi-même ou sous son autorité d’autres personnes, etc. Tout ceci n’est pas une fiction : Sylvanus OLTMPIO en a fait amplement la démonstration.

    Voilà le chemin de la quête du Togo perdu, depuis si longtemps; la quête assidue à laquelle se livrent les Togolaises et les Togolais de tous les horizons.

    Et toi, Aamron, tu as été torturé et tu as payé un prix élevé dans cette mission sacrée; ce n’est donc pas le temps de te tromper d’analyse et de positionnement dans cette lutte; ce n’est pas le moment de semer la confusion, de tergiverser ou même d’ébranler la confiance placée en toi.

    Toi Aamron, le GRAND MALAISE que tu répands actuellement sur la responsabilité directe et personnelle de Faure Gnassingbé, en termes du droit positif, codifié, et du simple bon sens, est une méprise gigantesque qui peut se retourner contre toi. Bien d’autres et non des moindres Togolais sont passés par là : Gilchrist OLYMPIO lui-même y a laissé sa peau, son honneur, en plus de révéler son incompétence politique au grand pour.

    Comme tu le sais, Aamron, aujourd’hui, il n’est resté à Gilchrist OLYMPIO pourtant fils de Sylvanus OLYMPIO, que déshonneur, mépris, abandon à son triste sort.

    Ton souci de vouloir FAIRE NATION AU TOGO est visible, lisible et très évident… C’est une posture louable. Néanmoins, les responsabilités particulières de Faure Gnassingbé ne sont pas à effacer, autrement que dans un cadre républicain bien approprié, après que lui-même, Faure Gnassingbé, eut assumé ce qui est encore de son ressort: une AMNISTIE générale ainsi que la LIBÉRATION des prisonniers d’opinion actuellement embastillés et soumis aux mêmes tortures que toi-même Aamron avait malheureusement connues.

    Voilà véritablement où nous sommes au Togo : ne pas diluer précipitamment les responsabilités de qui que ce soit, avant que ce ne soit le moment de Justice et du Grand Pardon au Togo.

    FAIRE NATION ENSEMBLE au Togo, Faire TogoYéyé, demeure la vraie rupture compétente et responsable, mais aucunement complaisante pour restituer le Togo à sa seule destinée fondatrice, bien connue de NOUS : un pays de TRAVAIL, un État de LIBERTÉ, une PATRIE pour chacune et chacun de NOUS-MÊMES-TOUS.

    Les Togolais sont donc aux aguets, très vigilants, pour ne plus laisser la place aux hasards de la méconnaissance et de l’amateurisme, très quelconques, qui viendront leur proposer encore plus de ces illusions qu’ils ne peuvent d’ailleurs plus se permettre.

    Cher Aamron,
    Vous avez le droit de n’être qu’artiste et citoyen, dans l’ordre que vous voulez… Mais, pour peu que vous y associiez le noble et exigeant “Devoir de Politique”, souscrivez alors à la rigueur de la non-falsification des responsabilités et de la douloureuse réalité qu’il nous faut reconnaître, toutes et tous, pour mieux la transformer en un AVENIR de vérité partagée : le Togo Qui Nous Ressemble et Nous Rassemble…

    Désormais, avec flexibilité certes, sans complaisance trompeuse toutefois… Que le risque Aamron que les Togolais prennent, actuellement, ne devienne pas si rapidement une autre incertitude ou déception au Togo… Vivement!

    Pierre S. Adjété
    •28 juillet 2025•
    POUR Le Togo | Nous Bâtissons Demain.

  • Tavio Amorin, à jamais dans les coeurs

    Tavio Amorin, à jamais dans les coeurs

    23-29 juillet 1992 – 23-29 juillet 2025 : il y a 33 ans que le jeune opposant Tavio Amorin est assassiné. Plus de trois décennies après, ceux qui lui ont été ôté la vie n’ont jamais répondu devant la loi. Hommage du MO5.

    L’assassinat de Tavio Amorin est plus qu’un drame national. C’est une perte inestimable pour une jeune nation comme le Togo qui a plus que besoin du talent et de l’engagement de ses fils. Des plus doués surtout. Pour ces compagnons et pour ceux qui l’ont approché, Tavio était tout simplement né pour conduire et indiquer la voie.

    En effet, il y a 33 ans jour pour jour, la nation entière s’était réveillée sous l’onde de choc que les médias et le bouche-à-oreille ont entraînée dès l’annonce du lâche et cruel attentat au fusil mitrailleur qui a fauché ce compagnon. Ce fut un acte de haute barbarie commandité par les ennemis du peuple togolais, les assassins de la liberté : Eyadéma et ses partisans. Quoiqu’il en soit, les mains qui ont exécuté ce jeune homme d’une stature exceptionnelle, sont connues : Boukpessi et Karéwé. Le peuple togolais attend le jour de vérité et de justice. En ces jours de souvenir, le MO5 qui doit son appellation compacte et sonnante à l’intelligence et à l’esprit inventif de ce co-fondateur regretté, invite la nation toute entière à prier avec ferveur pour le repos de son âme.

    Le MO5 renouvelle ses hommages à l’illustre compagnon et propose aux lecteurs cette biographie intitulée TAVIO, COMME UN MÉTÉORE, publiée il y a 33 ans par un journaliste togolais de talent: Léopold Ayivi qui périra, lui même, ironie du sort, sous les balles meurtrières des tueurs à gage d’Eyadéma Gnassingbé et clan:

    « Tavio est né en 1958, année où la lutte pour l’indépendance battait son plein. Son père Carlos Amorin, à l’époque agent de la UAC, était engagé dans cette lutte aux côtés de Sylvanus Olympio et d’autres comme Firmin Abalo, Michel Folly… De sa mère, Adolé née Goeh-Akué, commercante de naissance, mais anciennement caissière à la BCEAO, Tavio était le premier garçon et le dernier enfant après ses trois sœurs: Sophie, Henriane et Chantal.

    Tavio a passé son enfance à Anagokomé dans la maison familiale, maison Amorin, sise Avenue Thiers à l’époque. C’était une grande maison qui, pendant les grandes vacances, arrivait à rassembler une cinquantaine d’enfants. Ce cadre lui a permis de développer l’esprit d’équipe et de cultiver la tolérance. Il fit ses premières années scolaires à l’école catholique de Kokétimé. C’était en 1964 où il était admis à la garderie. Il suivit le cours normal jusqu’au CM2 où il obtient son CEPE avec mention très bien, en 1970, date à laquelle il entame ses études secondaires au collège Saint Joseph.

    Un très bon élève

    Tavio était un très bon élève, toujours classé parmi les premiers. Il était le potache qu’on aimait bien. Sauf qu’il écrivait comme un … crabe. Et il a gardé cette calligraphie extrêmement nerveuse, jusqu’à l’âge adulte. Le football était son violon d’Ingres. Cela a failli déjà lui coûter la vie. C’était en 1969 à Kokétimé, où il avait été élève quelques années auparavant. La partie était âpre, comme on savait en livrer à cet âge-là. Sur une balle aérienne, deux têtes entrent en collision. Celle de Tavio, sans doute plus fragile, se mit à enfler à vue d’œil. On appela un médecin à son chevet : ce médecin était un certain Dr Marc Atidépé.

    Depuis qu’il est rentré d’exil, tous les samedis après-midi, il retournait à l’école catholique de Kokétimé revivre l’ambiance de son enfance. Son autre grande passion était les bandes dessinées. Il lisait tout le temps Akim, Blek le Rock, Nevada, Capitaine Swimg, Piscou, et suivait Tintin et Milou dans toutes leurs pérégrinations. Même devenu homme politique, il ne dédaigne pas emprunter les BD de ses neveux. Ce fils unique, seul garçon parmi trois filles, n’avait pas été choyé par sa mère. Son éducation fut tout à fait spartiate, comme la petite bourgeoisie de l’époque savait en donner à ses rejetons. S’il arrivait à Tavio de se rendre coupable de quelques menus méfaits, il recevait fessées et gifles comme tout le monde : Sa maman l’obligeait à laver lui-même son linge. Et s’il refusait d’obtempérer, il était tout simplement privé du prochain repas. Après son baccalauréat au collège Saint Joseph en 1977, (mention bien), il part en France, à Poitiers. Deux ans après, il monte à Paris, disant qu’il en avait ras-le-bol de la province, de Poitiers et de ses maths-physiques. Il reste donc à Paris où il étudie l’informatique et l’organisation. Plusieurs stages dont un chez Matra, la grande firme française, l’aide à affûter ses armes. Il savait se « débrouiller » comme on dit. Il est inventif et imaginatif. Témoin, cette histoire dont les téléspectateurs français se souviennent pour l’avoir apprise sur FR3, l’une des chaînes françaises. Pour arrondir ses fins de mois, un étudiant togolais du nom de Tavio Amorin avait monté une petite affaire tout à fait surprenante de simplicité et d’originalité : il avait passé une annonce, s’était constitué un fichier. Les clients l’appelaient pour lui communiquer l’heure à laquelle ils voudraient avoir leurs croissants pour le petit déjeuner. Tavio passait alors commande au boulanger, livrait les croissants, et palpait à son tour la galette sous forme de ristournes et de pourboires. Cette initiative lui a valu les honneurs de la troisième chaîne française dans une émission de jeunes. Il travaille ensuite chez des importateurs de produits tropicaux en qualité de responsable des achats. Quand il décide de revenir en Afrique, c’est par cette filière qu’il est envoyé à Abidjan.

    Il n’aurait pas pu rentrer au Togo pour des raisons politiques. Venu en vacances au Togo en 1980, et eu égards à ses liens familiaux avec Francisco Lawson, lui-même en exil, il a eu maille à partir avec un officier supérieur de l’armée en poste à Kara, qui avait proféré des menaces à son endroit : «où que tu sois, on te retrouvera». A la suite de cet incident, il n’a plus remis pieds au Togo jusqu’à la proclamation de la loi d’amnistie en 1991. Entre temps, il obtient en France le statut de réfugié politique, mais n’a jamais pris la nationalité française, contrairement à ce que beaucoup croient.

    Admirateur de Nkrumah

    Pour son âge, il avait une culture politique tout à fait remarquable. C’est qu’il ne faisait jamais les choses à moitié. Bien que n’ayant pas fait des études de droit, il s’est intéressé à la chose juridique, et à la chose politique. Sa formation politique est à la foi livresque et reçue « sur le tas » avec les jeunesses du parti communiste français, puis avec les jeunesses du parti socialiste français, tendance Jean-Pierre Chevènement. Grand admirateur de Kwame Nkrumah, de George Padmore, de Marcus Garvey et de toutes les grandes figures du mouvement panafricaniste, Tavio considérait que la plus grave offense qui ait été commise à l’égard de l’Afrique, ce fut la balkanisation du continent. D’où son admiration sans borne pour ceux qui à ses yeux apparaissent comme les pionniers de l’unité africaine. Entre le père et le fils, les rapports étaient ceux qui pouvaient exister entre deux êtres qui s’estimaient mutuellement et se comprenaient à demi-mot. Et si l’éducation spartiate dont il avait été question plus haut ne permettait pas entre le père et le fils une familiarité trop grande, Tavio à force d’être resté constamment dans le sillage de son père, d’humer et de s’imprégner de son parfum, a fini par s’identifier totalement à ce patriote courageux et généreux.

    A l’endroit de sa mère, Tavio nourrissait une véritable vénération. La mère et le fils étaient pourtant bien si loin de s’entendre parfaitement sur tous les sujets. Maman Tavio n’aimait pas le goût prononcé que manifestait son fils pour la politique. Elle ne ratait aucune occasion pour le lui faire comprendre. Elle revendiquait son droit d’attendre de son fils qu’il entame une carrière véritable, fonde un foyer et fasse « plein de petits ». Mais pour le fils, la politique était au-dessus de tout et passait avant tout. La maman, dès le début du renouveau démocratique et vu la part prise par son fils aux travaux de la conférence nationale souveraine, avait très peur pour lui. Elle était convaincue que la politique était un jeu dangereux et que Tavio ne devait pas se mêler de tout cela. Malheureusement pour le fils, le sort en était jeté, le destin s’était mis en branle. L’enfant était happé par le flot impétueux des courants irrésistibles qui conduisaient le Togo vers la démocratie. Tavio était de tout son être, de toute son âme, plongé dans la fièvre démocratique qui a fini par le consumer.

    Prémonition

    Mercredi, la veille de l’attentat qui devait l’emporter, il rendait visite à sa mère. Il revenait lundi d’une mission à Damas (Syrie) et c’était la première fois depuis son retour de mission, que la mère revoyait son enfant. Elle le fixa longuement. La soudaine intensité du regard maternel ne manqua pas d’intriguer le fils qui fit remarquer : «Mais tu me regardes tout le temps! (…) Ça me fait de la peine parce qu’un beau jour on va m’assassiner. Et ta douleur… Non je n’ose pas penser à ce que sera ta douleur. » Le lendemain, la prophétie se réalisait. Tavio tombait sous les balles de son assassin.

    La maman avait beaucoup souffert moralement des dangers et des risques énormes de la vie qu’avait choisie de vivre son fils. Après le 3 décembre 1991, Tavio s’était exilé à Cotonou. Il revint à Lomé pour une réunion du Haut Conseil de la République. Sa mère le voyant arrivé à la maison, manqua de tomber dans les pommes. Ce fut un grand choc pour elle. Elle avait été soulagée de le voir partir pour l’exil. Et voilà Tavio qui revenait… Depuis qu’il est rentré au Togo, il ne s’était jamais protégé. Il n’avait même pas de gilet pare-balles. Il n’avait pas d’arme. Il disait : « Même si je prenais des gardes du corps, si cela devait arriver, ce sont ces mêmes gardes qui vont me tirer dessus». Mais quand il était rentré du voyage lundi, il était un peu plus corpulent que d’habitude. Il portait un gilet pare-balles : «Voilà, ditil ce que j’ai ramené pour me protéger». Il avait donc son gilet lundi. Mardi également. Mercredi, il ne l’avait pas porté. Jeudi non plus. Et c’est précisément ce jour que les balles l’ont fauché ».

    Tino Agbélenko Doglo, MO5

Radio Renouveau228

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