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Opposition en colère à Lomé

La DMP, la DMK, le Front « Touche pas à ma Constitution » et la LDP ont animé une conférence de presse ce matin à Lomé, au siège de la CDPA, en marge du sommet des présidents des Assemblées nationales des pays francophones d’Afrique, qui s’ouvre cet après-midi dans la capitale togolaise. Cet événement coïncide avec la rentrée parlementaire des députés togolais, marquant l’ouverture de la première session ordinaire de l’année 2026.

À travers cette sortie médiatique, l’opposition togolaise entend faire entendre sa voix. Elle dénonce vivement la tenue de cette session de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) à Lomé, estimant qu’elle constitue une caution au régime en place, qu’elle juge installé depuis plus de soixante ans.

CONFERENCE DE PRESSE CONJOINTE – DECLARATION LIMINAIRE – LOME 7 AVRIL 2026

DÉCLARATION LIMINAIRE


« La jeunesse africaine représente l’avenir de la Francophonie, l’ignorer met en péril l’avenir de l’organisation. »
La Francophonie est porteuse d’une espérance, parce que son objet est principalement de promouvoir la langue française, la diversité culturelle et linguistique, la paix, la démocratie et les droits de l’homme.
Au regard de l’importance de la démocratie et des droits de l’homme, l’organisation a adopté la Déclaration de Bamako le 3 novembre 2020 à Bamako, au Mali. Un texte fondateur qui définit les principes relatifs aux pratiques de la démocratie, des droits et des libertés dans l’espace francophone. Ce texte majeur est venu renforcer la Déclaration de Saint-Boniface sur la prévention des conflits et la sécurité humaine,
adoptée le 14 mai 2006 à Saint-Boniface, au Canada.

Sur les principes de ces textes fondateurs, se tient à Lomé, au Togo, du 7 au 9 avril 2026, la 17ᵉ Conférence des Présidents d’Assemblée et de Section de la Région Afrique de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF). La conférence se concentrera sur la démocratie, l’État de droit, la coopération interparlementaire, et la situation politique en Afrique, notamment en Afrique de l’Ouest.

En confiant l’organisation de cette 17e conférence à l’Etat Togolais, la Francophonie fait honneur aux autorités togolaises et leur apporte son prestige. Cela signifie-t-il que la Francophonie considère que les autorités togolaises sont porteuses des valeurs de démocratie et d’État de droit, retenues comme thèmes de la conférence ?

C’est une question que nous nous posons en tant que Togolais, au regard de la pratique de la démocratie par les autorités togolaises et du rôle de l’OIF dans notre processus de démocratisation.

Le contexte

Faure Gnassingbé dirige le Togo depuis 21 ans, en ayant succédé à son père, Gnassingbé Eyadéma, qui a été chef d’Etat pendant 38 ans. Actuellement, tout en président l’Exécutif, Faure Gnassingbé n’a plus aucun mandat électif. C’est la conséquence de l’adoption d’une nouvelle Constitution le 19 avril 2024, sans
consultation du peuple, par des députés dont le terme législatif a échu plusieurs mois plus tôt.

Le choix du président de la République au suffrage universel direct a été remplacé par un régime dit parlementaire, dont les caractéristiques ne respectent pas les normes internationales des régimes parlementaires. La nouvelle Constitution ouvre à Faure Gnassingbé une présidence sans limitation de temps et sans obligation d’être élu. Un cas aberrant et unique dans le monde sur lequel l’Organisation Internationale de la Francophonie ne s’est pas prononcée, ni sur la méthode ni sur le contenu.

La jeunesse Togolaise qui a vigoureusement contesté ce remplacement de la Constitution a subi une violente répression durant le mois de juin 2025, causant 7 morts, de très nombreux blessés et de multiples arrestations. Les organisations de la société civile et les partis politiques ont organisé des conférences de presse et des rencontres de sensibilisation, pour protester contre la nouvelle Constitution. Ils ont
parfois été dispersés à coups de gaz lacrymogène au siège des partis et même agressés physiquement par des nervis, notamment le 29 septembre 2024, en présence du parlementaire de la CEDEAO, le député sénégalais Guy Marius Sagna qui avait été blessé, comme la député togolaise Brigitte Adjamagbo Johnson, de nombreux journalistes et citoyens.

Entre les menaces et intimidations des forces pro-démocratie, les interdictions formelles et déguisées de leurs activités, ainsi que les répressions systématiques, l’espace civique est réduit à sa plus simple expression. Une pratique contraire aux valeurs promues par l’OIF.

Après la libération de 75 détenus politiques le 31 décembre 2025, suite à la grève de la faim de plusieurs d’entre eux, et les dénonciations des organisations de la société civile avec le concours des organisations internationales des droits de l’homme, on compte encore environ 70 personnes toujours détenues pour leurs opinions politiques. Certains sont détenus depuis 2018, sans procès. Suite à des traitements inhumains et dégradants, on a enregistré une dizaine de morts en détention ces dernières années. Et, de nombreux cas de tortures ont été reconnus par la Cour de justice de la CEDEAO qui a demandé les relaxes, en vain.

Est-ce ce type de démocratie que célèbre à Lomé la 17e conférence des Présidents d’Assemblée et de Section de la Région Afrique de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie ?

Repères déterminants

L’Assemblée nationale togolaise qui accueille la 17ᵉ Conférence des Présidents d’Assemblée et de Section de la Région Afrique de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, est composée à 95,5% de députés du parti au pouvoir. Peut-elle en l’état être représentative du peuple dans une démocratie au XXIème siècle ?
D’ailleurs, aucun député de l’opposition n’est retenu pour représenter le Togo dans les Assemblées des parlementaires à l’international, y compris l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF).

Le Togo a une Assemblée nationale monocolore issue d’une élection très contestée. Ce résultat calamiteux est aussi le travail des experts de l’OIF qui ont certifié le fichier électoral utilisé en 2024, en déclarant qu’il est « suffisamment fiable ». Tout comme en 2015, les experts de l’OIF avaient déclaré que le fichier était « non fiable, mais consensuel ». Et pourtant, lors de cette évaluation de 2015, les experts de l’OIF avaient fait des recommandations qui n’ont pas fait l’objet de suivi, notamment en soulignant que plus de 75% des électeurs sont inscrits sur témoignage.

A ce jour, 85% des Togolais n’ont pas de carte nationale d’identité. Dans ces conditions, aucun fichier ne peut être « suffisamment fiable » pour la sincérité d’un scrutin. Au Togo, les élections sont devenues un instrument de confiscation du pouvoir, au lieu de réguler la vie démocratique. Et l’OIF les a régulièrement
acceptées, en félicitant l’Etat.

Nos exigences :

Après plus de 20 ans d’exercice du pouvoir par Faure Gnassingbé, le constat est accablant avec une société fracturée, une économie structurellement défaillante et les libertés fondamentales confisquées. En conséquence, nous, les signataires de cette déclaration, rappelons à l’Organisation Internationale de la Francophonie, les exigences que nous formulons aux autorités togolaises :

  • la libération immédiate et sans condition de l’ensemble des détenus politiques,
    environ 70, ainsi que la reconnaissance officielle et la réparation des injustices et
    violations de droits dont ils ont été victimes ;
  • la garantie du retour libre, volontaire et sécurisé de l’ensemble des exilés
    politiques, afin de permettre à chaque citoyen togolais de participer pleinement
    et sans entrave à la vie publique et politique de son pays.
  • l’ouverture d’un processus politique de transition démocratique, inclusif et
    transparent, visant à refonder les institutions de la République, à rétablir
    pleinement la souveraineté populaire et à permettre l’émergence d’un ordre
    politique véritablement représentatif de la volonté du peuple togolais.
    Appel à l’Organisation Internationale de la Francophonie
    Nous, organisations signataires de cette déclaration, appelons l’OIF :
  • à reconnaitre sa responsabilité dans le désordre institutionnel instauré au
    Togo, par sa validation des élections frauduleuses et son silence face aux
    violations des droits et des valeurs démocratiques ;
  • à mettre en cohérence sa rhétorique sur les valeurs démocratiques, les libertés
    et les droits avec ce que vit concrètement la population ;
  • à mettre la jeunesse africaine au centre de ses missions et objectifs,
    particulièrement la jeunesse togolaise qui est traquée à l’intérieur et dans la
    diaspora, et qui souffre d’une privation de jouissance de ses libertés et d’une
    démocratie de façade ;
  • à sortir de l’enferment des relations avec les Etats, afin de s’ouvrir aux peuples
    de l’espace francophone ;
  • à construire la Francophonie des peuples.
    Hier, les jeunes de l’Afrique francophone, notamment ceux du Togo, rêvaient de la
    France, du Canada et de la Belgique pour leurs études. Aujourd’hui, leurs regards
    sont de plus en plus tournés vers la Chine (environ 80.000 étudiants, contre 2.000 il
    y a vingt ans), la Russie, la Turquie, l’Australie, et le Moyen-Orient (Émirats arabes unis, Arabie Saoudite).


L’organisation doit faire sa mue et devenir la Francophonie des peuples, pour ne pas être perçue comme un instrument de l’ère de la françafrique qui soutient les dictateurs en Afrique.

La jeunesse africaine, et togolaise en particulier, représente l’avenir de la Francophonie, il est indispensable que ses attentes soient prises en considération.

Togolaises et Togolais, restons vigilants et mobilisés.
Pour la DMK – ORIGINALE Thomas Kokou NSOUKPOE Superviseur Général Pour la DMP Sambiri TARGONE Coordonnateur
Pour le LDP Tchagnaou OURO-AKPO Président
Pour le front
« Touche Pas A Ma Constitution »
Nathaniel OLYMPIO Premier Porte-Parole

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