« Lettre d’une Africaine » : Kezita, quand le reggae devient prière et révolte
Avec « Lettre d’une Africaine », l’artiste togolaise de reggae Kezita signe l’un de ses titres les plus intimes et les plus bouleversants. Loin d’un simple morceau musical, cette nouvelle œuvre se présente comme une confession à cœur ouvert, née de la douleur, de la foi et d’un profond besoin de vérité.
À travers cette chanson, la « Reggae Woman » du Togo, née Sandrine Ketoglo, transforme une épreuve personnelle en un cri universel, porté par la conscience et la spiritualité.
Écrit dans la souffrance, « Lettre d’une Africaine » évoque la perte d’un être cher qui aurait pu être sauvé, les défaillances du système de santé, et plus largement les injustices qui frappent les plus vulnérables. Kezita y aborde, sans détour mais avec pudeur, la question des droits humains dans le milieu médical et les conditions de vie dans les hôpitaux africains. Le reggae, fidèle à sa tradition contestataire, devient ici un espace de dénonciation, mais aussi de guérison.
Musicalement, le titre s’inscrit dans un reggae roots sobre et habité, laissant toute la place à la voix, aux mots et à l’émotion. Chaque phrase semble pesée, vécue, presque priée. Kezita ne cherche pas à séduire : elle témoigne. Elle écrit comme on survit, comme on se relève. Derrière la mélodie, on devine les brouillons, les silences, les larmes, mais aussi le lâcher-prise et la foi assumée en une force supérieure. « Le Saint-Esprit est puissant », confie-t-elle, rappelant que cette chanson est autant une offrande qu’un exutoire.
Connue pour son engagement social et sa fidélité aux valeurs du reggae conscient, Kezita confirme avec ce nouveau titre son statut de voix singulière dans la musique togolaise. Depuis ses débuts, elle fait du reggae un outil d’éveil, de résistance et d’espérance, fidèle à la philosophie rastafari et aux idéaux de justice, de paix et de dignité humaine.
« Lettre d’une Africaine » est dédiée à Dodo Adogli et à tous ceux qui sont partis trop tôt, injustement. En invitant le public à l’écouter « au calme », Kezita rappelle que certaines chansons ne s’entendent pas seulement avec les oreilles, mais avec l’âme. Une œuvre forte, nécessaire, qui confirme que lorsque la musique est sincère, elle devient mémoire, combat et prière.
Kezita commence sa carrière très jeune, d’abord dans un groupe de danse à l’école, puis comme choriste au sein du collectif South Coast. Elle participe notamment au succès de « Une histoire banale », un titre populaire au Togo et dans la sous-région, avant de trouver sa voie en solo.
Son premier album, So Real , sorti en 2010, est une déclaration d’intention. Composé de quatorze titres, il aborde les réalités sociales, politiques et économiques du Togo et de l’Afrique à travers un reggae ancré dans la conscience collective. Des chansons comme « Au carrefour », « Ghetto Girl » ou « Reggae Time » font écho aux défis quotidiens de la jeunesse togolaise- chômage, marginalisation, quête de sens- tout en les invitant à espérer et à persévérer.
