Catégorie : Politique

  • Togo-La répression des manifestations des 26, 27 et 28 juin sont “d’une gravité inouïe” selon les Evêques

    Togo-La répression des manifestations des 26, 27 et 28 juin sont “d’une gravité inouïe” selon les Evêques

    C’est “avec une profonde préoccupation” que les Evêques du Togo ont suivi la répression des manifestations des 26, 27 et 28 juin à Lomé et dans ses environs. Ces “évènements douloureux” sont “d’une gravité inouïe”, déplorent-ils.

    DECLARATION DE LA CONFERENCE DES ÉVEQUES DU TOGO (CET) SUITE AUX VIOLENCES DES 26, 27 ET 28 JUIN 2025

    Nous, Evêques du Togo, à l’issue de notre 139ème session ordinaire, avions condamné fermement toutes formes de violences d’où qu’elles viennent et dénoncé la culture du mensonge dans notre pays.

    Après avoir suivi avec une profonde préoccupation, affliction et tristesse les événements douloureux qui ont marqué les journées du 26, 27 et 28 juin 2025, suite aux faits d’une gravité inouïe, nous condamnons vigoureusement à nouveau ces violences inacceptables et insoutenables, quels qu’en soient leurs origines, leurs auteurs ou leurs justifications.

    Un usage aussi disproportionné de la force pour réprimer une manifestation, fût-elle illégale, est simplement inadmissible. Nous invitons les auteurs de ces actes répréhensibles à la conversion. Qu’ils n’oublient pas que les cris des innocents sont des lamentations qui montent vers Dieu. Nous rappelons ici, le caractère sacré de toute vie et la dignité inaliénable de la personne humaine. La banalisation de ces principes fondamentaux de toute religion, culture et civilisation, conduit inexorablement au chaos.

    De même, s’entêter à voir le vrai et à faire croire le faux est une violence morale qui brise la cohésion. Il faut se ressaisir par crainte de Dieu et par amour pour notre Nation. Nous nous inclinons respectueusement devant la mémoire de tous les compatriotes qui ont été fauchés dans ces vagues de violences et présentons nos sincères condoléances aux familles éplorées.

    Nous les assurons de notre proximité et de nos prières pour le repos des âmes des victimes et le réconfort de tous. Nous prions également pour un prompt rétablissement des blessés. Nous invitons tous les fils et filles du Togo, en particulier les dirigeants, les acteurs politiques, les Forces de Défense et de Sécurité et les leaders d’opinion, à faire preuve de responsabilité, de retenue et d’engagement sincère pour la construction de notre pays

    Au demeurant, chers fils et filles, chers concitoyens, nous vous exhortons à continuer, sans vous décourager, à prier pour que Dieu nous prenne en pitié. Oui, « le secours nous viendra du Seigneur qui a fait le ciel et la terre » (Ps 120, 2) ; Il est notre bouclier. Qu’Il touche les cœurs de tous les Togolais, “qu’ils s’unissent enfin pour œuvrer généreusement à la construction de la cité terrestre dans sa marche vers la Cité céleste”. (Extrait de la Prière pour la paix au Togo).

    Ce faisant, nous répondrons à l’appel de notre Hymne national : « Togolais, viens, bâtissons la cité ».Dans l’espérance qui ne déçoit pas (Cf. Rm 5, 5), nous implorons la bénédiction de Dieu sur notre cher pays et sur tous ses habitants.

    Fait à Lomé, le 30 juin 2025, En la mémoire des saints premiers martyrs de Rome.

    +Mgr Benoît ALOWONOU,

    Evêque de Kpalimé,

    Président de la CET.




  • Au Togo, plusieurs personnes tuées lors de manifestations, selon des organisations

    Au Togo, plusieurs personnes tuées lors de manifestations, selon des organisations

    Lors de manifestations contre le pouvoir et la hausse des prix, au moins sept personnes ont été retrouvées mortes fin juin, à Lomé, la capitale togolaise.

    Lors des manifestations contre le pouvoir à Lomé, fin juin, au moins sept personnes ont été tuées et des « dizaines » d’autres blessées, ont affirmé, dimanche 29 juin, des organisations de la société civile, dénonçant des « exactions commises par des éléments des forces de l’ordre et des miliciens ».

    De jeudi 26 à samedi 28 juin, réunis parfois par dizaines dans certains quartiers, les manifestants ont été dispersés à coups de gaz lacrymogènes. Des pneus et des barricades en bois ont été brûlés dans certaines rues de la capitale, où de nombreux commerces étaient restés fermés.

    Dimanche soir, le gouvernement togolais a réagi et dénoncé « des tentatives de récupération malheureuses » à la suite de « la découverte et [du] repêchage de corps » dans des cours d’eau de la capitale, jeudi et samedi. « Les résultats des analyses médico-légales (…) ont révélé que ces décès sont survenus par suite de noyade », a démenti le gouvernement dans un communiqué, sans se prononcer sur le nombre de corps repêchés.

    « Le droit de nous exprimer »

    Autre réaction, celle du ministre de l’administration territoriale togolaise, Hodabalo Awaté, à la télévision d’Etat, dimanche soir : « Je voudrais féliciter le bon comportement de nos concitoyens et également le professionnalisme de nos forces de sécurité et surtout les rassurer que le gouvernement prendra toutes les dispositions pour protéger le citoyen togolais. »

    Les manifestations sont rares au Togo ces dernières années, mais il s’agissait du deuxième appel lancé sur les réseaux sociaux à descendre dans la rue ce mois-ci. « Nous sommes dans un pays où des citoyens ont quand même le droit de sortir, de s’exprimer et ils n’ont pas à faire face à cette brutalité mise en place par l’Etat, c’est inacceptable », a déclaré le porte-parole du Front citoyen Togo debout, David Dosseh. Il ajoute : « Nous ne sommes pas des animaux, nous sommes des fils de ce pays et en tant que fils et citoyens de ce pays, la Constitution nous donne le droit de nous exprimer et de manifester pacifiquement. »

    « Mauvais traitements »

    Les manifestants protestaient contre des arrestations de voix critiques, la hausse du prix de l’électricité ou encore la réforme constitutionnelle qui permet à Faure Gnassingbé, 59 ans, de consolider son pouvoir, en place depuis 2005.

    Début juin, les premières manifestations avaient en partie été lancées par le rappeur Aamron, critique du pouvoir, qui avait été arrêté fin mai, avant de réapparaître dans une vidéo le 5 juin, d’un hôpital psychiatrique où il présentait des excuses à Faure Gnassingbé. Il a depuis été libéré le 21 juin.

    Dès les 5 et 6 juin, une cinquantaine d’arrestations avaient été signalées par les autorités. Certains manifestants, majoritairement jeunes, avaient déclaré à Amnesty International « avoir été soumis à la torture ou à d’autres mauvais traitements ». Le gouvernement avait répondu ne pas avoir eu connaissance de tels cas.

    Mi-juin, les autorités togolaises ont suspendu pour trois mois la chaîne de télévision France 24 et RFI, accusées d’avoir relayé des « propos inexacts et tendancieux » après des manifestations du début du mois.

    Avec AFP



  • Au Togo, les FDR attirent l’attention de l’opinion internationale sur la violente répression des dernières manifestations

    Au Togo, les FDR attirent l’attention de l’opinion internationale sur la violente répression des dernières manifestations

    C’est avec la dernière rigueur que le parti les Forces démocratiques de la république (FDR) condamne la violente répression des manifestations pacifiques de ces 26, 27 et 28 juin au Togo. Dans un communiqué, la formation politique de l’opposition, « tire sur la sonnette d’alarme et attire l’attention de l’opinion nationale surtout internationale sur l’inquiétante évolution de la situation sociopolitique dans notre pays le Togo ». En dehors de la sortie musclée des forces de sécurité, dans des maisons pour tabasser les individus avec « une rare violence », c’est surtout l’appel à des « nervis armées » intervenant « à visage découvert pour la plupart, à la répression, aux côtés des forces de défense et de sécurité, ce qui ne laisse aucun doute sur ceux qui les ont envoyés en mission », déplore le parti incarné par Me Paul Dodji Apévon.

    COMMUNIQUE

     AUCUNE REPRESSION, AUSSI FEROCE SOIT-ELLE, NE PEUT ARRETER L’ELAN D’UN PEUPLE POUR LA LIBERTE

     Le parti Forces Démocratiques pour la République (FDR) tire sur la sonnette d’alarme et attire l’attention de l’opinion nationale et surtout internationale sur l’inquiétante évolution de la situation socio politique dans notre pays le Togo.

     En effet, le monde entier a vu sur les réseaux sociaux les effroyables images des sauvages, barbares et ignominieuses violences exercées par les Forces de Défense et de Sécurité (FDS) sur des manifestants à mains nues, sortis pour exprimer pacifiquement leur opposition au changement illégal et illégitime de la Constitution imposée par Faure GNASSINGBE dans un mépris total du peuple, pour pérenniser son règne dynastique au Togo.

    Ces forces de sécurité ont fait des incursions dans des domiciles privés pour passer à tabac, avec une rare violence, tous les habitants, et ont même exercé des exactions sur de simples passants et des citoyens se trouvant devant leur maison, provoquant ainsi de graves blessures à certains.

    Le plus alarmant est la sortie, une fois encore, de nervis armés qui ont participé, à visage découvert pour la plupart, à la répression, aux côtés des forces de défense et de sécurité, ce qui ne laisse aucun doute sur ceux qui les ont envoyés en mission.

     La protection dont bénéficient ces miliciens leur a donné l’assurance de leur impunité et c’est fort de cette assurance que l’un d’eux, un militaire à la retraite, a fait ouvertement sur les réseaux sociaux l’apologie du crime en déclarant qu’ il faut apprendre à tuer au Togo et que si quelqu’un est tué au cours des manifestations, c’est lui qui en est l’auteur.

    C’est dans ce climat de terreur que deux corps sans vie ont été repêchés dans le 4 ème lac à Anfamé, deux autres dans la lagune de Bè. On a appris que ce sont les recherches d’un jeune, toujours porté disparu, qui a sauté dans la lagune pour échapper à la répression qui ont permis de découvrir les deux corps repêchés. Tout cela nous rappelle l’atroce souvenir de la tuerie de la lagune de Bè où 28 corps y ont été repêchés en Avril 1991.

     Depuis sa prise de pouvoir, il y a 58 ans, la dynastie GNASSINGBE a utilisé la répression, les assassinats, les arrestations arbitraires, les intimidations, les manipulations pour s’y maintenir. Les victimes de ces exactions se comptent aujourd’hui par milliers.

    Mais la 5ème République qu’elle tente d’imposer au forceps et par coup de bluff est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, permettant ainsi au peuple togolais de comprendre enfin qu’il est temps de mettre un terme à ce long règne chaotique qui l’étouffe. Ce que Faure GNASSINGBE n’a pas pu faire en 20 ans, ce n’est pas en décrétant le règne à vie qu’il va réussir à le faire.

    En effet, ce que Faure GNASSINGBE et les jusqu’au-boutistes autour de lui font semblant d’ignorer, c’est que leur règne a déjà pris fin. La contestation populaire en cours, lancée par des influenceurs togolais et soutenue par le peuple, avec la descente sur le terrain de jeunes courageux et déterminés, ne s’arrêtera pas.

    Plus ils chercheront à la réprimer par quelques militaires et forces de sécurité instrumentalisés et par des milices appelées en renfort, plus elle s’amplifiera jusqu’à leur chute.

    Nul ne peut résister indéfiniment à l’Esprit.

     Cette contestation populaire permet au monde entier de découvrir encore plus la face hideuse de la minorité pilleuse qui a pris le pays en otage depuis des années.

    Le parti FDR adresse ses vives félicitations à tous les compatriotes qui ont courageusement décidé de braver les dangers de la répression pour dire non à l’imposture de la 5ème République frelatée que des esprits maléfiques tentent de nous imposer.

    Il manifeste sa proximité aux personnes arrêtées, ses compassions à celles qui sont blessées et violentées et ses condoléances aux familles des victimes repêchées dans la lagune de Bè et dans le 4ème lac.

    Le parti FDR lance un vibrant appel aux dirigeants de fait de notre pays à écouter enfin le cri de détresse du peuple togolais qu’ils prétendent gouverner, en faisant cesser les violences gratuites sur les populations, en libérant les personnes arrêtées au cours des manifestations et tous les autres prisonniers politiques, en faisant ouvrir une enquête indépendante pour identifier et traduire en justice les auteurs et commanditaires des répressions qui ont entrainées des mort, en procédant à l’arrestation du militaire à la retraite qui a ouvertement fait sur les réseaux sociaux l’apologie du crime.

    Le parti FDR exhorte tous les Togolais, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, à rester mobilisés et déterminés afin de donner à notre pays un avenir plus prometteur.

     Lomé, le 28 Juin 2025 Le Président National Me Paul Dodji APEVON

  • Infrastructures, modification de la Constitution… Pourquoi ces manifestations contre le pouvoir au Togo

    Infrastructures, modification de la Constitution… Pourquoi ces manifestations contre le pouvoir au Togo

    Les Togolais sont de nouveau sortis dans la rue ce jeudi 26 juin pour protester contre le pouvoir et demander “la démission de Faure Gnassingbé”.  

    Depuis 2017, les manifestations sont rares au Togo mais la police a réprimé ce jeudi des groupes de manifestants dispersés dans la capitale Lomé. “J’ai décidé de tout fermer en soutien aux manifestations déclenchées pour libérer notre pays, car trop, c’est trop. Nous voulons le changement”, a expliqué à l’Agence France-Presse, Hélène, une commerçante du quartier de Hedzranawoé.

    Manque d’emplois, précarité des infrastructures… La colère est globale et la question des conditions de vie est au cœur de la contestation. L’état des routes est également jugé médiocre, alors que la saison des pluies commence au Togo et que les routes se retrouvent totalement inondées.

    Un autre pans de la mobilisation vient de l’augmentation du prix de l’énergie annoncée en mai. “Il y a eu +12,5% d’augmentation des frais d’électricité et les Togolais ne l’ont pas digéré. Ils sont obligés de payer cher pour un service dont ils ne bénéficient pas en termes de qualité. Parce qu’il y a beaucoup de perte d’énergie, elle n’arrive pas à destination, et ce sont des pratiques qui permettent de détourner des fonds”, expliquait à TV5Monde, au début du mois de juin, Mohamed Madi Djabakaté, politique et essayiste. 

    En conséquence, “beaucoup de services en rapport avec l’électricité ont subi des augmentations. Les Togolais ont donc compris que la politique menée a un impact concret sur leur quotidien. Selon des analyses économiques, l’augmentation du prix de l’électricité pourrait entraîner une inflation de 10% à 15% dans les mois à venir”, commentait-il.

    “Des procédures législatives opaques” 

    Dans le pays, où Faure Gnassingbé, président après avoir succédé à son père en 2005, a récemment consolidé son pouvoir grâce à une réforme constitutionnelle, les manifestations sont pourtant interdites depuis 2022. Une interdiction qui est intervenue après une attaque meurtrière au grand marché de Lomé. Les meetings eux, restent autorisés.

    Le 19 avril 2025, les parlementaires togolais ont adopté un changement de la Constitution. Désormais, pour élire le président, le suffrage universel direct n’est plus nécessaire. Autre changement: le pays est transformé en un système parlementaire où la limite de mandats présidentiels est supprimée. Elle était jusque-là fixée à deux. 

    Selon le centre d’études stratégiques de l’Afrique, Africa Center, “ce changement fondamental du système de gouvernance du Togo, qui limite les droits politiques des citoyens, n’a pas été adopté par référendum, mais par le parti au pouvoir depuis longtemps et ce, via des procédures législatives opaques.” 

    Au micro de RFI, Sambirini Targone, coordinateur de la dynamique pour la majorité du peuple au Togo, a réagi : “En violant cette Constitution, qui est la loi fondamentale du pays, on déstabilise le pays. En ce moment les populations se disputent des nourritures avariées. Quand on fait le bilan de Faure Gnassingbé, après avoir dépensé 15000 milliards de Francs CFA et une dette de 4000 milliards, qu’est-ce que l’argent a servi à faire ?”

    “Touche pas à ma Constitution”

    Jeudi 26 juin, un fort dispositif policier quadrillait plusieurs quartiers de la capitale, après la dispersion avec des gaz lacrymogènes de groupes de manifestants. 

    Début juin, des manifestations ont été lancées sur les réseaux sociaux par des influenceurs de la diaspora togolaise et des militants de la société civile pour protester contre le pouvoir. Il n’y a pas d’organisation politique leader de ce mouvement. 

    Les récentes manifestations avaient notamment été initiées par le rappeur Aamron, critique du pouvoir. Il avait été arrêté fin mai avant de réapparaître dans une vidéo le 5 juin, depuis un hôpital psychiatrique où il présentait des excuses envers Faure Gnassingbé.

    Lors des mouvements du début du mois, une cinquantaine de personnes ont été arrêtées puis libérées. Des journalistes qui couvraient les manifestations ont été brièvement interpellés et contraints par les forces de l’ordre d’effacer leurs images. 

    Un regroupement de partis politiques de l’opposition et de la société civile, le Front “Touche pas à ma Constitution”, a affirmé “condamner avec la plus grande fermeté les arrestations massives et arbitraires perpétrées les 5 et 6 juin 2025″.

    ”Ces arrestations “sont l’expression d’un pouvoir aux abois qui préfère la violence à l’écoute, la répression à l’apport de solutions aux préoccupations des citoyens”, a-t-il estimé. 

    Malgré la répression et les risques, les Togolais n’ont pas plié. De nouveaux appels à manifester ont été lancés sur les réseaux sociaux pour les prochains jours pour demander “la démission de Faure Gnassingbé”.  

    Source: https://information.tv5monde.com/afrique



  • Au Togo, la police réprime les nouvelles manifestations contre le pouvoir à Lomé, plusieurs journées de mobilisation prévues

    Au Togo, la police réprime les nouvelles manifestations contre le pouvoir à Lomé, plusieurs journées de mobilisation prévues

    Un fort dispositif policier quadrillait plusieurs quartiers de la capitale togolaise Lomé, ce jeudi 26 juin 2025, après la dispersion de quelques groupes de manifestants contre le pouvoir.

    Des pneus et des barricades de bois brûlaient dans certaines rues de la capitale où de nombreux commerces étaient restés fermés, ce jeudi 26 juin 2025. Les manifestants, réunis parfois par dizaines dans certains quartiers, ont été dispersés à coups de gaz lacrymogènes.

    Les manifestations sont rares au Togo ces dernières années mais il s’agit du deuxième appel de la société civile et d’influenceurs à descendre dans la rue ce mois-ci. Ils protestent contre des arrestations de voix critiques, la hausse du prix de l’électricité ou encore la réforme constitutionnelle qui permet à Faure Gnassingbé, 59 ans, de consolider son pouvoir. 

    “J’ai décidé de tout fermer aujourd’hui en soutien aux manifestations déclenchées pour libérer notre pays, car trop, c’est trop. Nous voulons le changement”, a expliqué à l’AFP, Hélène, une commerçante du quartier de Hedzranawoé.

    Faure Gnassingbé est président depuis 2005, après avoir succédé à son père qui a dirigé le pays d’une main de fer durant trente-huit ans. Avec la nouvelle Constitution, le pays a basculé l’an dernier dans un régime parlementaire dont l’actuel président occupe la plus haute fonction, sans limitation de mandat.

    Des précédentes manifestations en 2017

    En 2017 déjà, des milliers de Togolais étaient sortis dans la rue pour exiger des réformes constitutionnelles dont le retour à la Constitution de 1992, qui prévoit un maximum de deux mandats présidentiels mais aussi pour réclamer plus de moyens pour vivre dans un contexte économique difficile. Des marches pacifistes ont été organisées par une coalition de quatorze partis d’opposition, violemment réprimées. 

    “Aujourd’hui, la différence avec 2017 vient du fait que ce ne sont plus les politiques qui appellent au soulèvement, comme au temps du Parti national panafricain (PNP) de Tipki Atchadam mais des jeunes togolais eux-mêmes. Tout le pays est concerné”, explique à TV5Monde Sylvestre Kokou Béni, journaliste à Lomé et actuel secrétaire général du patronat de la presse togolaise. 

    Et cette nouvelle contestation vient notamment de jeunes influenceurs de la diaspora togolaise dont l’artiste Zaga Bambo qui réside en France. Il publie régulièrement des contenus sur son TikTok dénonçant la politique de Faure Gnassingbé et la répression contre les manifestants. 

    De nouvelles manifestations organisées

    La semaine dernière, Aamron, un rappeur togolais critique du pouvoir dont l’arrestation fin mai avait été l’un des déclencheurs des manifestations, a été libéré de l’hôpital psychiatrique où il avait été interné. Les 5 et 6 juin, des manifestants, majoritairement jeunes, étaient descendus dans la rue et une cinquantaine d’arrestations avaient été signalées par les autorités. 

    La plupart avaient ensuite été libérés mais Amnesty avait dénoncé des cas de “torture” sur des manifestants. Le gouvernement avait répondu ne pas avoir été saisi de tels cas. 

    “Les pouvoirs publics ont pris soin de rappeler qu’à ce stade, aucune saisine – avec l’identification des organisateurs des manifestations – n’est sur la table des autorités compétentes. Nous sommes face à une volonté manifeste de semer le désordre et le chaos. Les auteurs d’une situation illégale et irrégulière, assumeront leur responsabilité, a prévenu cette semaine le ministre de la réforme du service public, du travail et du dialogue social, Gilbert Bawara. Tout ce qui pourrait faire régresser notre pays et le faire reculer dans son élan de progrès, doit être proscrit et évité”.

    De nouvelles manifestations devraient avoir lieu les 27 et 28 juin à Lomé et dans d’autres villes du Togo pour demander “la démission du président Faure Gnassingbé”, selon les organisateurs. 

    Source: https://information.tv5monde.com/afrique



  • Togo : les forces de l’ordre déployées après la dispersion de manifestants

    Togo : les forces de l’ordre déployées après la dispersion de manifestants

    Après des manifestations contre le pouvoir et la hausse des prix, un important dispositif policier quadrillait plusieurs quartiers de Lomé, la capitale togolaise, le 26 juin.

    Les manifestants, réunis parfois par dizaines dans certains quartiers, ont été dispersés à coups de gaz lacrymogènes par les policiers, le jeudi 26 juin au matin. Des pneus et des barricades de bois brûlaient dans certaines rues de la capitale, où de nombreux commerces étaient restés fermés.

    Les manifestations sont rares au Togo ces dernières années, mais il s’agit du deuxième appel de la société civile et d’influenceurs à descendre dans la rue ce mois-ci. Ils protestent contre des arrestations de voix critiques, la hausse du prix de l’électricité ou encore la réforme constitutionnelle qui permet à Faure Gnassingbé, 59 ans, de consolider son pouvoir, en place depuis 2005. Avec la nouvelle Constitution, le pays a basculé en 2024 dans un régime parlementaire dont il occupe la plus haute fonction, sans limitation de mandat.

    L’un des déclencheurs des manifestations

    « J’ai décidé de tout fermer aujourd’hui en soutien aux manifestations (…) pour libérer notre pays, car trop, c’est trop. Nous voulons [du] changement », a expliqué Hélène, une commerçante du quartier de Hedzranawoé. « J’ai peur d’ouvrir ma boutique, parce que certains profitent souvent de ces situations pour piller les magasins et les boutiques », confiait de son côté Afi, assise devant son kiosque de denrées alimentaires, dans le quartier Novissi.

    Mi-juin, Aamron, un rappeur togolais critique du pouvoir dont l’arrestation à la fin de mai avait été l’un des déclencheurs des manifestations, a été libéré de l’hôpital psychiatrique où il avait été interné. Les 5 et 6 juin, des manifestants, majoritairement jeunes, étaient descendus dans la rue, et une cinquantaine d’arrestations avaient été signalées par les autorités.

    La plupart avaient ensuite été libérés mais Amnesty International avait dénoncé des cas de « torture » sur certains d’entre eux. Le gouvernement avait répondu ne pas avoir été saisi de tels cas.

    Assumer « leur responsabilité »

    « Les pouvoirs publics ont pris soin de rappeler que, à ce stade, aucune saisine – avec l’identification des organisateurs des manifestations – n’est sur la table des autorités compétentes. Nous sommes face à une volonté manifeste de semer le désordre et le chaos. Les auteurs d’une situation illégale et irrégulière, assumeront leur responsabilité », a prévenu à la fin de juin le ministre de la réforme du service public, du travail et du dialogue social, Gilbert Bawara.

    Il ajoute : « Tout ce qui pourrait faire régresser notre pays et le faire reculer dans son élan de progrès doit être proscrit et évité. »

    Avec AFP


  • « Une gouvernance sans limite, ni légale ni temporelle » : deux intellectuels togolais alertent

    « Une gouvernance sans limite, ni légale ni temporelle » : deux intellectuels togolais alertent

    ENTRETIEN CROISÉ. L’arrestation fin mai du rappeur Aamron a réveillé une colère longtemps contenue au Togo. Dans une interview croisée avec Le Point Afrique, l’écrivain Radjoul Mouhamadou et le penseur Sénamé Koffi Agbodjinou décryptent un système à bout de souffle.

    Depuis l’arrestation, fin mai, du rappeur Aamron – brièvement interné en hôpital psychiatrique avant d’être relâché –, des appels à manifester circulent au Togo, avec trois journées de mobilisation prévues les 26, 27 et 28 juin. Dans ce contexte tendu, deux intellectuels togolais livrent une analyse approfondie des tensions politiques actuelles. Radjoul Mouhamadou, politiste basé au Canada, coauteur de Ce pays est à nous, et Sénamé Koffi Agbodjinou, penseur togolais et initiateur du WoeLab, un écosystème citoyen et technologique basé à Lomé, décryptent les ressorts d’une contestation populaire et les perspectives qu’elle ouvre.

    Alors que le régime de Faure Gnassingbé, désormais parlementaire, se heurte à une défiance croissante marquée par arrestations et intimidations, les deux hommes appellent à dépasser la simple réaction. Récemment, les réseaux professionnels – Meta principalement – en ligne de Sénamé Koffi Agbodjinou, fruit de plus de douze années de travail, ont été supprimés sans explication, illustrant la violence du verrouillage politique.

    Entretien croisé sur les racines de la colère, le verrouillage démocratique et les scénarios d’avenir d’un pays trop longtemps confisqué.

    Le Point Afrique : L’arrestation d’Aamron, fin mai, a servi de détonateur à une vague de mobilisation inédite. Où étiez-vous à ce moment-là et comment avez-vous vécu ce basculement ?

    Radjoul Mouhamadou : J’ai été alerté très tôt, dès la nuit du 26 au 27 mai, alors que je revenais de Côte d’Ivoire. Sur le moment, j’ai cru que l’affaire se tasserait, comme cela arrive trop souvent. Mais, cette fois-là, l’onde de choc a été immédiate. L’ampleur de la réaction m’a surpris : le seuil de l’intolérable a clairement été franchi. Quelque chose venait de se réveiller chez les Togolais. 

    Ce sursaut semble pourtant heurter de plein fouet une forme de résignation ancrée depuis des années. Une génération entière paraît avoir renoncé à voter, militer ou même espérer. L’imaginaire collectif togolais a-t-il été brisé ?

    Sénamé Koffi Agbodjinou : Nous avons, avec le Togo, un cas singulier d’emprise sur notre humanité : une culture extrémiste de la conservation du pouvoir, dépourvue de toute conviction susceptible, à l’occasion, de la sublimer – comme ce fut parfois le cas dans les grandes autocraties, capables de produire un souffle esthétique ou intellectuel. Ici, rien de cela. Juste un réflexe clanique, radicalisé depuis près de six décennies !

    L’administration du pays reste figée dans un modèle hérité de la colonisation, totalement dépassé à l’heure de l’intelligence artificielle. Ce système maintient la société dans l’inefficacité et l’arriération. Il s’appuie à la fois sur la peur, utilisée de manière brutale pour dissuader toute contestation, et sur un enchevêtrement opaque d’alliances internationales qui le protègent. Peu à peu, cette emprise a étouffé chez les Togolais jusqu’à l’idée même qu’un autre avenir est possible.

    Il faut aujourd’hui réensemencer l’imaginaire. Ce n’est pas seulement une urgence pour les Togolais. Le Togo manque au monde.

    À quoi ressemble la vie quotidienne sous un pouvoir qui semble ne plus rien promettre ?

    R. M. : La vie quotidienne d’un Togolais moyen, c’est une lutte constante. Les gens ont faim, littéralement. Même ceux qui, autrefois, étaient considérés comme des personnes-ressources dans leur famille n’arrivent plus à aider. Pendant ce temps, d’autres s’enrichissent de façon obscène.

    Mais ce qui m’inquiète surtout, c’est le niveau général de la jeunesse. C’est, à mes yeux, l’une des jeunesses les plus désarmées de la sous-région, sur le plan à la fois professionnel et moral. Je le dis avec gravité. Elle s’est éduquée dans un système politique où le vol, le mensonge et la tricherie sont vus comme des moyens légitimes de réussir. Le modèle qu’on lui donne depuis le sommet de l’État, c’est celui-là : penser d’abord à soi. Et donc elle reproduit cette norme.

    Dans ce pays, tout repose désormais sur les relations. Il faut connaître quelqu’un à l’armée pour éviter des ennuis avec un voisin. À la gendarmerie, ce n’est plus une question de droit ou de tort : tout dépend de ce que vous donnez. À l’hôpital, sans médecin dans la famille, vous pouvez mourir faute de prise en charge. Même pour faire des affaires, il faut un contact dans une banque. Rien ne suit une logique juste ou rationnelle. L’arbitraire est devenu la règle. L’État est démissionnaire. Nos dirigeants vivent dans un monde parallèle, totalement déconnecté. Et ce contraste devient encore plus flagrant aujourd’hui, quand on voit ce qui se fait juste à côté, au Bénin. Là-bas, on prouve qu’un changement est possible, et même rapide.

    Plusieurs opposants ont été arrêtés ces dernières années sans susciter autant d’émoi. Qu’est-ce qui confère à l’affaire Aamron une résonance particulière ?

    R. M. : Je pense que beaucoup de jeunes – 60 % des Togolais ont moins de 25 ans – se sont immédiatement identifiés à Aamron. Son discours radical, le ton de sa charge et l’efficacité de sa critique frontale de l’impéritie du système ont trouvé un écho puissant dans une jeunesse en quête de changement. Cette dernière s’est reconnue dans la figure de cet artiste comme à un porte-parole devenu à la fois un symbole et un martyr pour avoir tenu un langage désarmant de vérité.

    Et puis il y a un autre facteur, plus sensible : son origine. Aamron est kabyé, du Nord, comme Faure Gnassingbé. Je n’aime pas du tout manier les grilles ethniques, car elles peuvent être piégées. Mais beaucoup dans la société civile attachent une signification forte à cet indicateur. Il est indéniable que les contestations qui émergent de cette région, longtemps considérée comme le socle du pouvoir, sont aussi rares qu’elles provoquent généralement de fortes secousses politiques. Ce glacis ethnique qu’on a trop longtemps cru à tort homogène derrière Faure Gnassingbé montre des signes de fissures. J’ai en tête les récentes prises de distance de Marguerite Gnakadè, l’ancienne ministre de la Défense. Pour nombre d’activistes, cette dissidence au sein même de la base du régime ouvre une brèche. Et, parce qu’il est du Nord, certains y ont vu une opportunité historique pour bousculer l’ordre établi.

    L’ampleur des manifestations récentes vous semble-t-elle annoncer un basculement politique ?

    R. M. : Ce qui s’est exprimé au Togo, c’est une pulsion de liberté, mais sans cadre. L’opposition est fragmentée, les partis absents, la société civile en retrait. On assiste à une mobilisation éclatée, efficace pour échapper à la répression mais vulnérable sur le long terme.

    Soyons lucides. Faure Gnassingbé ne tombera pas sous les coups de boutoir de la seule contestation populaire, même si elle est absolument nécessaire. Pour beaucoup, l’armée pourrait jouer un rôle décisif dans l’évolution politique, soit en exerçant une pression interne pour un changement au sommet, soit en prenant le pouvoir par la force. Ce scénario serait tragique si cela se limitait à une simple alternance dans le contrôle civilo-militaire, comme c’est souvent le cas dans la région.

    L’antidote est d’ores et déjà d’engager une réflexion stratégique et politique sur l’après-Faure Gnassingbé. Mais qui y travaille aujourd’hui ? Sans une vision claire, même la plus juste des révolutions risque de tourner en rond ou de se renier.

    Vous parlez souvent d’une jeunesse capable d’hacker le réel, de créer des contre-espaces, des récits alternatifs. Quelles formes concrètes cette « réappropriation » du destin commun que vous appelez de vos vœux pourrait-elle prendre ?

    S. K. A. : La jeunesse togolaise a forcément sa lumière propre enfouie dans son tréfonds. Sur l’état de décomposition avancée que révèle le système oppresseur, les choses appellent à la recomposition de quelque chose. Le creuset de la contestation actuelle est peut-être l’occasion pour cette lumière de filtrer.

    La jeunesse togolaise a de véritables atouts entre les mains : les outils numériques, d’une part, et une richesse d’imaginaires, de récits et de cultures encore souvent inexploités, d’autre part. Si elle parvient à s’organiser autour de ces forces, et à nouer des alliances avec d’autres jeunesses africaines dans un panafricanisme réellement porté par les peuples, elle pourra jouer un rôle décisif. Dans un continent où les jeunes sont majoritaires, elle aurait alors les moyens de repenser l’État et d’en imaginer de nouvelles formes, mieux adaptées à notre époque.

    La réforme constitutionnelle d’avril 2024, qui a instauré un régime parlementaire, marque-t-elle une rupture du contrat social togolais ?

    R. M. : Oui, clairement. En imposant un changement de Constitution sans consultation populaire, Faure Gnassingbé a rompu unilatéralement l’ultime clause de la promesse démocratique nouée par voie référendaire en 1992. Ce refus de consulter le peuple vaut symboliquement autodestitution. Ironiquement, il s’est délesté tout seul de la dernière once de légitimité dont il pouvait jusqu’à récemment se prévaloir. Si cette nouvelle « République sans peuple » peine à se matérialiser institutionnellement, c’est bien parce qu’elle ne repose sur aucun socle de légitimité.

    L’élection présidentielle, jusque-là, offrait un espace de respiration, un moment où le peuple togolais pouvait exister, s’exprimer, contester. En supprimant cette échéance, le régime croyait naïvement avoir fermé cette soupape sans avoir prévu que la pression se trouverait d’autres exutoires. L’opposition politique, elle, s’est effondrée, notamment depuis l’échec en 2020 de la Dynamique Mgr Kpodzro, qui a renoncé à la lutte pragmatique pour un leadership messianique. Résultat des courses : il ne subsiste aujourd’hui plus aucune force politique structurée, plus aucune alternative, plus aucun cap. Ce vide stratégique est, hélas, le meilleur allié du pouvoir togolais.

    Le pays aspire fortement à une rupture, mais cette radicalité manque d’imagination symbolique et d’ambition politique. Ce flou maintient le système en place. Il ne s’agit plus seulement d’alternance : il faut reconstruire un contrat social, redonner du sens au bien commun. Cela ne viendra ni des putschistes ni des technocrates, mais d’un collectif capable de penser et de faire advenir un « tiers pays » – entre ce que nous vivons et ce que nous espérons. Une politique du beau, contre la laideur d’un régime sans horizon.

    Il reste donc de la place pour une contestation non violente ?

    S. K. A. : L’insensibilité manifeste du régime togolais voudrait pousser à se résoudre à une fatalité. Mais il y a toujours de la place pour l’intelligence. Surtout pour une intelligence qui se voudrait de la marge. C’est ce front que nous avons voulu ouvrir avec le projet « Ce pays est à nous tous ».

    Pensez-vous que le Togo pourrait basculer, à l’instar du Mali ou du Burkina Faso, vers un scénario de rupture militaire ?

    R. M. : Oui, ce risque est réel. L’actuel soulèvement populaire pourrait servir de tremplin à l’armée togolaise pour resserrer son emprise sur le pouvoir politique, menant ainsi non pas à la rupture démocratique exigée depuis des décennies, mais à une sorte d’autoritarisme en treillis qui se réclame, comme au Sahel, du panafricanisme et du souverainisme.

    Le régime togolais repose sur un déficit structurel de légitimité, mais également sur une forme de confiscation du temps. En effet, si Faure Gnassingbé n’a pas réussi à gouverner efficacement son pays, il semble avoir réussi à pétrifier le futur en dilapidant le temps nécessaire à la mise en œuvre des réformes structurelles urgentes.

    Par ailleurs, son autorité s’exerce dans un climat marqué par des violences diffuses et multiformes, qui vont du harcèlement fiscal aux interventions policières jugées abusives, parfois dénoncées comme des détentions arbitraires ou des actes de torture par plusieurs observateurs et organisations. Dans ce cadre, le pouvoir apparaît comme pratiquant une gouvernance sans limite, ni légale ni temporelle.

    Ce qui m’inquiète, c’est l’adhésion confusionniste d’une large part de la jeunesse togolaise aux sirènes du putschisme providentiel qui sévit au Sahel. Demain, toute cette séduisante énergie contestataire qui s’est exprimée pourrait fort bien être récupérée par le premier putschiste venu qui revêtira les habits neufs de la révolution panafricaniste.

    Il faut éviter cela à tout prix. Il me semble essentiel que la contestation actuelle renforce les mécanismes démocratiques et protège les institutions. La voie la plus légitime et la plus constructive serait une transition civile, strictement encadrée dans le temps, visant à restaurer l’État de droit et à établir une République véritablement démocratique, garante des droits et libertés fondamentaux.

    Vous êtes tous deux actifs dans des espaces panafricains et diasporiques. Comment cette position peut-elle contribuer aux luttes démocratiques sur le continent, notamment au Togo ?

    S. K. A. : Cette double appartenance nous donne la responsabilité d’agir comme contrepoids à la diplomatie extérieure du pouvoir togolais, qui masque habilement l’impasse démocratique intérieure. Il s’agit d’user de notre position pour fissurer les verrous en ciblant les points de jonction par lesquels s’installe le silence ou l’oubli.

    Nous pouvons aussi jouer un rôle de passeur entre écosystèmes militants et relancer un véritable travail de repolitisation du panafricanisme. Celui-ci, trop souvent réduit aujourd’hui à une posture ou à une plateforme, en vient parfois à marginaliser les luttes locales, comme celle du peuple togolais, perçues comme gênantes au regard des alliances ou des gages accordés par certains régimes à un « néopanafricanisme » de façade.

    Source:lepoint.fr/afrique


  • Au Togo, les forces démocratiques en soutien aux manifestants  anti-pouvoir des 26, 27 et 28 juin

    Au Togo, les forces démocratiques en soutien aux manifestants anti-pouvoir des 26, 27 et 28 juin

    Les forces démocratiques soutiennent les manifestants  des 26, 27 et 28 prochains sur l’ensemble du territoire national et appellent les populations à sortir massivement pour mettre fin au règne de Faure Gnassingbé. Face à la presse cet après-midi, au siège de la Convergence Patriotique des Peuples Africains (CDPA) à Lomé, une dizaine de partis politiques d’opposition et des organisations de la société civile réunis dans un front ont exprimé leur position au regard de la situation sociopolitique du moment au Togo. Ces parti politique d’opposition et les organisations de la société civile togolaise, à l’instar des autres qui se sont déjà prononcées sur les prochaines manifestations, refusent d’être complices de la crise voulue par Faure Gnassingbé et son équipe.

    CONFERENCE DE PRESSE DES PARTIS POLITIQUES, REGROUPEMENT DE PARTIS POLITIQUES ET ORGANISATIONS DE LA SOCIETE CIVILE

    DECLARATION LIMINAIRE

     Mesdames et Messieurs les journalistes,

    Les heures que nous vivons sont graves. Elles ne doivent laisser personne indifférente. Le moment est de ceux où le silence devient complicité, et où la neutralité équivaut à une prise de position en faveur de l’injustice. Il est donc de la responsabilité de chaque citoyen épris de justice, de prendre la parole, de nommer les choses et de se tenir aux côtés du peuple qui, pacifiquement, réclame le changement pour un avenir meilleur.

    C’est dans cet esprit que nous, partis politiques, regroupement de partis politiques et organisations de la société civile suivant : ADDI, CAR, DMP, LES DEMOCRATES, LDP, PSR, SANTE DU PEUPLE, tenons aujourd’hui cette conférence de presse, en écho à cette parole historique de Sylvanus OLYMPIO : « Sentinelle, que dis-tu de la nuit ? La nuit est longue, mais le jour vient. »

    Cette citation puissante, extraite de la déclaration d’indépendance prononcée par le père de l’indépendance, résonnait d’espoir et promettait un avenir meilleur pour le Togo et ses citoyens. Cependant, soixante-cinq ans après l’indépendance nominale, le Togo est toujours plongé dans une nuit interminable. Depuis le 6 juin 2025, une lueur d’espoir renaît avec une nouvelle dynamique de contestation portée par la  jeunesse vaillante du Togo, déterminée à prendre en main destin pour un changement total du système qui nous régente depuis plus de 60 ans.

     C’est pourquoi au nom de l’article 150 de la constitution togolaise qui consacre : « En cas de coup d’état, ou de coup de force quelconque, tout membre du Gouvernement ou de l’Assemblée nationale a le droit et le devoir de faire appel à tous les moyens pour rétablir la légitimité constitutionnelle, y compris le recours aux accords de coopération militaire ou de défense existants.

    Dans ces circonstances,  pour tout Togolais, désobéir et s’organiser pour faire échec à l’autorité illégitime constituent le plus sacré des droits et le pus impératif des devoirs », nous tenons une fois encore à saluer à sa juste valeur cet éveil de conscience de la jeunesse togolaise. Cette nouvelle dynamique de contestation incarne l’aspiration  légitime du peuple  togolais à un changement démocratique et social, et traduit le rejet du coup de force constitutionnel ayant conduit à la 5è République. Les jeunes porteurs de cette dynamique, déterminés, qui ne cèdent plus à la peur ni à l’intimidation et qui l’ont démontré le 06 juin, appellent de nouveau, à travers les réseaux sociaux, manifestations pacifiques les 26, 27 et 28 juin prochains.

    Cette jeunesse  ne réclame qu’une chose : qu’on lui donne enfin l’opportunité de comparer une autre gouvernance à celle qui la régente depuis plusieurs décennies.

     Nous tenons le pouvoir en place pour seul responsable de la situation actuelle et de toutes ses éventuelles conséquences,  pour avoir délibérément ignoré, des années durant, les appels répétés de l’opposition. Nous condamnons avec la plus grande fermeté les  répressions violentes des 05 et 06 juin 2025, qui s’inscrivent dans une triste routine  désormais bien connue et appelons le gouvernement togolais à respecter pleinement  la liberté d’expression et de manifestation, garantie par Constitution de 1992, votée à plus de 98% par le peuple togolais.

    Nous invitons toute la population togolaise, les différents corps socio-professionnels ainsi que les religions traditionnelle, musulmane et chrétienne à soutenir cette dynamique de contestation pour le bien-être et l’avenir démocratique du Togo.

    Nous lançons particulièrement, un appel aux Forces de Défense et d Sécurité (gendarmes, policiers, militaires) à faire preuve, pour une fois, de retenue et discernement, en s’abstenant de réprimer un peuple déjà trop éprouvé par de longues années de souffrances.

     Enfin, nous lançons un appel pressant à la communauté internationale pour qu’elle soutienne le peuple togolais dans sa quête légitime de démocratie et de justice sociale.

    Nous croyons fermement en un Togo où chaque citoyen peut jouir pleinement de ses droits  constitutionnels, et où la voix du peuple est souverainement respectée et valorisée.

     Fait à Lomé, le 24 Juin 2025

    Les signataires:  ADDI, CAR ,DMP, LES DEMOCRATES, LDP, PSR,  SANTE DU PEUPLE

  • Togo. Les autorités doivent enquêter sur les allégations de torture sur des manifestant·e·s et cesser de réprimer les voix dissidentes

    Togo. Les autorités doivent enquêter sur les allégations de torture sur des manifestant·e·s et cesser de réprimer les voix dissidentes

    Les autorités togolaises doivent enquêter sur les allégations de torture sur des manifestant·e·s à la suite des manifestations qui ont eu lieu au début du mois, et respecter leurs engagements en matière de protection des droits à la liberté de réunion pacifique et d’expression, a déclaré Amnesty International aujourd’hui.

    Des dizaines de personnes ont été arrêtées les 5 et 6 juin à Lomé après être sorties dans la rue pour protester contre la répression des voix dissidentes par les autorités, la cherté de la vie et les changements constitutionnels qui pourraient permettre à l’actuel président du Conseil des ministres, Faure Gnassingbé, de rester au pouvoir sans limite de temps.

    Cinquante-six personnes ont été libérées le 9 juin, selon le procureur général. Trois manifestant·e·s sont toujours détenus à la date du 17 juin, selon plusieurs sources.

    « En interdisant les manifestations et en les réprimant par la force, les autorités violent le droit international»: Marceau Sivieude, directeur régional par intérim d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.

    Pendant leur détention, plusieurs manifestant·e·s ont été soumis à la torture ou à d’autres mauvais traitements, selon les témoignages recueillis par Amnesty International.

    « Ces manifestant·e·s togolais sont sévèrement punis pour le simple fait d’avoir exprimé leurs opinions. En interdisant les manifestations et en les réprimant par la force, les autorités violent le droit international qui protège le droit de manifester. Elles ne respectent pas non plus les engagements pris lors du dernier Examen périodique universel, notamment l’interdiction de la torture sous toutes ses formes et l’ouverture d’enquêtes sur les actes de torture présumés », a déclaré Marceau Sivieude, directeur régional par intérim d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. « La répression de la liberté d’expression et de réunion pacifique doit cesser immédiatement. »

    Dans une déclaration lue à la télévision le 9 juin, le procureur de la République a évoqué des « individus [qui] par groupuscules ont bruyamment occupé les voies publiques […], orchestrant des vacarmes et érigeant par endroits des barricades », alors qu’« aucune déclaration de manifestation publique n’avait été enregistrée » ce qui constitue selon lui des « troubles aggravés à l’ordre public ».

    Des témoignages et certificats médicaux faisant état d’actes de torture

    Amnesty International s’est entretenue avec 10 manifestant·e·s dans les jours qui ont suivi leur détention à la gendarmerie de Djidjolé. Tous ont déclaré avoir été soumis à la torture ou à d’autres mauvais traitements.

    « Nous demandons qu’une enquête rapide, impartiale, indépendante et efficace soit menée sur ces allégations»: Fabien Offner, chercheur au bureau régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.

    « Nous étions couchés sur le sol, ils étaient six ou sept agents autour de nous. Ils versaient de l’eau sur nous et ils nous frappaient les fesses avec des cordelettes. Ils ont frappé nos plantes de pieds en nous demandant ‘est-ce que vous allez encore sortir manifester ?’ Puis ils nous ont ordonné d’aller courir sur des gravillons. Ils nous menaçaient. À un moment, ils nous ont ordonné d’aller danser sous la pluie. Ils ont ordonné à un manifestant qui avait été arrêté avec un mégaphone de chanter dans l’appareil éteint, » a raconté l’un d’eux à Amnesty International.

    « Ce n’est pas la première fois que des manifestant·e·s arrêtés font état de torture et d’autres mauvais traitements dans le pays. Le Togo a été condamné une dizaine de fois ces dernières années par la Cour de justice de la CEDEAO pour avoir eu recours à la torture. Nous demandons qu’une enquête rapide, impartiale, indépendante et efficace soit menée sur ces allégations », a déclaré Fabien Offner, chercheur au bureau régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.

    Trois certificats médicaux consultés par Amnesty International font état de « contusions des muscles fessiers » et un quatrième de « contusions des muscles paravertébraux ». Amnesty International a également constaté des blessures sur des photographies de manifestant·e·s.

    Une des victimes présumées, détenue pendant quatre jours et qui témoignait trois jours après sa libération, a déclaré : « j’ai toujours des douleurs aux fesses, à la hanche et j’ai du mal à lever le bras droit. » Une autre victime présumée a déclaré avoir signé des documents à la gendarmerie sans savoir de quoi il s’agissait. Une autre a dit avoir été menacée par téléphone après avoir signalé ces violences sur les réseaux sociaux.

    Le 10 juin, Amnesty International s’est rendue à la Brigade de recherche et d’intervention de la Direction générale de la police nationale, où 32 manifestant·e·s étaient détenus. L’organisation s’est entretenue avec trois d’entre eux, qui ont déclaré avoir été bien traités et avoir reçu la visite de leurs proches.

    Contexte
    Le 26 mai, le chanteur Aamron, critique virulent des autorités, a appelé à la mobilisation contre le gouvernement dans une vidéo postée sur TikTok. Il a été arrêté la nuit suivante à son domicile, sans convocation préalable ni mandat d’arrêt, et emmené dans un lieu inconnu. Il est réapparu le 6 juin dans une vidéo, s’excusant auprès du président du Conseil des ministres pour avoir tenu des propos « injurieux et outrageants ». Il a également annoncé qu’il était soigné dans un hôpital psychiatrique.

    Dans une déclaration publiée le 6 juin, le gouvernement a averti que toute personne utilisant les réseaux sociaux pour « diffuser des informations dénuées de tout fondement et susceptibles de provoquer des troubles graves à l’ordre public (…) [s’exposaient], sans exception aucune, à la rigueur de la loi ».

    Certaines des lois citées dans cette déclaration contiennent des dispositions contraires au droit international.

    Depuis l’adoption d’une nouvelle constitution en avril 2024, le pouvoir est concentré entre les mains du président du Conseil des ministres, chef du parti majoritaire. L’ancien président Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis la mort de son père en 2005, a accédé à cette fonction le 3 mai 2025.

    LISEZ LA COMMUNICATION D’AMNESTY INTERNATIONAL POUR L’EXAMEN PÉRIODIQUE UNIVERSEL DU TOGO EN 2022

    Source: Amnesty International

  • ’’Togolais, ne laissons pas la colère détruire notre avenir’’

    ’’Togolais, ne laissons pas la colère détruire notre avenir’’

    La jeunesse ressent chaque jour le poids d’une vie de plus en plus chère, le vertige du chômage, les frustrations liées au manque d’infrastructures et de perspectives réelles.

    La jeunesse togolaise a mal.

    Elle regarde l’avenir avec inquiétude.

    Elle ressent chaque jour le poids d’une vie de plus en plus chère, le vertige du chômage, les frustrations liées au manque d’infrastructures et de perspectives réelles.

    Et elle a raison de s’indigner.

    Oui, la situation économique est difficile.

    Oui, l’État doit faire davantage.

    Oui, les réformes sont trop lentes pour répondre à l’urgence sociale.

    Mais dans cette légitime révolte, ne perdons pas la lucidité.

    Le chaos n’est pas une solution.

    Casser, brûler, diviser n’améliorera ni les prix des denrées, ni le taux d’emploi, ni l’accès à l’eau, à la santé ou à l’éducation.

    Le Togo a besoin d’un sursaut collectif.

    Il ne s’agit pas de minimiser les souffrances, ni d’ignorer les limites de l’action gouvernementale. Le gouvernement a amorcé des efforts  insuffisants, certes  mais existants.

    Des chantiers sont ouverts. Des erreurs aussi.

    Mais ce n’est qu’ensemble, dans un climat de stabilité, que nous pourrons aller plus loin.

    – Appelons à un dialogue plus franc, plus ouvert, plus inclusif.

    – Appelons à une jeunesse exigeante, mais constructive.

    – Appelons à une opposition vigilante, mais responsable.

    – Appelons à un gouvernement qui écoute, ajuste, corrige et agit avec courage.

    Il est temps de prendre de la hauteur.

    Notre avenir ne se bâtira pas sur les ruines d’une société fracturée par la violence.

    Le Togo n’a pas besoin de devenir le théâtre d’une déchirure nationale.

    Il a besoin de solidarité, de justice, de réformes courageuses mais surtout *”d’une JEUNESSE qui reste porteuse d’espoir, non d’embrasement.”

    – À ceux qui souffrent, nous devons une écoute vraie.

    – À ceux qui dirigent, nous devons exiger des réponses concrètes.

    Mais à nous tous, nous devons le devoir sacré de protéger la paix.

    – Car sans paix, pas d’avenir.

    – Sans stabilité, pas de progrès.

    Et sans union, pas de nation.

    Le Togo est notre bien commun. Ne le sacrifions pas.

     AZOUMAH Mohamed (Délégué National de la Jeunesse de l’UFC)

Radio Renouveau228

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