Catégorie : Culture

  • Adzinukuza en sursis (tribune)

    Adzinukuza en sursis (tribune)

    Le 6 février 2026, une réunion dite « de crise » s’est tenue à la mairie de Vogan autour de l’avenir de la fête traditionnelle Adzinukuza. Le simple fait qu’un tel cadre ait été jugé nécessaire en dit long sur le malaise qui entoure aujourd’hui cette célébration ancestrale. Jadis moment sacré de communion, de reconnaissance aux ancêtres et de transmission des valeurs, Adzinukuza semble désormais engagée sur une pente glissante : celle d’une politisation progressive qui menace d’en vider la substance.

    Adzinukuza n’est pas une fête traditionnelle comme les autres. Elle est, pour les populations de Vo, un repère identitaire fort, un temps ritualisé où les gestes, les rythmes et les paroles obéissent à une symbolique précise héritée de plusieurs générations. À travers les danses, les tambours et les rites, c’est toute une mémoire collective qui s’exprime. Or, depuis quelques années, cette mémoire paraît reléguée au second plan, éclipsée par des considérations étrangères à l’esprit originel de la fête.

    Communication

    La présence des autorités politiques n’est pas en soi un problème. Elle peut même être perçue comme une marque de reconnaissance institutionnelle. Le danger apparaît lorsque cette présence devient envahissante, structurante, voire directive. Lorsque les discours politiques prennent le pas sur les rites, lorsque l’agenda officiel dicte le déroulement d’une fête censée obéir aux codes traditionnels, un déséquilibre s’installe. Adzinukuza commence alors à ressembler davantage à un événement de communication qu’à une célébration culturelle.

    Cette dérive n’est pas propre à Vogan. Partout dans le pays, des fêtes traditionnelles semble connaître le même sort : progressivement transformées en vitrines politiques, elles ont perdu leur âme, leur profondeur, leur caractère sacré. Ce qui était un espace de transmission est devenu un décor. Ce qui était un temps de sens est devenu un temps de spectacle. La crainte aujourd’hui est qu’Adzinukuza suive ce chemin, jusqu’à être réduite à une coquille vide, vidée de sa quintessence.

    Alerte

    La réunion de crise du 6 février 2026 doit donc être comprise comme un signal d’alarme. Elle traduit une prise de conscience, certes tardive, mais nécessaire. Encore faut-il s’interroger sur sa portée réelle. Qui parle au nom d’Adzinukuza ? Les gardiens de la tradition, les chefs coutumiers, les communautés locales ont-ils été placés au cœur des échanges, ou sont-ils restés en périphérie d’un débat dominé par des logiques administratives et politiques ?

    Sauver Adzinukuza suppose un choix clair : redonner la primauté au sens, aux rites, aux détenteurs légitimes de la tradition. Cela implique aussi de fixer des limites nettes à l’ingérence politique, afin que la fête ne soit plus instrumentalisée au gré des agendas et des intérêts. La culture ne peut être durablement protégée si elle devient un simple outil.

    La question demeure donc entière : cette réunion de crise permettra-t-elle réellement de sauver ce qui peut encore l’être ? Ou restera-t-elle un exercice de communication de plus, sans effets profonds ? L’avenir d’Adzinukuza dépendra de la réponse apportée à cette interrogation. Car une tradition que l’on dénature finit toujours par disparaître, même lorsqu’elle continue d’être célébrée. La 40è édition, c’est dans quelques mois, l’heure est donc à l’urgence.

    Kossivi AMETOWOGBLONA

  • RICAC, un carrefour créatif

    RICAC, un carrefour créatif

    La cérémonie des ART PLASTIC AWARDS 2026, tenue le 6 février à Lomé dans le cadre des Résidences internationales de créations artistiques et culturelles (RICAC) – ART TO GO, s’impose comme un tournant majeur pour les arts plastiques au Togo et, au-delà, pour la scène artistique africaine. En clôturant deux semaines d’intenses résidences placées sous le thème de la multipolarité, l’événement a confirmé le rôle stratégique de Lomé comme espace de création, de circulation des idées et de reconnaissance des talents du continent.

    Bien plus qu’une simple cérémonie de remise de prix, ART TO GO s’affirme comme un outil structurant pour les artistes, notamment togolais, souvent confrontés à un manque d’infrastructures, de visibilité internationale et de cadres de formation spécialisés. En sélectionnant chaque année quatorze artistes, personnalités ou institutions, le programme crée un environnement propice à l’émergence, à la professionnalisation et à la mise en réseau des créateurs africains.

    Pour les artistes togolais, les retombées sont multiples. D’abord en termes de visibilité : évoluer au sein d’une résidence internationale, exposer aux côtés de confrères venus d’autres pays africains et être vus par des curateurs, critiques et acteurs culturels constitue une opportunité rare. Ensuite en termes de montée en compétences : le travail collectif, les échanges esthétiques et les confrontations de pratiques permettent aux artistes locaux d’affiner leur langage plastique et de se positionner dans les débats artistiques contemporains.

    L’édition 2026 a également mis en lumière la capacité des artistes togolais à dialoguer d’égal à égal avec leurs homologues africains. Les œuvres produites — tableaux et sculptures — puisent à la fois dans l’histoire du Togo, les valeurs de paix, de vivre-ensemble et de souveraineté, tout en s’inscrivant dans une réflexion globale sur un monde multipolaire. Cette articulation entre ancrage local et ouverture internationale est l’un des principaux acquis de la résidence.

    La remise du Prix de la Renaissance Africaine à Julie Mehretu et Ibrahim Mahama a, elle aussi, un impact symbolique fort pour les artistes participants. En côtoyant des figures majeures de l’art contemporain mondial, les jeunes créateurs africains mesurent concrètement que des trajectoires internationales sont possibles à partir du continent. Ces parcours inspirants contribuent à briser le plafond de verre psychologique qui freine encore de nombreux talents africains.

    Le choix de Tsévié comme espace de création et de réflexion renforce également les bénéfices à long terme de l’initiative. Présentée comme la source de la nation togolaise, la localité incarne l’ambition de voir naître la première école nationale des beaux-arts. Pour les artistes togolais, cette perspective représente un espoir structurant : celui d’un futur où la formation artistique de haut niveau pourra se faire sur place, réduisant l’exil forcé des talents.

    Dans son discours de clôture, le directeur artistique Kokou Ekouagou a rappelé que la résidence ART TO GO est avant tout un laboratoire vivant, où les idées, les identités et les esthétiques se confrontent sans hiérarchie. Cette dynamique bénéficie particulièrement aux artistes africains, souvent cantonnés à des catégories figées sur les scènes internationales. Ici, ils construisent eux-mêmes leurs récits, en toute souveraineté.

    La remise de 14 distinctions, incluant mentors panafricains, meilleurs espoirs, mécènes et acteurs institutionnels, renforce cette logique inclusive. Elle valorise non seulement les artistes confirmés, mais aussi les jeunes talents et les soutiens indispensables à l’écosystème culturel. Pour les créateurs togolais et africains, cette reconnaissance constitue un levier de crédibilité et d’accès à de nouvelles opportunités.

    La présence de Natta N’Poh Labounamah, représentant du ministre du Tourisme, de la Culture et des Arts, et le soutien affiché de l’État togolais, envoient enfin un signal fort : celui d’une reconnaissance institutionnelle du rôle stratégique de l’art dans le développement culturel et social.

    À travers les ART PLASTIC AWARDS 2026, Lomé s’impose ainsi comme un carrefour créatif africain, offrant aux artistes togolais et à leurs pairs du continent un espace d’expression, de reconnaissance et de projection vers l’avenir. Une dynamique porteuse, qui participe à la construction d’un écosystème artistique africain plus fort, plus visible et résolument tourné vers le monde.

  • Kokou Ekouagou : le génie togolais qui porte l’art de demain

    Kokou Ekouagou : le génie togolais qui porte l’art de demain

    Dans le paysage foisonnant de la création artistique contemporaine africaine, certains noms s’imposent avec une évidence tranquille. Kokou Ekouagou est de ceux-là. Il porte sa génération et dessine l’avenir.

    Artiste togolais à la trajectoire déjà impressionnante, il est aujourd’hui considéré par de nombreux observateurs comme probablement le meilleur de sa génération, tant par la singularité de son langage plastique que par l’ampleur de son rayonnement international. À la croisée de l’exigence esthétique, de l’engagement intellectuel et de la responsabilité sociale, il incarne une nouvelle ère de l’art togolais : ambitieuse, décomplexée et tournée vers l’avenir.

    Ouverture

    Né dans un Togo où l’art est à la fois héritage, résistance et moyen d’expression, Kokou Ekouagou s’est très tôt imposé comme un créateur à part. Son œuvre, profondément ancrée dans les réalités africaines mais résolument ouverte au monde, échappe aux clichés et aux lectures faciles. Elle interroge la mémoire, l’identité, le rapport au pouvoir, aux traditions et aux mutations contemporaines. Chaque toile, chaque installation, chaque performance porte la marque d’une réflexion rigoureuse, nourrie par une solide culture artistique et une conscience aiguë des enjeux de son temps.

    Ce qui frappe d’emblée chez Ekouagou, c’est la maturité précoce de son travail. Là où beaucoup tâtonnent, il affirme très tôt une signature reconnaissable, un style cohérent, une vision claire. Cette maîtrise lui vaut rapidement l’attention des critiques, des commissaires d’exposition et des collectionneurs, bien au-delà des frontières togolaises. Ses œuvres voyagent, dialoguent avec d’autres cultures, s’inscrivent dans des expositions collectives et personnelles sur plusieurs continents.

    De l’Afrique à l’Europe, en passant par l’Amérique et d’autres scènes internationales, Kokou Ekouagou a exposé un peu partout dans le monde, faisant rayonner le Togo dans les grands circuits de l’art contemporain. Ses participations à des biennales, foires et expositions majeures confirment son statut d’artiste international, capable de s’imposer dans des contextes artistiques exigeants et hautement compétitifs. À chaque étape, il défend une œuvre sincère, sans concessions, qui parle aussi bien aux initiés qu’au grand public.

    Distinctions

    Cette reconnaissance se traduit également par de nombreuses distinctions et récompenses. Multirécompensé, Ekouagou figure parmi ces artistes dont le parcours est jalonné de prix attestant à la fois de la qualité de leur travail et de leur impact. Mais loin de se laisser griser par les honneurs, il conserve une posture d’humilité et de travail acharné. Pour lui, chaque prix n’est pas une fin en soi, mais une responsabilité supplémentaire, celle de continuer à créer, à innover et à inspirer.

    Car au-delà de l’artiste reconnu, Kokou Ekouagou est aussi un passeur, profondément conscient de son rôle auprès des jeunes générations. Il ne cesse de rappeler que son succès n’a de sens que s’il peut servir à ouvrir des portes, à créer des ponts, à transmettre une expérience. Ateliers, résidences, projets de formation, accompagnement de jeunes talents : ses initiatives se multiplient, portées par la conviction que l’avenir de l’art togolais se construit collectivement.

    Relève

    Il nourrit aujourd’hui de nombreux projets ambitieux en direction de la jeunesse, convaincu que le potentiel créatif du Togo reste largement sous-exploité faute de moyens, de cadres structurants et de mentors accessibles. Ekouagou veut partager les codes du monde de l’art international, expliquer les réalités du métier, démystifier les parcours et encourager l’audace. Il plaide pour un art africain assumé, libre, affranchi des regards condescendants et des attentes folklorisantes.

    Cette volonté de transmission s’inscrit dans une vision plus large, celle d’un écosystème artistique togolais solide, capable de produire, de diffuser et de protéger ses artistes. Ekouagou n’est pas seulement un créateur, il est aussi un penseur de l’art, attentif aux questions de politiques culturelles, de structuration du marché, de conservation et de valorisation des œuvres africaines.

    S’il est souvent présenté comme l’avenir de l’art togolais, c’est aussi parce qu’il incarne une synthèse rare, celle de la réussite individuelle et de l’engagement collectif. Il prouve qu’un artiste togolais peut s’imposer sur la scène mondiale sans renier ses racines, sans céder à la facilité, sans se couper de sa société. Son parcours est une source d’inspiration pour toute une génération qui voit en lui la preuve qu’un autre chemin est possible.

    À l’heure où l’art africain contemporain suscite un intérêt croissant à l’échelle internationale, Kokou Ekouagou apparaît comme l’un de ses visages les plus crédibles et les plus prometteurs. Par la force de son œuvre, par son exigence intellectuelle et par son engagement envers la jeunesse, il ne se contente pas de représenter sa génération : il la porte, la défend et la projette dans l’avenir.

    Plus qu’un artiste à succès, Kokou Ekouagou est devenu un symbole : celui d’un Togo créatif, ambitieux et confiant en son génie. Et si l’histoire de l’art togolais contemporain reste encore à écrire, une chose semble déjà acquise : son nom y occupera une place centrale.

  • ”La métaphore multipolaire” : une invitation à la création et à la réflexion

    ”La métaphore multipolaire” : une invitation à la création et à la réflexion

    La métaphore multipolaire, en tant que sujet artistique, peut se traduire par la représentation de multiples centres d’intérêt, de sources de pouvoir ou de perspectives dans une œuvre.

    Par Kokou Ekouagou

    C’est avec une immense joie que nous ouvrons aujourd’hui la Résidence Internationale de Créations Artistiques et Culturelles Les RICAC « ART TO GO » 2026, ici à la Maison des Jeunes et de la Femme de Tsévié. Nous exprimons nos sincères remerciements au Ministère en charge de la Culture, à la Mairie de la Commune du Zio 1 et aux membres du Comité d’Organisation pour les efforts si efficacement conjugués dans la parfaite tenue de cette grande messe culturelle.

    Chers collègues artistes, mesdames, messieurs les autorités à vos rangs et grades respectifs, amateurs d’art et de culture, chers invités, le thème que nous proposons pour cette édition est ambitieux, philosophique et profondément actuel : « La métaphore multipolaire ». Mais de quoi s’agit-il ?

    En géopolitique, la multipolarité décrit un système international où plusieurs puissances, plus de deux, exercent une influence significative. En linguistique, une métaphore est une figure de style qui établit une comparaison implicite entre deux éléments différents, en transférant les caractéristiques de l’un à l’autre. La “métaphore multipolaire ” peut être utilisée comme une analogie pour mieux comprendre la complexité et les dynamiques d’un système international multipolaire.

    La métaphore multipolaire, en tant que sujet artistique, peut se traduire par la représentation de multiples centres d’intérêt, de sources de pouvoir ou de perspectives dans une œuvre. Cela peut se manifester dans des compositions visuelles où plusieurs points focaux coexistent, se contredisent, ou interagissent.

    Selon Franz Kafka, “La fréquentation des Hommes induit à s’observer soi-même”. L’artiste, avec le contact des autres, peut explorer les tensions et les équilibres créés par cette multiplicité de pôles, offrant ainsi une vision plus complexe et nuancée du monde.

    Le contact avec les autres est une sorte de miroir qui nous renvoie notre propre image, nous poussant à l’introspection qui permet de dépeindre la complexité du monde contemporain, où les hiérarchies traditionnelles s’estompent et où de multiples réalités coexistent. En introduisant plusieurs points de vue, l’artiste peut questionner les certitudes et encourager l’ambiguïté, invitant le spectateur à interpréter l’œuvre de manière plus ouverte.

    L’interaction entre les différents pôles peut générer un sentiment de mouvement et de transformation, créant des espaces artistiques dynamiques et évolutifs. L’œuvre peut défier les perspectives linéaires et unilatérales, incitant à une réflexion sur la relativité des points de vue.

    Nous vivons dans un monde où les certitudes s’effritent, où les frontières sont mouvantes, où les récits dominants sont contestés. L’artiste, à travers la métaphore multipolaire, n’apporte pas de réponses figées, mais ouvre des fenêtres. Il invite à penser autrement, à sentir autrement.

    Cette résidence est donc un laboratoire de cohabitation artistique : entre styles, entre visions du monde, entre générations, entre territoires. C’est cela, la force de ce projet : faire circuler les idées, les formes, les émotions. Je nous invite donc, durant ces jours de création, de partages, de rencontres, à oser les contrastes, à valoriser les différences, à construire des ponts entre nos univers.

    Dans cette aventure créative, créons un espace vivant, libre, complémentaire à l’image du monde, à l’image de l’art…et surtout créons avec nos humanités. En somme, la métaphore multipolaire offre un cadre riche pour l’exploration artistique, culturelle permettant de traduire la complexité et la diversité du monde en des œuvres qui invitent à la réflexion et à l’interprétation.

    Kokou Ekouagou

    Artiste Plasticien | Consultant | Manager Culturel

    Les RICAC 2026

  • Togoville, l’incroyable histoire d’une petite ville qui a donné son nom à tout un pays

    Togoville, l’incroyable histoire d’une petite ville qui a donné son nom à tout un pays

    On l’appelle l’« âme spirituelle du Togo ». Togoville, dans le temps, était connue comme la ville sanctuaire de la religion vodoun avec la divinité Nyigblin (sur laquelle nous reviendrons plus tard dans cet article).

    C’est cette divinité qui la protège selon les nombreuses recherches universitaires que nous avons consultées. Mais la petite ville est devenue également aujourd’hui le lieu sacré des fidèles catholiques avec la Cathédrale qui la surplombe.

    Petite ville aujourd’hui calme, presqu’oubliée, elle était la première capitale qui a donné son nom au pays. Les natifs de ce milieu continuent de réclamer une reconnaissance pour cette partie du Togo, pour ce qu’il a été dans l’histoire du pays.

    « Notre localité est emblématique, mais elle est lésée. Si on reconnaît les mérites de Togoville et qu’on fait ce qui doit l’être pour mettre ses populations à l’aise, tout le Togo sera complètement sauvé », confie à BBC News Afrique, Folly-Notsron Barnabé, un cadre du milieu qui, nous a-t-il dit, s’est beaucoup battu pour la localité et a même fait la prison à cause de son engagement. Il est aujourd’hui à la retraite.

    Ce qu’il réclame, ce sont des routes bitumées, des infrastructures et une politique publique pour retenir les habitants de Togoville, notamment les jeunes qui la désertent. « Nous sommes isolés du reste du pays à cause du manque de route ».

    Située à environ 30 km de Lomé, la capitale togolaise, Togoville renferme pourtant des richesses culturelles qui peuvent être mises en valeur pour son développement. Elle a aussi connu l’esclavage et était importante au début du 20e siècle, époque où les colons allemands ont mis pieds pour la première fois dans la région.

    Aujourd’hui, Togoville ne vit que pour sa gloire du passé racontée dans les livres et qu’on peut écouter auprès des garants des us et coutumes de la localité. Pour les quelques natifs du milieu interrogés dans le cadre de ce papier, le temps s’est arrêté dans la cité qui les a vus naître. « Et il faut corriger cela », ajoute M. Folly-Notsron.

    Dans cet article, nous allons voyager dans cette petite ville qu’on pourra accéder aujourd’hui en faisant un long détour par une piste détériorée et poussiéreuse qui contourne le Lac Togo.

    Les ancêtres qui ont fondé Togoville sont des Adja qui viennent du Dahomey, actuel Bénin, selon le livre « Patrimoines », une collection de l’ancien président de l’Université de Lomé, le Professeur Nicoué L. Gayibor en collaboration avec Yves Marguerat et Jean-Claude Barbier.

    Ces ancêtres se sont ensuite installé au niveau de la rive sud du Lac Togo, notamment dans un village appelé Adjassémé. De l’autre rive, se dresse une colline avec une forêt et des terres derrière.

    Un jour, le chef de cette communauté, celui-là même qui veille sur la divinité Nyigblin, a voulu explorer cette autre rive et ce qui derrière la colline. C’est ainsi, selon l’universitaire, qu’il a trouvé des terres fertiles, propices à l’agriculture.

    Il a décidé d’y amener toute sa communauté et baptisé cette terre « Togo », dérivant de « to » qui veut dire « colline » en éwé, langue parlée au sud du pays, et « (a)go » qui veut « l’autre côté ou au-delà ». Togo peut s’expliquer donc par « au-delà ou de l’autre côté de la colline ».

    « De Adjassémé, on voyait sur l’autre rive du lac une colline. Un jour, l’un des principaux piliers de la collectivité Nyigblin, nommé Togbi Gbago, qui était chasseur de métier, décida de traverser le lac, ce qu’il fit sans grande difficulté à l’aide d’une pirogue de rônier. II visita ensuite la forêt qui couvrait le flanc et le sommet de ladite colline. À son retour, il dit aux siens « Toagodzi nyo nto », ce qui, littéralement traduit, signifie « c’est très bien du côté de la colline ». Après plusieurs visites successives des lieux, la population décida unanimement d’aller y habiter », lit-on dans « Patrimoines ».

    À Togo, la communauté, dont les membres appelés « les Togo », vivait dans la tranquillité avec la chasse et la pêche, et en harmonie avec ses voisins Baguida et Bè devenus aujourd’hui des quartiers emblématiques de la ville de Lomé, la capitale togolaise.

    C’est après la Seconde Guerre mondiale, avec la défaite des Allemands, que les Français ont ajouté « ville » à « Togo » qui devient Togoville.

    La responsabilité des Allemands

    Togo ou Togoville, comme les Français l’ont finalement baptisé, devenu un puissant royaume avec son administration traditionnelle et avec à sa tête le Roi Mlappa et son régent Plakoo, contrôlait les autres territoires, notamment Baguida et Porto Séguro (aujourd’hui appelé Agbodrafo, où s’est particulièrement déroulée la traite négrière au Togo).

    Baguida et Porto Seguro étant situés sur la côte, ils ont vu la présence des Portugais et Anglais qui y faisaient le commerce, surtout l’esclavage avant même l’arrivée des Allemands.

    C’est depuis la Gold Coast, actuel Ghana, que les Anglais perçoivent des taxes sur le commerce qui se déroulait sur le littoral jusqu’à Lomé. En décembre 1879, ils annexent Denu et Aflao et fixent l’actuelle frontière togolaise. Les Anglais avaient voulu annexer également tout le littoral qui est aujourd’hui le Togo.

    Selon le Professeur Nicoué Gayibor, historien et ancien président de l’Université de Lomé, « Malgré l’insistance des autorités d’Accra, Londres y demeurait hostile. Pourtant, sur l’ordre du gouverneur de la Gold Coast, le commandant de cercle de Kéta, le capitaine Reginald Firmhger, franchit la frontière d’Aflao le 18 juin 1884 et vint à Lomé, à Baguida, puis à Porto-Seguro pour forcer la main des chefs de ces localités. Il découvrit, lors de ce voyage, qu’il ne pouvait annexer ce territoire sans l’accord des chefs de Togoville ».

    Bien que les chefs de Togoville donnent la garantie aux Anglais que le littoral leur sera cédés, ils ont fait volte-face lorsqu’un navire allemand à bord duquel se trouve le Dr Gustave Nachtigal, arrive dans les eaux togolaises.

    Le régent Ananivi Plakoo de Togoville s’est alors approché des Allemands et leur a demandé une protection contre les Anglais. C’est ainsi qu’au nom du roi Mlappa, il a signé un traité de protectorat avec les Allemands.

    « Ne pouvant pas refuser une telle demande des chefs traditionnels et des commerçants allemands sur lesquels pèsent les menaces anglaises, Nachtigal débarque le 4 juillet sur la plage de Baguida, où l’attendent les chefs de Togo, de Baguida et autres localités. Le 5 juillet 1884, a lieu la signature du traité », relate « Patrimoines » de M. Gayibor.

    Avec les Allemands, le roi Mlappa a délimité le territoire qui porte aujourd’hui le nom de Togo.

    C’est ainsi que de « Togo », comme un petit royaume bien organisé avec sa propre culture, on est arrivé au « Togo », l’entité qui porte aujourd’hui les plus de 8 millions d’âme avec les 56 600 Km2, limité au nord par le Burkina Faso, au sud par le Golfe de Guinée, à l’est par le Bénin et à l’ouest par le Ghana.

    Le royaume lui-même est devenu Togoville grâce aux Français qui y avaient chassé les Allemands à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

    « C’est la politisation de la localité par les Français. C’est ce qui les a amenés à donner ce nom Togoville à notre village », croit savoir Folly-Notsron Barnabé.

    Togoville, le sanctuaire spirituel du Togo

    Depuis sa création, cette petite ville a toujours été le sanctuaire du culte vodoun. « Les Togo » ont leur divinité Nyigblin, leur dieu protecteur qui trône dans la forêt sacrée du village.

    « Nyigblin est le dieu principal du peuple de Togo. C’est un esprit qui, semble-t-il, ne se voit jamais à travers une quelconque représentation physique et matérielle, sauf à la place publique de Xétsiavi où, dit-on, est représentée l’une de ses manifestations, appelée “Mama Kpo “, protectrice du village », raconte l’ancien président de l’Université dans son livre.

    Il ajoute : « On nous a affirmé que sa forme matérielle -inconnue- se trouve dans la case des voduno et que personne n’est autorisé à entrer dans cette case. À l’intronisation d’un avéto, Nyigblin l’accompagne dans la forêt sacrée, et revient à sa place après le décès de celui-ci. Dans l’enceinte du couvent, on voit des jarres, des pots contenant de l’eau pure et bénite. Le python en est le symbole, c’est pourquoi il est interdit à la communauté nyigblin de le tuer, et même d’en voir le cadavre. Toute personne qui enfreint cette loi doit accomplir des cérémonies expiatoires pour se purifier, comme chez les Xwla, qui ont la même vénération pour le python. S’il advenait qu’on tue un python, on prendrait soin de l’enterrer avec les feuilles d’arbre et de s’agenouiller pour battre les mains un certain nombre de fois. Il en va de même lorsqu’on le trouve mort quelque part. Après les cérémonies d’enterrement, un jour plus tard, on se rend dans le couvent, chez le vodoun, pour lui soumettre sa mésaventure. C’est alors qu’on prend le bain du pardon et de la purification ».

    Le roi des Togo, Mlappa, n’a pas autant d’influence sur le peuple que le Vodounon qui veille sur Nyigblin. Il y avait bien sûr d’autres divinités et leur culte, notamment Xébiésso (la foudre). C’est avec ces cultes que la société était organisée jusqu’à l’arrivée des Allemands qui y ont introduit le christianisme.

    « Mlppa veut dire ce que le couteau ne transperce pas et que les balles de fusil ne peuvent pas perforer. C’est ce mystère que l’entourage du roi racontait aux Allemands qui le craignaient », souligne Folly-Notsron Barnabé.

    Mais l’arrivée des Allemands a bouleversé cette spiritualité qu’avait cette communauté qui s’attache fortement à sa religion.

    D’abord c’est l’école européenne qui a été introduite, ensuite l’évangélisation. Le christianisme, selon le Professeur Nicoué Gayibor, est arrivé au sein d’une communauté qui disposait de sa propre organisation, de ses chefs et de sa religion.

    Il s’agissait pour cette mission, de réussir à s’implanter et d’empiéter sur la tradition de cette collectivité paisible. La tradition subissait une perturbation qui se répercutait directement sur l’individu et la société toute entière. Car la mission porte avec elle certaines façons de vivre, de penser et de parler qui sont apprises à l’école ou à l’église, lieux de rupture et de contestation des conceptions ancestrales.

    « On y apprend des choses nouvelles qui dépassent le cadre du village, de la famille. Pour amener les gens à se convertir, la Mission a employé des stratégies qui consistent à faire croire que les païens allaient au diable, alors que les chrétiens allaient à Dieu. Ceux qui deviennent chrétiens doivent rompre avec le monde dit païen. La Mission remet en particulier en cause la polygamie. Les chrétiens qui la pratiquaient sont souvent exclus de la communauté des fidèles ».

    Nicoué L. Gayibor ajoute : « Il est donc clair que l’activité de la Mission a été destructrice des valeurs anciennes, à Togoville comme ailleurs. A la place, elle a produit des individus détribalisés : elle détruit les grands principes moraux et l’ordre de la communauté Nyigblin ».

    Aujourd’hui, la communauté à Togoville est fortement animiste. Mais la ville est partagée entre ceux qui ont gardé la religion ancestrale et les convertis au christianisme.

    En 1973, la Vierge Marie serait apparue dans une barque sur le Lac Togo à Togoville. Ce qui a conduit à l’intronisation de « Notre Dame du Lac Togo ». Mais pour certains, c’était une sirène. Jusqu’aujourd’hui, l’on ne sait pas exactement ce qu’il en est.

    L’Eglise Catholique y a érigé une grande cathédrale et la ville sert de lieu de pèlerinage à des milliers de fidèles de cette église chaque année, pour honorer la vierge Marie. Mais, la cohabitation entre chrétiens et animistes n’est toujours pas facile à Togoville.

    Les querelles de voisinage subsistent toujours. Il arrive qu’à Togoville, les prêtres vodoun décident que le tam-tam ne résonne plus dans la localité pendant une certaine période. En prélude à des rituels pour les divinités et la protection des habitants.

    Mais, selon Yao Koussougbo, cultivateur et ancien du village, les chrétiens font fi de cette interdiction et joue du tam-tam surtout lors des messes du dimanche et autres célébrations eucharistiques.

    En 1985, lors de la visite du Pape Jean-Paul II à Togoville, ce dernier a prêché la coexistence pacifique entre les deux religions.

    Le troc, l’identité même de Togoville

    Sur l’une de ses rues poussiéreuses qui vient du village voisin, Ekpui, BBC News Afrique a rencontré Yao Koussougbo, cultivateur, qui, des produits agricoles chargés sur sa vieille moto, se dirige vers le marché emblématique de la petite ville. Un marché où jusqu’aujourd’hui, on n’achète pas avec l’argent.

    « Non, je ne vais pas vendre mes produits. Mais j’irai les échanger avec des produits de la pêche ou ce que je n’ai pas à la maison avec ma famille », nous indique-t-il avec un sourire, comme pour se moquer de notre curiosité.

    Descendant avec lui ce chemin en terre rouge qui fait perdre la vue à une centaine de mètres lorsqu’une moto passe en soulevant la poussière, nous sommes arrivés dans le marché bondé déjà de monde pour ces premières heures matinales. Déjà à 8 heures, il s’anime avec divers produits agricoles et de la pêche qu’on y trouve.

    « Si vous arrivez ici vers midi, vous ne trouverez plus personne », confie M. Koussougbo qui nous informe que le marché s’anime seulement en quelques heures. « Mais chacun y trouve son compte. Nous savons que c’est comme ça ».

    Au milieu du marché, sous un baobab, est assise Manavi Aklobéssi avec son étalage garni de poissons fumés. Devant elle se tient une autre dame lui tendant un bol rempli de la farine de manioc. « J’ai besoin de poissons pour préparer la sauce pour mes enfants. Je viens les échanger avec du gari (Ndlr, farine du manioc) », confie-t-elle.

    Durant une heure de tour dans le marché, ce sont ces genres d’échange, sans la monnaie. « Ce sont des échanges des produits agricoles contre ceux de la pêche. C’est un système qui existait depuis le 19e siècle lors de la régence de Gâ Djossou Mlappa. On n’achète pas avec l’argent », raconte Folly-Notsron Barnabé.

    Il est vrai qu’aujourd’hui, c’est devenu une curiosité pour les touristes qui voyagent dans la région, mais pour cet ancien cadre du village, si le système perdure jusqu’à ce jour, c’est à cause de la pauvreté dans la région.

    « On peut avoir du maïs, du manioc ou de l’igname, mais ne pas avoir de l’argent pour acheter d’autres ingrédients pour se faire un repas copieux. Il faut alors se rendre au marché de troc pour échanger ce qu’on a avec les autres accessoires dont on a besoin. Avec ça, les familles ne se plaignent pas à Togoville ».

    Il souligne toutefois qu’« aujourd’hui, ce n’est pas interdit d’aller dans le marché avec de l’argent. On a veillé à ce que ceux qui n’ont pas de produits à échanger puissent aussi acheter et satisfaire leurs besoins ».

    D’ailleurs, selon le Professeur Nicoué L. Gayibor, le troc était devenu moins fréquent à partir de l’époque où l’économie s’est monétisée, avec l’arrivée des Européens sur la côte togolaise. La monnaie utilisée avant la colonisation allemande était le cauri.

    Togoville, l’âme du Togo, reste une ville historique et culturelle qui attire beaucoup de chercheurs et de touristes avec ses 10 000 habitants environ qu’elle abrite aujourd’hui.

    On peut y accéder à partir d’Agbodrafo, en traversant le lac Togo sur près de 2 à 3 km ou en contournant le lac sur la difficile piste en latérite.

    Source: https://www.bbc.com/afrique


  • Avec RICAC, l’art africain en mouvement à Tsévié

    Avec RICAC, l’art africain en mouvement à Tsévié

    Au Togo, à Tsévié, Zio 1, les Résidences Internationales de Créations Artistiques et Culturelles (RICAC) 2026, dénommées “ART TO GO”, ont été officiellement été lancées ce lundi 26 janvier.

    Pendant deux semaines, jusqu’au 6 février 2026, la cité devient un véritable carrefour de la création artistique contemporaine africaine. L’édition de 2026 réunit des artistes venus de plusieurs pays africains autour du thème “La métaphore multipolaire : créer dans un monde de points de vue”.

    La cérémonie d’ouverture a été marquée par la présence du représentant du maire de la Commune de Zio 1, du représentant du Gouverneur de la région Maritime, ainsi que de plusieurs acteurs du monde culturel et artistique.

    Isaac Tchiakpe, le ministre du Tourisme, de la Culture et des Arts, a officiellement ouvert l’événement, en réaffirmant l’engagement de l’État togolais en faveur du développement culturel et de la promotion des industries créatives.

    “Le coup de pinceau inaugural, donné par le ministre Isaac Tchiakpe, a marqué le lancement officiel des RICAC 2026, traduisant la volonté de placer l’art au cœur de l’action publique et du dialogue social”, a-t-il déclaré.

    La conférence inaugurale, animée par l’artiste plasticien Kokou Ekouagou, Directeur artistique des RICAC, a mis en lumière la nécessité pour les artistes africains de penser la création comme un espace de croisements, de pluralité des regards et de dialogue entre les cultures.

    Pendant deux semaines, des créateurs originaires du Togo, du Bénin, du Mali, du Sénégal, du Cameroun et du Ghana partageront un espace de résidence dédié à l’échange, à la recherche et à l’expérimentation artistique, dans une dynamique de dialogue interculturel et de réflexion contemporaine.

    ART TO GO se veut un espace de transmission, de sensibilisation et de valorisation des expressions culturelles africaines, tout en rapprochant l’art des populations locales à travers des expositions, rencontres et moments de partage avec le public.

    Soutenue par plusieurs partenaires institutionnels et privés, cette édition 2026 des RICAC confirme son ambition : faire de l’art un langage commun, mobile et engagé, au service de l’unité, de la mémoire collective et du progrès social.

  • Les églises africaines à la croisée des chemins: Quand la maison de Dieu devient un champ de bataille

    Les églises africaines à la croisée des chemins: Quand la maison de Dieu devient un champ de bataille

    Le Christ a chassé les marchands du temple avec un fouet. Peut-être est-il temps que nous fassions de même – non pas avec violence, mais avec détermination, alerte Helly GBENE, expert & promoteur de la Rencontre des jeunes entrepreneurs & décideurs chrétiens.

    Un dimanche matin d’août 2024, dans un temple d’une grande Église à Apedokoè, quartier populaire de Lomé (Togo), quelque chose d’impensable s’est produit. Des fidèles, ces mêmes personnes qui venaient chaque semaine déposer leurs dîmes avec ferveur, ont bloqué l’entrée. Leur pancarte était simple mais dévastatrice : « : «Où sont nos offrandes ? » Quelques heures plus tard, la police investissait le lieu de culte. Oui, vous avez bien lu : la police, dans une Église, un dimanche.

    Cette scène, que j’ai observée avec un mélange de tristesse et de fascination professionnelle, n’est pas un simple fait divers. C’est le symptôme d’une crise systémique qui secoue les Églises africaines et togolaises en particulier. Une crise dont nous devons parler, non pas pour condamner, mais pour comprendre et transformer.

    I. LE PARADOXE AFRICAIN : CROISSANCE SPIRITUELLE, HÉMORRAGIE DE CONFIANCE

    Parlons chiffres d’abord, parce que les chiffres ne mentent pas – contrairement à certains hommes en costume trois-pièces derrière des chaires.

    Selon le site https://www.gordonconwell.edu/center-for-global-christianity/, l’Afrique compte aujourd’hui 26% des chrétiens du monde entier. D’ici 2050, nous serons le continent avec la plus forte concentration de chrétiens au monde. Notre taux de croissance annuel est de *2,76%* – impressionnant. Au Togo, les Églises poussent plus vite que les boulangeries. Chaque coin de rue a son temple, son « ministère international », son « centre de réveil ». Le dimanche, Lomé résonne de cantiques amplifiés à tue-tête.

    Mais voilà le paradoxe : pendant que nos Églises se multiplient, la confiance s’effondre. Car « Ses chefs jugent pour des présents, ses sacrificateurs enseignent pour un salaire, et ses prophètes prophétisent pour de l’argent… » Michée 3:11 (LSG).

    En avril 2024, un acteur clé, est suspendu. Son crime ? Avoir osé soulever la question qui brûle les lèvres de milliers de fidèles : que deviennent les offrandes ? Trois mois plus tard, les manifestations éclatent dans plusieurs temples. Le 4 août, c’est l’intervention policière. Des chrétiens togolais, dans leurs propres Églises, encadrés par les forces de l’ordre.

    Pendant ce temps, le véhicule du président national – 40 millions de FCFA – roule tranquillement dans les rues de Lomé, selon les témoignages des manifestants abondamment relayés par les médias togolais.

    Loin de faire le procès d’une dénomination particulière, ce qui se passe dans cette Église pentecôtiste se joue, sous différentes formes, dans l’Église Évangélique, où une nouvelle Constitution adoptée en novembre 2024 est tout simplement ignorée par les dirigeants en place. Cela se joue aussi, plus subtilement, dans d’autres communautés où le silence pastoral face aux injustices sociales est devenu assourdissant.

    Alors que Dieu exige l’intégrité chez les dirigeants, selon Tite 1:7 (LSG) « Car il faut que l’évêque soit irréprochable… non adonné au vin, ni violent, ni porté à un gain déshonnête. »

    II. AU-DELÀ DE NOS FRONTIÈRES : QUAND LA FOI DEVIENT UN PASSEPORT POUR LA MORT

    Regardons maintenant au-delà du Togo. Parce que si nous avons des problèmes de gouvernance, d’autres chrétiens africains paient de leur vie leur simple désir de prier.

    Entre octobre 2023 et septembre 2024, 4 476 chrétiens ont été tués pour leur foi. Vous avez bien lu : quatre mille quatre cent soixante-seize êtres humains. Et 93% de ces meurtres ont eu lieu en Afrique subsaharienne. Au Nigeria, 3 100 chrétiens assassinés. Au Burkina Faso, 201. En RDC, 355. Des chiffres qui donnent le vertige et disponible sur le site officiel : www.portesouvertes.fr ou www.opendoors.org.

    Le dimanche 5 juin 2022, à Owo, dans l’État d’Ondo au Nigeria, des hommes armés ont investi l’Église Saint-François-Xavier pendant la messe de Pentecôte. Bilan : au moins 40 morts, dont des femmes et des enfants. Le crime ? Être chrétien, être présent, ce jour-là, dans cette Église.

    Depuis 2009, Boko Haram et ses filiales ont tué plus de 40 000 personnes dans le nord-est du Nigeria (https://www.unhcr.org/global-trends). Des prêtres sont enlevés – plus de 150 depuis 2020 (www.acninternational.org). Des Églises sont détruites. Des conversions forcées imposées. Ce qui a d’ailleurs fait réagir, en décembre 2025, Donald Trump, Président des États-Unis. Au Mali, au Niger, au Cameroun, l’histoire se répète avec des variantes locales mais la même violence aveugle.

    Aujourd’hui, selon le site https://www.unhcr.org/global-trends, 16,2 millions de chrétiens sont déplacés internes en Afrique subsaharienne. Seize millions. C’est presque la population de trois pays comme le Togo. Des familles entières, arrachées à leurs terres, à leurs maisons, à leurs Églises, simplement parce qu’elles refusent de renier leur foi.

    Et nous, au Togo, pendant ce temps ? Nous nous battons pour savoir si le pasteur conduit une Toyota ou une Mercedes. Nous nous querellons sur des questions constitutionnelles pendant que nos frères et sœurs, à quelques centaines de kilomètres, enterrent leurs morts. Or, 1 Corinthiens 12:26 (LSG), nous prône la solidarité internationale en ces termes: « Et si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui ; et si un membre est honoré, tous les membres se réjouissent avec lui. »

    III. LE DIAGNOSTIC SANS COMPLAISANCE : NOS SEPT PLAIES CONTEMPORAINES

    Permettez-moi, en tant qu’ expert en développement organisationnel, de poser un diagnostic clinique. Nos Églises souffrent de sept pathologies chroniques qui, si elles ne sont pas traitées, mèneront à une mort lente mais certaine de leur crédibilité.

    Première plaie : L’opacité financière

    Dans quelle entreprise sérieuse les actionnaires n’ont-ils jamais accès aux comptes ? Dans quelle ONG les donateurs ne peuvent-ils pas consulter l’utilisation de leurs dons ? Pourquoi ce qui est une norme dans le monde séculier devient-il un tabou dans l’Église ? La dîme n’est pas un impôt colonial prélevé pour enrichir une aristocratie cléricale. C’est un acte de foi qui mérite respect et transparence. Puisque « Celui qui se livre à la cupidité trouble sa propre maison, mais celui qui hait les présents vivra. » Proverbes 15:27 (LSG)

    Deuxième plaie : La dictature spirituelle

    « Ne touchez pas à l’oint de l’Éternel ! » – ce verset biblique est devenu l’armure rhétorique de tous les abus de pouvoir. Critiquer la gestion devient un sacrilège. Demander des comptes, une rébellion. Voter pour un changement de leadership, une hérésie. Nous avons transformé des serviteurs de Dieu en pharaons intouchables.

    Troisième plaie : La schizophrénie doctrinale

    Le dimanche, on prêche la simplicité, l’humilité, le renoncement. Le lundi, on affiche sur Instagram le dernier SUV, la montre suisse, le voyage à Dubaï. « Dieu veut votre prospérité », nous dit-on. Mais visiblement, cette prospérité est réservée à ceux qui montent en chaire, pas à ceux qui s’assoient sur les bancs.

    Quatrième plaie : Le mutisme prophétique

    L’Église togolaise, notamment catholique, a un long historique d’engagement social. La lettre pastorale de 2016, « Soyons responsables dans la justice et la vérité », avait secoué le Landerneau politique. Mais aujourd’hui ? Un silence prudent. Une posture « d’observatrice entre deux camps ». Pendant que certaines Églises pentecôtistes bénissent ouvertement l’injustice et organisent des « cultes d’actions de grâces » pour des dérives politiques et sociales réformes, l’Église institutionnelle observe, commente timidement, mais ne prophétise plus.

    En juillet 2025, face aux violences de juin, l’ Église Évangélique Presbytérienne du Togo – EEPT a finalement rompu son « silence pastoral » avec une lettre courageuse appelant au dialogue et à la réconciliation. Mieux vaut tard que jamais, dit-on. Mais les fidèles, eux, se demandent : pourquoi attendre que les maisons brûlent pour crier au feu ?

    Cinquième plaie : L’anarchie réglementaire

    En novembre 2024, un rapport a documenté le « désordre grandissant » dans le paysage religieux togolais. N’importe qui, avec un minimum de charisme et un maximum d’audace, peut ouvrir une Église. Aucune formation théologique requise. Aucun contrôle éthique. Aucune supervision financière. Résultat ? Des escroqueries spirituelles, des nuisances sonores qui ont conduit à la fermeture de plus de 15 lieux de culte à Lomé en 2025, et une politisation rampante des activités religieuses.

    Sixième plaie : La dépendance postcoloniale

    Nos Églises historiques, malgré leur discours d’africanisation, restent financièrement et théologiquement dépendantes de l’Occident. Pendant ce temps, les nouvelles Églises pentecôtistes importent l’« Évangile de prospérité » américain sans aucune contextualisation. Nous sommes pris entre deux formes de colonisation : l’une historique, l’autre contemporaine.

    Septième plaie : La division stratégique

    Face à la fragmentation des confessions, prolifération non encadrée des Églises, faible formation de certains responsables religieux et messages déconnectés des réalités socio-économiques qui fragilisent aujourd’hui l’impact réel de l’action ecclésiale sur la société, ainsi qu’aux défis sécuritaires, économiques et politiques qui menacent notre continent, les Églises africaines devraient être unies. Il s’agit d’une responsabilité particulière qui incombe aux grandes Églises d’utiliser leur poids institutionnel pour promouvoir l’unité, structurer le secteur et accompagner les petites communautés sans les écraser. Au lieu de cela, nous nous déchirons sur des querelles internes, des compétitions de clochers, des jalousies de dénominations. Nous sommes incapables de présenter un front commun face aux vrais enjeux.

    IV. ET SI ON CHANGEAIT DE LOGICIEL ? SEPT STRATÉGIES POUR UNE RÉFORME PROFONDE

    Je ne suis pas du genre à pleurer sur les ruines. Mon métier, c’est de proposer des solutions. Alors voici, sans langue de bois, ce que nos Églises doivent faire si elles veulent survivre au XXIe siècle.

    Stratégie 1 : La révolution de la transparence

    Comme l’apôtre Paul a institue clairement la reddition de comptes dans 2 Corinthiens 8:20–21 (LSG) « Nous prenons cette précaution afin que personne ne nous blâme au sujet de cette abondante collecte, car nous recherchons ce qui est bien, non seulement devant le Seigneur, mais aussi devant les hommes. »

    La transparence étant une exigence morale, chaque Église doit publier ses comptes annuels. Point. Pas dans un document de 300 pages accessible uniquement aux initiés. Sur le site web de l’Église, en format PDF téléchargeable. Revenus, dépenses, salaires des cadres, investissements, projets sociaux. Tout. Avec un audit externe certifié. Si les ONG nationales et internationales le font, pourquoi pas les Églises qui doivent donner le bon exemple?

    Créons des comités de gestion mixtes : 50% de clercs, 50% de laïcs compétents (comptables, juristes, gestionnaires). Instituons des mandats limités pour tous les postes de direction – cinq ans, l’Église n’est pas une monarchie absolue. C’est une communauté de croyants. Les fidèles doivent avoir leur mot à dire sur les grandes décisions : budget, projets d’investissement, élection des dirigeants, orientation stratégique. Organisons des assemblées générales régulières où les membres peuvent questionner, proposer, voter.

    L’EEPT a adopté une nouvelle Constitution en novembre 2024. Parfait. Maintenant, appliquons-la ! Mettons en place les commissions électorale et de recours. Respectons les mandats. Organisons les élections dans les délais. Une Constitution non appliquée n’est qu’un bout de papier.

    Stratégie 3 : La formation éthique et professionnelle

    Nous devons professionnaliser le pastorat. Pas seulement la formation théologique – ça, on le fait déjà. Mais la formation en gestion, en éthique financière, en leadership transformationnel, en psychologie pastorale, en médiation de conflits. Un pasteur du XXIe siècle doit être aussi formé qu’un cadre d’entreprise.

    Et surtout, établissons un code de déontologie contraignant avec des sanctions réelles en cas de violation. Malversation financière ? Révocation immédiate. Abus de pouvoir ? Exclusion. Enrichissement inexpliqué ? Enquête et restitution.

    Car l’amour de l’argent corrompt la foi selon 1 Timothée 6:9–10 (LSG) « Mais ceux qui veulent s’enrichir tombent dans la tentation, dans le piège et dans beaucoup de désirs insensés et pernicieux… Car l’amour de l’argent est une racine de tous les maux. »

    Stratégie 4 : Le retour à une théologie contextuelle

    Arrêtons d’importer des modèles théologiques préfabriqués. Le plan stratégique SCEAM 2050, adopté à Kigali en août 2025, propose 12 piliers de développement holistique pour l’Église africaine (www.sceam.org) : évangélisation, éducation, santé, médias, développement rural, etc. Voilà une vision ! Approprions-nous-la, contextualisons-la, incarnons-la.

    Développons une théologie de la libération africaine qui parle de nos réalités : la corruption, la pauvreté, l’injustice, les violences. Pas un évangile d’évasion qui promet le paradis après la mort tout en tolérant l’enfer sur terre. Il nous faut de la dignité du travail honnête : « Que celui qui dérobait ne dérobe plus ; mais plutôt qu’il travaille, en faisant de ses mains ce qui est bien, pour avoir de quoi donner à celui qui est dans le besoin. » Éphésiens 4:28 (LSG).

    Sur le fond, le message doit évoluer. La foi et les miracles ne peuvent plus être dissociés du travail, de la compétence et de l’action concrète. Une Église prophétique et pertinente est celle qui forme des croyants responsables, travailleurs et autonomes, capables de transformer leur vie et leur communauté, plutôt que d’attendre passivement des promesses sans fondement.

    Stratégie 5 : L’engagement social sans compromission

    L’Église africaine dans tout son ensemble doit retrouver sa voix prophétique. Pas une voix partisane– nous ne sommes ni un parti politique ni une ONG militante. Mais une voix qui nomme l’injustice, qui défend les vulnérables, qui appelle au respect de la dignité humaine.

    Quand des jeunes sont tués lors de manifestations, l’Église doit parler. Quand des élections sont truquées, l’Église doit parler. Quand la Constitution est modifiée de manière controversée, l’Église doit parler. Non pas pour imposer un candidat ou un système, mais pour défendre des principes : justice, vérité, paix, dialogue.

    Stratégie 6 : La solidarité panafricaine

    Nos frères nigérians, burkinabés, maliens, congolais meurent. Que faisons-nous ? Des prières génériques le dimanche ? Ce n’est pas suffisant. Créons des réseaux de solidarité transnationaux. Collectons des fonds pour les déplacés. Organisons des missions d’accompagnement psychologique. Faisons du plaidoyer international.

    Le Symposium des Conférences Épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM) a une vision : 230 millions de catholiques africains mobilisés pour transformer le continent. Si nous y ajoutons les protestants, les évangéliques, nous dépassons 600 millions de chrétiens africains. Imaginez la force de ce nombre si nous étions unis !

    Stratégie 7 : L’autonomie financière

    « Car, lorsque nous étions chez vous, nous vous disions expressément : si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. » 2 Thessaloniciens 3:10 (LSG).

    Arrêtons de mendier. La foi sans action est stérile comme le souligne Jacques 2:17 (LSG) « Il en est ainsi de la foi : si elle n’a pas les œuvres, elle est morte en elle-même. »

    Ainsi, développons des projets générateurs de revenus. Les Églises ont des terres ? Créons des fermes modèles, des centres de formation professionnelle, des coopératives agricoles. Les Églises ont des bâtiments ? Louons-les intelligemment en semaine pour des événements communautaires. Les Églises ont des membres compétents ? Créons des réseaux d’affaires chrétiens basés sur l’éthique et la solidarité. Car, seul, le travail produit la transformation dans Proverbes 14:23 (LSG) « Tout travail procure l’abondance, mais les paroles en l’air ne mènent qu’à la disette. »

    L’Objectif est d’atteindre 50% d’autosuffisance financière d’ici 2035. Cela réduira la dépendance, augmentera la crédibilité, et libérera des ressources pour le service social.

    V. L’URGENCE DU CHOIX : RÉFORME OU MARGINALISATION

    Je vais être direct : nous sommes à un point de bascule.

    D’un côté, nous avons une jeunesse africaine de plus en plus éduquée, connectée, exigeante. Elle ne se contente plus des réponses toutes faites. Elle veut de la cohérence. Elle scrute, elle compare, elle questionne. Les vidéos des manifestations de l’Église en question en juillet 2024 ont fait le tour des réseaux sociaux en quelques heures. La suspension de l’acteur principal a suscité des débats enflammés sur WhatsApp, Facebook, TikTok. Cette jeunesse ne tolérera plus longtemps l’opacité et l’hypocrisie.

    De l’autre côté, nous avons des menaces existentielles : le terrorisme qui avance du Sahel vers le Golfe de Guinée, la pauvreté qui s’aggrave, les tensions politiques qui se radicalisent, le changement climatique qui chasse les populations de leurs terres. Dans ce contexte, l’Afrique a besoin de ses Églises – pas comme décoration spirituelle, mais comme force de transformation sociale.

    Si nous ne nous réformons pas maintenant, nous deviendrons ce que l’Église catholique européenne est devenue : une institution muséifiée, respectée pour son histoire mais marginalisée dans les débats contemporains. Nos magnifiques cathédrales et temples deviendront des attractions touristiques, nos doctrines des curiosités anthropologiques.

    Est-ce cela que nous voulons ?

    VI. MON APPEL PERSONNEL : LE COURAGE DE LA MÉTAMORPHOSE

    Je ne suis pas pasteur. Je ne suis pas théologien. Je suis un expert en développement organisationnel qui a passé quinze ans à accompagner des entreprises, des ONG, des institutions publiques comme privées dans leurs transformations. Et je peux vous dire ceci : toute organisation qui refuse de s’adapter meurt. C’est une loi aussi implacable que la gravité.

    Mais j’ai aussi la foi. Une foi héritée de mes parents, nourrie dans les Églises togolaises, enrichie par mes voyages et mes lectures. Et c’est cette foi qui me pousse à écrire ces lignes, non pas pour démolir, mais pour reconstruire.

    Aux dirigeants ecclésiastiques, je dis : ayez le leadership comme service, pas domination. Matthieu 23:11–12 (LSG), le précise bien : « Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Quiconque s’élèvera sera abaissé, et quiconque s’abaissera sera élevé. » Car le pouvoir que vous détenez n’est pas un privilège, c’est un service. Jésus a lavé les pieds de ses disciples. Il n’a pas exigé qu’ils financent son SUV. Vous avez été appelés à servir, pas à être servis. Revenez à cette vocation première. Ouvrez les comptes. Acceptez le contrôle. Limitez vos mandats. Écoutez la base. Ayez le courage de la transparence radicale.

    Aux fidèles, je dis : vous êtes l’Église. Pas les murs, pas les titres, pas les structures. Vous. Cessez d’être des spectateurs passifs. Exigez la transparence. Participez aux assemblées générales. Votez avec discernement. Et si nécessaire, conditionnez votre soutien financier à des réformes concrètes. Votre dîme est sacrée ; ne la gaspillez pas dans des projets opaques. Car la vraie foi libère l’homme de la misère, de l’ignorance, de la dépendance et de la peur, en l’appelant à agir, travailler, se former et transformer sa société.

    À l’État togolais, je dis : régulez sans étouffer, en soutenant la formation des pasteurs, en reconnaissant les structures crédibles et en posant des exigences minimales de qualification pour l’implantation des Églises. Créez un cadre légal qui empêche les dérives (escroqueries, nuisances, politisation) tout en respectant la liberté religieuse. Médiez dans les conflits internes quand on vous le demande, mais n’intervenez pas avec des matraques dans des lieux de culte. Cette image du 4 août 2024 restera longtemps dans les mémoires – et pas en bien.

    À la communauté internationale, je dis : soutenez la réforme, pas le statu quo. Conditionnez vos aides aux Églises africaines à des critères de bonne gouvernance. Accompagnez-nous techniquement et financièrement dans cette transformation. Mais ne nous imposez pas vos modèles.Nous avons besoin de partenaires, pas de *nouveaux colonisateurs.

    Aux jeunes Africains, je dis : ne quittez pas vos Églises. Transformez-les. Vous êtes la génération qui peut opérer cette révolution. Vous avez l’éducation, la connectivité, l’énergie. Investissez-vous dans les structures décisionnelles. Candidatez aux postes de responsabilité. Créez des collectifs de jeunes chrétiens engagés pour la réforme. L’avenir vous appartient, mais seulement si vous le saisissez.

    LE RENDEZ-VOUS AVEC L’HISTOIRE

    Il y a quelques semaines, j’ai eu une longue conversation avec un ancien pasteur qui m’a dit quelque chose qui m’a marqué : « Helly, j’ai passé trente ans dans le ministère. J’ai vu des miracles, de vraies transformations de vies. Mais j’ai aussi vu l’appât du gain remplacer l’appel de Dieu. J’ai vu des hommes de Dieu devenir des hommes d’affaires. J’ai vu l’Évangile marchandisé. Je pars non pas parce que je perds la foi, mais parce que je veux la garder. »

    Ce témoignage me hante. Combien de vrais serviteurs de Dieu quittent discrètement le ministère, dégoûtés par ce qu’ils voient ? Combien de fidèles sincères désertent les Églises, cherchant ailleurs une spiritualité authentique ? Combien de jeunes rejettent le christianisme parce qu’ils ne voient aucune différence entre un « homme de Dieu » et un politicien corrompu ?

    Un tour des personnes ressources touchées dans le cadre de la rédaction de cette tribune révèle, en fin, que la crédibilité de l’Église passe par une gouvernance éthique : transparence financière, reddition de comptes et refus de l’idolâtrie des leaders religieux. L’Église de demain doit redevenir un acteur central du développement intégral – spirituel, social, intellectuel et économique – au service du bien commun et de la nation.

    Nous sommes en 2025. L’Afrique est à un tournant de son histoire. Dans les vingt-cinq prochaines années, nous deviendrons le continent le plus peuplé, avec la population la plus jeune. Nous avons un potentiel immense. Mais ce potentiel ne se réalisera que si nos institutions – y compris religieuses – sont saines, transparentes, crédibles.

    Les Églises africaines peuvent être des acteurs majeurs de cette transformation. Elles peuvent éduquer, soigner, réconcilier, développer. Elles peuvent être des espaces de dialogue dans des sociétés polarisées. Elles peuvent être des voix prophétiques face aux injustices. Elles peuvent être des modèles de bonne gouvernance.

    Mais pour cela, elles doivent d’abord se réformer elles-mêmes.

    Le Christ a chassé les marchands du temple avec un fouet. Peut-être est-il temps que nous fassions de même – non pas avec violence, mais avec détermination. Chassons l’opacité, chassons l’enrichissement illicite, chassons le culte de la personnalité, chassons le mutisme complice.

    Et construisons, sur ces ruines salubres, une Église africaine digne de ce nom. Une Église qui ressemble vraiment à Celui qu’elle prétend servir. Une Église pauvre avec les pauvres, juste avec les opprimés, prophétique face aux puissants, transparente dans sa gestion, démocratique dans son fonctionnement, holistique dans son développement.

    Cette Église-là, je la veux. Cette Église-là, nos enfants la méritent. Cette Église-là, l’Afrique en a besoin.

    Alors, mes frères et sœurs, qu’attendons-nous ?

    Le temps de l’indignation stérile est révolu. Le temps de l’action stratégique est venu. Nous avons le diagnostic. Nous avons les solutions. Il ne manque qu’une chose : le courage.

    Aurons-nous ce courage ?

    L’histoire nous regarde. Dieu nous regarde. Nos enfants nous regardent.

    À nous de choisir : réforme ou marginalisation. Renaissance ou décadence. Authenticité ou hypocrisie.

    Moi, j’ai choisi. Et vous ?

    Helly GBENE

    Expert & Promoteur de la Rencontre des Jeunes Entrepreneurs & Décideurs Chrétiens

    Source: Togoscoop

  • Dans la préfecture de VO, les chiffres alarmants des VBG

    Dans la préfecture de VO, les chiffres alarmants des VBG

    Une étude réalisée sur les causes profondes des violences sexuelles validée dans la préfecture de VO au Togo montrent que les VBG y ont atteint un niveau inquiétant.

    Avec le soutien du Fonds Muskoka à travers ONU Femmes, une rencontre a été organisée à Vogan, dans la préfecture de Vo, à l’issue de laquelle une étude sur les causes profondes des violences sexuelles dans cette localité a été validée.

    Alarmant

    Ce mardi 16 décembre s’est tenu à Vogan l’atelier de validation de l’étude sur les causes profondes des violences sexuelles au Togo. La rencontre s’origine dans l’exécution du projet « Appui à la promotion de l’égalité des sexes pour améliorer la santé sexuelle, reproductive, maternelle, néonatale, infantile et des adolescents et la nutrition au Togo ». Il est mis en œuvre par l’ONG La Colombe, avec le soutien du Fonds français Muskoka à travers ONU Femmes.

    L’étude est menée dans 10 cantons de la préfecture de Vo : Vogan Vo-Koutimé, Togoville, Anyronkopé, Dzrékpo, Dagbati, Mome-Hounkpati, Akoumapé et Sévagan. Il en ressort une forte prévalence du viol (69,67%), des grossesses précoces (60%), des attouchements (57,35%) et du refus de paternité (55,45%).

    Les MGF représentent 0,95% alors que le cyber harcèlement sexuel est de 2,84%.

    L’autre donnée importante à retenir est que 44,44% des enquêtés ont répondu que les familles des victimes plaident pour le pardon alors que beaucoup d’autres (33%) le banalisent.

    Briser le silence

    La violence sexuelle se définit comme tentative d’acte sexuel ou tout autre acte exercé par autrui contre la sexualité d’une personne en faisant usage de la force, quelle que soit sa relation avec la victime, dans n’importe quel contexte, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

    « Les facteurs socio-culturels, économiques et politiques ; les pratiques traditionnelles et les normes sociales » sont les causes des violences sexuelles dans le Vo, a confié Thérèse Adjoa Akakpo, la coordinatrice de l’ONG La Colombe, ajoutant qu’ « il y a plusieurs types des VGB mais nous nous avons choisi les violences sexuelles à causes de nombreuses victimes qui gardent le silence ».

    Pour contribuer à briser les silences  afin de sauver les femmes et les femmes dans cette préfecture que cette étude a été menée.

    Recommandations

    La solution ? Il faut, rappelle Mawoussé Kokougan Sodjago, le chargé d’étude, « renforcer la sensibilisation communautaire en vue d’une meilleure connaissance des effets négatifs des violences sexuelles et de la législation dans ce domaine, diversifier les canaux de sensibilisation afin d’atteindre toutes les couches communautaires, utiliser les médias locaux les plus écoutés en se créant un créneau d’horaires fixes pour parler des VBG et surtout des violences sexuelles et en langue locale surtout », etc.

    « Le Viol n’y pense même pas » devient ainsi, désormais, le mot de Pass de cette lutte dans le Vo, informe Ahomadégbé Akakpo, le  Secrétaire général de ladite préfecture.

    Le Réseau des médias africains pour la promotion de l’environnement et la santé REMAPSEN-Togo a été représenté à cet atelier avec une participation active.

  • Pharmacopée : Togbui Dagban-Ayivon IV est de retour

    Pharmacopée : Togbui Dagban-Ayivon IV est de retour

    C’est avec tout un programme spécial que Togbui Dagban Ayivon IV a lancé la reprise solennelle de ses activités de pharmacopée. Avec cerise sur le gâteau, des séances foraines de traitements et rituels de fin d’année.

    Après ce qu’il appelle « la tempête de Bè-Beach »,  le chef traditionnel du quartier Adakpamé, Togbui Dagban Ayivon IV, a repris ses activités de la pharmacopée africaine et de la tradi-thérapie au palais d’Adakpamé.

    L’annonce officielle a été ce mardi 16 décembre 2025, au cours d’une rencontre avec des médias de la place.

    « Désormais, toutes les activités seront logées au palais royal. Des causeries et débats seront ouverts pour expliquer un certain nombre d’appréhensions. Rien de bien ne peut arriver à l’homme s’il ne dépense pas et ne se sacrifie pas pour attirer le bonheur. Il faut se battre dans la vie, aller à la connaissance de soi et de son environnement pour bien se positionner dans l’univers. Le bonheur s’attire, il ne peut venir d’autrui », a confié la tête couronnée.

    Pour d’amples informations, contactez le 90 04 62 08.

  • Interview/Yawo Agbédévi: « Je guéris beaucoup de maux »

    Interview/Yawo Agbédévi: « Je guéris beaucoup de maux »

    L’homme cultive la discrétion et laisse parler ses médicaments à base des plantes. Dans l’entretien ci-après, il parle des maux qu’il traite et des exigences de son métier, entre autres.

    Pour commencer cette interview, explique-nous d’abord la différence entre un tradithérapeute et un herboriste ?

    Y.A : Un tradithérapeute est quelqu’un qui maîtrise l’utilisation des feuilles, de la racine ou de l’écorce des plantes pour guérir une maladie. A travers les feuilles, la racine ou l’écorce, il peut en faire un médicament pour un traitement précis destiné à la commercialisation. Alors qu’un herboriste ne fait pas de médicaments. Par contre, il vend les feuilles, la racine et l’écorce des plantes. Il a aussi une connaissance approfondie des plantes.

    Comment reconnaître un tradithérapeute d’un herboriste ?

    Y. A : Lorsque tu exerces bien ton métier, cela se répand. Tes médicaments te rendent célèbre. C’est pareil aussi pour les hôpitaux. C’est pourquoi il y a des centres de santé de renom.

    C’est à travers les médicaments qu’on peut reconnaître un tradithérapeute d’un herboriste. Je dois ajouter ceci : il y a des préjugés autour des plantes. La corète, le gombo, les épinards, etc. ne sont-elles pas toutes des plantes ? Et pourtant leur consommation n’a jamais engendré de décès. Pour dire qu’on ne peut pas vivre sans la nature.

    Aujourd’hui, des voix en Afrique prônent de plus en plus le retour aux valeurs ancestrales. Quel est votre regard sur cette problématique ?

    Y.A : Nous devons valoriser la médecine traditionnelle. Mais nous ne devons non plus négliger la médecine moderne. C’est une complémentarité. Dans le temps, des vies pouvaient être sauvées si devant certains cas inexplicables, nos grands-parents se faisaient consulter à l’hôpital. Par exemple, les aïeux décédaient parfois des maux de ventre chronique, mal diagnostiqués. Ils ignoraient que cette maladie pouvait être due à une hernie, à une plaie, à une appendicite, etc. Leur connaissance de la maladie était donc limitée. Cependant, la médecine traditionnelle est très importante aussi. Car il y des situations devant lesquelles la médecine moderne reste impuissante mais que les plantes guérissent.

    Dites-nous un peu les exigences du métier de tradithérapeute

    Y. A : Le métier exige de l’apprentissage. La connaissance est infinie. Le monde est vaste et Dieu qui a créé l’univers est un grand savant. Il y a des choses que nous ne maîtrisons pas totalement. Donc, nous devons continuer à apprendre de jour en jour. Par exemple, dans le traitement d’une maladie, on doit pouvoir savoir quelle plante médicinale associer avec une autre, ou savoir laquelle n’est pas compatible avec l’autre ; ou savoir quelles plantes utiliser pour faire les décoctions.

    Cela fait combien d’années que vous exercez ce métier ?

    Y.A :     C’était en 1995. J’ai traité la fièvre typhoïde à un enseignant. Il en souffrait terriblement. Les traitements à l’hôpital ne le guérissaient pas. Je lui ai préparé un médicament à base des plantes et il a recouvré la santé. Je dois dire que ça a été le déclic. Mais j’ai été pendant longtemps discret. Mais depuis plusieurs années, beaucoup de gens me connaissent à travers mes médicaments qu’ils considèrent efficaces.

    Quels sont les cas que vous traitez ?

    Y.A : Je guéris beaucoup de maladies, prostate, diabète, foie, reins, mycose vaginale, fibromes, hépatites, arthrose, stérilité masculine et féminine,  faiblesse sexuelle, et d’autres que je ne peux citer ici.

    Quelle rare situation auquel faites-vous face parfois dans l’exercice de votre métier ?

    Y.A : Il est vrai nous faisons face parfois à certaines situations. Il arrive que dans le traitement d’un patient, une autre maladie apparaît. Cela montre que cette nouvelle pathologie était en latence et c’est le traitement qu’il l’a rendue manifeste.

    Les patients ignorent ces cas et s’affolent. Nous les rassurons et leur expliquons que c’est une réaction normale de l’organisme. Ils finissent par comprendre. Toutefois, il y a des maladies que ni la médecine moderne ni la médecine traditionnelle ne peuvent guérir. Par exemple, certains cas d’infertilité masculine et féminine sont inguérissables. Ce sont des manifestations divines. Certains viennent au monde sans concevoir malgré tous les traitements.

    Comment êtes-vous arrivé dans ce métier ?

    Y.A : Dieu a pourvu chaque être humain d’un don particulier. Je n’ai pas appris ce métier. Le cas du traitement de la fièvre typhoïde dont j’ai parlé plus haut m’a permis de découvrir ce don qui dormait en moi. Cette expérience a fait des échos puisque j’ai commencé par guérir les gens à base des plantes jusqu’à présent. Pour composer les médicaments, cela me vient comme un appel de l’intérieur. C’est quelque chose de divin.

    Que répondez-vous au procès de dosage qui est souvent fait aux médicaments  dits traditionnels ?

    Y.A : La non maîtrise du dosage des médicaments à base des plantes, est une réalité. Mais je pense que ce n’est pas évident dans tous les cas. Il y a des personnes qui ont vécu au-delà de 100 ans, et qui de toute leur existence, se sont soignés uniquement avec les plantes médicinales. Ces cas sont nombreux.

    Pour conclure

    Dieu a doté toute communauté de tout ce qu’elle a besoin pour sa santé. Il a pourvu l’Afrique des plantes comestibles et médicinales. Néanmoins, il y a certains préjugés qui tendent à détourner le regard de la médecine traditionnelle au profit de la médecine moderne qui n’est pas non plus sans reproche. Il y a tellement de choses infondées sur la médecine traditionnelle. Mais je peux vous garantir que la médecine traditionnelle traite beaucoup de cas. Nous traitons notamment les maladies non transmissibles. Il faut, toutefois, reconnaître les prouesses de la médecine moderne. Car devant certaines situations, nous dirigeons nos patients vers les hôpitaux. 

    Propos recueillis par la Rédaction

Radio Renouveau228

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