Auteur/autrice : La Rédaction

  • Éditions Continents, une référence née au Togo

    Éditions Continents, une référence née au Togo

    Dans un environnement où le secteur du livre reste confronté à de nombreux défis, Éditions Continents a fait le pari de la rigueur, de l’exigence éditoriale et de l’ouverture. Un pari audacieux qui, au fil des années, s’est transformé en succès tangible.

    Audace

    Créée en juillet 2011, reconnue officiellement en 2016, les Éditions Continents fait aujourd’hui figure d’exemple dans le paysage éditorial togolais et sous-régional. Fondée par Kodzo Adzewoda Vondoly, journaliste et écrivain, cette maison d’édition, bien que relativement jeune, a su rapidement trouver sa place dans le landerneau des éditions au Togo et au-delà.

    Dans un environnement où le secteur du livre reste confronté à de nombreux défis, faiblesse des circuits de distribution, accès limité aux financements, concurrence du numérique ou encore déficit de politiques publiques fortes, les Éditions Continents a fait le pari de la rigueur, de l’exigence éditoriale et de l’ouverture. Un pari audacieux qui, au fil des années, s’est transformé en succès tangible.

    Dès ses débuts, la maison s’est donné pour mission de promouvoir la littérature africaine sous toutes ses formes, sans se limiter à un genre ou à une nationalité. Romans, essais, poésie, ouvrages jeunesse, textes engagés ou réflexifs : le catalogue d’Éditions Continents se distingue par sa diversité et par la richesse des voix qu’il met en lumière. Des auteurs togolais bien sûr, mais aussi des écrivains venus d’autres pays de la sous-région et d’ailleurs, trouvent au sein de cette maison un espace d’expression crédible, professionnel et respectueux du travail intellectuel.

    Reconnaissance

    Cette ouverture éditoriale a permis aux Éditions Continents de s’inscrire rapidement dans une dynamique régionale. Ses ouvrages circulent, sont présentés dans des salons, des foires du livre et des rencontres littéraires en Afrique de l’ouest, contribuant ainsi au rayonnement de la littérature togolaise hors des frontières nationales. La maison ne se contente pas de publier : elle accompagne ses auteurs, valorise leurs œuvres et œuvre à leur visibilité, dans un écosystème où cela reste encore trop rare.

    La reconnaissance ne s’est pas fait attendre. Plusieurs publications issues d’Éditions Continents ont été saluées par des prix, distinctions et sélections littéraires, tant au niveau national que sous-régional. Ces récompenses, loin d’être anecdotiques, constituent une véritable preuve de la qualité du travail éditorial accompli. Elles témoignent de la pertinence des choix opérés, de la qualité des textes publiés, mais aussi du sérieux du processus éditorial mis en place par la maison.

    À travers ces distinctions, c’est toute une vision de l’édition qui est consacrée : celle d’un travail patient, exigeant, respectueux des auteurs et des lecteurs. Une vision qui tranche avec une certaine précipitation parfois observée dans le milieu, et qui confère à Éditions Continents une crédibilité durable.

    Perspectives

    Au cœur de cette réussite se trouve la figure de son fondateur et directeur. Kodzo Adzewoda VONDOLY, fort de son expérience de journaliste et d’écrivain, connaît les réalités du terrain, les exigences de l’écriture et les attentes du lectorat. Cette double casquette lui permet de porter un regard lucide et engagé sur le monde du livre en Afrique. Sous sa direction, la maison s’est dotée d’une ligne éditoriale claire, ambitieuse et cohérente, tout en restant attentive aux évolutions du secteur.

    Mais l’ambition de Kodzo Adzewoda VONDOLY ne s’arrête pas là. Conscient des enjeux culturels, éducatifs et symboliques du livre, il s’emploie activement à faire des Éditions Continents une maison incontournable dans la sous-région, voire à l’échelle du continent africain. Cela passe par le renforcement des partenariats, l’élargissement du réseau de distribution, l’amélioration constante de la qualité graphique et éditoriale des ouvrages, mais aussi par une présence accrue dans les grands rendez-vous littéraires africains.

    À travers Éditions Continents, c’est une certaine idée de la culture et de la transmission qui se dessine : celle d’une Afrique qui écrit, qui se raconte elle-même, qui pense son présent et son avenir à travers le livre. Une maison jeune, certes, mais déjà solidement installée, portée par une vision claire et un engagement constant.

    Aujourd’hui, les Éditions Continents n’est plus seulement une promesse. Elle est une réalité éditoriale respectée, un acteur crédible du monde du livre, et un symbole de ce que l’audace, le travail et la passion peuvent produire lorsqu’ils sont mis au service de la culture. Et tout indique que le meilleur reste à venir.

  • Bénin : un an à la tête de la SRTB, le choix de la reconnaissance

    Bénin : un an à la tête de la SRTB, le choix de la reconnaissance

    Un an après sa nomination à la tête de la Société de radiodiffusion et de Télévision du Bénin (SRTB), sa première responsable a choisi un mot simple, mais profondément symbolique : merci. Un message de gratitude adressé à celles et ceux qui, chaque jour, œuvrent souvent dans l’ombre pour faire vivre la télévision et la radio publiques du Bénin.

    Dans un contexte médiatique marqué par des mutations technologiques rapides, des exigences accrues de crédibilité et une concurrence permanente, la SRTB repose avant tout sur un capital humain engagé. Journalistes, techniciens, animateurs, réalisateurs, agents administratifs ou personnels de soutien : autant de femmes et d’hommes discrets, constants, sans lesquels le service public de l’information ne pourrait remplir sa mission.

    « Un média public ne tient jamais sur une seule personne », rappelle Angela Aquereburu Rabatel, la dirigeante de nationalité togolaise. Une affirmation qui traduit une vision du leadership fondée sur le collectif, la reconnaissance du travail invisible et le respect des compétences. Derrière chaque journal télévisé, chaque émission radio, chaque reportage de terrain, se cache un travail d’équipe rigoureux, parfois contraignant, mais toujours animé par le sens du devoir public.

    Ce message intervient comme un rappel fort : la réussite d’une institution publique ne se mesure pas uniquement à ses audiences ou à ses équipements, mais aussi à la capacité de ses dirigeants à valoriser l’engagement humain. En mettant en lumière les acteurs de l’ombre, la direction de la SRTB réaffirme l’essence même du service public : servir, informer et rassembler, avec humilité.

    Au-delà de la SRTB, cette prise de parole résonne comme une interpellation plus large dans le monde professionnel. Comment, dans nos administrations, nos entreprises ou nos organisations, prenons-nous le temps de dire merci à celles et ceux qui travaillent loin des projecteurs ?

    Un an après, le geste est fort, le message clair : la reconnaissance n’est pas un détail, elle est un moteur. Et parfois, un simple merci suffit à redonner tout son sens au travail collectif.

  • Togo-Le Mina, votre passeport local

    Togo-Le Mina, votre passeport local

    Vous arrivez au Togo pour un séjour professionnel, touristique ou vous y vivez déjà en tant qu’expatrié français ? Une chose est sûre : parler la langue locale change tout. Le Mina, langue largement utilisée au sud du Togo, est la clé pour créer du lien, comprendre les habitudes et s’intégrer pleinement à la vie quotidienne.

    Pour répondre à ce besoin, un programme de cours de Mina en ligne spécialement conçu pour les expatriés et visiteurs francophones ouvre ses portes. L’objectif est simple : vous permettre de parler Mina rapidement, efficacement et avec assurance, sans pression académique inutile.

    Ici, pas de longues théories. L’apprentissage est pratique, orienté vers les situations de la vie courante : saluer, échanger avec vos collègues, discuter avec vos voisins, négocier au marché ou comprendre les expressions courantes. Le tout dans une ambiance conviviale et adaptée aux débutants.

    Les cours se déroulent entièrement en ligne via WhatsApp, un format souple qui vous permet d’apprendre où que vous soyez, depuis votre téléphone ou votre ordinateur. Que vous soyez très occupé ou en déplacement, vous pouvez suivre les séances sans contrainte logistique.

    📅 Début des cours : 3 mars

    📅 Fin : 28 mai

    🕖 Tous les mardis et jeudis, de 19h à 20h

    Ce programme est idéal pour celles et ceux qui souhaitent s’intégrer plus facilement, gagner en autonomie et créer de véritables connexions avec les Togolais, en allant au-delà du simple français.

    👉 Intéressé(e) ?

    Laissez-nous un message privé pour obtenir plus d’informations et réserver votre place.

    Apprendre le Mina, ce n’est pas seulement apprendre une langue. C’est vivre le Togo autrement.

  • Adzinukuza en sursis (tribune)

    Adzinukuza en sursis (tribune)

    Le 6 février 2026, une réunion dite « de crise » s’est tenue à la mairie de Vogan autour de l’avenir de la fête traditionnelle Adzinukuza. Le simple fait qu’un tel cadre ait été jugé nécessaire en dit long sur le malaise qui entoure aujourd’hui cette célébration ancestrale. Jadis moment sacré de communion, de reconnaissance aux ancêtres et de transmission des valeurs, Adzinukuza semble désormais engagée sur une pente glissante : celle d’une politisation progressive qui menace d’en vider la substance.

    Adzinukuza n’est pas une fête traditionnelle comme les autres. Elle est, pour les populations de Vo, un repère identitaire fort, un temps ritualisé où les gestes, les rythmes et les paroles obéissent à une symbolique précise héritée de plusieurs générations. À travers les danses, les tambours et les rites, c’est toute une mémoire collective qui s’exprime. Or, depuis quelques années, cette mémoire paraît reléguée au second plan, éclipsée par des considérations étrangères à l’esprit originel de la fête.

    Communication

    La présence des autorités politiques n’est pas en soi un problème. Elle peut même être perçue comme une marque de reconnaissance institutionnelle. Le danger apparaît lorsque cette présence devient envahissante, structurante, voire directive. Lorsque les discours politiques prennent le pas sur les rites, lorsque l’agenda officiel dicte le déroulement d’une fête censée obéir aux codes traditionnels, un déséquilibre s’installe. Adzinukuza commence alors à ressembler davantage à un événement de communication qu’à une célébration culturelle.

    Cette dérive n’est pas propre à Vogan. Partout dans le pays, des fêtes traditionnelles semble connaître le même sort : progressivement transformées en vitrines politiques, elles ont perdu leur âme, leur profondeur, leur caractère sacré. Ce qui était un espace de transmission est devenu un décor. Ce qui était un temps de sens est devenu un temps de spectacle. La crainte aujourd’hui est qu’Adzinukuza suive ce chemin, jusqu’à être réduite à une coquille vide, vidée de sa quintessence.

    Alerte

    La réunion de crise du 6 février 2026 doit donc être comprise comme un signal d’alarme. Elle traduit une prise de conscience, certes tardive, mais nécessaire. Encore faut-il s’interroger sur sa portée réelle. Qui parle au nom d’Adzinukuza ? Les gardiens de la tradition, les chefs coutumiers, les communautés locales ont-ils été placés au cœur des échanges, ou sont-ils restés en périphérie d’un débat dominé par des logiques administratives et politiques ?

    Sauver Adzinukuza suppose un choix clair : redonner la primauté au sens, aux rites, aux détenteurs légitimes de la tradition. Cela implique aussi de fixer des limites nettes à l’ingérence politique, afin que la fête ne soit plus instrumentalisée au gré des agendas et des intérêts. La culture ne peut être durablement protégée si elle devient un simple outil.

    La question demeure donc entière : cette réunion de crise permettra-t-elle réellement de sauver ce qui peut encore l’être ? Ou restera-t-elle un exercice de communication de plus, sans effets profonds ? L’avenir d’Adzinukuza dépendra de la réponse apportée à cette interrogation. Car une tradition que l’on dénature finit toujours par disparaître, même lorsqu’elle continue d’être célébrée. La 40è édition, c’est dans quelques mois, l’heure est donc à l’urgence.

    Kossivi AMETOWOGBLONA

  • RICAC, un carrefour créatif

    RICAC, un carrefour créatif

    La cérémonie des ART PLASTIC AWARDS 2026, tenue le 6 février à Lomé dans le cadre des Résidences internationales de créations artistiques et culturelles (RICAC) – ART TO GO, s’impose comme un tournant majeur pour les arts plastiques au Togo et, au-delà, pour la scène artistique africaine. En clôturant deux semaines d’intenses résidences placées sous le thème de la multipolarité, l’événement a confirmé le rôle stratégique de Lomé comme espace de création, de circulation des idées et de reconnaissance des talents du continent.

    Bien plus qu’une simple cérémonie de remise de prix, ART TO GO s’affirme comme un outil structurant pour les artistes, notamment togolais, souvent confrontés à un manque d’infrastructures, de visibilité internationale et de cadres de formation spécialisés. En sélectionnant chaque année quatorze artistes, personnalités ou institutions, le programme crée un environnement propice à l’émergence, à la professionnalisation et à la mise en réseau des créateurs africains.

    Pour les artistes togolais, les retombées sont multiples. D’abord en termes de visibilité : évoluer au sein d’une résidence internationale, exposer aux côtés de confrères venus d’autres pays africains et être vus par des curateurs, critiques et acteurs culturels constitue une opportunité rare. Ensuite en termes de montée en compétences : le travail collectif, les échanges esthétiques et les confrontations de pratiques permettent aux artistes locaux d’affiner leur langage plastique et de se positionner dans les débats artistiques contemporains.

    L’édition 2026 a également mis en lumière la capacité des artistes togolais à dialoguer d’égal à égal avec leurs homologues africains. Les œuvres produites — tableaux et sculptures — puisent à la fois dans l’histoire du Togo, les valeurs de paix, de vivre-ensemble et de souveraineté, tout en s’inscrivant dans une réflexion globale sur un monde multipolaire. Cette articulation entre ancrage local et ouverture internationale est l’un des principaux acquis de la résidence.

    La remise du Prix de la Renaissance Africaine à Julie Mehretu et Ibrahim Mahama a, elle aussi, un impact symbolique fort pour les artistes participants. En côtoyant des figures majeures de l’art contemporain mondial, les jeunes créateurs africains mesurent concrètement que des trajectoires internationales sont possibles à partir du continent. Ces parcours inspirants contribuent à briser le plafond de verre psychologique qui freine encore de nombreux talents africains.

    Le choix de Tsévié comme espace de création et de réflexion renforce également les bénéfices à long terme de l’initiative. Présentée comme la source de la nation togolaise, la localité incarne l’ambition de voir naître la première école nationale des beaux-arts. Pour les artistes togolais, cette perspective représente un espoir structurant : celui d’un futur où la formation artistique de haut niveau pourra se faire sur place, réduisant l’exil forcé des talents.

    Dans son discours de clôture, le directeur artistique Kokou Ekouagou a rappelé que la résidence ART TO GO est avant tout un laboratoire vivant, où les idées, les identités et les esthétiques se confrontent sans hiérarchie. Cette dynamique bénéficie particulièrement aux artistes africains, souvent cantonnés à des catégories figées sur les scènes internationales. Ici, ils construisent eux-mêmes leurs récits, en toute souveraineté.

    La remise de 14 distinctions, incluant mentors panafricains, meilleurs espoirs, mécènes et acteurs institutionnels, renforce cette logique inclusive. Elle valorise non seulement les artistes confirmés, mais aussi les jeunes talents et les soutiens indispensables à l’écosystème culturel. Pour les créateurs togolais et africains, cette reconnaissance constitue un levier de crédibilité et d’accès à de nouvelles opportunités.

    La présence de Natta N’Poh Labounamah, représentant du ministre du Tourisme, de la Culture et des Arts, et le soutien affiché de l’État togolais, envoient enfin un signal fort : celui d’une reconnaissance institutionnelle du rôle stratégique de l’art dans le développement culturel et social.

    À travers les ART PLASTIC AWARDS 2026, Lomé s’impose ainsi comme un carrefour créatif africain, offrant aux artistes togolais et à leurs pairs du continent un espace d’expression, de reconnaissance et de projection vers l’avenir. Une dynamique porteuse, qui participe à la construction d’un écosystème artistique africain plus fort, plus visible et résolument tourné vers le monde.

  • Togo/Foot/Professionnalisation: rêve légitime, conditions insuffisantes ?

    Togo/Foot/Professionnalisation: rêve légitime, conditions insuffisantes ?

    La professionnalisation du football ne se décrète pas. Elle est l’aboutissement d’un long processus reposant sur des préalables clairs. Or, à l’épreuve des faits, le projet togolais semble avancer plus vite que ses fondations.

    Annoncée depuis 2022 comme un tournant historique, la professionnalisation du football togolais est entrée, en janvier 2026, dans une phase dite « pratique » avec la création officielle de la Ligue de football professionnel du Togo (LFPT). À neuf mois du lancement du tout premier championnat professionnel de l’histoire du pays, prévu pour septembre 2026, une question centrale s’impose : le Togo dispose-t-il réellement des moyens institutionnels, financiers et structurels pour réussir ce basculement ?

    La professionnalisation du football ne se décrète pas. Elle est l’aboutissement d’un long processus reposant sur des préalables clairs : infrastructures adéquates, cadre juridique et financier solide, clubs structurés en sociétés sportives, formation des acteurs, gouvernance crédible et attractivité économique. Or, à l’épreuve des faits, le projet togolais semble avancer plus vite que ses fondations.

    De grandes annonces, peu de réalisations visibles

    Depuis les premières réflexions lancées en 2022 par la Fédération togolaise de football (FTF) et le ministère en charge des Sports, les communications officielles se sont multipliées. Lors de la création de la LFPT, le président de la FTF, Guy Akpovy, a évoqué « un travail acharné mené depuis plusieurs années » pour redéfinir un cadre juridique, technique et économique viable. Un discours volontariste certes, mais qui peine à convaincre une grande partie des observateurs du football local.

    Sur le terrain, les signes tangibles de cette professionnalisation restent rares. Aucun nouveau stade homologué n’a été livré. Les clubs ne sont pas encore transformés en véritables sociétés sportives. Le statut du joueur professionnel demeure flou. Les mécanismes de financement du futur championnat ne sont pas clairement définis. Autant de zones d’ombre qui alimentent le scepticisme.

    Le talon d’Achille des infrastructures

    Le défi des infrastructures apparaît comme le plus urgent. Le Togo dispose aujourd’hui de très peu de stades répondant aux standards requis pour une compétition professionnelle. À Lomé, le stade municipal est sursollicité, tandis que dans plusieurs régions, les enceintes sportives sont vétustes ou inadaptées.

    Pour le journaliste sportif David Assimadi, ce manque constitue un obstacle majeur : « On ne peut pas parler de professionnalisation sans infrastructures conformes. À quelques mois du lancement annoncé, il faudrait engager des travaux d’envergure dans des délais très courts, ce qui paraît difficilement réalisable. »

    La comparaison avec la sous-région est éloquente. Au Ghana, la Ghana Premier League repose sur un réseau de stades rénovés ou reconstruits après la crise sécuritaire de 2001, avec des exigences strictes en matière d’homologation. En Côte d’Ivoire, la professionnalisation s’est appuyée sur les infrastructures héritées de la CAN 2023, offrant aux clubs des enceintes modernes et fonctionnelles. Au Sénégal, la Ligue professionnelle bénéficie d’investissements étatiques progressifs et d’un partenariat structurant avec des sponsors majeurs.

    Un modèle économique fragile

    Au-delà des infrastructures, la question du financement soulève de sérieuses inquiétudes. Dans le championnat actuel, l’État togolais s’est engagé à verser une subvention de 10 millions de francs CFA par club, un montant dont le paiement a souvent été irrégulier. Pourtant, pour le futur championnat professionnel, un accompagnement de 70 millions de francs CFA par club est annoncé.

    Une promesse ambitieuse, mais jugée peu réaliste par plusieurs acteurs. « Si l’État a déjà du mal à honorer des engagements bien moindres, on est en droit de se demander d’où viendront ces ressources supplémentaires », s’interroge David Assimadi, tout en laissant une marge d’espoir à une éventuelle amélioration de la situation économique nationale.

    À titre de comparaison, le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Sénégal ont progressivement réduit la dépendance des clubs vis-à-vis des subventions publiques, en développant les droits TV, le sponsoring, le marketing sportif et la billetterie. Des leviers encore très peu exploités au Togo.

    Une gouvernance et une méthode questionnées

    Autre sujet de préoccupation : la gouvernance de la nouvelle Ligue professionnelle et l’identité de ses dirigeants, qui ne rassurent pas pleinement l’opinion sportive. Pour Dela Ayité, journaliste togolais, le problème est aussi méthodologique. Il plaide pour une transition graduelle : « Une semi-professionnalisation aurait permis de tester le modèle, de corriger les insuffisances et d’éviter un choc brutal. L’exemple du Gabon, où la professionnalisation s’est soldée par un échec, doit nous servir de leçon. »

    Au Sénégal comme en Côte d’Ivoire, la professionnalisation s’est faite par étapes, avec une montée en puissance progressive des exigences imposées aux clubs. Une approche prudente qui contraste avec la volonté togolaise de basculer rapidement vers un professionnalisme intégral.

    Un pari risqué mais pas encore perdu

    L’objectif affiché de la professionnalisation du football togolais (amélioration de la gouvernance, élévation du niveau de jeu, création d’emplois et d’une véritable industrie sportive) est unanimement salué. Mais entre l’ambition et la réalité, le fossé reste important. Et c’est là le hic.

    À neuf mois du coup d’envoi annoncé, le projet ressemble davantage à un pari risqué qu’à une réforme solidement préparée. Sans investissements massifs, sans cadre clair et sans une implication réelle de tous les acteurs, la professionnalisation pourrait bien devenir un projet mort-né. À moins d’un sursaut collectif et d’une réorientation stratégique inspirée des modèles réussis de la sous-région.


  • Emmanuel Adebayor rattrapé

    Emmanuel Adebayor rattrapé

    Avant le week-end écoulé, le Togolais Emmanuel Adebayor détenait seul un joli record dans l’histoire de Manchester City.


    Souvenez-vous de ce moment génial de Premier League: le 18 juillet 2009, quelques semaines après son arrivée à Manchester City en provenance d’Arsenal, Emmanuel Adebayor a donné l’avantage à sa nouvelle équipe, de la tête sur un centre de Shaun Wright-Phillips. William Gallas a été devancé. L’attaquant togolais a alors sprinté comme un fou jusqu’à l’autre bout du terrain afin de célébrer devant le parcage des supporters des Gunners ! Il a été averti par l’arbitre puis, accusé par son ancien coéquipier Robin van Persie de l’avoir frappé au visage, a écopé d’une suspension de trois matches…

    En tout cas, les débuts d’Adebayor chez les Cityzens, après un recrutement s’élevant à 30 millions d’euros, ont été une réussite. Associé à Carlos Tévez et Robinho dans le secteur offensif par Mark Hughes, l’attaquant passé par l’AS Monaco a marqué lors de ses quatre premiers matches de championnat contre Blackburn, Wolverhampton, Portsmouth et donc Arsenal. Il a toutefois fini à 14 buts en 31 matches toutes compétitions confondues.

    Semenyo comme Adebayor

    Un joueur actuel de Man City a égalé « Manu » Adebayor, qui était jusque-là le seul joueur de l’histoire du club à marquer sur quatre de ses cinq premiers matches depuis le début de l’ère Premier League (depuis 1992). Antoine Semenyo, recruté pour 72 millions d’euros le 9 janvier dernier, a en effet enchaîné des réalisations contre Exeter et Newcastle en coupes puis Wolverhampton et Tottenham en PL.

    Dimanche lors du choc contre les Spurs, Rayan Cherki a ouvert le score d’une frappe croisée du droit (11e) et Semenyo a doublé la mise avant la pause, bien décalé par Bernardo Silva dans la surface (44e). Mais Tottenham a réalisé une belle seconde période, face à une formation de Pep Guardiola devenue apathique, et a arraché un point grâce à un doublé de Dominik Solanke, avec un deuxième but inscrit en coup du scorpion (53e et 70e).

    Source: https://www.football.fr/

  • ”La métaphore multipolaire” : une invitation à la création et à la réflexion

    ”La métaphore multipolaire” : une invitation à la création et à la réflexion

    La métaphore multipolaire, en tant que sujet artistique, peut se traduire par la représentation de multiples centres d’intérêt, de sources de pouvoir ou de perspectives dans une œuvre.

    Par Kokou Ekouagou

    C’est avec une immense joie que nous ouvrons aujourd’hui la Résidence Internationale de Créations Artistiques et Culturelles Les RICAC « ART TO GO » 2026, ici à la Maison des Jeunes et de la Femme de Tsévié. Nous exprimons nos sincères remerciements au Ministère en charge de la Culture, à la Mairie de la Commune du Zio 1 et aux membres du Comité d’Organisation pour les efforts si efficacement conjugués dans la parfaite tenue de cette grande messe culturelle.

    Chers collègues artistes, mesdames, messieurs les autorités à vos rangs et grades respectifs, amateurs d’art et de culture, chers invités, le thème que nous proposons pour cette édition est ambitieux, philosophique et profondément actuel : « La métaphore multipolaire ». Mais de quoi s’agit-il ?

    En géopolitique, la multipolarité décrit un système international où plusieurs puissances, plus de deux, exercent une influence significative. En linguistique, une métaphore est une figure de style qui établit une comparaison implicite entre deux éléments différents, en transférant les caractéristiques de l’un à l’autre. La “métaphore multipolaire ” peut être utilisée comme une analogie pour mieux comprendre la complexité et les dynamiques d’un système international multipolaire.

    La métaphore multipolaire, en tant que sujet artistique, peut se traduire par la représentation de multiples centres d’intérêt, de sources de pouvoir ou de perspectives dans une œuvre. Cela peut se manifester dans des compositions visuelles où plusieurs points focaux coexistent, se contredisent, ou interagissent.

    Selon Franz Kafka, “La fréquentation des Hommes induit à s’observer soi-même”. L’artiste, avec le contact des autres, peut explorer les tensions et les équilibres créés par cette multiplicité de pôles, offrant ainsi une vision plus complexe et nuancée du monde.

    Le contact avec les autres est une sorte de miroir qui nous renvoie notre propre image, nous poussant à l’introspection qui permet de dépeindre la complexité du monde contemporain, où les hiérarchies traditionnelles s’estompent et où de multiples réalités coexistent. En introduisant plusieurs points de vue, l’artiste peut questionner les certitudes et encourager l’ambiguïté, invitant le spectateur à interpréter l’œuvre de manière plus ouverte.

    L’interaction entre les différents pôles peut générer un sentiment de mouvement et de transformation, créant des espaces artistiques dynamiques et évolutifs. L’œuvre peut défier les perspectives linéaires et unilatérales, incitant à une réflexion sur la relativité des points de vue.

    Nous vivons dans un monde où les certitudes s’effritent, où les frontières sont mouvantes, où les récits dominants sont contestés. L’artiste, à travers la métaphore multipolaire, n’apporte pas de réponses figées, mais ouvre des fenêtres. Il invite à penser autrement, à sentir autrement.

    Cette résidence est donc un laboratoire de cohabitation artistique : entre styles, entre visions du monde, entre générations, entre territoires. C’est cela, la force de ce projet : faire circuler les idées, les formes, les émotions. Je nous invite donc, durant ces jours de création, de partages, de rencontres, à oser les contrastes, à valoriser les différences, à construire des ponts entre nos univers.

    Dans cette aventure créative, créons un espace vivant, libre, complémentaire à l’image du monde, à l’image de l’art…et surtout créons avec nos humanités. En somme, la métaphore multipolaire offre un cadre riche pour l’exploration artistique, culturelle permettant de traduire la complexité et la diversité du monde en des œuvres qui invitent à la réflexion et à l’interprétation.

    Kokou Ekouagou

    Artiste Plasticien | Consultant | Manager Culturel

    Les RICAC 2026

  • Togoville, l’incroyable histoire d’une petite ville qui a donné son nom à tout un pays

    Togoville, l’incroyable histoire d’une petite ville qui a donné son nom à tout un pays

    On l’appelle l’« âme spirituelle du Togo ». Togoville, dans le temps, était connue comme la ville sanctuaire de la religion vodoun avec la divinité Nyigblin (sur laquelle nous reviendrons plus tard dans cet article).

    C’est cette divinité qui la protège selon les nombreuses recherches universitaires que nous avons consultées. Mais la petite ville est devenue également aujourd’hui le lieu sacré des fidèles catholiques avec la Cathédrale qui la surplombe.

    Petite ville aujourd’hui calme, presqu’oubliée, elle était la première capitale qui a donné son nom au pays. Les natifs de ce milieu continuent de réclamer une reconnaissance pour cette partie du Togo, pour ce qu’il a été dans l’histoire du pays.

    « Notre localité est emblématique, mais elle est lésée. Si on reconnaît les mérites de Togoville et qu’on fait ce qui doit l’être pour mettre ses populations à l’aise, tout le Togo sera complètement sauvé », confie à BBC News Afrique, Folly-Notsron Barnabé, un cadre du milieu qui, nous a-t-il dit, s’est beaucoup battu pour la localité et a même fait la prison à cause de son engagement. Il est aujourd’hui à la retraite.

    Ce qu’il réclame, ce sont des routes bitumées, des infrastructures et une politique publique pour retenir les habitants de Togoville, notamment les jeunes qui la désertent. « Nous sommes isolés du reste du pays à cause du manque de route ».

    Située à environ 30 km de Lomé, la capitale togolaise, Togoville renferme pourtant des richesses culturelles qui peuvent être mises en valeur pour son développement. Elle a aussi connu l’esclavage et était importante au début du 20e siècle, époque où les colons allemands ont mis pieds pour la première fois dans la région.

    Aujourd’hui, Togoville ne vit que pour sa gloire du passé racontée dans les livres et qu’on peut écouter auprès des garants des us et coutumes de la localité. Pour les quelques natifs du milieu interrogés dans le cadre de ce papier, le temps s’est arrêté dans la cité qui les a vus naître. « Et il faut corriger cela », ajoute M. Folly-Notsron.

    Dans cet article, nous allons voyager dans cette petite ville qu’on pourra accéder aujourd’hui en faisant un long détour par une piste détériorée et poussiéreuse qui contourne le Lac Togo.

    Les ancêtres qui ont fondé Togoville sont des Adja qui viennent du Dahomey, actuel Bénin, selon le livre « Patrimoines », une collection de l’ancien président de l’Université de Lomé, le Professeur Nicoué L. Gayibor en collaboration avec Yves Marguerat et Jean-Claude Barbier.

    Ces ancêtres se sont ensuite installé au niveau de la rive sud du Lac Togo, notamment dans un village appelé Adjassémé. De l’autre rive, se dresse une colline avec une forêt et des terres derrière.

    Un jour, le chef de cette communauté, celui-là même qui veille sur la divinité Nyigblin, a voulu explorer cette autre rive et ce qui derrière la colline. C’est ainsi, selon l’universitaire, qu’il a trouvé des terres fertiles, propices à l’agriculture.

    Il a décidé d’y amener toute sa communauté et baptisé cette terre « Togo », dérivant de « to » qui veut dire « colline » en éwé, langue parlée au sud du pays, et « (a)go » qui veut « l’autre côté ou au-delà ». Togo peut s’expliquer donc par « au-delà ou de l’autre côté de la colline ».

    « De Adjassémé, on voyait sur l’autre rive du lac une colline. Un jour, l’un des principaux piliers de la collectivité Nyigblin, nommé Togbi Gbago, qui était chasseur de métier, décida de traverser le lac, ce qu’il fit sans grande difficulté à l’aide d’une pirogue de rônier. II visita ensuite la forêt qui couvrait le flanc et le sommet de ladite colline. À son retour, il dit aux siens « Toagodzi nyo nto », ce qui, littéralement traduit, signifie « c’est très bien du côté de la colline ». Après plusieurs visites successives des lieux, la population décida unanimement d’aller y habiter », lit-on dans « Patrimoines ».

    À Togo, la communauté, dont les membres appelés « les Togo », vivait dans la tranquillité avec la chasse et la pêche, et en harmonie avec ses voisins Baguida et Bè devenus aujourd’hui des quartiers emblématiques de la ville de Lomé, la capitale togolaise.

    C’est après la Seconde Guerre mondiale, avec la défaite des Allemands, que les Français ont ajouté « ville » à « Togo » qui devient Togoville.

    La responsabilité des Allemands

    Togo ou Togoville, comme les Français l’ont finalement baptisé, devenu un puissant royaume avec son administration traditionnelle et avec à sa tête le Roi Mlappa et son régent Plakoo, contrôlait les autres territoires, notamment Baguida et Porto Séguro (aujourd’hui appelé Agbodrafo, où s’est particulièrement déroulée la traite négrière au Togo).

    Baguida et Porto Seguro étant situés sur la côte, ils ont vu la présence des Portugais et Anglais qui y faisaient le commerce, surtout l’esclavage avant même l’arrivée des Allemands.

    C’est depuis la Gold Coast, actuel Ghana, que les Anglais perçoivent des taxes sur le commerce qui se déroulait sur le littoral jusqu’à Lomé. En décembre 1879, ils annexent Denu et Aflao et fixent l’actuelle frontière togolaise. Les Anglais avaient voulu annexer également tout le littoral qui est aujourd’hui le Togo.

    Selon le Professeur Nicoué Gayibor, historien et ancien président de l’Université de Lomé, « Malgré l’insistance des autorités d’Accra, Londres y demeurait hostile. Pourtant, sur l’ordre du gouverneur de la Gold Coast, le commandant de cercle de Kéta, le capitaine Reginald Firmhger, franchit la frontière d’Aflao le 18 juin 1884 et vint à Lomé, à Baguida, puis à Porto-Seguro pour forcer la main des chefs de ces localités. Il découvrit, lors de ce voyage, qu’il ne pouvait annexer ce territoire sans l’accord des chefs de Togoville ».

    Bien que les chefs de Togoville donnent la garantie aux Anglais que le littoral leur sera cédés, ils ont fait volte-face lorsqu’un navire allemand à bord duquel se trouve le Dr Gustave Nachtigal, arrive dans les eaux togolaises.

    Le régent Ananivi Plakoo de Togoville s’est alors approché des Allemands et leur a demandé une protection contre les Anglais. C’est ainsi qu’au nom du roi Mlappa, il a signé un traité de protectorat avec les Allemands.

    « Ne pouvant pas refuser une telle demande des chefs traditionnels et des commerçants allemands sur lesquels pèsent les menaces anglaises, Nachtigal débarque le 4 juillet sur la plage de Baguida, où l’attendent les chefs de Togo, de Baguida et autres localités. Le 5 juillet 1884, a lieu la signature du traité », relate « Patrimoines » de M. Gayibor.

    Avec les Allemands, le roi Mlappa a délimité le territoire qui porte aujourd’hui le nom de Togo.

    C’est ainsi que de « Togo », comme un petit royaume bien organisé avec sa propre culture, on est arrivé au « Togo », l’entité qui porte aujourd’hui les plus de 8 millions d’âme avec les 56 600 Km2, limité au nord par le Burkina Faso, au sud par le Golfe de Guinée, à l’est par le Bénin et à l’ouest par le Ghana.

    Le royaume lui-même est devenu Togoville grâce aux Français qui y avaient chassé les Allemands à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

    « C’est la politisation de la localité par les Français. C’est ce qui les a amenés à donner ce nom Togoville à notre village », croit savoir Folly-Notsron Barnabé.

    Togoville, le sanctuaire spirituel du Togo

    Depuis sa création, cette petite ville a toujours été le sanctuaire du culte vodoun. « Les Togo » ont leur divinité Nyigblin, leur dieu protecteur qui trône dans la forêt sacrée du village.

    « Nyigblin est le dieu principal du peuple de Togo. C’est un esprit qui, semble-t-il, ne se voit jamais à travers une quelconque représentation physique et matérielle, sauf à la place publique de Xétsiavi où, dit-on, est représentée l’une de ses manifestations, appelée “Mama Kpo “, protectrice du village », raconte l’ancien président de l’Université dans son livre.

    Il ajoute : « On nous a affirmé que sa forme matérielle -inconnue- se trouve dans la case des voduno et que personne n’est autorisé à entrer dans cette case. À l’intronisation d’un avéto, Nyigblin l’accompagne dans la forêt sacrée, et revient à sa place après le décès de celui-ci. Dans l’enceinte du couvent, on voit des jarres, des pots contenant de l’eau pure et bénite. Le python en est le symbole, c’est pourquoi il est interdit à la communauté nyigblin de le tuer, et même d’en voir le cadavre. Toute personne qui enfreint cette loi doit accomplir des cérémonies expiatoires pour se purifier, comme chez les Xwla, qui ont la même vénération pour le python. S’il advenait qu’on tue un python, on prendrait soin de l’enterrer avec les feuilles d’arbre et de s’agenouiller pour battre les mains un certain nombre de fois. Il en va de même lorsqu’on le trouve mort quelque part. Après les cérémonies d’enterrement, un jour plus tard, on se rend dans le couvent, chez le vodoun, pour lui soumettre sa mésaventure. C’est alors qu’on prend le bain du pardon et de la purification ».

    Le roi des Togo, Mlappa, n’a pas autant d’influence sur le peuple que le Vodounon qui veille sur Nyigblin. Il y avait bien sûr d’autres divinités et leur culte, notamment Xébiésso (la foudre). C’est avec ces cultes que la société était organisée jusqu’à l’arrivée des Allemands qui y ont introduit le christianisme.

    « Mlppa veut dire ce que le couteau ne transperce pas et que les balles de fusil ne peuvent pas perforer. C’est ce mystère que l’entourage du roi racontait aux Allemands qui le craignaient », souligne Folly-Notsron Barnabé.

    Mais l’arrivée des Allemands a bouleversé cette spiritualité qu’avait cette communauté qui s’attache fortement à sa religion.

    D’abord c’est l’école européenne qui a été introduite, ensuite l’évangélisation. Le christianisme, selon le Professeur Nicoué Gayibor, est arrivé au sein d’une communauté qui disposait de sa propre organisation, de ses chefs et de sa religion.

    Il s’agissait pour cette mission, de réussir à s’implanter et d’empiéter sur la tradition de cette collectivité paisible. La tradition subissait une perturbation qui se répercutait directement sur l’individu et la société toute entière. Car la mission porte avec elle certaines façons de vivre, de penser et de parler qui sont apprises à l’école ou à l’église, lieux de rupture et de contestation des conceptions ancestrales.

    « On y apprend des choses nouvelles qui dépassent le cadre du village, de la famille. Pour amener les gens à se convertir, la Mission a employé des stratégies qui consistent à faire croire que les païens allaient au diable, alors que les chrétiens allaient à Dieu. Ceux qui deviennent chrétiens doivent rompre avec le monde dit païen. La Mission remet en particulier en cause la polygamie. Les chrétiens qui la pratiquaient sont souvent exclus de la communauté des fidèles ».

    Nicoué L. Gayibor ajoute : « Il est donc clair que l’activité de la Mission a été destructrice des valeurs anciennes, à Togoville comme ailleurs. A la place, elle a produit des individus détribalisés : elle détruit les grands principes moraux et l’ordre de la communauté Nyigblin ».

    Aujourd’hui, la communauté à Togoville est fortement animiste. Mais la ville est partagée entre ceux qui ont gardé la religion ancestrale et les convertis au christianisme.

    En 1973, la Vierge Marie serait apparue dans une barque sur le Lac Togo à Togoville. Ce qui a conduit à l’intronisation de « Notre Dame du Lac Togo ». Mais pour certains, c’était une sirène. Jusqu’aujourd’hui, l’on ne sait pas exactement ce qu’il en est.

    L’Eglise Catholique y a érigé une grande cathédrale et la ville sert de lieu de pèlerinage à des milliers de fidèles de cette église chaque année, pour honorer la vierge Marie. Mais, la cohabitation entre chrétiens et animistes n’est toujours pas facile à Togoville.

    Les querelles de voisinage subsistent toujours. Il arrive qu’à Togoville, les prêtres vodoun décident que le tam-tam ne résonne plus dans la localité pendant une certaine période. En prélude à des rituels pour les divinités et la protection des habitants.

    Mais, selon Yao Koussougbo, cultivateur et ancien du village, les chrétiens font fi de cette interdiction et joue du tam-tam surtout lors des messes du dimanche et autres célébrations eucharistiques.

    En 1985, lors de la visite du Pape Jean-Paul II à Togoville, ce dernier a prêché la coexistence pacifique entre les deux religions.

    Le troc, l’identité même de Togoville

    Sur l’une de ses rues poussiéreuses qui vient du village voisin, Ekpui, BBC News Afrique a rencontré Yao Koussougbo, cultivateur, qui, des produits agricoles chargés sur sa vieille moto, se dirige vers le marché emblématique de la petite ville. Un marché où jusqu’aujourd’hui, on n’achète pas avec l’argent.

    « Non, je ne vais pas vendre mes produits. Mais j’irai les échanger avec des produits de la pêche ou ce que je n’ai pas à la maison avec ma famille », nous indique-t-il avec un sourire, comme pour se moquer de notre curiosité.

    Descendant avec lui ce chemin en terre rouge qui fait perdre la vue à une centaine de mètres lorsqu’une moto passe en soulevant la poussière, nous sommes arrivés dans le marché bondé déjà de monde pour ces premières heures matinales. Déjà à 8 heures, il s’anime avec divers produits agricoles et de la pêche qu’on y trouve.

    « Si vous arrivez ici vers midi, vous ne trouverez plus personne », confie M. Koussougbo qui nous informe que le marché s’anime seulement en quelques heures. « Mais chacun y trouve son compte. Nous savons que c’est comme ça ».

    Au milieu du marché, sous un baobab, est assise Manavi Aklobéssi avec son étalage garni de poissons fumés. Devant elle se tient une autre dame lui tendant un bol rempli de la farine de manioc. « J’ai besoin de poissons pour préparer la sauce pour mes enfants. Je viens les échanger avec du gari (Ndlr, farine du manioc) », confie-t-elle.

    Durant une heure de tour dans le marché, ce sont ces genres d’échange, sans la monnaie. « Ce sont des échanges des produits agricoles contre ceux de la pêche. C’est un système qui existait depuis le 19e siècle lors de la régence de Gâ Djossou Mlappa. On n’achète pas avec l’argent », raconte Folly-Notsron Barnabé.

    Il est vrai qu’aujourd’hui, c’est devenu une curiosité pour les touristes qui voyagent dans la région, mais pour cet ancien cadre du village, si le système perdure jusqu’à ce jour, c’est à cause de la pauvreté dans la région.

    « On peut avoir du maïs, du manioc ou de l’igname, mais ne pas avoir de l’argent pour acheter d’autres ingrédients pour se faire un repas copieux. Il faut alors se rendre au marché de troc pour échanger ce qu’on a avec les autres accessoires dont on a besoin. Avec ça, les familles ne se plaignent pas à Togoville ».

    Il souligne toutefois qu’« aujourd’hui, ce n’est pas interdit d’aller dans le marché avec de l’argent. On a veillé à ce que ceux qui n’ont pas de produits à échanger puissent aussi acheter et satisfaire leurs besoins ».

    D’ailleurs, selon le Professeur Nicoué L. Gayibor, le troc était devenu moins fréquent à partir de l’époque où l’économie s’est monétisée, avec l’arrivée des Européens sur la côte togolaise. La monnaie utilisée avant la colonisation allemande était le cauri.

    Togoville, l’âme du Togo, reste une ville historique et culturelle qui attire beaucoup de chercheurs et de touristes avec ses 10 000 habitants environ qu’elle abrite aujourd’hui.

    On peut y accéder à partir d’Agbodrafo, en traversant le lac Togo sur près de 2 à 3 km ou en contournant le lac sur la difficile piste en latérite.

    Source: https://www.bbc.com/afrique


  • Avec RICAC, l’art africain en mouvement à Tsévié

    Avec RICAC, l’art africain en mouvement à Tsévié

    Au Togo, à Tsévié, Zio 1, les Résidences Internationales de Créations Artistiques et Culturelles (RICAC) 2026, dénommées “ART TO GO”, ont été officiellement été lancées ce lundi 26 janvier.

    Pendant deux semaines, jusqu’au 6 février 2026, la cité devient un véritable carrefour de la création artistique contemporaine africaine. L’édition de 2026 réunit des artistes venus de plusieurs pays africains autour du thème “La métaphore multipolaire : créer dans un monde de points de vue”.

    La cérémonie d’ouverture a été marquée par la présence du représentant du maire de la Commune de Zio 1, du représentant du Gouverneur de la région Maritime, ainsi que de plusieurs acteurs du monde culturel et artistique.

    Isaac Tchiakpe, le ministre du Tourisme, de la Culture et des Arts, a officiellement ouvert l’événement, en réaffirmant l’engagement de l’État togolais en faveur du développement culturel et de la promotion des industries créatives.

    “Le coup de pinceau inaugural, donné par le ministre Isaac Tchiakpe, a marqué le lancement officiel des RICAC 2026, traduisant la volonté de placer l’art au cœur de l’action publique et du dialogue social”, a-t-il déclaré.

    La conférence inaugurale, animée par l’artiste plasticien Kokou Ekouagou, Directeur artistique des RICAC, a mis en lumière la nécessité pour les artistes africains de penser la création comme un espace de croisements, de pluralité des regards et de dialogue entre les cultures.

    Pendant deux semaines, des créateurs originaires du Togo, du Bénin, du Mali, du Sénégal, du Cameroun et du Ghana partageront un espace de résidence dédié à l’échange, à la recherche et à l’expérimentation artistique, dans une dynamique de dialogue interculturel et de réflexion contemporaine.

    ART TO GO se veut un espace de transmission, de sensibilisation et de valorisation des expressions culturelles africaines, tout en rapprochant l’art des populations locales à travers des expositions, rencontres et moments de partage avec le public.

    Soutenue par plusieurs partenaires institutionnels et privés, cette édition 2026 des RICAC confirme son ambition : faire de l’art un langage commun, mobile et engagé, au service de l’unité, de la mémoire collective et du progrès social.

Radio Renouveau228

Ceci fermera dans 0 secondes